VI - L'ANCIENNE MACHINE DE MARLY
OU
DE VILLE ET RENNEQUIN.
Il n'existe peut-être pas de machine qui ait eu une réputation aussi colossale que l'ancienne machine de Marly. Son aspect gigantesque, sa complication apparente, le bruit extraordinaire produit par son mécanisme que l'on entendait d'une distance considérable, cette masse de charpentes et de chaînes de fer se mouvant continuellement depuis le bord de la Seine jusqu'au haut de la montagne de Louveciennes, tout enfin dans cette immense machine était fait pour étonner les regards et frapper l'imagination de la foule. Il semble que l'auteur d'un si étonnant travail n'a pu rester inconnu, et cependant, même aujourd'hui, l'on discute encore pour savoir qui il est. Ce fait, qui paraît extraordinaire, s'explique naturellement par l'usage où l'on était, sous Louis XIV, de faire tout au nom du roi ou de ses ministres, et de placer ainsi dans l'ombre et au rang de simples employés des bâtiments les véritables auteurs de la plupart des merveilles exécutées sous le règne du grand roi. Que l'on demande en effet aux historiens à qui sont dus les immenses travaux faits pour amener les eaux de l'Eure à Versailles, ou pour réunir les eaux de pluie et de neige à plus de dix lieues à la ronde, et les verser dans ces réservoirs, si heureusement alimentés aujourd'hui par la nouvelle machine hydraulique de la Seine; qu'on les interroge pour savoir les noms des habiles artistes qui ont exécuté les plus jolis arrangements des jardins de Versailles, et ces magnifiques jets d'eau si habilement et si élégamment disposés, ils nommeront Louis XIV, Colbert et Louvois, et à la suite Mansart et Le Nôtre; mais de l'abbé Picard, de Lahire, de Vauban, de Perrault, de Francine, etc., pas un mot; et il faut, comme nous l'avons fait, aller fouiller dans les archives, dans les registres des bâtiments, pour retrouver les véritables auteurs de tous ces beaux travaux. C'est là ce qui est arrivé aussi pour la machine de Marly. En n'allant pas chercher aux véritables sources, on s'en est rapporté à des on dit plus ou moins désintéressés, et aidé du merveilleux populaire, qui aime toujours à rencontrer des moyens extraordinaires dans l'exécution de choses qui lui paraissent extraordinaires, l'on a ainsi déplacé les rôles, et attribué à un seul, et encore à celui qui y a pris la moindre part, l'honneur de son invention. Reprenons donc un peu l'historique de la machine de Marly, et suivons-le d'après les documents authentiques, dont les pièces vont être mises sous les yeux du lecteur.
Louis XIV venait de désigner Versailles pour son séjour habituel. Colbert, l'exécuteur des volontés du maître, donnait les ordres les plus précis pour hâter les travaux nécessaires à leur accomplissement. Une chose cependant semblait s'opposer aux désirs du roi, et paraissait condamner Versailles à n'être jamais qu'un séjour passager: c'était le manque d'eau. Mais le roi avait parlé, et son ministre avait fait un appel à tous ceux que leurs connaissances spéciales pouvaient mettre à même de résoudre cette importante question. Déjà, des travaux importants avaient été exécutés[68], et non-seulement les eaux de sources, mais encore des eaux recueillies sur les hauteurs environnant Versailles, commençaient à satisfaire les désirs du roi et de son ministre. Sur ces entrefaites, Colbert apprend qu'un gentilhomme liégeois, ingénieur lui-même, vient de faire exécuter dans le domaine des comtes de Marchin, seigneurs de Modave[69] une machine qui élève l'eau à une très-grande hauteur, et qui, appliquée à Versailles, pourrait amener les eaux de la Seine jusque dans cette ville. Il se hâte de lui écrire au nom du roi, et l'engage à venir examiner si, à l'aide d'une semblable machine, Versailles peut être alimenté des eaux qui lui manquent. Ce gentilhomme liégeois était le chevalier de Ville, baron libre du Saint-Empire romain[70]. Vivant dans un pays où l'on construisait de nombreuses machines pour épuiser les eaux souterraines qui nuisent à l'exploitation des houillères et des mines de charbon de terre, il s'était familiarisé avec l'étude de ces machines. Désirant élever l'eau du Hoyoux sur les hauteurs du domaine de Modave, il avait fait construire un de ces appareils déjà employés depuis longtemps dans les mines de Hongrie, lorsqu'il s'agissait de transmettre l'eau à de grandes distances, par-dessus de hautes montagnes[71]. Mais il dut principalement la réussite de son entreprise à l'habileté du constructeur chargé de son exécution, Rennequin Sualem, qu'une grande intelligence et une longue pratique avaient initié à toutes les difficultés de la mécanique.
De Ville se rend aussitôt à l'invitation de Colbert, et arrive à Versailles, accompagné de Rennequin Sualem, car il sent que pour l'exécution de pareille entreprise il ne peut se passer de l'habile ouvrier dont il connaît par expérience toute la capacité.
La réussite d'une mécanique assez puissante pour amener l'eau de la Seine jusqu'à Versailles demandait une chute considérable, pouvant faire mouvoir les grandes et nombreuses roues destinées à lui donner l'impulsion. De Ville suit la Seine dans tous ses contours, la sonde lui-même dans tous ses points, et trouve enfin, entre Chatou et la chaussée de Bougival, une chute assez forte pour la réussite de son entreprise[72].
La chute trouvée, il fallait faire franchir à l'eau de la Seine la distance qui la séparait non-seulement de la hauteur de la montagne de Louveciennes, mais encore du sommet d'une tour élevée sur cette hauteur, et qui, dominant tout le pays, pouvait permettre d'envoyer cette eau soit à Versailles, point principal pour lequel on demandait l'établissement de cet instrument hydraulique, soit à Marly, dont le roi venait d'arrêter la construction, soit même à Saint-Germain[73]. De Ville se mit aussitôt au travail, fit les projets de cet immense appareil, les présenta au roi qui les adopta, et commença aussitôt les travaux.
Il fallait, pour la bonne exécution de ces travaux, qu'ils fussent confiés à des hommes déjà au fait de ces sortes d'ouvrages. De Ville et Rennequin retournèrent à Liége et en ramenèrent une colonie d'ouvriers, charpentiers, menuisiers, forgerons, etc., et de plus de Ville passa des marchés avec les entrepreneurs de ce pays, en sorte que, corps de pompes, mécanismes, cuirs, fers, etc., tout vint de Liége[74].
Toute la partie de la Seine comprise entre le Port-Marly et Bezons était à cette époque presque entièrement divisée en deux bras par une suite de petites îles. Pour que la navigation ne fût pas interrompue et avoir en même temps une grande partie des eaux du fleuve employée au mouvement de la machine, il fallait réunir toutes ces îles, n'en faire qu'une seule digue, et agrandir le bras de la rive droite afin d'en former un canal navigable. Ce fut le premier travail exécuté par de Ville[75]. Cette digue et ce canal, qui ont plus de 10,000 mètres de longueur, furent commencés au mois de mai 1681 et achevés au mois d'octobre de la même année. Pendant ce temps se construisait la machine. Toutes les maisons, terres, vignes, etc., comprises entre l'endroit où se trouvait la chute et les hauteurs de Louveciennes, avaient été achetées par le roi. De Ville s'établit dans l'une des maisons de la chaussée, afin de mieux surveiller les travaux; il y fait construire un modèle de la machine, et Rennequin Sualem, le constructeur et l'inspecteur de cette immense machine, y habite auprès de lui[76].
La science de l'hydraulique était alors peu avancée, surtout en France, et peu de personnes étaient en état de comprendre le mécanisme et les effets de ce grand travail. Des doutes s'étant manifestés sur sa réussite[77], et le roi ayant désiré qu'il fût fait un essai, de Ville fit construire, au moulin de Palfour, sous sa direction, et par deux Liégeois, Lambotte et Georges d'Espa, une machine analogue à celle que l'on construisait en grand à Marly, qui éleva l'eau jusque sur la terrasse de Saint-Germain[78].
Après cette expérience décisive on ne fit plus d'objections, et l'on continua avec activité les travaux de la machine. Nous n'entreprendrons pas d'en faire ici la description complète[79], nous rappellerons seulement qu'au-dessous de la chute, dans la Seine, se trouvaient quatorze roues hydrauliques de 36 pieds de diamètre chacune, mises en mouvement par l'eau de cette chute[80]; ces roues mettaient en jeu huit pompes chargées d'entretenir toujours l'eau à une égale élévation dans un bassin élevé à peu près à la hauteur du bord des autres corps de pompes. Celles-ci, au nombre de soixante-quatre, refoulaient cette eau dans un puisard placé sur le penchant de la montagne. L'eau élevée à ce premier puisard y était reprise par soixante-dix-neuf pompes, et refoulée une seconde fois jusqu'à un second puisard supérieur au premier; là, quatre-vingt-deux pompes achevaient d'opérer l'ascension de l'eau jusqu'au sommet de la tour, dont la plate-forme supérieure est élevée de 154 mètres au-dessus des eaux moyennes de la Seine, et se trouve placée à 1,236 mètres de distance horizontale de la machine en rivière, ou du premier mobile. Comme, par suite de la difficulté que l'on éprouvait alors à bien joindre les tuyaux entre eux, beaucoup d'eau se perdait en montant à la tour, seize pompes étaient placées dans un réservoir situé derrière le puisard supérieur afin de ramener cette eau perdue dans ce même puisard. Pour augmenter la quantité d'eau élevée par la machine, on avait réuni dans un bassin, un peu au-dessous du premier puisard, les eaux assez abondantes de toutes les sources des environs, et huit pompes servaient à les élever dans le second puisard. On voit donc que le produit de la machine était le résultat du travail de deux cent cinquante-trois pompes, placées tant dans le lit du fleuve que dans les puisards établis sur le penchant de la montagne. Tout ce système de pompes était mis en mouvement par les roues hydrauliques tournant par l'impulsion de l'eau du fleuve, qui avaient deux fonctions: l'une de faire mouvoir les soixante-quatre pompes fournissant l'eau reprise successivement par les deux systèmes supérieurs; l'autre de mettre en jeu les longues suites de pièces de communication de mouvement au moyen desquelles les pompes des deux systèmes supérieurs pouvaient faire leur service. Cette transmission du mouvement s'opérait par l'intermède de plusieurs couples de chaînes de fer partant de la Seine, et aboutissant aux points où le mouvement devait être transmis; chaque couple avait ses deux chaînes dans un même plan vertical, attachées d'espace en espace aux extrémités des balanciers, dont les axes de rotation, placés à mi-distance entre les deux chaînes, étaient posés sur des cours de lices établis sur des chevalets. Des manivelles en fer, fixées aux extrémités des axes des roues hydrauliques, agissaient sur les chaînes, dans le sens de leur longueur, par l'intermède de pièces de traction et de rotation. En résultat, lorsque la chaîne supérieure d'une couple était tirée et se mouvait dans le sens de la descente de la montagne, l'inférieure se mouvait dans le sens de la montée, et réciproquement; ces allées et, venues oscillatoires, qui se répétaient plusieurs fois par minute, produisaient des oscillations correspondantes dans les pièces du mécanisme auxquelles les points supérieurs des chaînes étaient attachés, et par suite l'ascension et la descente des pistons des pompes de reprise des puisards. Ces indications sommaires, ajoute M. de Prony, à qui nous empruntons ces détails, suffisent pour motiver l'énorme quantité de fer et de bois dont la montagne se trouvait couverte sur une longueur d'environ 700 mètres.
Actuellement que l'on voit arriver l'eau facilement d'un seul jet au haut de la tour, et avec un appareil d'une grande simplicité, on est étonné de la nécessité où l'on fut alors d'établir cette masse de pompes, de puisards, de leviers immenses, de rouages de toute espèce pour obtenir un résultat bien inférieur à celui d'aujourd'hui. On oublie les progrès faits par les arts industriels depuis ce temps. Alors le jeu des pistons dans les corps de pompes, et l'assemblage des tuyaux étaient tels que l'air s'y introduisait de toutes parts et opposait une énorme résistance à l'ascension de l'eau, et qu'une grande quantité de liquide était perdue sans aucun résultat pour le but qu'on voulait obtenir. Voilà pourquoi, l'eau ne pouvant s'élever d'un jet qu'au tiers de la route qu'elle avait à parcourir, on fut obligé de diviser la machine en trois systèmes de pompes, dont l'un, partant de la Seine, la portait à mi-côte, le deuxième la faisait arriver au réservoir supérieur, et le troisième enfin l'élevait jusque sur la tour; et comme les deux systèmes de pompes, qui reprenaient à mi-côte l'eau refoulée immédiatement de la Seine, ne pouvaient avoir de mouvement qu'en vertu de la force motrice transmise du point inférieur du système général et émanant des eaux mêmes du fleuve, on s'explique la complication apparente de cette machine, son aspect gigantesque et les mouvements bruyants de toutes ces masses, dont on ne pouvait pas, sans instruction et sans étude, saisir la correspondance avec le premier mobile.
Les travaux de cette immense machine, commencés en 1681, étaient déjà assez avancés en 1684 pour qu'on en fit l'essai. Nous avons dit que de Ville, en élevant la tour, avait eu pour but de dominer tous les environs et de pouvoir ainsi, de ce point, diriger l'eau partout où le roi voudrait la distribuer. Pour faire son essai, il fit construire une espèce de tour en charpente[81], sur le sommet de laquelle on vit en effet l'eau arriver ainsi qu'il l'avait promis.
