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CHAPITRE XIX.

Suite du précédent.

Nous avons prouvé que la musique doit à la religion ses plus belles découvertes, sa culture universellement répandue dans toute l’Europe, et sa perfection. La peinture ne lui doit pas moins: les admirables écoles italiennes ont été formées par les soins des papes et des cardinaux. Saint-Grégoire, justement surnommé le Grand, dont nous avons déjà parlé, fit placer des tableaux dans le monastère qu’il fonda sur le mont Coclini; presque tous les successeurs de ce saint pontife suivirent son exemple; entre autres, Honorius Ier, qui fit peindre les catacombes de Rome et l’église de Sainte-Agnès, nouvellement reconstruite. Étienne, abbé du célèbre couvent de Subiaco, près de Rome, en l’agrandissant, le fit orner de peintures. La piété de ces illustres protecteurs de ce bel art, et celle des artistes, consacrèrent à la religion leurs essais, et par la suite tous les chefs-d’œuvres de ces grandes écoles. Les sujets de tableaux tirés de l’Écriture-Sainte donnèrent à ces écoles cette noblesse et ce grandiose qui les distinguent, et des expressions inconnues jusqu’alors: par exemple, la tête de la sainte Vierge réunit ce que nul autre visage ne sauroit exprimer: la dignité d’une naissance royale, la sainteté d’une âme angélique, la pudeur et l’innocence de la virginité, et l’expression de la plus pure, de la plus touchante de toutes les affections humaines, celle de la tendresse maternelle. C’est la réunion de ces sentimens et de ces expressions sublimes qui donne à ces admirables têtes un caractère unique et divin. Raphaël est de tous les peintres celui dont le génie a le mieux saisi ce beau véritablement idéal, puisqu’on ne peut le trouver dans la nature. Les têtes du Sauveur ne pouvoient aussi être représentées dignement que par des artistes pleins de génie: il falloit qu’elles exprimassent à la fois (autant que le peuvent faire des hommes), la sévérité tempérée par une douceur et une bonté célestes: l’indulgence, la patience héroïque et la majesté divine.

Les papes ont accordé la même protection à l’architecture: ils ont fait bâtir toutes les superbes églises de l’Italie, et entre autres le plus beau monument de l’univers, Saint-Pierre de Rome.

La guerre insensée que firent à la peinture les iconoclastes, auroit fait à cet art un tort irréparable, sans une foule de moines qui, alliant au sacerdoce la culture et le goût éclairé des arts, s’enfuirent de Constantinople à cette époque: les papes accueillirent ces fugitifs et comme religieux et comme artistes: des monastères leur furent donnés; ils y servirent également Dieu par la prière et par leurs talens, en ornant de tableaux peints par eux les églises de ces couvens[76].

[76] Voyez l’ouvrage déjà cité de M. le comte Orloff.

La mosaïque fut aussi renouvelée et perfectionnée par la protection des souverains pontifes, l’antiquité n’a rien fait en ce genre que l’on puisse comparer aux tableaux qui décorent Saint-Pierre de Rome.

Nos premières miniatures furent employées à embellir ces magnifiques livres d’heures qui sont encore au nombre des plus précieux manuscrits des grandes bibliothèques[77].

[77] On sait que Jules Clovio excella dans ce genre; les miniatures les plus parfaites, peintes par lui, sont dans un livre d’heures que possède le roi de Naples.

Ainsi, la musique, la peinture, l’architecture, doivent tout à la religion, qui n’est donc point ennemie des arts, comme feignent de le croire les philosophes modernes, et comme le croient les ignorans qui n’ont aucune connoissance de l’histoire; nous allons examiner maintenant si la religion peut nuire à l’héroïsme.

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