‹ De l'Amour Édition revue et corrigée et précédée d'une étude sur les oeuvres de Stendhal par Sainte-BeuveChapitre 89 sur 163 · LVII - LVIII

LVII - LVIII

Le mari d'une jeune femme qui est adorée par son amant qu'elle traite mal, et auquel elle permet à peine de lui baiser la main, n'a tout au plus que le plaisir physique le plus grossier, là où le premier trouverait les délices et les transports du bonheur le plus vif qui existe sur cette terre.

Les lois de l'_imagination_ sont encore si peu connues, que j'admets l'aperçu suivant qui peut-être n'est qu'une erreur.

Je crois distinguer deux espèces d'imaginations:

1º L'imagination ardente, impétueuse, prime-sautière, conduisant sur-le-champ à l'action, se rongeant elle-même et languissant si l'on diffère seulement de vingt-quatre heures, comme celle de Fabio. L'impatience est son premier caractère, elle se met en colère contre ce qu'elle ne peut obtenir. Elle voit tous les objets extérieurs, mais ils ne font que l'enflammer, elle les assimile à sa propre substance, et les tourne sur-le-champ au profit de la passion.

2º L'imagination qui ne s'enflamme que peu à peu, lentement, mais qui avec le temps ne voit plus les objets extérieurs et parvient à ne plus s'occuper ni se nourrir que de sa passion. Cette dernière espèce d'imagination s'accommode fort bien de la lenteur et même de la rareté des idées. Elle est favorable à la constance. C'est celle de la plupart des pauvres jeunes filles allemandes mourant d'amour et de phtisie. Ce triste spectacle, si fréquent au delà du Rhin, ne se rencontre jamais en Italie.