Après cet essai qui levait tous les doutes sur la réussite de la machine, on remplaça la tour en bois par la tour en pierre et le bel aqueduc qui domine, d'une façon si pittoresque, tous les environs. Mansart en dessina les plans, en fit les devis, et fut chargé de la construction. On creusa en même temps les réservoirs de Marly et de Louveciennes, on fit les aqueducs pour conduire l'eau à Versailles, on éleva, dans cette ville, le _gros mur_ de Montreuil, qui reliait la butte de Picardie à la butte de Montbauron, on creusa aussi les réservoirs placés sur cette butte, et Louvois, qui venait de faire exécuter tous ces travaux, eut la satisfaction de voir arriver l'eau de la Seine dans ces derniers bassins, l'année suivante, 1685.
En 1684, après l'essai de l'ascension de l'eau sur la tour, le roi chargea Vauban de visiter la machine et de faire faire les travaux qu'il jugerait nécessaires pour sa confection. Vauban, accompagné de de Ville, examina tout avec la plus minutieuse attention; il admira cet immense travail, et en comprit immédiatement tout le mécanisme et les effets[82]; il fit simplement quelques observations sur la construction de plusieurs parties des digues de la Seine, et crut nécessaire, pour préserver la machine de l'action destructive des glaces, de faire construire au-devant une estacade qui pût les diriger sur la grande digue[83].
Telle est l'histoire, bien abrégée, de la construction de l'ancienne machine de Marly. Mais à qui doit-on cette machine, et quel en est l'inventeur? Il semble, d'après ce récit, que nul autre que de Ville ne doit en recueillir l'honneur, et cependant aujourd'hui l'opinion générale lui conteste cette invention pour l'attribuer à un homme dont nous avons à peine parlé, à Rennequin Sualem. Cherchons donc la cause de cette opinion, et voyons, en consultant les pièces authentiques, quels rôles ont pu jouer, dans l'établissement de cette célèbre machine, de Ville et Rennequin Sualem.
Et d'abord examinons comment s'est établie l'opinion qui en attribue l'invention à Rennequin.
Un Allemand, Frédéric Weidler, professeur à Wittemberg, écrivit, en 1728, un ouvrage intitulé _Tractatus de machinis hydraulicis toto terrarum orbe maximis, Marliensi, Londinensi et aliis rarioribus_. En 1714, il vint visiter la machine qu'il allait décrire. Dans cette visite, qui va lui servir plus tard pour donner le nom de son inventeur, il ne voit ni de Ville, son gouverneur, ni les contrôleurs, ni Vauban, ni Mansart, ni même les entrepreneurs qui avaient eu des rapports directs avec l'inventeur; il se contente de consulter les ouvriers qui ont travaillé dès le commencement avec Rennequin: _Ii autem, qui initiis fabricoe interfuerunt, affirmarunt mihi ad unum omnes, Rannequium illius verum auctorem et fabricatorem, et Villaneum commendatorem apud aulam et veluti ergo dioctem extitisse_.--Et quels étaient ces ouvriers qui lui assuraient ainsi que Rennequin était le véritable inventeur de la machine, c'était toute la colonie liégeoise, Paul Sualem, Toussaint, Siane, etc., tous parents ou amis de Rennequin. Cette assertion de Weidler, répétée, sans contrôle, par les écrivains spéciaux, est restée comme certaine pour ceux qui depuis ont parlé de la machine. Mais ce qui a surtout rendu cette opinion populaire, c'est l'épitaphe gravée sur sa tombe, qui, de l'église de Bougival, où elle était à peine connue avant la Révolution, a passé dans un cabaret de la chaussée, et y est restée pendant de longues années exposée aux regards de tous ceux qui venaient visiter la machine, en indiquant Rennequin comme son seul inventeur[84].
Telles sont les deux seules autorités qui ont fait attribuer à Rennequin l'invention de la machine.
Quelques écrivains modernes ont cherché à rétablir les faits et à rendre à de Ville la place qu'il aurait dû toujours occuper[85]; l'abbé Caron, entre autres[86], dans une notice lue à la Société des sciences morales, des lettres et des arts de Seine-et-Oise, semblait avoir justement attribué à chacun le rôle joué dans la construction de la machine, et nous croyions la question jugée, lorsque nous avons reçu de Liége une, petite brochure[87], dans laquelle non-seulement Rennequin Sualem est regardé comme l'inventeur de la machine, mais où de Ville est traité d'imposteur, et où nous voyons que le conseil communal de Liége, pour honorer l'inventeur de cette machine, vient d'appeler une des rues de la ville du nom de Rennequin. Il nous paraît donc nécessaire de faire connaître les nombreuses pièces qui constatent le rôle joué par de Ville dans l'établissement de la machine de Marly.
Ce qui a beaucoup contribué à faire dépouiller de Ville de son titre d'inventeur de la machine, ce sont surtout sa position de fortune et ses titres. Comment supposer, en effet, qu'un chevalier, baron du Saint-Empire, possédant des terres, pût être en même temps un savant? Non, le baron de Ville n'a dû être que le négociateur de l'entreprise, l'entremetteur de la cour de Louis XIV avec le véritable auteur de la machine, simple ouvrier, _ferè analphabêtos, sed manuariâ arte excellens_[88]. On attribue aussi à Rennequin la construction de la machine hydraulique de la terre de Modave, qui a attiré les regards de Colbert, et comme c'est de cette construction qu'est venue la première idée de la machine de Marly, on en tire la preuve qu'on lui doit l'invention de cette dernière machine. Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que cette machine hydraulique de Modave n'était qu'une imitation de celles dont on se servait déjà depuis longtemps dans les mines de Hongrie et de Suède; que, par conséquent, ce n'était point une invention de Rennequin, et que c'est à de Ville, ingénieur instruit et au courant de tout ce qui avait été fait en ce genre, que l'on en doit l'application dans le domaine des comtes de Marchin.
Suivons maintenant de Ville à la machine de Marly. Avant de penser à établir un mécanisme capable de faire monter l'eau de la Seine à Versailles, il est nécessaire de trouver une chute assez puissante pour faire mouvoir ce mécanisme. Il faut pour cela un homme instruit et expert dans les travaux hydrauliques. Qui est chargé de ce travail? De Ville. Nous le voyons, en effet, rechercher et reconnaître les pentes de la Seine, indiquer et faire exécuter les travaux nécessaires pour établir les digues et agrandir le lit du fleuve laissé à la navigation[89].
La chute trouvée, qui voyons-nous encore préparer et ordonner tous les travaux de construction de la machine, faire arriver les eaux des sources de Prunay, de Louveciennes et de Bougival, afin de les joindre à celles élevées de la Seine? C'est encore de Ville[90].
Le roi désire qu'un essai de ce que peut une machine de ce genre pour élever l'eau soit tenté devant lui. N'est-ce pas encore de Ville, et ici sans le secours de Rennequin, qui fait construire la pompe du moulin de Palfour, et démontre ainsi au roi, par avance, la certitude du résultat de ses opérations[91]?
N'est-ce pas lui aussi que nous voyons, en 1683, indiquer à l'arpenteur Caron, et dessiner sur le terrain les places que devront occuper les chevalets, puisards, réservoirs, etc., nouveaux, nécessités par l'augmentation du mécanisme de la machine[92]?
En 1684, Vauban, chargé par le roi d'examiner la machine, la visite dans tous ses détails, et c'est de Ville qui lui en explique le mécanisme.
On le voit encore non-seulement surveiller et diriger les travaux sur place, mais de plus faire des voyages à Liége pour s'entendre avec ceux qui fabriquent les pompes, et faire venir de ce pays et fers et mécaniques.
Et si on le voit ainsi partout, c'est qu'il ne pouvait en être autrement. N'était-ce pas lui, en effet, qui avait présenté les projets d'après lesquels on exécutait cet immense appareil[93], et n'était-il pas responsable de la réussite de cette machine dont on attendait de si grands résultats? Aussi, lorsque le succès a couronné son entreprise, avec quelle magnificence le roi le récompense! En 1684, après l'expérience de l'arrivée de l'eau au sommet de la tour, le roi lui accorde 6,000 livres de gratification. En 1685, les 6,000 livres de gratification lui sont continuées, et le 28 juillet de la même année, quand l'eau de la Seine est enfin arrivée à Versailles, Louis XIV lui fait un don de 100,000 livres. Puis il lui fait bâtir près de la machine une magnifique habitation[94], le nomme gouverneur de cette machine, et aux 6,000 livres de gratification qu'il conserve sa vie durant, il en ajoute 6,000 de pension[95].
Voilà, d'après les documents que nous donnons à la suite de ce récit, la part de de Ville dans l'établissement de la machine de Marly. Voyons maintenant celle de Rennequin.
Rennequin Sualem était un ouvrier charpentier de Liége, d'une grande intelligence et d'une habileté peu commune. Il tenait le premier rang parmi les constructeurs des mécaniques dont on se servait dans les mines du territoire liégeois pour épuiser les eaux souterraines. On a vu qu'il construisit la machine dont de Ville se servit à Modave pour élever les eaux du Hoyoux. Aussi, lorsque celui-ci fut chargé par Colbert de venir étudier les moyens de donner de l'eau à la ville royale, se fit-il accompagner de l'habile exécuteur de ses idées.
En étudiant les diverses pièces que nous faisons connaître, nous ne voyons apparaître Rennequin que lorsqu'il s'agit de la construction de la machine. Nous le trouvons établi auprès de de Ville, et à la tête de tous ces ouvriers liégeois habitués depuis longtemps à des travaux analogues, les commandant, les dirigeant dans l'exécution d'un mécanisme souvent modifié et amélioré par sa longue pratique et sa haute intelligence; mais nous ne le rencontrons ni lorsqu'il s'agit de la recherche de la chute d'eau nécessaire à l'établissement de la machine et de la construction des digues; ni lorsque, pour augmenter les eaux élevées par la machine, on vient y ajouter celles des diverses sources des environs; ni, enfin, dans la combinaison qui fait distribuer en trois parties distinctes la route que doit suivre l'eau pour son ascension au haut de la tour. Son rôle, enfin, paraît avoir été celui d'un mécanicien plein de sagacité, de connaissances et de talent dans son art, et sans lequel peut-être les idées de de Ville n'eussent pu être exécutées; et c'est probablement dans ce sens que ses compagnons, ayant pu apprécier à l'oeuvre la facilité avec laquelle il saisissait les problèmes les plus difficiles de la mécanique, savait les réduire en pratique, et combien de fois les difficultés les plus grandes avaient été surmontées par lui dans la construction de la machine, l'en regardaient comme le véritable inventeur. Rennequin, enfin, était un habile charpentier-mécanicien, et probablement le premier de cette époque dans ce genre de travail. C'est ainsi qu'il fut toujours considéré pendant sa vie.
En 1688, des pompes et une machine à cheval sont nécessaires pour le service de la maison des demoiselles de Saint-Cyr; c'est Rennequin et Lambotte qui sont chargés de son exécution[96]. Et lorsque la machine de Marly est enfin entièrement terminée, on le voit chargé de sa surveillance, y rester attaché, ainsi que les autres ouvriers de Liége, avec le titre d'ingénieur et de chef des charpentiers liégeois, et on lui accorde en outre un logement spécial et 1,800 livres d'appointements.
Ainsi, il résulte de l'étude de nos documents que de Ville a été véritablement, comme le dit la légende du plan de la machine dessinée en 1688; l'inventeur, et Rennequin Sualem le constructeur de cette célèbre machine, et qu'ils ont été tous deux récompensés suivant le rôle qu'ils avaient joué chacun dans son exécution.
Si cependant quelques personnes, s'appuyant sur l'opinion de Weidler et sur l'inscription de la pierre tumulaire de Bougival, veulent conserver à Rennequin le titre d'inventeur, nous les prierons de se rappeler que Weidler n'a établi son dire, que sur les propos d'ouvriers parents ou amis de Rennequin, et plusieurs années après la mort de celui-ci; et que, quant à l'épitaphe placée par les mêmes parents dans l'église de Bougival après le décès de la veuve de Rennequin, et longtemps après la mort de celui-ci, on y aurait probablement répondu avant la mort de de Ville, arrivée en 1722, si elle n'eût pas été enfouie et ignorée dans un coin obscur dont l'a fait sortir la révolution, pour la livrer à la publicité dans un cabaret de la chaussée. D'ailleurs un acte beaucoup plus sérieux et authentique, son acte de décès dressé du vivant de sa veuve, porte son véritable titre: _constructeur_ et non inventeur de la machine[97].
Que sont d'ailleurs ces deux faibles preuves auprès de celles indiquées dans les notes qui suivent en faveur de de Ville?
Ce sont d'abord les registres des bâtiments qui donnent à de Ville le titre d'_ingénieur_, tandis qu'ils donnent à Rennequin celui de _charpentier liégeois_;--puis le plan de la machine, dessiné par Liévin Creuil en 1688, c'est-à-dire quand elle venait d'être terminée, et qui dit en toutes lettres: «Cette machine a été inventée et exécutée par M. le baron de Ville.» Et plus loin: «Elle a été construite par ordre du roi, sur les projets et par la direction de M. le baron de Ville.»--Les écrivains qui, sous Louis XIV et depuis lui, ont été puiser aux sources et ont parlé de la machine, Dangeau, l'abbé de Choisy, Claude Saugrain, Piganiol de la Force, ont tous attribué son invention à de Ville. _Cassan_, dans un poëme sur l'arrivée de la Seine au château de Marly, de 1699, ne lui fait-il pas dire en passant devant le pavillon que de Ville habitait:
Et reprend en ce lieu l'usage de la voix, Pour se plaindre en passant _du chevalier de Ville_,
· · ·
Qui t'oblige, dit-elle, _avec ton art maudit_ _A venir malgré moi m'enlever de mon lit_?
