‹ Cousin de Lavarède !Chapitre 3 sur 41 · Chapitre 2 EN PLEIN MYSTERE

Chapitre 2 EN PLEIN MYSTERE

Si rapide avait été l’attaque, que ni Robert, ni son ami, n’avaient pu esquisser la plus légère résistance. A demi portés par leurs agresseurs, ils se sentirent brutalement poussés dans une salle. A travers l’étoffe qui les aveuglait, ils perçurent le bruit assourdi d’une porte qui se refermait, puis le silence se fit.

Encore tout ahuris de l’incident, ils parvinrent, non sans peine, à se débarrasser du manteau-filet qui avait assuré leur capture. Voir où ils se trouvaient était leur pensée.

Espoir vain ! Une obscurité opaque les environnait. Avec colère, Lavarède frappa le sol du pied.

– Où sommes-nous ?

– Oh ! déclara naïvement Astéras, nous ne sommes pas éloignés de la rue Lalande.

– Satané rêveur. Cela, je le sais aussi bien que toi. Je demande où nous nous trouvons en ce moment ; ce que signifie cette sotte plaisanterie ?

– J’en suis victime ainsi que toi-même. Je ne puis donc t’éclairer.

– Eclairer, voilà un mot juste. J’ai des allumettes. Eclairons notre prison ; peut-être que la situation suivra ce bel exemple.

Le grésillement du phosphore annonça que Robert joignait le geste à la parole, et une faible lueur tremblotta dans la salle.

– Victoire ! des becs de gaz.

Ce cri était arraché au jeune homme par la vue d’appliques, garnies de bougies de porcelaine, et placées de chaque côté de la glace surmontant une cheminée de marbre blanc.

Les becs enflammés permirent aux captifs d’examiner leur geôle dans ses moindres détails.

Ils se trouvaient dans une petite salle de quatre mètres de côté, meublée sommairement de deux couchettes, d’une table de sapin et de quelques chaises. Détail particulier : sauf la porte de chêne massif, la pièce n’avait aucune ouverture apparente.

– Bah ! exclama Robert. La porte existe, il s’agit de la forcer à s’ouvrir.

Dans une maison parisienne, le bruit appelle forcément l’attention. Faisons du bruit.

Et s’armant d’une chaise, il en porta un coup formidable contre le battant. Mais, à sa grande surprise, le choc n’eut point le retentissement prolongé qu’il espérait. Le son fut sec, bref, comme étouffé. Evidemment une double porte capitonnée arrêtait la vibration.

Cette découverte porta au paroxysme la colère du caissier de la maison Brice et Molbec. Sa main brandit sa chaise comme un bélier, et durant quelques minutes il frappa l’huis. Le résultat de cet exercice était facile à prévoir. La chaise céda tout à coup. Les morceaux roulèrent sur le plancher, et Robert désarmé regarda autour de lui pour trouver quelque autre moyen d’apaiser son courroux.

Déjà Astéras s’était assis philosophiquement devant la table. De sa poche, il avait tiré des papiers couverts de chiffres et, insoucieux de sa captivité, il s’était absorbé dans la recherche passionnante d’un problème de réfraction.

Sa tranquillité gagna incontinent Lavarède. Il se laissa choir sur un siège, en grommelant :

– Le fait est que je me donne bien du mal en pure perte.

Mais, presqu’aussitôt, il se redressa :

– En pure perte ! Ce n’est pas exact. Le thé nous attend. Il ne sera plus buvable, si notre séquestration se prolonge.

Et élevant la voix :

– Monsieur, Madame ou Mademoiselle, déclama-t-il avec le plus grand sérieux. J’ignore le sexe, l’âge, le caractère, le nom de la personne qui nous contraint à accepter son hospitalité. Seulement je la conjure de nous délivrer sans retard, afin que mon ami Ulysse Astéras et moi puissions déguster le thé qui nous attend.

Comme pour répondre à cette parole, un claquement sec se fit entendre ; un panneau de la cloison s’abattit, démasquant un monte-plats, sur lequel une théière fumante apparut au milieu d’un service à thé.

