I - II
Per molti, Donna, auzi Per mille amanti Creata fosti, ed'angelica forma: Or, par che in ciel si dorma, Che un sol s'appropria quel Ch'è doto a tutti. Ritorma à'nostri pianti Il sol degli occhi tuoi, Dre par che schivi Chi, per perdesto, in tal Miseria è nato.
Deh, non turbate i vostri Pensier santi: Che chi di me par chevi Spoglio privi, Pel gran timor non gode Il gran peccato. Che degli amanti è men Felicestato Que l'ove gran voglia gran Conia ingombra Che una miseria di spesanza piona.
Ce sont les plus beaux vers de l'époque. En voici une faible traduction:
Florence à la Liberté:
«Ô femme, tu fus créée pour mille amants, dans la perfection de tes formes angéliques. On dirait aujourd'hui que dans le ciel la justice s'est endormie, puisqu'un seul s'approprie ce qui fut donné à tous. Rends à nos yeux baignés de larmes le soleil de tes regards, qui semble dédaigner le spectacle de notre misérable chute!»
La Liberté répond:
«Ah! ne troublez point la sérénité de vos saintes pensées! Celui qui semble vous éloigner et vous priver de moi perd par sa grande terreur la jouissance de son grand crime. L'état heureux des amants n'est pas celui où la jouissance amène la satiété: c'est une souffrance misérable, mais remplie d'espérance.»
Reprenons:
Celles des poésies de Michel-Ange qui chantent ce premier amour ont un accent de jeunesse et d'espérance vague qui les distinguent seules des vers inspirés par Vittoria Colonna dans une époque plus mûre de sa vie. Celles-là ont, pour ainsi dire, le découragement mélancolique d'ici-bas et la sainteté des hymnes chantés dans le sanctuaire de la vie à la lueur des cierges du soir. Nous n'en citerons que quelques fragments. Ce ne sont pas les oeuvres, c'est la bouche que le lecteur veut connaître dans le grand artiste.
L'amant, le poëte et le statuaire se révèlent ensemble dans le troisième de ces sonnets de Michel-Ange. Nous essayons de le traduire.