La _Gazette de France_ de 1682 indique les travaux de la machine comme faits par le _sieur de Ville, gentilhomme liégeois_. La Chesnaye-Desbois, dans son _Dictionnaire de la noblesse_, et le père Anselme, dans l'_Histoire généalogique de France_, disent, en parlant de sa fille qui avait épousé le baron de Montmorency: «Elle était fille d'_Arnold de Ville_, chevalier, etc., gouverneur et directeur de la machine de Marly, _dont il était l'inventeur_[98].»--Le duc de Luynes, dans ses Mémoires, cite aussi de Ville comme l'_auteur de la machine_.--Ceux qui étaient plus à même que tous autres de savoir la vérité sur ce sujet, les contrôleurs chargés plus tard de la direction, le considérèrent toujours comme l'inventeur, et M. Gondouin, dans un rapport écrit en 1792, dit positivement: «Lors de la construction de la machine, le sieur de Ville, mécanicien et _inventeur de la machine_, en fut nommé le gouverneur[99].»
Enfin, lui-même, au moment suprême où le coeur de l'homme s'ouvre à la vérité, dans son testament retrouvé au château de Modave[100], ne vient-il pas consacrer de nouveau son titre d'inventeur en exprimant ainsi l'une de ses volontés: «J'ordonne que tous les ouvrages que j'ai composés concernant les constructions de la machine de Marly soient imprimés suivant mes dessins en grand.»
Il résulte donc positivement de tout ceci que le baron de Ville a été bien véritablement l'inventeur, ou pour mieux dire l'_auteur du projet de construction de la machine de Marly_, et que Rennequin Sualem en a été l'habile et adroit constructeur.
Que maintenant les habitants de la ville de Liége, qui veulent honorer le nom de celui de leurs compatriotes auteur de cette célèbre machine, soient heureux. Leur bonne fortune veut qu'au lieu d'un seul nom, ils en aient deux à offrir en exemple à leur industrieuse population: celui du noble employant les loisirs que lui donne la richesse à cultiver la science pour en faire une application grande et utile, et celui du modeste artisan dont le génie inculte saisit avec facilité les plus hautes conceptions de la science, et sait dans la pratique les résoudre avec bonheur.
PIÈCES JUSTIFICATIVES.
NOTE Nº 1.
DÉPENSES DE CONSTRUCTION DE LA MACHINE DE MARLY,
Extraites des registres des bâtiments du roi, déposés aux Archives de l'Empire.
ANNÉE 1681.
ORDONNANCES.
Au sieur de Ville, gentilhomme liégeois, pour payement des fers corroyés qu'il a fait venir de Liége, pour servir à la machine du moulin de Palfour. 2,845l. 3s. »d. Aux ouvriers. 977 19 »
ORDRES.
26 mars.--Au même, pour _id._ 2,845 3 » Aux ouvriers. 977 19 »
22 juin.--A George d'Espa, taillandier liégeois, pour une manivelle qu'il a livrée pour la machine, _id._ 490 » » Aux ouvriers. 455 10 »
A Lambotte, charpentier liégeois, pour l'entretennement de la machine. Pour trois mois 360 » » A Valland, pour clous 32 1 » ----------------- Total. 5,160l. 13s. 2d.
MARLY 1681.
28 octobre 1681.--A Raoul de Pierre, dit Laporte, charpentier, sur la machine de la rivière de Seine. 2,000l. »s. »d.
OUVRAGES DES ILES DE CROISSY.
ORDONNANCES DU 22 JUIN 1681.
11 octobre.--A Renkin-Sualem, pour son travail et soins à la construction de la machine, pendant un mois. 150 » » A Paul Sualem, autre charpentier liégeois, pour son travail pendant. 150 » »
ORDRES DU 22 JUIN AU 11 JANVIER 1682.
Aubert, charpentier;--Leboeuf, Gonnot, Guyot, Simon, Feuillastre, Boursault, Dupuis, Houet, Morin, terrassiers. Des charpentiers liégeois. Laporte, charpentier. Morel, _id._
A Rankin-Sualem, charpentier liégois, pour un mois de son travail. 150l. »s. »d. Despas, forgeron liégeois. Sommes. 210,575 13 »
ANNÉE 1682.
_Pour les grandes pompes sur la rivière de Seine, pour l'élévation et conduite des eaux à Versailles._
ORDRES
A Laporte, charpentier;--Clerget, Berlin, Ogier, Leroy, Boileau, terrassiers;--Paul Sualem, charpentier liégeois, Rankin-Sualem, _id._;--Toussaint Michel, menuisier liégeois;--Lafontaine, maçon;--Morel, serrurier;--Pauli, maître de forges liégeois;--Arnault, pour loyer de la maison de la chaussée, occupée par les menuisiers et par le modèle de la machine;--Menoiet, marchand de fer et charbon de terre;--Caron, arpenteur;--Dupont, terrassier;--Lemaire, fondeur;--Lahaye, plombier, Despas, _id._;--Devienne, maçon;--Noiret, marchand;--Duvivier, maçon;--Allan, pour charbon;--Devolman, garde de la prévôté de l'hôtel;--de Ville, ingénieur;--Montagne, serrurier;--Miche, menuisier,--Robert, terrassier;--Berger, de Spa, pour fers corroyés;--Lesieur, charpentier;--Frades, de Vienne;--Cuvier, marchand de bois;--Piat, charpentier;--Corbey, cordier;--Baffront, maçon;--Bourienne, terrassier;--Duval, serrurier;--Godefroy, chirurgien, pour pansements de blessés;--au sieur Desvongoins, pour tuyaux;--Pays, pour peaux de vaches;--Langlois, pour ficelles;--Rousseau, charron;--Lecerf, plâtrier;--Aimond, marchand;--Jean Siane, charpentier liégeois;--Hardel, paveur,--Goutier, maçon;--Martin, maçon,--Remy, pour les conduites de grès;--et aux divers ouvriers de la machine.
Sommes. 515,815l. 17s. 1d.
On trouve particulièrement dans ce chapitre:
A Paul Sualem, charpentier liégeois, pour son travail d'un mois. 150 » » A _Renkin-Sualem_, _id._ _id._ 150 » » A Siane, _id._ _id._ 150 » » A Toussaint Michel, menuisier liégeois, _id._ 67 10 » 1er mars.--Au sieur Pauli, maître de forges de Liége, sur les corps de pompe de fer fondu qu'il fait pour la machine.--A-compte. 1,000 » »
(Il y a ainsi plusieurs à-compte.)
12 avril.--A Clerget, maçon, pour payement de 4,920 l. pour ses travaux. 420 » » 5 juillet.--A Allen, pour son payement de goudrons et poix noires, qu'il a livrés. 761 10 » 12 juillet.--_Au sieur de Ville_, ingénieur, sur les fers et autres ustensiles qu'il fait venir de Liége, pour la machine. 900 » »
(Il y a ainsi plusieurs à-compte.)
26 juillet.--A Robert, pour payement de 1,426 l. 13 s. 9 d., pour la maçonnerie de remplissage de la digue qui joint une petite île à l'île de Chatou. 276l. 13s. 9d.
26 juillet.--A Devienne, pour payement de 1,998 l. 15 s. pour la fouille et transport de terre du réservoir, près le premier repos de la machine. 198 15 »
9 août.--A Menoist, pour payement de 2,649 l. 5 s. 2 d., pour fourniture de gros fers et charbon pour ladite machine. 269 5 2
23 août.--A Martin Nicolle, pour payement de deux grands bateaux qu'il a livrés pour servir aux ouvrages de la machine. 257 » »
6 septembre.--A Berlin, pour payement de 2,808 l. 10 s. pour les moellons qu'il a fournis. 408 10 »
6 septembre.--A Raffront, pour payement de 1,354 l., pour moellons qu'il a fournis à la machine. 104 » »
_Id._--A Allen, pour payement de 1,859 l. 5 s., pour le charbon de terre et autres fournitures qu'il a faites. 959 15 »
_Id._--A Menoist, pour payement de 1,879 l. 15 s. 10 d., pour fourniture de gros fers. 879 15 10
13 septembre.--A Berlin, pour payement de 1,404 l. de moellons. 604l. »s. »d.
11 octobre.--A Devienne, pour payement de 11,455 l. 3 s. 7 d., pour ouvrages de remplissage et pavé de la digue. 855 3 7
18 octobre.--A Raffront, pour payement de 1,976 l. de moellons. 761 » 5
_Id._--A Frades et Devienne, pour payement de 8,249 l. 14 s. 4 d., pour moellons. 449 14 4
_Id._--A Noiret, pour payement de 8,874 l. 2 s. 9 d., pour divers ouvrages de fer. 874 2 9
_Id._--A Frades et Devienne, pour complément de 11,455 l. 3 s. 7 d., pour remplissage de la digue, près l'île de Chatou. 300 » »
1er novembre.--A Eux, pour payement de 3,040 l. 11 s., pour moellons. 640 11 »
6 décembre.--A Eux, pour payement de 5,197 l. 10 s., pour 12,300--3/4 de moellons. 1,797 10 »
_Id._--A Charruel, couvreur, pour payement de 422 l. 3 s., pour la couverture de la nouvelle forge. 122 12 3
_Id._--A Mathelin, pour payement de 153 l., pour transport de terre. 53 » »
13 décembre.--A Frades et Devienne, pour payement de 300 l., pour voitures de glaise. 100l. »s. »d.
20 décembre.--A Eux, pour payement de 2,499 l., pour moellons fournis. 999 » »
27 décembre.--A Lamontagne, pour payement de 938 l. 14 s., pour plates-bandes. 438 14 »
Id.--A Menoist, pour payement de 1,998 l. 5 s., pour fers. 398 5 »
En outre:
Octobre 1682.--A Boudet, sur les tuyaux de fer de fonte, qu'il doit livrer pour la machine de la rivière de Seine. 17,300 » »
Au sieur Desvaugoins, sur les tuyaux pour la nouvelle machine de la rivière de Seine. 92,200 » »
Au sieur Lebreton, sur les tuyaux pour la nouvelle machine de la rivière de Seine. 2,000 » »
A Lahaye, _id._ 5,500 » »
A Coulon, _id._ 1,000 » »
ANNÉE 1683.
ORDRES DU 10 JANVIER 1683 AU 2 JANVIER 1684.
A Laporte, Aubert, charpentiers;--Raffront, maçon;--Frades, maçon;--Devienne, maçon;--Noiret, serrurier;--Menoist, serrurier;--Allan, marchand de charbon;--Grey-Spa;--de Ville, ingénieur;--Hardel, terrassier;--Bourienne, _id._;--Gondaut, charron;--Devaux, voiturier;--Martin, terrassier;--Caron, arpenteur;--Lejongleur, pour les eaux;--Arnault, pour loyer;--veuve Raffront, _id._;--Duvivier, Decoste, maçons;--Benoist, terrassier;--Montoque, _id._;--Marchand, paveur;--Mathelin, terrassier;--Langlois, cordier;--Berlin, paveur;--Delaunay, Richard, terrassiers;--Lahaye, plombier;--Morel, serrurier;--Louchard, cordier;--Rousseau, charron;--Langlois, cordier;--Remy, fontainier;--Paul et Rankin-Sualem, charpentiers;--Sianne, _id._;--Miché, menuisier;--Mathieu, plombier;--Desyaugoins, fabricant de tuyaux,--Godefroy, briquetier;--Masson, serrurier;--Laharpe, plombier;--Esmery, _id._;--Boileau, marchand de fer;--Pernolle, _id._;--Bourbonnais, pour un soufflet de forges;--Nicolle, terrassier;--Levasseur, _id._;--Charruel, couvreur;--Delbert, plombier;--Bachelart, voilurier;--Duval, serrurier;--Simon, maçon;--Malin et Vaillant, marchands de fer;--Crosnier, terrassier;--Lambotte, mécanicien;--Viart, terrassier;--Noël, serrurier;--veuve Lavier, menuisier;--Vivret, marchande de toiles;--Namurois, serrurier;--Pays, corroyeur;--Baumont, terrassier;--Racine, _id._;--Belier, _id._;--Renault, serrurier;--Lapoterie, marchand de fer;--Sauvage, _id._;--Gervais, serrurier;--Guessard, id.;--Ansaume, maçon;--Desjardins, tailleur;--Chenet, chirurgien;--Lucas, plombier;--Duremar, serrurier.
Sommes. 858,228l. 15s. 6d.
On trouve particulièrement dans ce chapitre:
A Frades et Devienne, pour payement de 2,025 l., pour le transport des sables provenant de l'atterrissement qui s'est fait au-dessous de la machine dans la rivière de Seine. 75l. »s. »d.
