‹ De l'Amour Édition revue et corrigée et précédée d'une étude sur les oeuvres de Stendhal par Sainte-BeuveChapitre 111 sur 163 · XCVIII

XCVIII

J'en conviens, dès le lendemain d'une grande action, un orgueil sauvage a fait tomber ce peuple dans toutes les fautes et les niaiseries qui se sont présentées. Voici pourtant ce qui m'empêche d'effacer les louanges que je donnais autrefois à ce représentant du moyen âge.

La plus jolie femme de Narbonne est une jeune Espagnole à peine âgée de vingt ans, qui vit là fort retirée avec son mari, Espagnol aussi et officier en demi-solde. Cet officier fut obligé, il y a quelque temps, de donner un soufflet à un fat: le lendemain, sur le champ de bataille, le fat voit arriver la jeune Espagnole; nouveau déluge de propos affectés: «Mais, en vérité, c'est une horreur! comment avez-vous pu dire cela à votre femme? madame vient pour empêcher notre combat!»--_Je viens vous enterrer_, répond la jeune Espagnole.

Heureux le mari qui peut tout dire à sa femme. Le résultat ne démentit pas la fierté du propos. Cette action eût passé pour peu convenable en Angleterre. Donc la fausse décence diminue le peu de bonheur qui se trouve ici-bas.