XXIII
Cependant les fêtes continuent à Holyrood. À l'issue d'une de ces fêtes pendant laquelle Bothwell s'était entretenu seul à seul avec la reine, le favori, d'après le témoignage de son valet de chambre d'Algleish, rentre chez lui et se couche. Un moment après, il appelle son valet de chambre et s'habille; un de ses agents entre du dehors et lui parle bas à l'oreille; il prend son manteau de cheval et son épée, couvre son visage d'un masque, sa tête d'un chapeau à larges bords et se rend à une heure du matin à la maison solitaire du roi.
Que se passa-t-il dans cette nuit mystérieuse? on l'ignore; ce qu'on sait seulement, c'est qu'une explosion terrible, entendue avant le crépuscule du matin à Holyrood et à Édimbourg, avait fait sauter la maison dont les débris devaient recouvrir la victime; mais que, par un étrange oubli des assassins, les deux cadavres de Darnley et du page, au lieu de se retrouver sous les décombres, se retrouvèrent le lendemain dans un verger attenant au jardin, portant sur leurs corps non les marques de la poudre, mais les marques de la lutte et de la strangulation. On supposa que le roi et son page, entendant, au commencement de la nuit, les pas des sicaires, étaient descendus au jardin, avaient voulu fuir par le verger, et, poursuivis et étranglés par les bourreaux de Bothwell, avaient été laissés sur la scène du meurtre, par négligence ou par ignorance de l'explosion qui devait les engloutir eux-mêmes avec leurs victimes; on ajoute que Bothwell, croyant les cadavres de Darnley et du page dans la maison, avait fait allumer inutilement la mine pour tout ensevelir dans ce cratère, qu'il était rentré à Holyrood après l'explosion, croyant qu'il ne restait aucun vestige de meurtre et qu'on attribuerait tout à un amas de poudre involontairement allumé par l'imprudence du roi.
Quoi qu'il en soit, Bothwell rentra chez lui sans donner aucune marque d'agitation sur ses traits, se recoucha avant la fin de la nuit, et, quand on vint l'éveiller pour lui apprendre les événements, témoigna toute la surprise et toute la douleur de bienséance, et s'écria en se précipitant hors de son lit: «_Trahison!_»
On ne découvrit les deux cadavres étranglés dans le verger qu'en plein jour.
LAMARTINE.
FIN DU CLVIe ENTRETIEN.
Paris.--Typ. de Rouge frères, Dunon et Fresné, rue du Four-St-Germain, 43.
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--Page 240: "le sceptisme est nécessaire au progrès des sciences;" remplacé par "le scepticisme est nécessaire au progrès des sciences;"]