‹ Cours familier de Littérature - Volume 28Chapitre 132 sur 142 · XXXV

XXXV

Le culte et la vénération que son nom inspirait traversaient ces lignes ennemies que nos armes ne savaient plus rompre. Seul et sans protection, il pouvait parcourir son diocèse. On vit la plus décriée de toutes les troupes, les hussards impériaux, l'accompagner et s'improviser en escorte pour lui dans une de ses courses pastorales. Les terres qui lui appartenaient, respectées par les ennemis, devenaient un refuge pour les paysans du voisinage qui, à l'approche des gens de guerre, y couraient avec leurs familles et tout ce qu'ils pouvaient emporter. Mais le dévouement de Fénelon ne se borna pas à des actes particuliers; il put s'élever au noble rôle d'assistance publique. Il porta secours à son pays. Les témoignages d'admiration dont il était l'objet servirent la France. Au moment où notre armée sans subsistance allait mourir de faim, il eut la gloire de la sauver. Il livra ses magasins aux ministres de la guerre et des finances; et quand le contrôleur général l'invita à fixer lui-même le prix du blé que la nécessité rendait si précieux: «Je vous ai abandonné mes blés, monsieur, répondit-il: ordonnez ce qu'il vous plaira, tout sera bon.»