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CHAPITRE XXII.

Suite du précédent.

Nous croyons avoir prouvé que sans la religion et sans les prêtres nous serions dans une complète barbarie, et que la vie dirigée par les principes religieux est toujours aussi active qu’elle est pure. Que doit-on donc penser de ces éternelles déclamations sur la paresse et l’oisiveté des dévots, des prêtres et des religieuses. Mais, quels sont ceux qui leur font ces reproches?... des hommes qui passent leur vie à table, aux spectacles ou à des soirées, et à jouer; et des femmes qui consacrent leurs journées à la toilette, aux visites et aux bals. C’étoit ainsi que des célibataires dans le dernier siècle frondoient avec véhémence le célibat[89]. Depuis long-temps, on nous a tellement familiarisés avec les inconséquences, qu’il n’en est point qui puisse nous frapper vivement: on nous a parlé avec enthousiasme de la liberté en exerçant sur nous le plus terrible despotisme; on affectoit un extrême dédain pour les titres et les honneurs, et l’on sollicitoit des décorations et les titres de comtes, de baron, de chevalier, etc. On vantoit les droits du peuple en accablant d’impôts ce peuple roi. On affichoit (dans des discours) une touchante philantropie; et pendant quatre ou cinq ans, on égorgea des millions d’innocentes victimes. On se contenta depuis d’exiler, de destituer sans justice, d’allumer la guerre dans toutes les parties de l’Europe, et de la faire comme les Goths et les Vandales, en se levant en masse, en livrant des villes au plus affreux pillage; enfin, quoique certaines personnes se piquent de détester les Anglais (depuis la paix), elles ont adopté comme les autres toutes leurs modes, leurs usages, les heures de leurs repas, leurs boissons, leur cuisine, leurs clubs. On imite toujours leurs jardins. On a pris plusieurs phrases de leur langue, et jusqu’à leur nouvelle et baroque écriture!...[90] On déclame sans relâche depuis trente ans sur la flatterie des anciens courtisans, et l’on a poussé la flatterie jusqu’à l’excès le plus étrange et le plus outré!...

[89] Entre autres Voltaire, d’Alembert.

[90] De toutes les modes que le caprice a jamais inventées, la nouvelle écriture anglaise est certainement la plus ridicule, car il est absolument impossible d’en imaginer une raison bonne ou mauvaise. Est-ce pour donner à l’écriture le premier de tous les mérites, celui d’être parfaitement lisible? Au contraire, cette mode, en confondant toutes les lettres, rend les caractères tout-à-fait illisibles: par exemple, on prend toujours au premier coup-d’œil l’n majuscule pour un h, et le p pour un f, etc. Est-ce pour la rendre plus belle? Point du tout. Car elle gâte la plus jolie écriture. Est-ce donc pour offrir le petit mérite de la difficulté vaincue? Pas davantage. Ces inutiles et doubles longues queues en l’air, qui ressemblent à des piques, ne demandent de l’écrivain ni habileté, ni la moindre adresse de la main. Et cette mode fantasque rend surannées les écritures si lisibles, si belles, de nos grands maîtres dans cet art, de Roland, de Tardieu, d’Oudart, etc., et de tous leurs écoliers!...

Nous pourrions citer bien d’autres inconséquences infiniment plus graves... Mais il faut savoir s’arrêter!...

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