‹ Cours familier de Littérature - Volume 25Chapitre 68 sur 102 · XVIII

XVIII

La nature aussi les servit bien: leurs premiers ancêtres furent des hommes spéciaux et obscurs, qui s'élevèrent à la grande richesse par le commerce, qui n'offense personne et qui égalise tout le monde. Quand ils commencèrent à primer en Toscane, ils ne primèrent que par la démocratie, à laquelle ils furent utiles. Ils ne tenaient pas aux grandes résistances militaires du moyen âge, ils aidaient seulement le peuple à payer ces bandes de _condottieri_ qu'on louait pour se défendre, et qui méprisaient ceux qui les payaient. La guerre achevée, ils les congédiaient, et la république restait libre. Lisez Machiavel et son _Borgia_: Borgia, tant de fois vainqueur en Italie, alla finir sa carrière d'aventurier au siége d'une bicoque en Espagne. Les Médicis ne voulaient ni de cette gloire soldée, ni de ces chutes honteuses; ils préféraient leur rôle civique et leur croissance régulière par l'estime publique dans un pays prospère et libre. Leur argent négociait pour eux, et ils prêtèrent plus d'une fois des sommes considérables au roi de Naples, à l'Espagne, à l'Angleterre, à la France, pour équilibrer le monde et pour se faire des clients des rois.