‹ Cours familier de Littérature - Volume 26Chapitre 25 sur 120 · V

V

Or, la communication de la pensée par la parole ou par le livre est une publicité pour la femme. Cette publicité ne livre pas son corps, mais elle livre son esprit, son coeur, son âme au grand jour. Elle fait de la femme auteur l'entretien de tous; elle viole le foyer, elle lève le voile, elle écarte la pudeur, elle appelle sur le nom, sur le visage, sur l'intelligence, sur l'âme même de la femme célèbre, le regard, la pensée, l'applaudissement ou le sarcasme du monde; la femme devient une actrice qui ne monte pas sur la scène, mais c'est une actrice à domicile, qui s'introduit avec son livre dans le foyer de chacun, qui passe de mains en mains comme une chose vénale, qui sollicite, au lieu du silence, le bruit, au lieu du mystère l'éclat, au lieu de l'estime d'un seul la renommée de tous.

Une femme qui écrit, du jour qu'elle écrit, est de moins pour son mari tout ce qu'elle est de plus pour le public. Mais ce n'est pas seulement son nom que la femme célèbre expose à tous les hasards de la renommée, c'est le nom de son mari, de ses enfants, de sa famille. Si elle encourt la gloire pour elle seule, elle encourt pour eux tous les inconvénients de la célébrité, la critique, la calomnie, l'envie, le ridicule, le mépris, quelquefois la haine. Ce nom, abrité sous son obscurité, devient malgré lui l'occupation et souvent le jouet de l'opinion publique. Que de malédictions ceux qui le portent n'ont-ils pas le droit d'adresser tout bas à la femme téméraire qui les livre ainsi malgré eux à la merci du bruit littéraire!