‹ Cours familier de Littérature - Volume 27Chapitre 75 sur 94 · XIII

XIII

Il avait employé son temps à la fréquentation de quelques émigrés comme lui et à la rédaction d'une oeuvre sérieuse inspirée par la Révolution française et intitulée _Essai sur les Révolutions_; c'était un tâtonnement de son génie. Il ne savait pas bien ce qu'il voulait écrire: une théorie du scepticisme où il y a de tout ce qui fermente dans la tête d'un homme; le dé jeté à la tête de tous les partis. Cela n'était ni chrétien ni impie. C'était souvent beau de forme et très-aventuré de fond. Cela pouvait servir de base à un écrivain, mais nullement à un philosophe.

À peine eut-il terminé ce livre, qu'il l'apporta à Paris et le communiqua à quelques amis de son premier temps, les uns mûris par les vicissitudes de la Révolution; les autres restés jeunes parmi tant de tombeaux. Les uns et les autres lui déconseillèrent cette publication qui allait l'engager avec les morts de la Révolution. Il fallait prendre garde: c'était un de ces moments où l'on ne s'engage pas impunément.

Bonaparte venait d'apparaître et d'hériter de tout le monde. On était las d'anarchie; il venait de rentrer d'Égypte et de tenter le 18 Brumaire à demi réussi. Son parti était composé des dégoûts de tout le monde; de là à une puissante réaction contre tous les partis il n'y avait pas loin.

La Révolution sérieuse, dont la France était incapable, devait aboutir à la monarchie; l'armée, enorgueillie de ses victoires et lasse d'attendre, allait transférer l'empire à un de ses chefs.

La France réunit toutes ses mains en une pour applaudir. Les courtisans, comme à l'ordinaire, donnèrent le signal.

Il fallait des doctrines au nouveau régime, ils les firent. C'est alors que la Providence, complice, fit signe à Chateaubriand. Il venait de rentrer. Un autre courtisan en fut l'interprète: c'était M. de Fontanes.