A Menoist, pour payement de 948 l. 13 s., pour fers par lui fournis. 348 13 »
A Allen, pour payement de 1,308 l. 4 s., pour fournitures de charbon de terre. 808 8 »
A Hardel, pour payement de 895 l. 8 s. 4 d., pour pavage qu'il a fait au rétablissement du grand chemin. 95 8 4
A Haffront, pour payement de 5,109l. 5 s. 10 d., pour maçonnerie au deuxième puisard. 359 5 10
A Noiret, pour payement de 7,674 l. 1 s. 6 d., pour fournitures de fers de pieux. 474 1 6
A Marchand, pour payement de 3,229 l. de pavés. 729 » »
A Frades et Devienne, pour payement de 1,747 l. 17 s. 6 d., pour moellons et libage. 947 17 6
A Montagne, pour payement de 1,369 l. 4 s. 4 d., pour ouvrages de fer. 469 4 4
A Frades et Devienne, pour payement de 2,892 l. pour transports de terre. 72l. »s. »d.
Aux soldats suisses, qui ont fait des fascines et travaillé. 123 13 6
A Bourienne, pour payement de 2,736 l. 14 d., pour fouilles au deuxième puisard. 86 14 6
A Marchand, pour payement de 3,229 l. 8 s., pour pavés. 500 » »
A Noiret, pour payement de 1,604 l. 6 s. 6 d., pour fouilles. 304 6 6
A Charuel, pour payement de 439 l. 7 s. 6 d., pour couverture. 39 7 6
A Boileau, pour payement de 6,911 l. 16 s. 8 d., pour gros fer du Nivernois. 411 16 8
A Nicole, pour payement de 1,578 l. 3 s. 4 d., pour fouilles au canal. 78 3 4
A Mathelin, pour payement de 10,453 l. 18 s. 10 d., pour transport de terre. 453 18 10
A Frades et Devienne, pour payement de 3,344 l. 5 s., pour moellons. 1,044 5 »
A Martin, pour payement de 4,642 l. 7 s. 9 d., pour tranchées au bord du nouveau canal. 342 7 9
A Richard, pour payement de 2,684 l. 7 s. 9 d., pour cuivres. 184 7 9
A Frades et Devienne, pour payement de 2,430 l. 45 s., pour moellons. 830l. 15s. »d.
A Duremar, pour payement de 7331l 5 s. 6 d., pour appuis de fer. 133 5 6
A Berlin, pour payement de 500 l., pour démolition. 200 » »
A Frades et Devienne, pour payement de 2,089 l. 10 s., pour moellons. 689 10 »
A Pays, corroyeur, pour payement de 360 l., pour cuirs de vache. 210 » »
A Berlin, pour payement de 819 l., pour 1,900 1/2 de moellons. 419 » »
A Spa, pour payement de fers corroyés fournis par lui, montant à 27,742 l. 14 s. 11 d. 142 14 11
A Raffront, pour payement de 700 l., pour l'atterrissement qui s'est fait par derrière les coursières de la machine. 50 » »
A Lacoste, pour payement de 5,506 l. 10 s., à quoi montent 1,217 toises 1/2 de tuyaux de 8 pouces, relevés et posés a la conduite du Chesnay, 459 toises 1/2 _id._ de 8 pouces, à celle depuis les Moulins de Louveciennes jusqu'au regard du chemin de Versailles, à 50 s. la toise, et 328 toises 1/2 d'un pied, _id._ à 14 l. la toise, et 600 l. de gratification à cause de sa diligence. 656 10 »
A Renault, pour payement de 1,516 l. 12 s. 9 d., pour serrurerie. 572l. 16s. 9d.
A Bourbonnais, pour payement de 938 l. 17 s., pour serrurerie. 50 17 »
A Spa, pour payement de 3,140 l. 11 s., pour serrurerie, pour l'entretien des mouvements de la machine. 1,140 11 »
A André Pernelle, pour, payement de 1,053 l. 10 s., pour serrurerie. 153 10 »
A Desjardins, tailleur d'habits, pour vingt et un juste-au-corps de toile, pour les charpentiers de la machine. 31 10 »
A Thevenet, chirurgien, pour avoir pansé les ouvriers blessés de la machine, depuis le mois de juillet jusqu'au mois d'octobre. 90 » »
Le sieur _de Ville_ fait venir beaucoup de fers et de mécaniques de Liége.
Lejongleur fait les aqueducs pour conduire l'eau de la machine de la rivière de Seine.
ANNÉE 1684.
RECETTE:
De M. Etienne Jehannot, sieur de Bartillat, garde du trésor royal, la somme de 6,000 l. pour délivrer au sieur _de Ville_, gentilhomme liégeois, par gratification, en considération de ses soins pour la construction de la machine de la rivière de Seine, pour la présente année.
_Parfaits payements._
16 janvier 1684.--Au sieur Desvaugoins, 20,000 l. pour avec 64,366 l. 16 s. 9 d. contenus en l'ordre de parfait payement du 28 mars 1683, pour 2,529 toises 1 pied 1/4 de tuyaux de fer de fonte de 8, 6 et 4 pouces 1/2 de diamètre; 43,400 l. qui lui ont été ordonnancées à-compte depuis le 21 février jusques et compris le 3 octobre 1683, et 4,833 l. 3 s. 3 d. qui lui sont retenus pour la garantie pendant une année, faire le parfait payement de 132,600 l., à quoi montent 5,099 toises 1 pied de conduites de fer de fonte qu'il a fournies pour la machine de la rivière de Seine, en 1682 et 1683. 20,000l. »s. »d.
23 janvier 1684.--A Lacoste, 1,254 l. 14 s., pour fournitures de cuirs, vis et mastic, pour la machine de la rivière de Seine, et déposage et reposage de plusieurs conduites de tuyaux en 1683. 1,254 14 »
23 juillet 1684.--A Lejongleur, 1,400 l. pour avec 5,600 l. qu'il a reçues faisant le parfait payement de 7,000 l. à quoi ont été fixés les ouvrages du regard de pierre de taille qu'il a faits proche Marly, pour recevoir les eaux de la machine. 1,400 » »
_Fonds libellés._
14 décembre 1684.--Au sieur _de Ville_, 6,000 l. par gratification en considération de ses soins pour la construction de la machine de la rivière de Seine. 6,000l. »s. »d.
OUVRAGES DE LA MACHINE DE LA RIVIÈRE DE SEINE.
_Maçonnerie._
1684.--DU 9 JANVIER AU 24 DÉCEMBRE.
Donné à Martin Caumont et Anseaume, Raffront, Decotte, Simon, Bertin, Jean Couturier de la Chaussée, Denis Gérard, Drouilly, Mouffle, Frades, Saint-Allard, de la Rue, Lejongleur, Lecerf, Lefébure.
Somme. 141,832 18 »
Remarques.
De Cotte, entrepreneur, construit la tour.
_Charpenterie._
DU 9 JANVIER AU 24 DÉCEMBRE.
A Laporte et Aubert, Langlois, Paillard, Charles Fournet.
Somme. 117.005 5 »
_Couverture._
DU 26 MARS AU 19 NOVEMBRE.
A Dimanche-Charruel.
Somme. 4,070 12 6
_Menuiserie._
LE 23 JUILLET.
A Milot, menuisier, à-compte de ce qu'il a fait au grand puisard de la machine de la chaussée. 200l. »s. »d.
_Ouvrages de fer._
DU 9 JANVIER AU 24 DÉCEMBRE.
A Namurois, Noiret, Morel, Noël, Renault, Dezenstres, Bourbonnais, Ladoireau, Gervais, Delbert, Spa, Martin, Vaillant, Thomas Delaunay, Claude Montagne, Pernelle, Marlin, Massot, Boileau, Fordin, Boutté, Duval, Cucu, Pilon.
Somme. 150,096 13 11
_Ouvrages de cuivre._
DU 16 JANVIER AU 24 DÉCEMBRE.
Au sieur Lerond, bourgmestre de Liége, Delbert, Noiret.
Somme. 30,874 4 8
Remarques.
Le sieur Lerond, bourgmestre de Liége, reçoit 3,000 l. à-compte pour deux cents corps de pompes, qu'il fait pour la machine de la rivière de Seine.
_Pavé._
DU 26 MARS AU 24 DÉCEMBRE.
A Georges Marchand, Lecerf, Lefébure, Petit-Jean.
Somme. 11,952l. 10s. »d.
_Plomberie._
DU 9 JANVIER AU 24 DÉCEMBRE.
A Lucas, Laharpe.
Somme. 38,269 14 »
_Fouilles de terre._
DU 16 JANVIER AU 24 DÉCEMBRE.
A Jean Crosnier de Luciennes, Debecq et Beaumont, Martelin, Jean-Baptiste Crosnier, Bachelart, Racine, Deber, Lefébure, Aubé, Rufron, Michel, Gautier, Audiger, Bertin, Cherly, Léger.
Somme. 24,375 11 1
_Ouvrages extraordinaires._
DU 9 JANVIER AU 24 DÉCEMBRE.
Somme. 22,090 9 9
_Ouvriers à journées._
DU 9 JANVIER AU 24 DÉCEMBRE.
Somme. 19,153 5 7
ANNÉE 1685.
_Parfaits payements d'ouvrages de maçonnerie et terrasses._
7 janvier.--A Guillaume Poullier, 943 l. 5 s., pour payement de 2,243 l. 5 s. pour maçonnerie aux murs qui portent les tuyaux où passent les eaux provenant de la machine. 943l. 5s. »d.
_Gratifications._
20 mai.--A _Rennequin-Sualem_, charpentier liégeois, en considération de ses voyages extraordinaires. 300 » »
_Machine de Marly._
DU 31 DÉCEMBRE 1684 AU 26 AOÛT 1685.
A de Cotte, entrepreneur, à-compte de la maçonnerie qu'il fait à la tour de la machine de la rivière de Seine. 17,500 » »
_Clôture de la machine._
DU 17 JUIN AU 21 OCTOBRE 1685.
A Michel Crosnier, pour payement de pierres, pour la construction d'un puits derrière le réservoir, à mi-côte. 870 10 »
_Maçonnerie et couverture._
DU 28 JANVIER AU 16 DÉCEMBBE 1685.
A Jean de la Rue, maçon, à-compte des ouvrages du magasin et aux murs de terrasse des rigoles, près les grands chevalets, et des couvertures de tuiles aux forges. 21,050l. »s. »d.
_Massifs de maçonnerie derrière les murailles du réservoir à mi-côte._
A Duvivier, pour payement. 2,536 13 4
_Moellons pour la digue de l'île Bautier et la grande digue._
DU 21 JANVIER AU 9 DÉCEMBRE 1685.
A François Berlin, carrier; Jacques Raffront, _id._;--Antoine Hémont, _id._;--Gaspard Hémont, _id._;--J. Frades,--J. Darneville.
Somme. 15,837 1 »
_Parfaits payements de la maçonnerie et moellons pour la machine._
21 janvier.--A Lerouge, carrier, pour payement de moellons, pour l'île de la Chaussée. 104 3 4
A Étienne Potier, _id._ 137 10 »
28 janvier.--A Lecerf, pour payement du quai sur l'île Gautier. 93 15 »
A Ballet, pour payement de pierres dures de Nanterre, pour la grande digue. 194 » »
A Binet, _id._ 58 » »
25 février.--A Lerouge, pour payement de moellons, pour l'île Gautier. 101l. 5s. »d.
11 mars.--A G. Raffront, pour payement de chaux, pour le mur proche la tour. 56 16 8
A Rousselet, pour payement de moellons au quai de l'île la Loge. 27 » »
1er avril.--A Lejongleur, pour payement de 4,745 l., pour tuyaux de grès aux aqueducs des eaux de Prunay, près la machine. 1,345 » »
8 avril.--A Lecerf, pour payement de moellons, à l'île Gautier. 408 10 »
A Roussel, _id._ 27 » »
23 avril.--A Leau, terrassier, pour aplanissement près la tour. 63 » »
6 mai.--A Laroue et Crosnier, pour payement de moellons. 134 » »
27 mai.--A Duvivier, pour payement de 16,386 l. 10 s., pour ouvrages de maçonnerie. 1,986 10 »
15 juillet.--A Laroue, pour payement de chaux. 351 15 »
29 juillet.--A Jean, pour payement de moellons. 40 » »
7 octobre.--A Périgord, pour payement de moellons. 47 10 »
A Jean, _id._ 42 10 »
A Laroue, pour payement de chaux. 245 l. »s. »d.
A Julien, _id._ 302 10 »
A Potier, pour payement de moellons. 44 7 6
18 novembre.--A Lebaille, pour payement de pavé tiré dans les rigoles du côté des Graissets. 25 » »
A Lecerf, Lefébure, Lejongleur, Hémont, Roussel, pour payement de maçonnerie. 2,084 5 »
_Terrasses._
DU 7 JANVIER AU 25 NOVEMBRE 1685.
A Gautier, pour les terres enlevées le long du réservoir, à mi-côte. 677 9 2
_Rigoles et parterre sur la terrasse du pavillon._
23 avril.--A Jean Léger, pour payement de ses ouvrages. 749 15 »
_Terrasses._
DU 7 JANVIER AU 11 NOVEMBRE.
A Cherfils,--Audiger,--Levau, --Gosset,--Horin,--Morille, --Hémont, terrassiers.
Sommes. 11,287 » 11
_Chevilles et coyaux pour les roues de la machine._
16 juillet.--A P. Sauvage et Leclerc. 248 18 »
_Nettoyement, maçonnerie et moellons._
DU 15 JUILLET AU 16 DÉCEMBRE.
A Michel, de la Rue, Hémont 10,960 l. 14 s. 2 d.
_Charpenterie._
DU 31 DÉCEMBRE 1684 AU 16 DÉCEMBRE 1685.
