‹ Cours familier de littérature, tome 28Chapitre 75 sur 142 · XVIII

XVIII

Non content de ces occupations économiques, il acheta successivement deux maisons de plaisance à Lausanne, site plus méridional, au bord du lac. Il y passait les hivers, il y faisait jouer la tragédie et la comédie sur des théâtres domestiques, il y rassemblait la société élégante et lettrée de Lausanne, il y représentait lui-même avec un remarquable talent les rôles de vieillard dans les grands drames anciens ou nouveaux. Il retournait à Ferney, au printemps, jouir d'autres plaisirs utiles dans la culture de ses champs, dans la surveillance de sa colonie, dans l'accueil des voyageurs illustres que sa renommée attirait de toutes parts en pèlerinage à Ferney. La composition de tragédies, de comédies, de romans philosophiques, tels que Candide, Zadig, et d'épîtres, de satires, de contes plus chastes et plus spirituels que ceux de Boccace et de La Fontaine, enfin une correspondance immense et qui s'étendait à tous les sujets et à toute l'Europe, remplissaient les jours et les nuits de travail, d'amusements, de bruit, d'amitié et de félicité. Il sentait vivement ce bonheur, et il en rendait grâce à sa destinée dans toutes ses conversations et dans toutes ses lettres.

Son intarissable gaieté d'esprit attestait la constante sérénité de son coeur; c'était l'optimisme en action; pas une heure morose n'assombrissait sa vie.

Sa jeunesse avait eu ses tristesses, son âge mûr avait eu ses déceptions et ses colères; sa vieillesse, libre de toute passion, excepté de la passion désintéressée de la raison publique, n'avait que la monotonie du bonheur humain.

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