VI
Quand ils avaient fini leur visite, ils se retiraient et je restais seul.
Quel délicieux moment! et combien les tristesses de la longue journée étaient compensées!
Nous nous étions rencontrés non par hasard, mais par attraction, il y avait un an et demi, dans les montagnes de la Savoie, divines solitudes pour commencer ou finir la vie!
L'amitié la plus naturelle était éclose entre nous. Elle était étrangère, plus âgée que moi; l'amour ne pouvait pas naître: mariée tard à un homme qui aurait été deux fois son père, l'amitié protectrice les unissait seule. Elle l'aimait à force de le respecter; elle ne lui avait jamais manqué de fidélité, mais son amitié était libre; il ne l'avait pas épousée pour la sevrer de toute douceur terrestre; régler son coeur, ce n'était pas le supprimer; il avait de l'affection involontaire pour moi; moi, pour lui, par reconnaissance et par admiration. Tels étaient nos sentiments: ils n'étaient point gênés, mais ils étaient purs. (Voyez _Raphaël_.)