A Raoul de Pierre, dit Laporte, et Jacques Aubert, charpentiers, pour les bois employés dans divers endroits de la machine 8,860 » »
A Mallet, Roussel, charpentiers, pour id. 8,314 11 10
_Couverture._
DU 14 JANVIER AU 2 DÉCEMBRE 1685.
A la veuve Dimanche Charruel 10,390 7 »
_Menuiserie._
DU 12 AOÛT AU 16 DÉCEMBRE.
A Dubois, Bourdon, Massa.
Somme 3,220 » »
_Serrurerie._
DU 31 DÉCEMBRE 1684 AU 21 OCTOBRE 1685.
A Fordrin,--Boutet,--Rouillé,--Landry,--Renault, --Corvieux,--Noël,--Morel,--Montagne,--Cucu, Maslin et Vaillant,--Menoist,--Dezeustres, --Boileau,--Noiret,--Georges de Spa,--Longuet,--Darche,--Michel.
Somme 146,223 6 11
_Ouvrages de cuivre._
DU 15 JANVIER AU 2 DÉCEMBRE 1685.
A Nicolas de Nainville;--Jean Lefond, bourgmestre de Liége;--Mathieu Delbert,--Joseph Royer;--François Namurois. Somme 73,142l. 6s. 10d.
_Plomberie._
DU 14 JANVIER AU 2 DÉCEMBRE 1685.
A Jacques Lucas 32,191 11 7
_Ouvrages de goudron._
DU 31 DÉCEMBRE 1684 AU 16 DÉCEMBRE 1685.
A Michel Deschamps,--Vinant Allen,--Nicolas de Gomas,--Philippe Hormoire,--Calfatiers,--pour payement des ouvrages de goudron qu'ils font aux grands chevalets de la machine de la rivière de Seine 36,076 10 »
_Cuirs de vache._
DU 7 JANVIER AU 2 DÉCEMBRE 1685.
A Proust et Julien Pays, pour cuirs de vache venus de Liége 2,675 » 6
_Loyers de maisons._
7 janvier.--A Thomas Chevalier, successeur d'Arnault, 125 l., pour le loyer de sa maison occupée par l'ancien logement du sieur de Ville: une forge, une écurie, _le modèle et le logement de Rennequin_ pendant le quartier d'octobre 1684 125l. » s. » d.
A Gilles Raffront, 150 l., pour le loyer de sa maison, occupée par le magasin et deux forges de la machine, pendant les quartiers de juillet et d'octobre 1684 150 » »
A Nicolas Malherbe, 22 1. 10 s., pour le loyer de sa maison, occupée par _Jean Beltier_ piqueur à la machine, pendant le quartier d'octobre 1681 22 10 »
8 avril.--A Chevalier, pour le loyer de sa maison, pendant le quartier de janvier 1685 125 » »
A la dame Duchannoy, 36 l., pour le loyer de son pressoir, occupé par _les chevaux du sieur de Ville_, à la machine, pendant une année 36 » »
26 avril.--A Raffront, 75 l, pour le loyer de janvier 75 » »
15 juillet.--A Chevalier, pour le quartier d'avril 125 » »
A Raffront, _id._ 75 » »
A Malherbe, _id._ 22 10 »
18 novembre.--A Chevalier, pour le quartier de juillet 125l. » s. » d.
_Ouvrages extraordinaires de la machine de la rivière de Seine._
DU 31 DÉCEMBRE 1684 AU 16 DÉCEMBRE 1685.
A Duchemin, charron;--J. Crosnier;--Pierre Brady;--J. Leclerc;--P. Potier;--E. Langlois;--Alexis Mercier;--M. Lecerf;--Henri Lenormand, batelier;--V. Frades;--N. Maillot;--C. Lefébure;--Sauvage;--Boucault;--Massa, menuisier;--Cotillon;--Saintard;--Marchand;--C. Caron, arpenteur;--Chambon;--Gaumont; Ricy;--Paul Sualem,--Boursin;--Proust;--Fosset;--Grandhomme, chirurgien;--Tournay;--Paillard;--Thévenet, chirurgien,--Pinault;--Bara.
Somme 7,245 18 6
A remarquer:
Pierre Brady mène dans une voiture un modèle de manivelle de Paris à Maubeuge et de Maubeuge à Chimay.
_Pavés et moellons dans les îles, proche la machine et à la machine._
DU 25 MARS AU 9 DÉCEMBRE 1685.
A Sylvain Mercier,--Léonard Lamoureux,--Ant. Gargot,--Fr. Legrand,--G. Marchand,--Fr. Vatel.
Somme 10,056 l. 14 s. 2 d.
_Ouvriers à journées._
DU 31 DÉCEMBRE 1684 AU 16 DÉCEMBRE 1685.
Aux ouvriers qui ont travaillé à la construction et entretien de la machine de la rivière de Seine. 29,235 9 3
_Clôture de la machine._
DU 11 MARS AU 16 DÉCEMBRE 1685.
A J. Fay, pour les ouvrages de clôture 22,900 » »
_Réservoir de Louveciennes._
DU 11 MARS AU 16 DÉCEMBRE 1685.
A Jean Bailly et Louis Rocher, pour ouvrages de maçonnerie 180,000 » »
_Vitrerie dans les puisards et aux magasins de la machine._
DU 20 MAI AU 16 DÉCEMBRE 1685.
A Cl. Cossette 300 » »
_Menuiserie à la cour de la machine._
1er juillet.--A Michel Dubois 300 » »
_Grosse peinture._
21 octobre.--A J.-B. Fauconnier, pour ouvrages de peinture aux portes et croisées des magasins et puisards 160 l. » s. » d.
_Cordages pour les équipages des puisards._
4 novembre.--A E. Langlois, cordier 150 » »
_Bois de provision pour les magasins de la machine._
18 novembre.--A Ragalus, marchand 300 » »
ANNÉE 1686.
Recettes:
17 janvier.--Du sieur de Bartillat, garde du trésor royal, 6,000 l., pour délivrer au sieur _de Ville_, gentilhomme liégeois, pour gratification en considération de ses soins pour la construction de la machine de la rivière de Seine pendant l'année 1685.
6,000 l. » s. » d.
6 février.--Du sieur de Bartillat, 7,723 l. 7 s. 9 d., pour employer au remboursement des terres, vignes et autres héritages appartenant à divers particuliers occupés par l'aqueduc qui conduit les eaux des sources de la Celle et de Bougival au premier puisard de la machine de la rivière de Seine, en la largeur d'une perche sur toute la longueur pour le fond.
8 février.--Du sieur de Bartillat, 120,533 l. 6 s., pour employer au remboursement du prix principal et non-jouissances des terres, prés, bois et vignes appartenant à divers particuliers, lesquels sont occupés par la grande pièce d'eau que Sa Majesté a ordonné être faite l'année dernière dans les hauteurs de Louveciennes;--par les deux rigoles faites dans lesdites hauteurs qui conduisaient les eaux dans les étangs des Graissets;--par les quatre étangs des Graissets;--par les bois plantés dans les plaines du Trou-d'Enfer et dans les hauteurs de Rocquencourt;--par l'avenue qui conduit de Versailles à Saint-Germain depuis Rocquencourt jusqu'à l'étang de Béchevet;--et par l'espace qui est entre ladite avenue et les murs du Grand-Parc;--par les terres occupées par la grande pépinière qui est au-dessus de Rocquencourt:--par les rigoles qui conduisaient les eaux des hauteurs de Rocquencourt dans les étangs des Graissets;--par l'aqueduc qui conduit les eaux de la machine au réservoir du Chesnay;--et par une partie de l'aqueduc nouvellement fait pour conduire les eaux de la machine dans le réservoir de la butte de Montbauron, jusqu'à l'endroit du puits de l'angle qui est au-dessus du Chesnay;--et encore pour l'indemnité du droit de dimes et les non-jouissances qui étaient dues aux sieurs de Luciennes, comme gros décimateurs dans la paroisse sur cinq cents arpents de terre labourable et vignes qui sont occupés par les travaux que Sa Majesté a fait faire dans les hauteurs de Marly, de Luciennes, et dans l'enceinte de la machine.
12 juillet.--Du sieur de Bartillat, pour délivrer au sieur _de Ville_, par gratification, en considération des soins qu'il a pris pour la construction de la machine de la rivière de Seine 100,000 l. » s. » d.
Dépenses.
_Fonds libellés._
27 janvier 1686.--Au sieur _de Ville_, gentilhomme liégeois, par gratification, en considération de ses soins pour la construction de la machine de la rivière de Seine pendant l'année dernière 6,000l. » s. » d.
17 février.--A divers particuliers pour le remboursement des terres, vignes et autres héritages à eux appartenant, occupés par l'aqueduc qui conduit les eaux des sources de la Celle et Bougival au premier puisard de la machine de la rivière de Seine 7,723 7 9
A divers particuliers, pour remboursement du prix principal et non-jouissances des héritages occupés par les quatre étangs des Graissets et autres travaux faits sur les hauteurs de Luciennes 120,533 6 »
28 juillet.--Au sieur _de Ville_, par gratification, en considération des soins qu'il a pris pour la construction de la machine de la rivière de Seine 100,000 » »
27 octobre.--A Noël, serrurier, à-compte des tréteaux de fer pour les conduites de tuyaux dans l'aqueduc sous la tour de la machine 800l. » s. » d.
A Lahaye, plombier, à-compte des tuyaux de 6 pouces posés dans le deuxième puisard de la machine au haut de la montagne de Luciennes 2,400 » »
Au sieur Mezeret, greffier de l'écritoire, à-compte du travail aux toisés d'ouvrage de la machine de Marly 400 » »
A Morel, serrurier, sur les fers d'équipages aux pompes du deuxième puisard de la machine 300 » »
1er décembre.--A Menoist, marchand de fer, à-compte des chevrons de fer de la machine 800 » »
A Aubert, charpentier, à-compte des pieux qu'il a fait battre pour contre-garder les îles, et à la chute de la grande digue de la machine 3,100 » »
A la veuve Lemaire, fondeur, pour payement de deux robinets pour la conduite des eaux de la machine 237l. 16 s. » d.
A Bertin, pour moellons à la machine 600 » »
A Mathieu, fondeur,à-compte des tambours, tuyaux coudés et passières de cuivre, fournis pour les mouvements de la machine 600 » »
Au sieur Desvaugoins, sur les tuyaux de la machine 1,000 » »
_Payements d'ouvrages de maçonnerie et terrasses._
A Aubrat, entrepreneur, pour payement d'un bout d'aqueduc qui sert de communication du puits de l'Angle aux grands aqueducs venant des Graissets 390 » »
A lui,--pour payement de 1,597 l. 10 s. à quoi montent le gravoillage pour poser le ciment aux aqueducs venant du regard au-dessus des étants des Graissets 17 10 »
_Aqueduc pour la communication des deux proche le puits de l'Angle._
Du 29 septembre au 22 décembre.--A Lafosse, sur l'aqueduc pour la décharge des eaux de la machine de la Chaussée 950 » »
_Gages payés par ordonnance._
DU 6 JANVIER 1686 AU 18 JANVIER 1687.
A _Rennequin-Sualem_, charpentier liégeois, employé à la machine. 1,800 l. » s. » d.
A Miché, menuisier liégeois, employé à la machine. 720 » »
A Monget, qui a soin d'apporter la hauteur des eaux de la machine. 900 » »
MACHINE DE MARLY.
_Maçonnerie._
DU 3 MARS AU 8 DÉCEMBRE 1686.
A J. Delarive,--à J. Fay,--à J. Frades,--à Ant. Hémon,--Bailly-Lamoureux,--Pottier.
Somme. 21,902 17 6
_Terrasses._
A J. Chapeau,--Depautre,--Cherfils.
Somme. 7,327 10 »
_Charpenterie._
A Raoul de Pierre et J. Aubert,--Laporte,--Claude Garde,--Nicolas Roussel.
Somme. 23,757 16 »
_Couverture._
A Étienne Yvon. 1,100 » »
_Menuiserie._
A Nicolas Dubois,--Elisabeth Breton,--Gilles Massa.
Somme. 6,691 l. 2 s. 8 d.
_Ouvrages de fer._
A J. B. Boileau,--Cormieux,--J. Rouillé,--F. Michel,--d'Arche,--Guerreau,--Noël.
Somme. 8,732 3 9
_Manivelles._
A J. Proust,--G. Longuet,--J. Longuet,--C. Jean,--A. Fordrin et Boulet,--F. Pasquier,--P. Noiret,--Menoist,--Th. Cucu,--Morel,--V. Morel,--Renault.
Somme. 132,024 6 »
_Ouvrages de cuivre._
A J. Royer,--Dezeustres.
Somme. 27,500 » »
_Plomberie._
A J. Lucas. 3,000 » »
_Ouvrages de goudron._
A M. Deschamps. 2,050 » »
_Braye._
A Clerx. 349 2 »
_Chandelle_.
A Haulmoire. 1,189 l. 1 s. 6 d.
_Corps de pompe d'Aulne_.
A Cimery. 112 7 6
_Cuirs de vaches_.
A J. Pays. 576 » »
_Loyers de maisons_.
A Th. Chevalier,--Malherbe,--Raffront. 169 10 »
_Pavé_.
A Georges,--Legrand. 4,360 1 »
_Ouvrages extraordinaires_.
A divers ouvriers. 4,886 8 8
Ouvriers à journées. 19,719 12 »
_Vitrerie_.
