ANERIES
Sous cette rubrique peu respectueuse, nous nous proposons d’offrir au lecteur, non plus une collection de véritables coquilles, qui toutes s’expliquent plus ou moins.
Ici, ce sont des fautes dues à l’ignorance inepte ou à l’étourderie la plus inexcusable ; ces fautes constituent de véritables âneries. Nous ne donnons que le dessus du panier.
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Au lieu d’Archipel de Cook, un compositeur mit un jour… Archipel de 600 kilos.
Il avait pris le C pour un 6, les deux o pour des zéros, et la lettre k pour l’abréviation de kilogramme.
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Qui n’a lu l’adage latin :
Quos vult perdere Jupiter... ?
Voici de quelle façon un compositeur… peu versé dans la langue de Virgile a pu le transformer : « Grosse brute, père de Jupiter… »
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Dans un roman sentimental, composé par des dames dans une imprimerie de la banlieue parisienne, au moment psychologique, l’héroïne, s’adressant au traître, s’écrie douloureusement :
« Monstre, vous avez rompu mon bouchon ! »
Quel sens la compositrice attachait-elle à cette plainte ? Mystère ! L’auteur avait écrit : « Monsieur, vous avez rompu mon bonheur ! »
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On trouve dans un livre de chimie l’ânerie suivante :
« On peut augmenter progressivement la force d’un aimant en accrochant à l’armature un bassin dans lequel on met tous les jours un poids ; c’est ce qu’on nomme mourir en aimant. »
L’auteur avait écrit : Nourrir un aimant.
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Dans une petite ville de province, le régisseur avait fait mettre sur l’affiche : l’Amour filial, ou la Jambe de bois.
L’imprimeur se trompa, et mit à la place : la Jambe filiale, ou l’Amour de bois.
On connaissait l’Amour mouillé du vieil Anacréon et toutes sortes d’autres amours. Quant à l’Amour de bois, personne, croyons-nous, n’en entendit jamais parler.
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Un autre, prenant cette recommandation de l’auteur : Guillemetez tous les alinéas, pour du texte, composa :
Guillotinez tous les aliénés.
C’est un remède radical, et, si le conseil de ce féroce typographe était suivi, on pourrait fermer Charenton et Sainte-Anne. Peut-être a-t-il trouvé asile dans l’un ou l’autre de ces établissements.
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Un troisième, à la pêche au cachalot, substitua la pêche au chocolat.
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Que voulait dire cet autre, lorsqu’il composait : « Exploitation de vitriol et d’obus ? »
Vous ne devineriez pas, je vais vous le dire ; lisez : « Exploitation de vitriol et d’alun.
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Quel est le docteur en médecine qui s’est avisé d’écrire l’ordonnance suivante : Infusion de petits chiens ?
Certes, aucun médecin, pas même M. Purgon, n’est ou n’a été capable de commettre cette formule ultra-fantaisiste.
Le typographe avait mal lu ; notre docteur avait ordonné… une infusion de chiendent.
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A propos d’un récent procès, il a été beaucoup parlé dans les journaux d’une demoiselle Lucile, somnanbule extralucide, plaidant contre un M. D…, son Barnum.
Le typographe qualifia Mlle Lucile de médecine de M. D.
Il avait voulu dire médium de M. D.
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M. Octave Robin, rédacteur du Voltaire, rappelant les préludes de la guerre de 1870, parlait du défilé des souverains à l’Exposition universelle de 1867.
On a imprimé le défilé des ouvriers.
Cela n’avait plus aucun sens ; aussi cette coquille mérite-t-elle d’être classée sous la même rubrique que les précédentes.
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Dans l’Année littéraire de 1861, il était parlé en maint endroit du chroniqueur Albéric Second.
Jamais, paraît-il, le typographe qui occupait à cette époque l’emploi de reviseur de tierces à l’imprimerie Lahure n’avait entendu parler de cet écrivain.
Dans sa perplexité, il consulta le Dictionnaire de Bouillet et changea onze fois Albéric Second en Albéric II ! !
