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Chapitre 7 La vapeur

« Ah ! c’est bien vrai, mes amis, il n’y a encore que les voyages pour apprendre quelque chose ! Si on restait chez soi, tous les jours, du matin au soir, je vous demande un petit peu ce qu’on saurait de la vie.

» On n’en saurait rien du tout. Voilà ce qu’on en saurait.

» Ainsi, voilà la vapeur. Tout le monde parle de la vapeur : la vapeur par-ci, la vapeur par-là.

» Mais qui de nous sait exactement ce que c’est que la vapeur ?

» J’en excepte, bien entendu, les personnes qui s’occupent spécialement de cette question, ingénieurs, mécaniciens, etc.

» Moi, il y a huit jours, j’étais comme tout le monde : je parlais de la vapeur, mais j’aurais été pendu s’il m’avait fallu dire en quoi consistait ce phénomène.

» La semaine dernière, je suis allé, au Havre, assister à la réouverture du Grand-Théâtre.

» Ah ! mes amis, vous n’avez pas idée de ce que je suis populaire au Havre.

» C’est que le Havre est une ville de bon sens qui ne se laisse pas emballer par les idées nouvelles, ou soi-disant nouvelles.

» Au Havre, c’est moi qui vous le dis, le symbole ne ferait pas un sou.

» Ibsen et Wagner sont appréciés à leur juste place, et on leur préfère une bonne représentation du Verre d’eau ou de la Favorite.

» Mais, me voilà parti sur le théâtre, alors que je m’étais proposé d’aborder dans cette causerie la question de la vapeur.

» Quelques Havrais, dont un fort aimable, ma foi, M. Jules Heuzey, m’ont mené voir un transatlantique.

» Les transatlantiques sont ces énormes bâtiments qui font le trajet, chaque semaine, entre le Havre et New-York. C’est même de là que leur vient leur nom de transatlantiques (des mots latins : trans, au delà, et atlanticum, atlantique).

» J’ai pris un vif plaisir à visiter la Touraine, le plus bel échantillon de la Compagnie.

» À Paris, on ne saurait s’imaginer tout le confortable et tout le luxe que l’on peut entasser dans ces maisons flottantes. (Le mot est de M. Jules Heuzey et il est fort juste.)

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» Mais c’est surtout la machine, ou plutôt les machines, dont je fus émerveillé.

» Quelle puissance, mes chers amis, et quelle régularité !

» Comment ne point admirer ces monstres de force qui se laissent mener avec la docilité du mouton et l’exactitude du chronomètre ?

» Nous étions guidés dans ces merveilleux labyrinthes par le chef-mécanicien lui-même, M. François (François est seulement son prénom, mais son nom est un nom alsacien extrêmement difficile à retenir). M. François nous expliqua avec une bonne grâce, une lucidité d’esprit et un rare bonheur d’expressions, ce que c’est que la vapeur.

» Avez-vous vu bouillir de l’eau ?

» Il s’en échappe une sorte de buée qui se dissipe dans l’air. Eh bien ! cette buée-là, c’est la vapeur.

» Répandue dans l’air libre, elle n’a aucune force.

» Mais si vous la contraignez à passer dans un espace restreint, oh ! alors, elle acquiert une excessive puissance d’extension, et elle met tout en œuvre pour s’échapper de ce milieu confiné.

» C’est cette propriété que les ingénieurs utilisent pour faire marcher leur machine.

» Et, à ce propos, une remarque assez intéressante.

» Les Anglais dénomment leurs mécaniciens engineers, mot qui, à la prononciation, ressemble à notre mot ingénieur.

» Ingénieur dérive évidemment du mot latin ingenium, qui signifie génie. C’est d’autant plus vrai que le génie est le mot qui sert à désigner la profession des ingénieurs.

» Engineer vient de engine, machine, la traduction de notre mot engin.

» Il serait assez piquant de déterminer le degré de cousinage linguistique entre ingénieur et engineer.

» Jules Lemaître a peut-être son idée là-dessus.

» Mais me voilà loin de la vapeur.

» J’y reviens.

» Les machines à vapeur consistent en de l’eau qu’on fait chauffer dans de gros tubes sur un bon feu de charbon de terre.

» La buée de cette eau est amenée dans une sorte de cylindre où se meut un piston.

» Elle pousse ce piston jusqu’au bout du cylindre.

» Alors, à ce moment, grâce à un mécanisme extrêmement ingénieux, la vapeur passe de l’autre côté du piston qu’elle repousse à l’autre bout du cylindre.

» Et ainsi de suite.

» Il résulte de ce va-et-vient du piston un mouvement alternatif qu’on transforme, par d’habiles stratagèmes, en mouvements rotatoires de roues ou d’hélices.

» Tout cela est très simple, comme vous voyez, mais il fallait le trouver.

» L’éternelle histoire de la brouette qui fut invantée par Descartes (sic).

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» Francisque Sarcey. »

L’espace restreint, comme dit notre oncle, dont je dispose, me force à n’insérer point l’éloquente à la fois et bonhomme péroraison de cette chronique.

Je le regrette surtout pour vous, pauvres lecteurs !

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