‹ D'un pays lointain: Miracles; Visages de femmes; AnecdotesChapitre 12 sur 35 · III

III

Cependant, tous les soirs, quelques instants avant minuit, le prince Astère, vêtu tel qu’un bouvier, mais un bouvier d’une noble élégance, s’en allait tout seul vers l’étable. D’une main, il tenait un long bâton de frêne et, de l’autre, une pauvre lanterne sourde à vitres de corne; chaussé de sabots fumés, il sortait par une porte secrète, en faisant le moins de bruit possible, et fermement il s’engageait dans les sentiers obscurs qui conduisaient à la ferme, à une assez bonne distance de son palais. Les jeunes prétendantes y étaient menées en carrosses: lui, le prince, y allait à pied, comme un valet de labour qui regagne sa pauvre litière, et tout en marchant dans la boue, il rêvait.

Il rêvait que peut-être il allait trouver blottie sous la paille fraîche l’ange au cœur humble et aux yeux purs que le ciel _devait_ lui envoyer, la fille adorable qui aurait compris que la pauvreté est le chemin de l’exaltation et que, pour arriver à la couche du roi, il faut passer par la porte de l’étable.

Mais il trouvait toujours l’étable vide, et il avait beau sonder la litière avec son long bâton de frêne et, avec sa lanterne, éclairer tous les recoins de la demeure des bonnes génisses, il ne voyait rien, il ne trouvait rien que les bonnes génisses qui dormaient, des brins de foin pendant sur leurs fanons. Il les caressait, demeurait là, un instant, à humer l’air tiède et musqué, puis il sortait et, ayant laissé retomber le loquet de bois, il reprenait tristement son chemin, rentrait en son palais et se couchait, affligé par l’orgueil des vierges.