‹ Des variations du langage français depuis le XIIe siècle ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciationChapitre 5 sur 46 · V.

V.

Jusqu'au milieu du XVIe siècle, l'_u_ consonne, que nous appelons _v_, n'eut pas de figure distincte de celle de l'_u_ voyelle. Ce fut Ramus qui s'avisa de lui attribuer un signe particulier. Avant Ramus, l'usage de la prononciation apprenait seul à en faire la différence.

Le _v_ ne termine aucun mot; il n'a pas assez de résistance. Quand l'étymologie en fournissait un, l'on y substituait sa forte _f_.

L'_u_ final était, selon l'occurrence du mot suivant, ou voyelle ou consonne.

De _Deus_ on fit _deu_, au féminin _deuesse_, c'est-à-dire _devesse_, et non _déesse_:

--«E ço li frai par ço que guerpid me as, e as aured Astarten, _deuesse_ de Sydonie.» (_Rois_, III, p. 279.)

«Et ce lui ferai-je parce que tu m'as abandonné, et as adoré Astarté, déesse de Sidon.»

Tous les éditeurs de textes anciens ont pris sur eux de distinguer dans l'impression l'_u_ voyelle et l'_u_ consonne, qui sont confondus dans les manuscrits, et qui se substituaient parfois l'un à l'autre dans le langage. Ainsi _j'auerai_ devait se lire, selon ce que voulait la mesure, tantôt _j'averai_ en trois syllabes, tantôt _j'aurai_ en deux. L'éditeur de la _chanson de Roland_ imprimant toujours _j'averai_, estropie quelquefois le vers par cette orthographe. Cette distinction est, à la rigueur, une infidélité, comme l'introduction des accents. Reproduire les manuscrits, c'est à quoi l'on doit s'attacher.