‹ Cours familier de littérature, tome 26Chapitre 2 sur 120 · II

II

Shakespeare arrive à Londres pauvre et inconnu. Il débute comme un vendeur de contre-marques à la porte d'un de nos théâtres de boulevard. Il garde et promène les chevaux des spectateurs pendant que ceux-ci regardent la pièce. Ce triste métier lui donne un pain amer. À la fin, il s'élève de cette abjection au grade d'aboyeur, c'est-à-dire qu'il appelle les domestiques pour venir mettre le pied à l'étrier de leur maître. De temps en temps, il entre lui-même dans les coins obscurs de la salle et il boit l'avant-goût du talent dans la coupe du pauvre. Cela le fait réfléchir et il se dit: Ne pourrais-je pas en faire autant? Il laisse la bride de ses chevaux et il tente quelques farces grossières qui font rire la taverne. N'est-ce pas la même chose que Molière suivant la Béjart en Languedoc et débutant, par amour, par les rapsodies de Sganarelle et de Georges Dandin, imitées de mauvais théâtres italiens?

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