A Cl. Cosset. 79 16 6
_Grosses peintures_.
A J.-B. Fauconnier. 210 » »
_Potin_.
A Noiret. 7,922 » »
_Cordages_.
A E. Langlois. 292 10 »
ANNÉE 1687.
RECETTES.
De M. Gédéon Dumetz, garde du Trésor royal, 9,000 l., pour délivrer au sieur _de Ville_, savoir: 6,000 l. par gratification, en considération des soins qu'il a pris de la machine de la rivière de Seine pendant l'année dernière 1686, et 3,000 l. de pension extraordinaire que Sa Majesté lui a accordées pendant les derniers mois de la même année.
DÉPENSES.
_Dépenses extraordinaires de Versailles._
DU 5 JANVIER AU 21 DÉCEMBRE 1687.
Au sieur _de Ville_, gentilhomme liégeois, pour achat et frais de voiture de cinquante-un lauriers de Flandre, pour Versailles. 1,274 l. 10 s. » d.
_Fonds libellés_.
DU 9 JANVIER 1687 AU 19 JANVIER 1688.
Au sieur _de Ville_, 6,000 l., en considération des soins qu'il a pris de la machine de la rivière de Seine pendant l'année 1686, et 3,000 l. de pension extraordinaire pendant les six derniers mois de la même année. 9,000l. » s. » d.
MACHINE DE MARLY.
Maçonnerie.
A Larue,--J. Fay,--J. Bailly,--Le Boisselier. 121,960 » »
_Terrasses_.
A Bourienne,--de Pautre,--Cherfils,--J. Frades,--Hémont.
Somme. 5,184 l. 16 s. 3 d.
_Charpenterie_.
A Raoul de Pierre (dit Laporte),--J. Aubert. 21,997 14 »
_Couverture_.
A E. Yvon. 511 10 7
_Menuiserie_.
A M. Dubois,--Berton,--Nivet. 1,507 14 5
_Serrurerie_.
A J. Rouillé. 392 6 »
_Charbon_.
A P. Dailly. 154 10 »
_Fers d'équipages_.
A F. Noël,--Longuet. 1,833 9 »
_Clous et cuirs forts_.
A J. Proust. 2,836 19 »
_Manivelles_.
A Longuet,--Gordrin. 2,347 16 »
_Ouvrages de fer_.
A M. Deseustres,--Noiret,--Menoist. 3,450 » »
_Entretien de la serrurerie de la machine._
A Renault,--Morel. 14,784 l. 12 s. » d.
_Ouvrages de cuivre._
A J. Royer. 28,630 19 1
_Plomberie._
A J. Lucas. 6,600 » »
_Goudronages._
A M. Deschamps,--Levasseur, calfatiers. 2,576 17 4
_Chandelles et pots à brûler._
A Haulmoir. 750 » »
_Vitrerie._
A Cossette. 119 1 »
_Pavé._
A Renoult. 500 » »
_Peinture._
A Fauconnier. 120 » »
_Diverses dépenses._
A divers fournisseurs. 1,454 2 1
Remis au sieur Lebegue, sur les réparations de la machine. 12,021 » »
_Cordages._ A Langlois, cordier. 310 10 »
_Ouvriers à journées._
A divers ouvriers. 17,498 1 »
_Gages_.
Au sieur Cochu, employé au toisé des terres à la machine. 3,600 l. » s. » d.
Au sieur _Rennequin-Sualem_, employé à la machine. 1,800 » »
A Mauger, qui a soin d'apporter la hauteur des eaux. 900 » »
Au sieur de la Maison-Blanche, employé au magasin de la machine. 900 » »
_Gratifications_.
9 janvier.--A Gilles Lambotte et _Rennequin-Sualem_, qui ont travaillé aux pompes et à la machine à cheval de Saint-Cyr. 115 » »
9 janvier.--Au sieur Proust, courrier de la poste à Liége, en considération des soins qu'il a pris des envois faits pour la machine de Seine. 150 » »
ANNÉE 1688.
Recettes.
De M. Étienne Jehannot, sieur de Bartillat, 12,000 l. pour délivrer air sieur _de Ville_, savoir: 6,000 l. par gratification en considération des soins qu'il a pris de la machine de la rivière de Seine pendant l'année 1687, et 6,000 l. de pension extraordinaire que Sa Majesté lui a accordées pendant la même année.
_Fonds libellés_.
25 janvier.--Au sieur _de Ville_, savoir: par gratification en considération des soins qu'il a pris de la machine de la rivière de Seine, et de pension extraordinaire que Sa Majesté lui a accordée. 12,000 l. » s. » d.
A la veuve Nicolas de Bise, pour payement de la dépense du changement et transport du moulin à vent situé vis-a-vis des piles du grand aqueduc de la machine, et rétablissement d'icelui a un autre endroit des environs de Marly. 3,074 10 »
Il résulte de ce relevé des dépenses de la machine, qu'en 1681 et 1682 elles s'élevèrent à 923,558 12 7 En 1683 970,828 1 11 En 1684 713,776 2 7 En 1685 678,183 5 6 En 1686 415,183 13 » En 1687 248,957 7 9 En 1688 3,074 10 » ____________________ Total 3,953,561l. 13s. 4d.
NOTE Nº 2.
Il existe dans le cabinet de M. Dufrayer, directeur actuel de la machine, à qui nous devons l'établissement du nouvel instrument hydraulique de la Seine, un plan magnifique de l'ancienne machine de Marly.
Nous transcrivons ici le titre et la légende qui l'accompagnent. Ce titre est orné d'un très-bel encadrement et surmonté d'un portrait de Louis XIV, le voici:
VEUE DE LA MACHINE DE MARLY
qui élève l'eau de la rivière de Seine et de plusieurs sources, 535 pieds par des mouvements continuez, 530 toises de longueur pendant 700 toises de chemin.
Cette machine sert à embellir les maisons royales de Versailles, de Trianon, de Marly, et peut servir à Saint-Germain en Laye.
Elle a été construite par ordre du Roy, sur les projets et par la direction de M. le baron de Ville.
LÉGENDE.
1º Rivière neuve faite pour la navigation.
2º Ouvrages construits pour garantir les îles contre la rivière.
3º Iles.
4º Digues sèches pour entretenir les niveaux de la rivière et préserver les îles.
5º Grande digue qui barre l'ancien cours de la rivière.
6º Coffre pour renvoyer la chute de la rivière dans son ancien cours, et amortir l'impétuosité de la chute de la rivière du bas de la digue.
7º Digue sèche faite au travers des îles pour arrêter les grandes inondations et barrer un ancien bras de la rivière.
8º Épaulement contre les glaces, qui sert de soutien à la machine.
9º Éperon contre les glaces.
10º Canal devant la machine où passaient anciennement les bateaux.
11º Canal au-dessous de la machine.
12º Grilles contre les glaces.
13º Pont des grilles.
14º Pont des vannes.
15º Toit qui couvre les équipages des vannes.
16º Huit balanciers en bascule, qui élèvent l'eau de la rivière par le moyen chacun de huit corps de pompes, de sept pouces de diamètre et de cinq pieds de jeu.
17º Conduites posées crainte du feu, lesquelles arrosent toute la machine.
18º Vingt gros balanciers, ou varlets, qui tiennent aux manivelles, pour donner les mouvements aux chaînes.
19º Quatorze roues de trente-sept pieds de diamètre.
20º Treize rangées de balanciers, qui portent les mouvements des roues dans les puisards supérieurs et alternatifs.
21º Sept rangées de balanciers, qui portent les mouvements des manivelles aux puisards d'amy-côte et aux puisards des sources.
22º Estacade pour guider les glaces sur la grande digue.
23º Maison du contrôleur et magasin.
24º Chemin de Saint-Germain.
25º La forge d'en bas, d'amy-côte, avec les supérieures, la fonderie et le magasin.
26º Les puisards d'amy-côte, et celui alternatif.
27º Puisards des sources.
28º Réservoir des sources.
29º Réservoir d'amy-côte.
30º Puisard supérieur, où il y a treize équipages qui font aller quatre-vingt-deux corps de pompes sur la tour.
31º Conduites qui portent l'eau sur la tour.
32º Réservoir du baron de Ville.
33º La tour où sont portées les eaux de la machine.
34º Aqueduc qui conduit les eaux dans les réservoirs.
35º Pavillon, basse-cour et jardin de M. le baron de Ville.
36º Les trois portes de la machine.
37º Réservoir de Luciennes.
38º Réservoir du Trou-d'Enfer.
39º Les trois réservoirs de Marly.
40º Chemin de Versailles a Marly.
41º Château de Marly.
42º Chapelle de Marly.
43º Les douze pavillons de Marly.
44º L'église de Marly, dite Saint-Vigor.
45º Le Chenil.
46º Les jardins de Marly.
47º Le grand parc de Marly.
48º La maison et jardin de M. de Cavois.
49º L'église et le village de Luciennes.
Cette machine a été inventée et exécutée par M. le baron de Ville, dessinée par Liévin Creuil, en 1688, gravée en 1708, et finie en 1716, par Pierre Giffart, graveur du roy. Elle se vend a Paris, chez ledit Giffart, rue Saint-Jacques, à l'Image Sainte-Thérèse, avec privilège du roy.
NOTE Nº 3.
_Extrait du journal de Dangeau._
Tome Ier.--Mardi, 13 juin 1684.
Le roi et monseigneur allèrent a Marly, qu'on trouva fort avancé; ensuite on passa aux regards de M. de Ville, pour voir arriver les eaux.
Tome Ier.--Vendredi, 10 août 1685.
Le roi alla se promener à cheval à la machine de M. de Ville.
_Extrait de la_ Gazette de France _de_ 1682, _page_ 358.
De Versailles, le 26 juin 1682.
Ces jours passez, le roy alla voir les travaux que le sieur de Ville, gentilhomme et échevin de Liége, fait faire sur la Seine afin d'élever l'eau de cette rivière quatre cent soixante-dix pieds de haut pour estre conduite ici, et la première épreuve en fut faite en présence de Sa Majesté avec beaucoup de succez.
NOTE Nº 4.
Vauban, chargé par le roi de visiter la machine de Marly, donne une instruction pour établir une estacade biaise devant la machine afin de diriger les glaces sur la grande digue, et pour refaire certaines parties des digues.
Cette instruction est signée de lui, et datée du 27 février 1684. Il y parle de de Ville comme chef de la machine.
Le devis, pour faire cette estacade, est signé par Pierre Delaporte, entrepreneur, et par le marquis de Louvois.
Ces deux pièces font partie des archives de la machine de Marly.
Nous devons la communication de ces pièces, et de toutes celles qui proviennent des archives de la machine, à l'obligeance de M. Dufrayer, directeur actuel, qui nous a permis de visiter un à un tous les cartons renfermés dans ces archives.
NOTE Nº 5.
Procès-verbal et état général des terrains situés dans les îles appartenant à divers particuliers et dont le roy a fait l'acquisition pour l'élargissement de la rivière neuve.
L'an mil six cent quatre-vingt-un, onzième jour de mai et jours suivants, je, Claude Caron, arpenteur ordinaire du roy, et la maîtrise des eaux et forêts de Saint-Germain en Laye, demeurant a Paris, rue de Jouy, paroisse Saint-Paul, de présent a Louveciennes, commis par Sa Majesté pour faire ces mesurages et arpentages, plans figurés et cartes des bois et terres dans l'étendue des environs de Versailles, dont Sa Majesté acquiert la propriété, me suis transporté suivant l'ordre de messire Jean-Baptiste Colbert, chevalier, etc., conseiller du roy, ordinaire, etc., sur la terre de Croissy, dans les îles côtoyantes le bras de la rivière de Seine, en présence de M. Lambert, architecte et contrôleur des bâtiments de Sa Majesté, qui m'avait montré et désigné les piquets qu'il avait fait planter pour élargir iceluy, pour faire un canal navigable _à cause de la machine qui se devait construire dans la rivière pour élever l'eau au château de Versailles_, afin de connaître a la suite ce qui aurait été pris par la fouille qui en sera faite par ledit élargissement, en conséquence de quoi j'ai mesuré, arpenté et levé le plan, tant dudit bras de Seine que des îles, prés et terres adjacentes, dont j'ai fait une carte et figures pour servir en temps et lieu.
Et le vingtième jour d'octobre et jours suivants, je me suis d'abord transporté aux susdits endroits (_le canal étant entièrement fini et navigable_), pour faire l'arpentage final de ce qui a été pris par ledit élargissement d'iceluy et ce qui est occupé par les terres et vidanges qui en proviennent et par le chemin fait pour le tirage des bateaux, tant sur la terre de la seigneurie de Croissy que dans les îles appartenant a plusieurs particuliers dont le roy acquiert la propriété afin de les en dédommager.
Et le douzième jour de janvier 1682 et jours suivants, je me suis pareillement transporté, suivant l'ordre de mondit seigneur, _à la machine qui a été faite depuis ledit temps pour élever l'eau au château de Versailles_, où étant, j'avais trouvé _M. de Ville, ingénieur de ladite machine_, avec ledit sieur Lambert, qui m'avaient montré et désigné les endroits où devaient passer les mouvements d'icelle, puisards et conduites des eaux jusques aux étangs des Gressets, comme aussi les rigoles et conduites des eaux de Bougival, Louveciennes et Prunay, qui descendent au premier puisard pour être enlevé avec l'eau de ladite rivière, afin de faire aussi l'arpentage des terres et vignes qui pouvaient être occupées, et considérer ces choses en l'état qu'elles pouvaient être, afin d'en faire au juste l'estimation, pour parvenir au remboursement que Sa Majesté en doit aussi faire; et auparavant de procéder, j'avais fait publier aux prônes des paroisses, afin d'avertir les particuliers a qui appartiennent lesdits héritages de venir montrer les limites et séparations d'icelles terres, tenants et aboutissants, et au défaut de plusieurs qui ne seraient comparus, j'aurais eu recours aux anciens habitants des lieux qui m'auraient fait la démonstration d'iceux, en même temps j'ai fait marquer les séparations desdites terres et ensuite mesurer et arpenter suivant la désignation qui en a été faite.
