‹ Curiosités infernalesChapitre 15 sur 26 · I.--NATURE DES ESPRITS

I.--NATURE DES ESPRITS

«Il y a, dit un manuscrit de magie[1], plusieurs sortes d'esprits de différents ordres et de différents pouvoirs. Les terrestres sont les gnomes qui sont les gardiens des trésors cachés... Les nimphes résident aux eaux. Les silphes habitent dans les airs. Les salamandres habitent dans la région du feu. Il faut noter que tous ces esprits sont sous la domination des sept planètes.»

[Note 1: Opérations des sept esprits des planètes, manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal, n° 70, p. 1.]

Pour Taillepied[1], les corps des esprits sont de l'air. «Pour résolution donc de ce point, dit-il, il faut conclure que les corps des esprits, quand ils se veulent apparoistre, sont de l'air. Et comme l'eau s'amasse en glace, et quelquefois se durcit et devient cristal, ainsi l'air duquel les esprits s'enveloppent, s'espaissit en corps visible. Que si l'air ne peut suffire, ils peuvent rester parmi quelque chose de vapeur ou d'eau, pour leur donner couleur, comme nous voyons cela advenir en l'arc qui est aux nuées, lequel, comme dit le poëte au quatriesme des Énéides:

[Note 1: Traicté de l'apparition des esprits, etc., par F.-N. Taillepied. Paris, Fr. Julliot, 1617, in-12, p. 186.]

Du clair soleil à l'opposite estant Mille couleurs diverses va portant.

Il n'est pas bon d'attribuer aux esprits angéliques tant bons que mauvais, les membres de vie, comme les poulmons, le coeur et le foye: car ils ne vestent pas des corps pour les vivifier ains seulement pour se faire voir et s'en servir comme d'instruments. Il est vray qu'ils boyvent et mangent, mais ce n'est pas par nécessité, c'est afin que, se manifestant à nous par quelques arguments, ils nous donnent à entendre la volonté de Dieu.»

«Loys Vivès, au premier livre de la Vérité de la religion chrestienne, escrit, dit le même auteur[1], qu'ès terres nouvellement descouvertes n'y a chose si commune que les esprits qui apparoissent environ midy, tant ès villes comme aux champs, parlent aux hommes, leur commandent ou défendent quelque chose, les tourmentent, espouvantent et battent aussy... Olaus le Grand, archeveque d'Upsale, escrit au second livre de son Histoire des peuples septentrionaux, chapitre troisième, qu'il y a en Irlande des esprits qui apparoissent en forme d'hommes qu'on aura cogneus, ausquels ceux du pays touchent en la main avant que de sçavoir rien de la mort de ceux qu'ils touchent. Quelques-uns pensent que ce ne sont pas ames des trespassez, ains seulement démons surnommez par les anciens Lémures ou loups garoux, Faunes, Satyres, Larves ou masques, Manes, Pénates ou dieux tutélaires et domestiques, Nymphes, Demy-dieux, Luittons, Fées et d'une multitude d'autres noms; mais comme il n'y a point de répugnance que les démons, soient bons ou mauvais, ne se représentent aux hommes sous quelque forme visible, aussi, il ne répugne point que les âmes séparées ne s'apparoissent ainsy, le tout par la permission de Dieu et sa volonté.»

[Note 1: Page 100.]

Le comte de Gabalis[1] raconte que «Un jour il fut transporté en la caverne de Typhon, qui n'est pas fort esloignée des sources du Nil du costé de la Libie, par une jeune sylfe qui avoit conceu une forte passion d'amour pour luy; il y trouva une salamandre qui après un long discours qu'elle luy fit de la nature des estres spirituels et nuisibles, de leur naissance et de leur mort, ajouta: «Je suis sur le poinct de voir finir une vie qui a desjà duré 9715 ans et qui doit aller jusqu'à 9720 ans qui est l'aage des demy-dieux; voicy, comte, un présent que je vous fais dont vous ne connoistrez bien le prix qu'après que vous l'aurez gardé quelque temps, je vous prie de l'estimer pour l'amour de moy», puis elle disparut. C'estoit des secrets merveilleux escritz sur des escorces d'arbre, en langue égyptienne, que la belle sylfe luy expliqua... et d'où il prétendoit avoir tiré son excellent livre.

[Note 1: Les Sorts égyptiens, manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal, n° 94, préface.]

«Le plus célèbre des gnomes, d'après M. Alf. Maury[1], est Alberick, qui était commis à la garde du trésor des Niebelungen. Les gnomes fuient la présence du jour, habitent sous les pierres, comme nous l'apprend l'Avismal, et dans les cavernes, ainsi qu'on le dit dans les Niebelungen. Plusieurs légendes racontent comment des gnomes ont été découverts sous des pierres, derrière lesquelles ils étaient blottis. Telle est la légende dans laquelle il est question d'un de ces nains, qu'un jeune berger trouva près de Dresde, sous une pierre, et qu'il employa dès lors à garder ses troupeaux.»

[Note 1: Les Fées du moyen âge, p. 70.]

S'il y a dans le monde des esprits quelques géants, en général ils se présentent plutôt sous la forme de nains.

«Dans toutes les contrées septentrionales, les croyances relatives aux Elfes sont associées à d'autres relatives aux nains, dit M. A. Maury[1]. Les légendes sur ces êtres singuliers sont fort nombreuses en Allemagne; elles nous les représentent comme les génies de la terre et du sol; mais outre les nains proprements dits, les dwergs ou dwerfs et les bergmännchen, tout le peuple des esprits participe de ce caractère de petitesse. Les Elfes, les Nix, les Trolls nous sont représentés comme d'une taille plus qu'enfantine. Les Berstuc, les Koltk[2] n'ont que quelques pouces de hauteur. En Bretagne, il en est de même des fées ou Korrigans. Mille contes, mille Mährchen disent comment des laboureurs, des paysans les ont découverts cachés sous une motte de terre reposant à l'ombre d'un brin d'herbe[3].»

[Note 1: Les Fées du moyen âge, p. 80.]

[Note 2: Berstuc, Maskrop et Koltk sont les noms que reçoivent les nains chez les Wendes. Cf. Mash, Obotritische alterthumer, III, 39. Les nains, sont appelés en danois, dverg; en allemand, zwerg; en vieil allemand, duuerch; en flamand, dwerg; aux îles Feroe, drorg, drôrg; en écossais, duergh; en anglais, dwarf.]

[Note 3: Voyez, par exemple, dans Keightley, la légende de Reichest, t. I, p. 24.]

D'après les croyances bretonnes, il existe des génies de la taille des pygmées, doués, ainsi que les fées, d'un pouvoir magique, d'une science prophétique. Mais loin d'être blancs et aériens comme celles-ci, ils sont noirs, velus et trapus; leurs mains sont armées de griffes de chat et leurs pieds de cornes de bouc; ils ont la face ridée, les cheveux crêpus, les yeux creux et petits, mais brillants comme des escarboucles, la voix sourde et cassée par l'âge.

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