I
Jose était tout petit. Il allait à l’école, en suivant les chemins creux, en sautant les barrières, en se coulant à travers les haies, en musant et dénichant les nids, en cueillant les fraises ou les noisettes, les surettes ou les pimprenelles. C’était un garçon doux et obéissant; mais, sitôt seul, il redevenait aussi instinctif et aussi sauvage qu’une belette ou qu’une musaraigne. Pas plus qu’aucune créature humaine, il n’était fait pour obéir; l’œil, pourtant, le domptait, ou la parole. Tant que l’impression subsistait il se courbait, humble sous la volonté du plus fort.
Un jour donc qu’il allait à l’école en faisant tournailler comme une fronde la musette ou sa mère avait mis un morceau de pain et une pomme, il rencontra Josette qui, tout comme Jose s’en allait à l’école.
Josette pleurait. Elle avoua qu’on l’avait punie et qu’elle s’était enfuie en colère sans manger sa soupe. Elle avait faim. Jose lui donna son pain et sa pomme, et la petite l’embrassa pour le remercier. Elle ne pleurait plus; elle eut envie de jouer. Ils jouèrent à aller à cloche-pied, à marcher sur les genoux, à se coucher sur l’herbe.
Le maître d’école, qui se promenait avant la classe, les rencontra et leur dit sévèrement:
--Vous êtes deux petits polissons! Est-ce ainsi que l’on joue? Il faut jouer sérieusement. Pourquoi ne jouez-vous pas à qui saura le mieux le nom de toutes les sous-préfectures, ou les noms des affluents de la Loire, ou les divisions du système métrique? Vous finirez mal, je le crains... (Il branlait la tête.) Et puis, et puis... Quoi? Garçon et fille! Les petits garçons doivent aller d’un côté et les petites filles de l’autre. Jose, va-t’en par ici, et toi Josette, va-t’en par là.
Puis, satisfait, il reprit le chemin de l’école: mais, peu à peu, ses cheveux se dressaient sur sa tête, car il prévoyait le malheureux sort auquel se destinaient ces enfants.
Il murmurait:
--Autorité, discipline, géographie, orthographe..., autorité, discipline...