Et le quinzième jour de février 1683, je me suis d'abord transporté avec ledit _sieur de Ville dans les îles de la rivière de Seine et les terres adjacentes de la machine, pour marquer l'étendue qu'il désirait être prise pour Sa Majesté étant occupée et partagée par l'augmentation des chevalets, puisards, réservoirs, aqueducs, conduites de tuyaux, bâtiments et autres travaux faits et iceux_. Après avoir le tout considéré, _j'aurais fait planter des piquets aux endroits marqués par ledit sieur de Ville_, afin de faire l'arpentage et mesurage desdites terres, comme celles ci-devant, ce que j'aurais exécuté et aurais, après ledit mesurage, _fait faire des fossés pour marquer la séparation des terres dont Sa Majesté acquiert la propriété_ dans celles qui restent aux particuliers _suivant l'ordre dudit sieur de Ville_, dont six pieds au delà dudit fossé appartenant pareillement à Sadite Majesté, qui ont été laissés pour servir de chemin et passage; de toutes et chacune desdites terres et autres héritages ci-devant déclarés, j'ai fait plan, et figures, le tout coté et par chiffres comme au présent procès-verbal, dont la teneur et déclaration en suit.
Suit le détail des différentes terres et leur contenance.
Extrait des archives de la machine de Marly.
NOTE Nº 6.
Pentes des rivières de Seine depuis 100 toises au-dessus de la pointe de Bezons jusques à la machine, dont toutes les pentes et les longueurs sont prises a l'égard desdites 100 toises.
Toises. Pieds. Pouces. Lignes.
100, pointe de Bezons » 2 »
130, milieu de l'ancienne digue de la pointe A » 5 6
_Id._ ancienne rivière,--A » 1 »
200, milieu de la digue de Bezons.» 7 »
_Id._ ancienne rivière » 1 6
300, nouvelle » 9 6
400, _id._ » 11 6
500, _id._ 1 » 4
600, _id._ 1 1 2
700, _id._ 1 2 »
770, digue de la Morue 1 5 »
_Id._ ancienne rivière » 4 »
800, nouvelle 1 5 8
900, _id._ 1 6 6
1,000, _id._ 1 8 »
1,200, pointe de la petite île de Carrière 1 9 4
1,400, petite porte des jardins de Carrière 1 10 8
1,600, nouvelle 2 » »
1,800, _id._ 2 1 2
2,000, nouvelles perches pour le poisson 2 2 4
2,200, nouvelle. 2 3 »
2,350, le dessus du pont de Chatou. 2 3 6
2,400, milieu de la digue de Chatou. 2 4 3
_Id._ ancienne rivière. 1 10 6
2,600, nouvelle. 2 7 6
2,800, _id._ 3 1 »
3,100, milieu de la digue de Croissy. 3 8 9
_Id._ ancienne rivière. 2 1 »
3,200, nouvelle. 4 » 6
3,400, _id._ 4 9 3
3,600, _id._ 5 4 6
3,800, _id._ 5 9 9
3,900, digue de la Chaussée. 5 11 »
_Id._ ancienne rivière. 2 4 »
4,000, nouvelle. 6 1 »
4,250, nouvelle vis-à-vis la machine. 6 4 »
_Id._ ancienne au-dessus de la machine. 2 6 »
_Id._ ancienne sous la machine. 6 8 9
Pointe de Bezons. » 2 3
Ancienne digue de la pointe, nouvelle rivière. » 8 6
Ancienne rivière. » » »
Digue de Bezons, nouv. riv. » 10 9
Ancienne rivière. » » 3
Digue de la Morue, nouv. r. 1 8 2
Ancienne rivière. » » 3
Digue de Chatou, nouv. riv. 1 11 4
Ancienne rivière. 1 8 4
Digue de Croissy, nouv. riv. 4 1 2
Ancienne rivière. 2 1 8
Digue de la Chaussée, n. r. 6 2 2
Ancienne rivière. 2 2 6
Nouvelle rivière vis-à-vis la machine. 6 10 »
Ancienne rivière au-dessus de la machine. 2 7 4
Ancienne rivière au-dessous de la machine. 7 1 4
Pentes des rivières de Seine, depuis 100 toises au-dessus de la pointe de Bezons, jusqu'à la machine, toutes lesdites pentes et les longueurs étant prises à l'égard desdites 100 toises.--La digue n'étant pas fermée.
Longueurs. Pieds. Pouces. Lignes.
100, pointe de Bezons, anc. riv. » 2 »
_Id._ _id._ nouv. r. » 2 »
130, ancienne digue de la pointe, ancienne rivière. » 1 »
_Id._ ancienne digue de la pointe, nouvelle rivière. » 5 »
200, digue de Bezons, anc. riv. » 1 6
_Id._ _id._ nouv. r. » 7 »
770, digue de la Morue, anc. riv. » 4 »
_Id._ _id._ nouv. r. 1 5 »
2,400, digue de Chatou, anc. riv. 1 10 6
_Id._ _id._ nouv. r. 2 4 3
3,100, digue de Croissy, anc. riv. 2 7 »
_Id._ _id._ nouv. r. 3 8 9
3,900, digue de la Chaussée; a. r. 2 4 »
_Id._ _id._ n. r. 5 11 »
4,250, Ancienne rivière au-dessus de la machine. 2 6 »
Nouvelle rivière vis-à-vis la machine. 6 4 »
Ancienne rivière au-dessous de la machine. 6 8 9
Les divers devis pour les digues sont de l'année 1681, et signés de Colbert.
Extrait des archives de la machine de Marly.
NOTE Nº 7.
Les renseignements suivants ont été pris dans les archives de la machine de Marly:
1º La tour en pierre et l'aqueduc de Louveciennes ont été construits en 1684, sur les plans et sous la direction de Mansart. Les devis de ces constructions, signés de lui, sont aux archives de la machine.
2º Dans un rapport de M. Lucas, contrôleur de la machine, adressé en janvier 1784 à M. le comte d'Angeviller, on trouve l'observation suivante sur la cause qui fit élever la tour:
«Le point capital de l'établissement de la grande tour a été d'y monter l'eau de la rivière, afin de dominer tous les endroits où cette eau communique.»
3º Dans une note sur les contrôleurs, qui paraît aussi avoir été écrite par M. Lucas, on lit:
«M. Delespine père, contrôleur de la machine, l'a été environ quarante-quatre ans; il est entré au département de la machine en 1707, sous le règne de Louis XIV, et sous le gouvernement du chevalier Arnold de Ville, qui n'est mort qu'en 1722. Il était gouverneur (M. de Ville) depuis le commencement de la machine, et a été le seul qu'il y ait eu dans ce département.»
Et plus loin:
«Après M. Lambert, qui a été le premier contrôleur, c'est M. _Cochu_ qui l'a remplacé. Il était ingénieur des fortifications que l'on faisait dans ce temps a Maubeuge, et c'est le chevalier de Ville qui l'a tiré de cet endroit pour le faire venir à la machine.»
4º En 1792, M. Gondouin, contrôleur, adresse à M. Laporte, intendant de la liste civile, un rapport dans lequel il fait l'historique suivant des officiers de la machine:
«Lors de la construction de la machine, en 1680, le sieur de Ville, mécanicien et inventeur de la machine, en fut nommé le gouverneur, avec 18 à 20,000 livres, et le logement du pavillon de Luciennes, occupé aujourd'hui par madame du Barry. Les sieurs Lambert, Petit et Cochu, successivement contrôleurs, jusqu'en 1683, eurent 4,000 livres d'appointements, et 1,000 livres de gratification. Le sieur Delespine père eut le même traitement jusqu'en 1742, où il fit recevoir son fils adjoint à sa place, et demanda que sur les 4,000 livres de traitement il en fût donné 1,000 livres a son fils. A la mort de M. Delespine père, le fils lui succéda jusqu'en 1749, et il n'eut plus pour appointements que 3,000 livres et 1,000 livres de gratification. Le sieur Tarbé succéda au sieur Delespine fils en 1749, avec les mêmes appointements jusqu'en 1754, où il obtint de commuer en pension sa gratification de 1,000 livres. Le sieur Lucas succéda au sieur Tarbé en 1768, et n'eut plus que 3,000 livres, sans aucune espèce de gratification, ce qui est mon traitement actuel.»
5º Les personnes qui attribuent à Rennequin l'invention de la machine donnent comme une preuve les faveurs du gouvernement envers sa famille; et ils racontent qu'une demoiselle Lambotte, presque centenaire, et petite-nièce de Rennequin, était logée aux bâtiments de la machine, et jouissait d'une pension prise sur les fonds affectés à l'entretien de l'établissement. On va voir par la lettre ci-après quelles étaient ces faveurs du gouvernement.
Lettre du sieur Lucas, contrôleur de la machine, à M. le comte d'Angeviller:
«Monsieur le comte,
»J'ai l'honneur de vous informer du décès de mademoiselle Marie-Benoist Lambotte, fille d'un ancien inspecteur de ce département, qui jouissait d'un petit logement dans les mansardes au-dessus de celui de l'inspecteur actuel, et d'une pension de 400 livres sur le trésor royal.
»Je suis, etc.»
C'était là une faveur que l'on accordait a toutes les femmes des employés de la machine morts en exercice.
NOTE Nº 8.
Renseignements sur de Ville et Rennequin, puisés dans divers ouvrages:
1º Curiosités de Paris, de Versailles, Marly, Vincennes, Saint-Cloud et ses environs, par Claude Saugrain; Paris, 1716.
Cette machine (de Marly) étonnante _a été inventée par le chevalier de Ville_, et n'a sûrement jamais eu de pareille dans le monde.
2º Nouvelle description des châteaux et parcs de Versailles et de Marly, par Piganiol de la Force; Paris, 1764.
La grosseur de ce volume, dit Piganiol, suffirait à peine pour en décrire la construction (de la machine), les mouvements et les effets. Peu de gens sont d'ailleurs capables de les comprendre, puisque _M. de Ville assure qu'il n'a presque trouvé que feu M. le maréchal de Vauban qui, en voyant ce merveilleux ouvrage, en ait connu la plupart des effets_.
3º Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, par l'abbé Expilly; Amsterdam, 1766.
_Cette machine a été inventée par le chevalier de Ville_.
4º État de la France.--Janvier 1708.
La machine de Marly, qui fournit d'eau de la rivière de Seine les châteaux de Marly, de Versailles et de Trianon.
_M. le baron de Ville_ a le gouvernement et la direction de cette machine, lequel a d'appointements et de pension 12,000 livres.
Entretien de la ferrure des pistons et de la serrurerie des bâtiments, le sieur Lempérier.
Entretien des ouvrages de cuivre, le sieur Lemoine.
Entretien des couvertures des maisons dépendantes de la machine, le sieur Charuel.
Entretien des cuirs forts pour les pompes, le sieur Nolant.
Entretien de la maçonnerie, du moellon et cailloux des digues, le sieur Loison.
Entretien des vitres, le sieur Cosset.
Entretien du pavé des puisards, le sieur Regnout.
Un contrôleur, M. Delespine.
Un garde-magasin, le sieur Creté.
Un charpentier liégeois, le _sieur Rennequin_.
Les fêtes et dimanches, les Récollets viennent dire la messe à cette machine pour les ouvriers.
NOTE Nº 9.
L'ARRIVÉE DE LA SEINE AU CHATEAU DE MARLY.
Poëme, par M. Cassan, _Mercure galant_, année 1699.
