‹ Cours familier de Littérature - Volume 27Chapitre 17 sur 94 · VIII

VIII

Telle fut la vie de cet homme distingué que le dix-huitième siècle prit pour un grand homme sur parole, et dont il ne lut guère que les _Lettres persanes_, feuille du _Mercure_, légère et spirituelle, mais peu digne, en somme, de la plume d'un législateur.

J'avoue qu'à l'âge où je suis arrivé, je ne connaissais Montesquieu que de nom, et que je serais mort sur la prévention de son mérite transcendant, si je n'avais eu enfin, dans ces derniers temps, le loisir de l'étudier à fond et la volonté de m'en faire une idée juste. Combien n'en ai-je pas été détrompé! J'avais, il est vrai, lu souvent dans l'inimitable Correspondance de Voltaire, quelques phrases très-succinctes et presque très-dédaigneuses sur ce prétendu _Esprit des Lois_, qu'il appelait avec raison, comme son amie madame du Deffant: _De l'esprit sur les lois_. Mais je pensais que la gravité du sujet avait peut-être rebuté l'esprit si charmant, quoique si solide, de Voltaire, et qu'il ne fallait pas demander à un homme universel,--réputé léger,--un jugement sur un magistrat--réputé érudit.--Je m'étais réservé de lire à fond Montesquieu quand j'en aurais le temps et de me faire une idée juste de l'_Aristote_ de la France.