XV
Mais le _Télémaque_ était encore le secret de Fénelon; il l'écrivait dans le palais de Louis XIV. Il devait le dérober aux yeux du roi et des courtisans jusqu'à la fin de ce règne.
Dans ce livre était une terrible accusation: il la réservait pour l'époque où le duc de Bourgogne atteindrait à la maturité des années et s'approcherait des degrés du trône. C'était la confidence scellée, qui resterait ignorée à jamais jusque-là entre le maître et le disciple. Peut-être aussi ce livre était-il destiné à être, au moment de l'avénement du jeune prince à la couronne, la proclamation d'une politique nouvelle, le programme d'un gouvernement _fénelonien_; c'était aussi une sorte de candidature indirecte au rôle de premier ministre, dont Fénelon pouvait avoir le pressentiment sans s'en avouer à lui-même l'ambition.