‹ De l'Amour Édition revue et corrigée et précédée d'une étude sur les oeuvres de Stendhal par Sainte-BeuveChapitre 67 sur 163 · XIV

XIV

Ravenne, 23 janvier 1820.

Les femmes ici n'ont que l'éducation des choses; une mère ne se gêne guère pour être au désespoir ou au comble de la joie, par amour, devant ses filles de douze à quinze ans. Rappelez-vous que dans ces climats heureux, beaucoup de femmes sont très bien jusqu'à quarante-cinq ans, et la plupart sont mariées à dix-huit.

La Valchiusa, disant hier de Lampugnani: «Ah! celui-là était fait pour moi, il savait aimer, etc., etc.,» et suivant longtemps ce discours avec une amie, devant sa fille, jeune personne très alerte, de quatorze à quinze ans, qu'elle menait aussi aux promenades sentimentales avec cet amant.

Quelquefois les jeunes filles accrochent des maximes de conduite excellentes: par exemple, Mme Guarnacci, adressant à ses deux filles et à deux hommes qui en toute leur vie ne lui ont fait que cette visite, des maximes approfondies pendant une demi-heure, et appuyées d'exemples à leur connaissance (celui de la Cercara en Hongrie), sur l'époque précise à laquelle il convient de punir, par l'infidélité, les amants qui se conduisent mal.