Un instant, le jeune homme demeura immobile, stupéfait de cette réplique d’allure fantastique, mais, reprenant son sang-froid.

– Après tout, profitons de l’attention.

Délicatement il transporta sur la table théière, pot au lait, tasses, soucoupes chargées de « rôties » dorées du plus appétissant aspect. Le monte-plats dévalisé, Lavarède reprit :

– Merci beaucoup, nous sommes servis.

Il n’avait pas achevé que le panneau de la muraille se refermait. Décidément, un spectateur invisible épiait les prisonniers. Cette pensée engagea Robert à faire bonne contenance.

Quelqu’un, sans nul doute, s’amusait à ses dépens. On l’avait enfermé pour voir « la tête qu’il ferait ». Eh bien ! il accepterait gaiement l’aventure, et les rieurs seraient de son côté.

Cette résolution prise, il frappa sur l’épaule d’Astéras, plus enfoncé que jamais dans ses calculs.

– Hein ? fit ce dernier en sursautant.

– Le thé est servi, mon bel ami.

– Le thé. Parfait ! Alors je serre mes paperasses.

Tout en réintégrant ses feuilles dans sa poche, Ulysse roulait des yeux effarés ?

– Ah ça ! demanda-t-il enfin. Tu as donc changé ton mobilier !

– Moi. Où prends-tu cela ?

– Ici donc. Ces couchettes, ces meubles…

– Tu te figures donc être chez moi ?

– N’y serions-nous pas ? bégaya le calculateur d’un air ébahi.

Du coup Lavarède éclata de rire. Son ami, distrait comme toujours par ses études célestes, avait déjà oublié l’aventure dont il était victime.

Quelques mots le rappelèrent à la situation. Mais le thé répandait un délicieux parfum, les rôties beurrées sollicitaient l’appétit, et le calculateur ne se fit point tirer l’oreille pour faire honneur à la collation offerte par un inconnu.

Robert, du reste, prêchait d’exemple. Avec une rapidité remarquable, liquide et solide disparurent. Seulement il se produisit alors un phénomène étrange.

Les deux amis, bavards et joyeux durant le repas, cessèrent brusquement de parler. Il leur sembla qu’un voile s’abaissait sur leurs yeux, noyant les objets dans une sorte de brouillard. Puis leurs paupières se fermèrent lentement, et ils demeurèrent immobiles, vaincus par un sommeil aussi soudain que violent.

Le silence régnait dans la salle. Les flammes du gaz dansaient capricieusement, promenant sur les objets des alternances d’ombres et de lumières mobiles.

Un quart d’heure s’écoula ainsi, puis la porte, si vainement brutalisée par Robert, tourna lentement sur ses gonds. Dans l’entre-bâillement, deux hommes se montrèrent.

L’un grand, le teint brun comme Lavarède lui-même, était mis avec cette recherche un peu prétentieuse particulière aux exotiques qui habitent Paris. Il était joli garçon, mais son regard manquait de franchise ; son front trop bas indiquait le cerveau où les larges idées ne sauraient se développer à l’aise. Avec cela, dans son allure générale, quelque chose de veule, d’abattu comme chez tous ceux qui s’adonnent à l’oisiveté élégante, la plus ardue, la plus déprimante des occupations.

Son compagnon, petit de taille, sec, brun, nerveux, sarrazin de type, semblait empêtré dans ses vêtements à l’européenne. A première vue, on sentait en lui l’être accoutumé aux tuniques flottantes de l’Orient. Ce fut lui qui parla le premier :

– Vous le voyez, Seigneur, ils dorment.

– Tu avais raison, Niari. Je n’aurais jamais cru que deux gouttes de sève d’euphorbe les réduiraient si promptement.

– C’est que Votre Seigneurie a oublié les coutumes d’Egypte.

– Bien oublié en effet. Et si j’ai un regret aujourd’hui, c’est d’être obligé d’y penser. Enfin, je compte bien ne pas être absorbé longtemps.

Et d’un ton dolent :

– Combien d’heures dormiront-ils ?

