XIX
La révolution qui se précipitait par toutes les innovations que la popularité de M. Necker et la déférence de Louis XVI à ses avis lui avaient ouvertes, ne tarda pas à dépasser les idées de 89 et à détrôner le roi. Les états généraux du royaume, comme tout esprit politique l'avait prévu excepté M. Necker, s'étaient révolutionnés eux-mêmes le premier jour de leur réunion à Versailles. M. Necker, ne pouvant plus être leur modérateur, avait été leur jouet; la cour l'avait congédié comme leur complice; le peuple l'avait rappelé par l'insurrection du 14 juillet. Rejoint à Bâle par les messagers du roi et du peuple, il était rentré à Paris avec sa femme et sa fille, comme un triomphateur, par la dernière brèche de la monarchie.
Ce triomphe n'avait été que d'un jour; le lendemain, le peuple s'était indigné d'avoir accordé à son favori quelques têtes proscrites. M. Necker avait repris, sans influence et sans dignité, le rang, désormais illusoire, de premier ministre. Le ministère ne consistait plus qu'à être le témoin officiel des dégradations coup sur coup de la royauté, et à ratifier les empiètements de l'Assemblée et les émeutes de la capitale. Mirabeau, le vrai ministre de cette démolition, bafouait M. Necker de ses ironiques éloges; le peuple, à qui il n'avait plus rien à refuser, le livrait aux Jacobins qui lui promettaient des ruines plus complètes; le ministre déconcerté n'apportait au conseil que des plans de finances avortés, des gémissements et des déceptions.