LII
L'enthousiasme lui révèle la beauté suprême du sacrifice, cette foi en action dans l'immortalité.
«C'est manquer, dit-elle, tout à fait de respect à la Providence, que de nous supposer en proie à ces fantômes qu'on appelle les événements: leur réalité consiste dans ce qu'ils produisent sur l'âme, et il y a une égalité parfaite entre toutes les situations et toutes les destinées, non pas vues extérieurement, mais jugées d'après leur influence sur le perfectionnement religieux. Si chacun de nous veut examiner attentivement la trame de sa propre vie, il y verra deux tissus parfaitement distincts: l'un, qui semble en entier soumis aux causes et aux effets surnaturels; l'autre, dont la tendance tout à fait mystérieuse, ne se comprend qu'avec le temps. C'est comme les tapisseries de haute lice, dont on travaille les peintures à l'envers, jusqu'à ce que, mises en place, on en puisse juger l'effet. On finit par apercevoir, même dans cette vie, pourquoi l'on a souffert, pourquoi l'on n'a pas obtenu ce qu'on désirait. L'amélioration de notre propre cour nous révèle l'intention bienfaisante qui nous a soumis à la peine; car les prospérités de la terre auraient même quelque chose de redoutable, si elles tombaient sur nous après que nous serions coupables de grandes fautes: on se croirait alors abandonné par la main de celui qui nous livrait au bonheur ici-bas comme à notre seul avenir.
«Ou tout est hasard, ou il n'y en a pas un seul dans ce monde, et s'il n'y en a pas, le sentiment religieux consiste à se mettre en harmonie avec l'ordre universel (qu'il soit pour nous ou contre nous), parce qu'il est la volonté divine.