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Un journal du soir publiait récemment un article, fort intéressant d’ailleurs, sur la question des égouts et des latrines de Paris.
L’auteur avait intitulé son article : Res Parisienses (Affaires parisiennes).
Quelle n’a pas dû être sa stupeur, en dépliant son journal, de lire ce titre coquettement change en celui-ci : Les Parisiennes ! !
Nous avons trouvé cette plainte dans le Voltaire du 22 juillet 1882.
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Dans les Nuits du boulevard, page 263, roman imprimé chez M. A. Quantin, on lit :
« Beverley fit un soubresaut, se dressa, les cheveux hérissés sur son séant, et promena son regard vitreux autour de lui… »
Voilà un monsieur qui avait les cheveux plantés sur une partie qui, d’ordinaire, est complètement chauve.
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Dans un Dictionnaire géographique et historique en cours de publication, nous avons lu, à l’article ANTICOSTI, île située à l’embouchure du Saint-Laurent :
« On y a établi deux phares et deux petits abcès pour les naufragés… »
Est-ce que la dame ou la demoiselle (car c’est l’une ou l’autre) qui a composé cette énormité avait quelque phlegmon… sous roche ? Autrement, elle eût lu abris au lieu d’abcès.
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Anerie cueillie dans le Réveil du 25 décembre 1882 :
« La sueur perçait à travers l’épidémie. »
Lisez « à travers l’épiderme. »
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Dans un recueil publié sous les auspices du ministère de la guerre : le Bulletin de l’Intendance, nous avons lu l’autre jour avec stupéfaction la mention suivante :
Décorations étrangères ET ANTIQUES.
Confère-t-on de nos jours des décorations antiques, et qu’est-ce qu’elles peuvent être ? — Nos souvenirs classiques ne pouvant nous fournir une réponse acceptable, nous avons eu recours à l’examen de la copie, et nous avons fini par découvrir que le rédacteur de cette publication, quelque peu typographe, avait tout simplement indiqué de composer le titre susdit en antiques, c’est-à-dire en caractères gras, d’un type particulier. Le compositeur — né malin — avait introduit l’indication dans le titre même.
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En Angleterre, il existe deux grands partis politiques. D’après un compositeur peu au courant : « Les Anglais sont divisés en toupies et en vaches, » tandis que l’auteur avait écrit : « Les Anglais sont divisés en tories et en whigs. »
Après celle-là, il faut tirer l’échelle.
1.Les types que nous avons observés et essayé de faire connaître dans cette Étude sont ceux des typographes parisiens ; mais le typographe parisien se confond avec le typographe français, car, sur dix compositeurs, il en est à peine deux qui soient nés et aient été élevés à Paris.
2.Typographes et gens de lettres, ouvrage très intéressant, que nous recommandons à l’attention des lecteurs.
3.Typographes et gens de lettres.
4.Voir au Dictionnaire le portrait du rouleur, tracé d’une façon aussi exacte que pittoresque par notre ami M. Ulysse Delestre.
5.Le grand avocat, qui était aussi un grand cœur, refusa de recevoir les honoraires qui lui étaient dus pour sa plaidoirie. Les typographes trouvèrent un moyen ingénieux et délicat de prouver leur reconnaissance : ils composèrent un volume des Oraisons funèbres de Bossuet, et en firent tirer un seul exemplaire qu’ils offrirent à Berryer. Cet exemplaire unique sera recherché par les bibliomanes de l’avenir.
6.Le typographe auquel il est fait allusion ici s’appelait Genty ; il est mort depuis que ces lignes ont été écrites.
7.Cette sorte rappelle un fait véritable : l’immensité des publications chinoises ; ainsi, d’après le World, le Sec-Coo-Tswen-Choo ne comprendra pas moins de 160,000 volumes.
8.Je remercie ici, entre autres, MM. Brueyre, Dambuyant, Granger, Lenoir, Monloup et Vandamme.
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.