XXXIII
Le supplice de ses amis fit pressentir à Marie Stuart son sort; aussi coupable et plus redoutée, elle ne pouvait l'attendre longtemps. Elle fut transférée, en effet, quelques jours après, au château de Fotheringay, sa dernière prison. Cette demeure féodale était solennelle et triste comme l'heure de la mort qui s'approchait. Élisabeth, après de longues et sérieuses hésitations devant son conseil, nomma enfin trente-six juges pour aller entendre Marie Stuart et pour faire leur rapport au conseil. La reine d'Écosse protesta contre le droit de juger une reine, et de la juger en terre étrangère où on la retenait de force dans les prisons.
«C'est donc ainsi, s'écria-t-elle en comparaissant devant les commissaires, que la reine Élisabeth fait juger les rois par leurs sujets! Je n'accepte cette place (_en montrant_) sur le gradin inférieur du siége des juges, que comme chrétienne qui s'humilie; ma place est là, dit-elle en tendant la main vers le dais, je suis reine dès le berceau, et le premier jour qui m'a vue femme m'a vue reine!» Puis, se tournant vers Melvil, son chevalier et son maître d'hôtel sur le bras de qui elle s'appuyait: «Voilà bien des juges, dit-elle, et pas un ami!» Elle nia avec force le consentement donné par elle au plan d'assassinat d'Élisabeth; elle insinua, sans le dire formellement, que des secrétaires pouvaient bien avoir ajouté au sens des lettres qu'on leur dictait. «Quand je vins en Écosse, dit-elle à lord Burleigh, chef des ministres, qui l'interrogeait, j'offris à votre maîtresse, par Lethington, une bague en coeur comme gage de mon amitié; et quand, vaincue par mes rebelles, j'entrai en Angleterre, j'avais reçu à mon tour un gage d'encouragement et de protection.» En disant ces paroles, elle tira de son doigt une bague que lui avait envoyée Élisabeth. «Regardez ce gage, milords, et répondez. Depuis dix-huit années que je suis sous vos verrous, de combien de manières votre reine et le peuple anglais ne l'ont-ils pas méconnu en ma personne?»