‹ De l’ÉquitationChapitre 10 sur 12 · 10

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Du cheval de guerre ; de la beauté des allures et de la mise en main.

Si l’on veut avoir un cheval de guerre qui ait de belles allures et qui se fasse regarder, il ne faut pas lui lever la tête en même temps qu’on l’actionne du fouet et de l’éperon : beaucoup de gens croient lui donner ainsi du brillant, mais il arrive à ces gens-là le contraire de ce qu’ils veulent. En effet, en lui relevant trop la tête, on empêche le cheval de voir devant soi, on le rend aveugle ; en l’éperonnant et en le fouettant, on l’effraye au point qu’il se trouble et vous met en danger : or, c’est justement ce qui arrive aux chevaux qui se plient avec le plus de peine aux exercices du manége, et qui s’y comportent mal, au lieu de s’y distinguer. Mais si l’on apprend à un cheval à manœuvrer à brides lâches, et à relever le cou en ramenant la tête, on lui fera faire ainsi ce qui lui plaît et ce qui le flatte. La preuve qu’il y prend plaisir, c’est que, lorsqu’il approche d’une troupe de chevaux et surtout de juments, il relève le cou et ramène la tête avec fierté, lève les jambes avec souplesse, et porte la queue haute. Si donc on exige de lui l’habitude qui lui donne le meilleur air, on se créera un cheval heureux de sa prestance, superbe, brillant, regardé.

Comment croyons-nous qu’on y arrive, nous allons essayer de le dire. D’abord il faut avoir toujours deux embouchures, jamais moins. L’une sera lisse, avec des olives d’une bonne grandeur ; l’autre aura des olives lourdes et étroites, avec des cannelures coupantes. Si le cheval vient à saisir celle-ci, sa dureté le rebutera et la lui fera lâcher, tandis que, s’il prend la première, il s’y plaira, à cause de sa douceur, et exécutera avec le mors doux ce qu’il aura appris avec le dur. Toutefois il peut en venir à braver l’embouchure douce et à peser dessus ; c’est pour cela que nous avons mis de grandes olives à l’embouchure douce, afin de le forcer à ouvrir la bouche et à lâcher le fer.

On peut d’ailleurs corriger autant qu’on veut la dureté du mors, en lâchant ou en retenant la main ; mais, quelle que soit l’embouchure dont on se sert, elle doit être coulante. Si elle est roide, le cheval la tiendra tout entière, de quelque manière qu’il l’ait prise ; comme une broche qu’on fixe tout entière, quel que soit le point par lequel on la saisit. L’autre fait l’effet d’une chaîne : ce qu’on en tient seul est fixe ; le reste fléchit ; et le cheval, cherchant continuellement la partie qui lui échappe, lâche le mors. C’est aussi pour cela que l’on suspend des anneaux au milieu du mors, afin que le cheval, en cherchant à les prendre avec la langue et les dents, ne pense pas à saisir le mors.

Si l’on ne sait pas ce que l’on entend par embouchure coulante ou dure, nous allons l’expliquer. Une embouchure est coulante, lorsque les brisures des axes sont assez larges et assez polies pour jouer aisément, et que toutes les pièces qui sont traversées par les axes ont une ouverture qui leur permet de glisser et de rouler sans peine. Au contraire, lorsque toutes les parties du mors se séparent ou se réunissent difficilement, l’embouchure est dure. Mais, quelle qu’elle soit, voici ce qu’on doit faire pour donner au cheval la beauté d’allure dont il a été question. Il faut lever la main sans dureté, car le cheval secouerait la tête ; ni trop mollement, il ne le sentirait pas. Si, au temps d’arrêt, il lève la tête, rendez aussitôt la main. Il faut ensuite, nous ne nous lassons pas de le dire, il faut, si le cheval a bien fait, l’en récompenser. Vous apercevez-vous qu’il se plaît dans une belle position de tête et dans un léger appui, ne faites rien qui puisse le chagriner, comme si vous vouliez en exiger quelque chose ; au contraire, flattez-le, comme si vous n’aviez plus rien à lui demander. Par ce moyen il prend confiance, et arrive plus sûrement aux allures rapides.

Le cheval aime à courir : la preuve, c’est que, quand il s’échappe, il ne prend point le pas, mais le galop. Il est dans sa nature d’aimer une course rapide, à moins que l’on ne l’y force trop longtemps : passé la mesure, il n’y a de plaisir ni pour l’homme ni pour le cheval.

Lors doncque le cheval arrive à prendre une allure fière, accoutumé d’ailleurs dès les premiers exercices à partir de vitesse après une demi-volte, si, montant un cheval ainsi dressé, le cavalier le retient de la main et lui indique en même temps de partir, alors, retenu par la bride et poussé par les aides, il s’anime, se précipite le poitrail en avant et les jambes en haut, mais sans souplesse, vu que les jambes d’un cheval n’ont jamais de souplesse quand il souffre. Si, au contraire, après lui avoir fait sentir l’éperon, vous lui rendez la main, le peu de tension des rênes lui fait croire qu’il est libre, et, dans le plaisir qu’il en éprouve, il prend une position magnifique, imitant, par le moelleux et la fierté de son allure, le cheval qui fait le beau auprès des autres chevaux. Et alors ceux qui le voient disent que voilà un cheval généreux, dispos, bien dressé, plein de cœur, superbe, à la fois doux et terrible à voir. Si donc il est quelqu’un qui souhaite pareil succès, que cela soit écrit pour lui.

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