– Cinq ou six tout au plus.

– Cinq ou six, dis-tu ? Mais alors nous n’aurons pas le temps de les transporter.

– Si, Seigneur, je vais transformer leur sommeil en léthargie. Vous savez bien que votre fidèle Niari a étudié, chez les Brahmes Hindous, les connaissances mystérieuses qu’ils empruntèrent, il y a six mille ans, aux hiéroglyphites de la vallée du Nil.

– Oui, oui, je sais cela, fit son interlocuteur d’un ton indifférent. Mais agis vite. J’ai hâte de partir, de me débarrasser de la fastidieuse besogne que tu m’as apportée.

– Votre Seigneurie ne m’accuse pas, je pense. Mon dévouement ne sacrifie-t-il pas un peuple à sa fantaisie !

– Si, mon bon Niari. Ne prête aucune attention à mes paroles. Je suis si ennuyé, que j’ai l’air de t’en vouloir. Il n’en est rien, sois-en sûr.

Niari s’inclina cérémonieusement, fouilla dans les poches de son pardessus, et en tira une boîte ronde qu’il ouvrit.

A l’intérieur, on apercevait une sorte de pommade de couleur émeraude.

– Voilà qui empêchera le réveil de ces dormeurs, aussi longtemps que vous le désirerez.

– Trois ou quatre jours suffisent.

– Bien, Seigneur.

A l’aide d’une spatule de bois, le singulier personnage prit une parcelle de la préparation, et l’introduisit entre les lèvres de Lavarède. Il procéda de même avec Astéras.

– Maintenant, déclara-t-il en terminant, durant quatre jours, ils seront immobiles, muets, comme morts. Leur respiration va s’arrêter. Leur cœur cessera de battre.

A mesure qu’il parlait, la transformation s’accomplissait.

Le visage de Robert, celui d’Ulysse, se décoloraient. Leurs narines se pinçaient, la respiration, s’affaiblissant graduellement, devenait imperceptible.

– Très curieux, remarqua l’élégant auquel Niari témoignait un grand respect, mais es-tu certain que l’expérience est sans danger ?

– Absolument, Seigneur. La préparation que j’emploie est le Niemb-Vohé, que les brahmes vont récolter en grand secret dans les jungles du bassin du Gange. Grâce à elle, ils peuvent accomplir ces miracles qui ont stupéfié la science européenne. Suivant la dose absorbée, ils se mettent en léthargie pour vingt, trente, quarante, cent jours, se font ensevelir après avoir annoncé la date de leur réveil. A l’époque fixée, on ouvre le tombeau, d’où le brahme adroit sort en excellente santé. Les Anglais ont cru d’abord à une supercherie ; ils ont pris toutes les précautions de contrôle nécessaire, et ont dû reconnaître que les « miraculeux » restaient bien couchés dans leur cercueil. Mais ils ignorent le secret si simple de l’affaire. Les brahmes le gardent.

Un silence suivit. La tête courbée, les yeux fixés à terre, celui à qui on donnait le titre de : Seigneur, semblait avoir perdu la conscience du lieu où il se trouvait. Comme l’attente se prolongeait, Niari appela timidement son attention.

– Seigneur !

– Quoi ? murmura l’interpellé en relevant brusquement le front.

– Je demande pardon à Votre Grandeur de l’avoir arrachée à ses pensées. Mais j’attends ses ordres.

– Mes ordres ?

– Oui. Les deux « Roumis » sont plongés dans le sommeil. Faut-il agir ainsi que vous l’aviez décidé ?

– T’ai-je donc dit le contraire ?

Les sourcils de l’élégant s’étaient froncés. Ses yeux noirs brillaient d’une lueur fauve.

Niari se courba, les mains réunies en coupe au-dessus de sa tête, et d’une voix basse :

– Ne frappez pas d’un regard courroucé votre fidèle. Si j’ai péché, c’est par excès de dévouement. Alors que le Scarabée sacré qui, dans les nuits transparentes, bourdonne autour des sommets effrités des hautes pyramides, alors que l’ibis dépossédé de ses autels séculaires demande à l’étoile Anubis la force de terrasser le licorne britannique, il est permis à celui qui est attendu, à celui dont le sol d’Egypte est le bien, de ne pas persister dans sa résolution de neutralité. Il peut, celui-là, saisir la hampe de l’étendard des Pharaons, et grouper sous les plis de l’emblème antédiluvien les hommes du Nil lassés de la servitude. Il peut les conduire contre les conquérants anglais… Il peut…

– Il pourrait, ricana son interlocuteur. Il pourrait, mais il ne le veut pas.

D’une voix sèche, mordante :

– Non, brave Niari. Je n’abuserai pas de ma naissance illustre, pour entraîner mes compatriotes dans une lutte sans issue. L’Egypte est le fauve tombeau du passé. L’Angleterre est l’avenir. Et puis, je ne suis pas un héros, moi. Donner ma vie pour l’indépendance d’un pays que j’ai quitté tout enfant, auquel rien ne m’attache… Ce serait de la folie. Bien plus, ce serait de l’ingratitude pour l’Angleterre.

– Seigneur, ne parlez pas ainsi. Mon âme égyptienne frissonne de douleur.

– Il faut bien appeler les choses par leur nom. Depuis dix ans, le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté me paie une pension de 50.000 livres sterling (1.250.000 francs). Grâce à lui, je suis riche, heureux. Le plaisir me tresse des couronnes fleuries. Mais en acceptant ces bienfaits, je me suis tacitement engagé à ne rien tenter pour chasser du Caire, d’Alexandrie, de Suez, les soldats de la Grande-Bretagne.

– Oui. On a acheté mon maître.

– Acheté, si le mot te plaît, Niari. En tout cas, reconnais qu’on y a mis le prix. Aujourd’hui que les Egyptiens, réunis en affiliation secrète sous le nom de Néo-Egyptiens, veulent se révolter, l’Angleterre double ma pension. Elle me charge d’apaiser les esprits, me reconnaissant en toute propriété le diamant inestimable dit « La goutte de sang d’Osiris ». J’accepte !

Il regardait son serviteur en face, avec une expression de défi.

– Après tout, je suis bon prince. Pas un filet de sang égyptien ne coulera à la faveur de mon plan.

Son accent se fit plus doux, presque caressant :

– Songe, Niari, mon ami, que la victoire est incertaine. En prenant le commandement, j’assumerais une responsabilité trop lourde pour mes épaules, tandis qu’en substituant le roumi à moi, tout danger disparaît.

Il désignait Lavarède endormi. Un pétillement joyeux passait dans son regard faux.

– Je l’ai cherché et trouvé avec peine. Né dans le Sud-Algérien, sans parents, ses dénégations ne s’appuieront sur rien. Qu’il soit présenté aux conjurés, qu’on lui remette le diamant d’Osiris. Alors, il me suffit de le livrer aux autorités anglaises, pour mettre fin à la révolte et épargner aux rives du Nil les sanglantes hécatombes. Crois-moi, cela est mieux ainsi.

Et comme Niari hochait la tête, il reprit d’un ton dur.

– D’ailleurs, je le veux.

– Vous serez obéi, Seigneur, murmura son compagnon.

Sur ces mots, il frappa dans ses mains. La porte s’ouvrit à ce signal, et plusieurs hommes parurent. Niari montra Robert aux nouveaux venus :

– Voici le chef que les fils d’Osiris espèrent. Il refusait de se placer à notre tête. Je l’ai endormi, Nous l’emporterons avec nous. Et là-bas, en ce pays plein des souvenirs d’autrefois, il se ressaisira. Les hypogées lui parleront des grandeurs disparues, les sphinx lui diront le devoir attendu.

Ces phrases, apprises sans doute à l’avance, étaient débitées sans conviction, d’un ton monotone. Niari obéissait aux ordres de son compagnon, mais son âme se rebellait contre sa volonté. Elle se refusait à participer au mensonge, à la substitution humaine qui devait tromper tout un peuple.

Mais les survenants ne s’en aperçurent point. Ils entouraient le caissier de la maison Brice et Molbec, se confondant en génuflexions.

Le chef fit un signe, et Niari reprit :

– L’emballage est-il prêt ?

– Certes, répliqua l’un des hommes. Il est dans la salle voisine.

– Alors, hâtons-nous.

A ce commandement, les personnages présents saisirent Robert et Ulysse.

Ils soulevèrent les deux dormeurs et les transportèrent dans la pièce, sur laquelle s’ouvrait la porte du mystérieux réduit.

Sur le plancher s’étalait une large caisse de bois. Chose étrange, sous la surface extérieure s’alignaient des lamelles de verre de faible longueur, réservant, au centre, un espace libre suffisant pour que deux hommes y pussent tenir à l’aise. Les compagnons de Niari y couchèrent les victimes de l’euphorbe. Puis ils posèrent le couvercle de la boîte, le clouèrent, mettant en lumière les inscriptions suivantes : Haut. Bas. Fragile. Verrerie.

Leur tâche terminée, tous se tinrent immobiles, semblant attendre un commandement.

Niari se rapprocha de son chef, et baissant la voix, l’attitude suppliante :

– Maître, il en est temps encore. Tu peux dissuader ces hommes. L’autre tourna sur ses talons, avec ces seuls mots :

– Tu m’ennuies.

L’Egyptien devint pâle, sa main se crispa sur sa poitrine. Puis d’un brusque effort de volonté, il se calma.

– Le camion est-il dehors ? demanda-t-il sans que rien dans sa physionomie trahît l’angoisse qu’il venait d’éprouver.

– Il attend à la porte.

– Alors, frères, enlevez le colis.

S’arc-boutant, les assistants soulevèrent la lourde caisse, la firent passer dans le corridor sombre accédant à la rue Daguerre. Déserte était la voie. Le brouillard s’était épaissi. Il arrêtait la vue à quelques pas.

Au bord du trottoir un camion stationnait, ses lanternes formant un halo de lumière rouge dans la brume.

La caisse fut chargée. L’un des hommes monta sur le siège.

– Où allons-nous ? demanda-t-il.

Niari répondit :

– A la gare de Lyon. Enregistrez la caisse pour Marseille, grande vitesse. Destinataire : capitaine du yacht Pharaon.

– Entendu !

La lourde voiture se mit en marche et disparut bientôt dans la brume.

Alors les personnages se dispersèrent, après avoir échangé des signes bizarres avec Niari.

Celui-ci demeura seul auprès de l’homme qu’il accompagnait depuis le début de la soirée.

– Qu’ordonnez-vous maintenant, Seigneur ?

– Nous nous rendons nous-mêmes à la gare de Lyon.

– Nous prenons le train de minuit 45 ?

– Oui. A moins que cela ne te déplaise ?

– Ne raillez pas, maître. Vous savez bien que mon plaisir n’est point mon conseiller.

– Alors quitte cet air tragique.

– Je tâcherai.

– Voilà une bonne parole. En route, bon Niari. Je crois que, ce soir, nous avons bien mérité de l’Angleterre.

Et tous deux se dirigèrent d’un pas rapide vers l’avenue d’Orléans.

Soudain le chef s’arrêta :

– Un mot encore, Niari.

– Votre serviteur écoute, maître.

– Désormais, évite de m’appeler ainsi. Oublie que j’ai été moi. C’est celui que nous avons endormi qui sera désormais ton chef.

– Mais vous-même ?

– Moi, je conserverai le nom sous lequel on me connaît à Paris. Je suis le prince hindou Radjpoor. Rien de plus, tu m’entends ?

– Soyez-en certain.

– C’est grâce à mon concours, à mes relations, que tu as pu trouver celui que les conjurés t’avaient chargé de rechercher en Europe. Tu me ramènes en Egypte comme un ami sûr, un allié courageux…

– Niari mentira autant que vous l’exigerez.

Le jeune homme qui avait adopté le nom de Radjpoor haussa les épaules, puis avec un sourire narquois :

– Marchons donc. Allons rejoindre celui qui dorénavant sera Moi.

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