XV
Un autre courtisan lui annonce qu'on voit la forêt de Dunsinane s'avancer vers la forêt de Birnam. Ce sont des soldats anglais qui ont coupé les rameaux des arbres et qui marchent couverts de leur feuillage du côté du fort.
Macbeth reconnaît la mort. À ce présage, son désespoir n'atteint pas son énergie, il meurt en combattant avec intrépidité; on sent dans ses dernières paroles, comme dans celles de Saül dans la Bible, l'âpre accent qui défie le ciel.
Tel est Macbeth dans son ensemble.
Dans ses détails, il est aussi complet et aussi pathétique.
C'est la plus magnifique analyse de l'ambition qui ait jamais été tracée par un génie humain.
On voit comment le crime se présente d'abord comme une tentation vague et facile à écarter.
Comment l'amour d'une femme vaine et perverse l'échauffe, l'embrase et y participe du coeur et de la main, en le facilitant et en l'accomplissant à demi elle-même.
Comment, une fois accompli, on en veut enfin le prix, et comment pour cueillir la paix et pour étouffer le remords, il mène à tous les crimes, puis à la mort.
La peinture de ce remords rendu visible par la tache indélébile de sang sur la main de l'assassin, que toutes les vagues de l'Océan ne peuvent faire disparaître, est une image digne de Job.
La mort de lady Macbeth et la féroce intrépidité de son époux en lutte désespérée contre le destin, mais sans fléchir, même en succombant, relèvent tout, même le crime; on déteste, mais on admire. C'est l'horreur qui fait pitié, c'est le chef-d'oeuvre du tragique. C'est Macbeth, la plus belle des tragédies. Lisez, relisez, et ne fermez le livre que pour vous en souvenir éternellement.