L'auteur décrit d'abord le cours de la Seine avant son arrivée au château de Marly.--Au moment où le fleuve se resserre par suite des travaux d'endiguement, il décrit ainsi la machine:
Mais enfin son penchant lui faisant violence, L'entraîne dans ce lieu, malgré sa résistance, Et fait voir à la nymphe, au delà du tournant, Le formidable objet d'un travail surprenant. Comme on voit en hiver la forêt des Ardennes, Quand la bise a fait choir le feuillage des chênes, Et chassé les voleurs de tous les défilés, Présenter ses vieux troncs qui paraissent brûlés; Ainsi se voit de loin la machine effroyable, Ouvrage de nos jours, qui paraît incroyable, Avec tout l'attirail de son corps hérissé De rouage et de ponts, l'un sur l'autre exhaussé, Dont les bras, s'étendant vers le haut de la côte, Meuvent les balanciers comme on voit une flotte, Que la vague entretient dans le balancement, Incliner tous ses mâts à chaque mouvement. Quoi! dit-elle en voyant la machine étonnante, Serai-je donc contrainte à poursuivre ma pente, Et me faire rouer parmi tous les ressorts Que je vois remuer par de si grands efforts! Non, non, dit-elle alors, la nymphe de la Seine Se mêlera plutôt avec l'eau qui l'entraîne, Et, par son changement, saura bien éviter Les outrages cruels qu'elle voit apprêter. Ainsi dit, à l'instant elle se rend liquide; Son corps va se mêler avec l'onde rapide, Et, dans le fil de l'eau, tâche de s'allonger, Croyant par ce moyen éviter le danger. Mais en vain, car aux ponts cent pompes aspirantes L'enlèvent de son lit à reprises fréquentes, Et la livrent ensuite aux pistons refoulants, Qui font pour l'enlever des efforts violents. Alors par ces efforts elle sent qu'elle monte Vers le haut du coteau dans des tuyaux de fonte, Qui vont la revomir au prochain réservoir, Où cent autres tuyaux viennent la recevoir. Là, les pistons changeant leur manière ordinaire, Pressent de bas en haut par un effet contraire. Elle reçoit le jour pour la seconde fois, Et reprend en ce lieu l'usage de la voix, Pour se plaindre en passant _du chevalier de Ville_ Qu'elle voit sur sa gauche avec son air tranquille. _Qui t'oblige_, dit-elle, _avec ton art maudit, A venir malgré moi m'enlever de mon lit_? A ces mots les pistons lui coupant la parole, Le clapet la retient, s'ouvrant à tour de rôle, Et la fait parvenir, après tant de détours, Sur le haut du regard pour lui donner son cours. De là sur l'aqueduc, sa pente naturelle Lui fait prendre bientôt une route nouvelle. Enfin elle descend par des tuyaux de fer Dans un long réservoir appelé _Trou d'Enfer_.
Après cette description, le poëte la fait arriver dans les jardins de Marly, où, brillant d'un nouvel éclat, elle concourt à l'ornement des jardins du grand roi.
Ces vers sont reproduits dans _le Mercure de France_ d'avril 1739.
NOTE Nº 10.
En 1681, Charles II d'Angleterre, sachant combien Louis XIV désirait avoir de l'eau à Versailles, lui envoya sir Samuel Morland, célèbre mécanicien anglais. Ce sir Morland fut d'abord employé par Cromwell à des missions diplomatiques. Après le rétablissement de Charles II sur le trône, il fut tout à fait dans les bonnes grâces du roi, qui le créa baronnet, gentilhomme de la chambre privée, et le nomma maître des mécaniques du roi. Il venait d'inventer une machine qui élevait l'eau de la Tamise jusqu'à la plus haute corniche du château de Windsor, quand Charles II, croyant faire plaisir au roi de France, lui envoya cet ingénieur. En 1683, Morland fut reçu par Louis XIV, dans son château de Saint-Germain, où il lui expliqua ses inventions. Il chercha à démontrer au roi qu'à l'aide d'une mécanique beaucoup plus simple et bien moins dispendieuse que la machine de Marly, il obtiendrait un résultat bien plus satisfaisant, puisqu'il avait la prétention de faire arriver d'un seul jet l'eau de la Seine sur les hauteurs de Louveciennes. Il paraît que ses démonstrations ne convainquirent pas le roi, puisque l'on n'en continua pas moins les travaux de la machine. Il fit un essai de son invention au château du président de Maisons; cet essai n'eut point un résultat favorable; il en explique la raison dans un ouvrage qu'il publia en 1685, intitulé:
Élévation des eaux pour toutes sortes de machines, réduites à la mesure, au poids, à la balance, par le moyen d'un nouveau piston et corps de pompe, et d'un nouveau mouvement cyclo-elliptique, en rejetant l'usage de toute sorte de manivelles ordinaires.--Paris, Michallet, 1685, in-4º.
Après avoir décrit sa nouvelle invention, il parle ainsi des explications qu'il fit devant Louis XIV:
«C'est par le moyen de cette nouvelle manière de piston, corps de pompe, et mouvement cyclo-elliptique, que l'on peut aisément, et en peu de temps, fabriquer une petite machine et la réduire à la mesure, au poids et à la balance, conformément aux démonstrations oculaires et convaincantes que j'ai eu l'honneur de montrer au roi, à Saint-Germain, en l'année 1683. Et cette machine, dont la construction ne montera pas à une grande somme, ni son entretien annuel à dix pistoles, peut pousser, par la force d'un cheval, tout le produit d'eau de la fontaine de la ville d'Avrée, jusqu'au haut du château de Versailles, d'ici à cent années, tout au long du grand chemin, dans un tuyau de plomb d'environ sept lignes de diamètre intérieur, et d'environ trois lignes et demie ou quatre d'épaisseur.»
Et plus loin, en parlant de l'essai qu'il fit au château de Maisons, il dit:
«Que si j'avais eu douze grandes roues pareilles, posées dans un bâtiment d'un moulin, semblable à celui de Maisons, la où la rivière de Seine aurait eu une pente de huit ou neuf pieds, j'aurais fait lever plus de deux mille pouces d'eau à la hauteur perpendiculaire de quatre cents pieds, par des machines qui auraient duré plus d'un siècle, sans avoir coûté cinq cents pistoles par année pour les entretenir.»
On voit ici une critique indirecte de la machine de Marly, dont l'entretien annuel était fort coûteux.
NOTE Nº 11.
Nous devons a l'obligeance de M. Parent de Rosan communication d'un travail manuscrit de M. Stanislas Bormans, archiviste de Liége, sur cette question controversée de l'auteur de la machine, d'où il résulte les faits suivants relatifs à de Ville.
De Ville, né le 15 mai 1653, était fils de Reynaud de Ville, bourgmestre de Ville. Il passa la plus grande partie de sa jeunesse chez les comtes de Marchin, seigneurs de Modave. C'est dans ce domaine qu'il fit exécuter, avec Rennequin, la machine dont la célébrité engagea Colbert à le faire venir à Versailles. Après la construction de la machine, il en fut nommé gouverneur, et, Louis XIV lui ayant fait construire une habitation, il resta en France. Mais il avait toujours les yeux tournés vers son pays, et, a la mort du dernier comte de Marchin, il acheta la terre des Modaves, dont il devint ainsi le seigneur, et y mourut le 22 février 1722.
M. Bormans a retrouvé dans l'église de Modave sa pierre tumulaire, portant l'inscription suivante:
Ci gist noble et illustre seigneur, Arnould de Ville, baron libre du Saint-Empire romain, seigneur des Modaves, etc., né le 15 mai 1653,--mort le 22 février 1722.
Il a retrouvé aussi son testament, dans lequel est ainsi consignée l'une de ses volontés:
J'ordonne que tous les ouvrages que j'ai composés, concernant les constructions de la machine de Marly, soient imprimés suivant mes _desseins_ (sic) en grand.
Le dernier des comtes de Marchin, Ferdinand, vint en France à l'âge de dix-sept ans, après la mort de son père. Capitaine-lieutenant des gendarmes de Flandres, en 1673, on le voit s'élever de grade en grade jusqu'à celui de maréchal de France, qui lui fut conféré en 1703. Il est très-probable que, tenant déjà un rang distingué à la cour de France, il fit savoir à Colbert, qui recherchait partout les moyens de faire venir de l'eau à Versailles, l'établissement de la machine hydraulique exécutée dans son domaine de Modave, par de Ville et Rennequin. Il mourut sans postérité, à la suite d'une blessure qu'il reçut dans un combat près de Turin, le 7 septembre 1706. Ce fut à cette époque et par suite de l'extinction des comtes de Marchin, que le chevalier de Ville se rendit propriétaire du domaine des Modaves, et que probablement il reçut le titre de baron du Saint-Empire romain, attaché à quelques-unes des terres de ce domaine, achetées par le père du dernier comte de Marchin. Quoique devenu seigneur des Modaves, il n'en conserva pas moins le titre de gouverneur de la machine de Marly jusqu'à sa mort, arrivée le 22 février 1722.
NOTE Nº 12.
FAMILLE DE VILLE.
Anne-Léon de Montmorency, premier du nom, chef des noms et armes de sa maison, baron de Fosseux, seigneur de Courtalain, Bois-Ruffin, le Plessis, d'Arroue, etc., né en 1705, appelé le baron de Montmorency, successivement capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes d'Anjou en février 1735, brigadier de cavalerie le 20 février 1743, capitaine-lieutenant des gendarmes de la reine en décembre 1744; maréchal de camp le 1er mai 1745; menin de feu M. le Dauphin en 1746; lieutenant général des armées du roi le 10 mai 1748; nommé chevalier de ses ordres le 2 février 1749; reçu le 25 mai suivant, et chevalier d'honneur de Madame Adélaïde, en octobre 1750, fille de feu Louis XV, a été nommé, le 21 octobre 1771, commandant en chef du pays d'Aunis.--Il a épousé: _1º le 11 décembre 1730, Anne-Marie Barbe de Ville, morte en couche le 13 août 1731, fille et unique héritière de feu Arnold de Ville, chevalier, baron libre du Saint-Empire romain, etc., gouverneur et directeur de la machine de Marly, dont il était l'inventeur, et d'Anne-Barbe de Courcelles_; et 2º le 23 octobre 1752, Marie-Madeleine-Gabrielle de Charette de Montebert, d'une ancienne noblesse de Bretagne, veuve, en premières noces, de Louis de Serent, marquis de Kerfily, et en secondes, de Henri-François, baron d'Avaugour, comte de Vertus, etc.
Extrait du Dictionnaire de la noblesse, par de la Chesnaye-Desbois, tom. X, p. 411.
Ajoutez à l'article de Anne-Léon de Montmorency: Il épousa, le 11 décembre 1730, Anne-Barbe de Ville, morte à Paris le 13 août 1731, dans sa dix-neuvième année, fille d'Armand, baron de Ville, et d'Anne-Barbe de Courcelles, dont il eut [*] N. de Montmorency, né au mois d'août 1731.
Extrait de l'Histoire généalogique de France, par le P. Anselme, tom. IX, p. 417.
[*] Ce fils fut Anne-Léon de Montmorency, deuxième du nom, appelé le marquis de Fosseux, né le 11 août 1731; par son mariage en secondes noces avec Charlotte-Anne-Françoise de Montmorency-Luxembourg, le 21 septembre 1767, il a pris le titre de duc de Montmorency, que lui apportait sa femme.
Dictionnaire de la noblesse de la Chesnaye-Desbois, tom. IX, p. 411.
MORTS DANS LE MOIS D'AOUT 1731.
Le 13 de ce mois, dame Anne-Marie-Barbe de Ville, épouse de Anne-Léon de Montmorency, chef du nom et armes de la maison, premier baron chrétien en France, enseigne des gendarmes de Berry, seigneur de Courtalin, Bois-Ruffen, le Plessis-d'Arouë, le Poilay, le Vernay, les deux Modaves, de Biemrcé, de Banderesse, de Fermée, Termoyne, etc., mourut âgée de dix-huit ans sept mois.
_Mercure de France_, août 1731, p. 2044.
On lit dans les mémoires du duc de Luynes, à la date du mardi 2 mai 1739:
«Madame de Châteaurenaud a un frère qu'on appelle le baron de Montmorency, qui est celui qui avait épousé mademoiselle de Ville (_M. de Ville était chargé de l'entretien de la machine de Marly et en était regardé comme l'auteur_). M. le baron de Montmorency est veuf depuis quelques années.»
NOTE Nº 13.
Acte de baptême de Rennequin, ou mieux Renier Sualem, extrait des registres d'état civil tenus par les anciens curés de Jemeppe, province de Liége:
«29ª januarii 1645, baptisatus Renerus filius Renardi Sualem, et Catharinæ David, susc. Leonardo Alard et Anna Simon.»
Acte de décès de Rennequin, extrait des registres de l'état civil de la commune de Bougival, département de Seine-et-Oise:
«L'an de grâce mil sept cent huit, le lundy trentième de juillet, a esté inhumé dans l'église de Notre-Dame de Bougival le corps de deffunt René Soüalem, autrement dit Rennequin, premier ingénieur du roy à la machine et constructeur de la machine, mort d'hier à onze heures et demie du matin, âgé de soixante-quatre ans et demi, en présence de M. Levesque, curé, M. Lherminot, brodeur du roy, de M. Prévotel, vicaire de cette paroisse, qui ont signé: Lherminot, Levesque, Prévotel, Ricard.»
ÉPITAPHE GRAVÉE SUR LA TOMBE DE RENNEQUIN.
D. O. M.
«Cy-gissent honorables personnes sieur Rennequin Sualem, seul inventeur de la machine de Marly, décédé le 29 juillet 1708, âgé de soixante-quatre ans, et dame Marie Nouelle, son épouse, décédée le 4 mai 1714, âgée de quatre-vingt-quatre ans, laquelle, pour satisfaire à la dernière volonté dudit deffunct sieur Rennequin, son mari, a fondé à perpétuité en cette église de Bougival une messe basse tous les premiers lundys de chaque mois de l'année, un service complet le 29 juillet de chaque année, jour du déceds dudit deffunct, et vingt libéras pour être dits sur leurs _sepulturs_, scavoir les quatre grandes festes de l'année, les quatre _principalles_ festes de la sainte Vierge, et les douze autres tous les premiers dimanches de chaque mois de l'année, à l'issue des vespres; à quoi les sieurs curé et marguilliers de l'oeuvre et fabrique de ladite paroisse se sont obligés faire dire et célébrer mesme fournir les pain, vin, luminaire et ornements nécessaires, et ce, moyennant certaine _sôme_ que ladite dame leur a payée, _ainssy_ qu'il est plus au long porté par le contract passé devant Dupuis et Gervais, notaires au Châtelet de Paris, le 2 août 1710.
»Priez Dieu pour leurs âmes.»