XIII
Après avoir parcouru rapidement les propriétés distinctives de ces trois ordres de gouvernement, il en conclut que la république ne convient qu'aux petits États; la monarchie aux médiocres; le despotisme aux grands.
Il ne voit pas qu'il n'y aurait ainsi, pour toute politique, qu'à mesurer le territoire.
Il ne voit pas, de plus, que la rapidité des communications modifie toute cette géographie des États.
Il ne voit pas encore que cette géographie est fautive, que la distribution de ces natures de gouvernement tient à mille autres causes que la grandeur ou la petitesse des espaces, et que l'Amérique, par exemple, ou la Pologne, bien que très-mal constituées, sont des républiques malgré leurs vingt millions ou leurs quarante millions de sujets; il ne voit pas davantage que la Chine, malgré ses trois cent soixante-cinq millions d'habitants, n'est nullement despotique, mais la monarchie la plus tempérée qui ait jamais existé.
On s'aperçoit tout de suite que Montesquieu est un penseur léger, facile avec lui-même, très-superficiel, qui saisit au hasard la première considération venue pour en faire la base aventurée de sa politique et donner des axiomes géométriques pour des vérités politiques.
Faut-il tout dire? C'est un homme qui lit beaucoup, mais sans attention et sans critique; qui prend pour vérité un mensonge pittoresque du premier voyageur venu, et qui, de ce seul fait mal compris, mal interprété, souvent absurde, conclut ingénieusement tout un système politique ou législatif en opposition avec le bon sens. Nous allons vous en citer mille exemples: