‹ Dictionnaire de Robert Poisson : Dictionnaire d'orthographe françaiseChapitre 1 sur 1 · Tome 1

Tome 1

Catalogue des Dictionnaires

ALFABET

NOUVEAU DE

LA VRÉE & PURE

ortografe Fransoize, &

Modéle ſus iselui,

en forme de

Dixionére.

DEDIÉ

Au Roi de Franse, & de Navarre

HENRI IIII.

Par Robert Poiſſon équier (Auvile) de

Valonnes en Normandie.

A PARIS,

ez Jaqes Planon, tenant ſa boutiqe au mont

S. Illére ioignant l’Eglize.

· · ·

1609.

Avec Privileȷe du Roi

IRE,

En se tems eureus de la pæs, ſuxédée à tous les Fransois, qomme miraquleuzement & du tout qontre l’aparense, par les éroiqes vertus, du Monarqe de l’univers, auqel n’æt̃ oze difisile.

Voiant qe vot̃re Maȷéſté, se déleqtoit de ȷour en ȷour, non ſeulement à déqorer, Paris, de nouveaus ëdifises : ſi éxélens, & aqomplis, qis font qe tous seus q’on tenoit, pour les merveilles de se monde ? ne ſont qe petis qous déſé, & q’euvres de meins aprentises, entant qe qomparez à eus. Més auſſi a i varier, réformer, & renouveler, tout se qe vot̃re Maȷeſté, voit n’æt̃re réduit au parfet.

ȷuſqes à i fére venir, & i aȷouter en bourgois, les plus éloignez et̃ranȷers, qi ſavent bons met̃iers & ars, qi ne ſont enqor la qonneus : afin q’auqun nait plus bézoin, de ſortir de telle demeure, & de qourir toute la terre, & la mer, pour i renqontrer oze qi ne ſi treuve poin ? & brief, afin qe tous la voient, non ſeulement le petit monde, & le ef-d’euvre de la Frãse, més de tout se globeus pourpris.

Voiant outre qelle aime fort, grâtifie, & erit, tous seus, qi lui ſervans fidélement, ſavent de leur invenſion, qonsepſion, ou induſtrie aporter quelqe nouveauté, utile à la oze publiqe, tant petite qelle puiſſe æt̃re : qõme se propozãt se but, qe toutes ozes ſoiẽt en Frãse, réduites en perféxion, par ſa providense, & qonduite, & q’on i puiſſe voir fleurir, ſans feinte, & en réalité, un ſieqle plus eureus enqor, qe l’imaginé sieqle d’or, tant sélébré par les poëtes ȷé penſé de m’et̃udier, à inventer qelqe ſuȷet, qi parmi se nombre inombreus, q’infinis eſpris relevez, exqoȷitent à qi mieus mieus, & propozent à vos regars, vous ſeut̃ agrër & obtenir faveur de vos béninitez.

& à sete qomme ȷé, reeré de tout mon pouvoir, des ïeux de tout mon inteleqt : ȷe n’en é ſeu trouver auqun plus qapable de tel éfet, qe vous propozer le moien, de réformer not̃re ortografe ? & de qorrompue qelle æt̃, la rendre pure, & aqomplie : voire éxelente ſus toute autre.

ȷe di, qelle æt̃ tres qorrompüe, abüzive, & falsifiëe, & qroi qe vot̃re Maȷesté, la reqognoit̃ra æt̃re telle.

Par se qe là où elle doit, æt̃re qonforme à la parole, ou qomme ſon miroir sertein, la reprezenter ſans dég’is, & en ſon aparense vrëe : elle la rend toute diforme, & variëe, & diſemblable ? voire telle qe ſeulement l’et̃ranȷer lizant nos éqris, & les prononsant tez qis font y en sete vieille ortografie : va prononsant tout autrement, nos mos q’il ne faut prononser. Més nos plus éxersez lizeurs, en fõt biẽ ſouvẽt tout autant ; & se pour prẽdre meintes lettres, en deus ſonãses tres-diverses. ȷé séte perſuazion puiſq’il a pleu au treshaut, vous inſpirer se bon vouloir, au grand bien de toute la Franse : de réformer entierement, se qi se treuve réformable ? vous ne devez poin négliȷer d’entendre à not̃re ortografie.

Araizon qelle n’æt̃ pas moins, reqize à donner la beauté, & la grâse, & la bien ſéanse, à la parole, qi de vré æt̃ l’image de nos eſpris : qe ſont aus abis les et̃ofes, à nous les rendre qonvenables. Sela qonvient, & apartient, à vot̃re haute Maȷesté, & à vot̃re gloire, & ſaȷéſe.

Vous ne ſauriez rien bat̃ir, de plus long’e, & belle mémoire, ne qi fase mieus remarqer, le tems de vot̃re noble régne.

Qand on parlera d’un grand Roi, Roi de Franse, & de la Navarre : ’onneur des Prinses de Bourbon ? on dira le reformateur, de not̃re ortografe Frãsoize, & plut̃ot̃ sela se dira, pour regarder toute la Franse, l’autre une vile ſeulement

& pourtant ȷé treſ-volontiers, employé mon ſoin & mes veilles, & travaillé fort long’ement, afin de trouver le moien, de telle reformaſſion : Moien qe ȷé en fin ateint aidé de la grâse séleſte, pour le moins ȷe me le promés.

Qar ȷé bat̃i un Alfabet, & modèle ſus iselui en forme de dixionnére, qi veus de meins treſ-doctes’ommes, & des plus renommez de Franse ont ét̃é ȷuȷez aprouvables, & trouvez dignes d’æt̃re à la veüe de tous Fransois.

Entre autres monſieur d’Anfrevile aprezent mæt̃re des Reqæt̃es ordinére de vot̃re ot̃el, & parsidevant prézidẽt, & ȷuȷe au ſieȷe de Qout̃anses, auſſi Lieutenant ȷéneral en not̃re ïle de Qot̃entin, not̃re ſoleil la ȷuſtise, & en la ſiense des lettres, la trouvé digne de lumiere, & de vous æt̃re prezenté, se qi m’a ſus tout enhardi, l’ofrir à vot̃re Maȷeſté, pour æt̃re selui qe ȷe tiens, treſ-qapable d’en bien ȷuger.

& ȷe croi qe vous trouverez, auſſi qu’il æt̃ tel q’il le faut, s’il vous plæt̃ le qonsidérer : Qomme selui qui rend nos mos, qomme les mieus dizans prononsent, & sans auqun égarement.

Toutefois ȷe ne lé pas fet, ſans inventer auqunes lettres ; car ȷé trouvé qe ſans sela, nul n’en ſauroit venir à bout.

Més à raizon q’en se faizant, ȷe prononse une nouveauté, toute et̃ranȷe de l’ortografe : inſinuëe, & de tout tems, parmi vot̃re Royaume (Sire) & qe ȷe mont̃re qomme auqun, n’a enqor éqrit proprement, ni tant ſeulement une ligne ; & meins, non pas leur propre nom, ni mæme nos mieus éqrivans, ni seus qi se ſont inȷerez, d’enſeigner qõme il faut éqrire, & en ont baillé des préséptes, & fet des livres tous entiers. & brief q’en sela ȷe me rens, forqontrére à tous nos Fransois.

ȷé qreu q’en vain ȷe tenterois, leur fére trouver de bon gout̃, & le resevoir en uzaȷe, ſinon par vot̃re autorité, ſouvereine & de droit reseüe pour loi & mæt̃reſſe des lois. Il apartient tant ſeulement, aus Rois, & ſouvereins Maȷiſtras, de anȷer & lois, & cout̃umes.

Qar æt̃ treſ-dur à tous peuples, de muer leurs aqout̃umanses, tant imperfettes qelles ſoient, & prinsipalement les vieilles, ſi seus qi qommandẽt ſus eus, ne les font entendre à raizon.

Pourtant (Sire) treſ-’umblement, ȷe prézente set Alfabet, de nouvelle conſtruxion, & le Modéle d’iselui aus piez de vot̃re Maȷeſté, qe vous lui dõnez qours en Franse, ſi vous trouvez qu’il le mérite, & q’il i ſoit d’utilité.

ȷe ne doute poin, q’auſſi tot̃, q’il se déqouvrira au ȷour, il ne se trouve envélopé d’une infinité de moqeurs, & d’opiniat̃res senſeurs, l’eforsant de lui fére hõte, qi le voudroient mettre au serqueil du point de ſa nativité.

ȷamés Qaribe, ou Pigmëen, ou Nein, ou Monſtre, ou Sauvaȷeau, ne leur ſervit tant de rizëe, q’is ſ’en voudront ſervir de lui, & prinsipalemẽt seus là, qi veulent qe nous éqrivons, à l’imitaſſion Latine : & qi ravaſent qe nos mos, ſont oriȷinez des Latins.

ȷamés auqun oizeau de nuit, ſe déqouvrant de ȷour aus ams, ne fut tant agasé des ȷez ou des pïes, ou des qorneilles, qomme il sera de telles ȷens, auſſi tot̃ q’is l’avizeront.

Més ſ’il vous plæt̃ de le erir, d’un tout ſeul tret d’eil favorable, tous ses averséres fondront, devant lui qomme les brouillas, fondent aus ïeus, du beau ſoleil : Tous muets is ſéqarteront, qomme petis iens aboians, voiant le Lion qi s’approe.

Deus raizons prinsipalement (Sire) me donnent eſpéranse, qe vous les pourrez aprouver.

La premiere, pour se qis ſont à l’onneur de tous les Fransois.

Qomme ſout̃enant leur langaȷe, n’æt̃re pas extret des Latins, més plut̃ot̃ le Latin du leur ; & nous premiers qe les Latins, & en empire, & en ſiense, & en biendizanse & doqtrine.

La ſegonde, par se q’il mont̃re, à éqrire ſi proprement, qe tous liront qomme il faut lire : & ſelon qu’il faut prononser, sans q’auqun ſi puiſſe égarer.

Éqriture treſ-dezirëe de nos plus ſignalez auteurs, & qiz ont ésſié de fére, & néanmoins du tout en vain ; qomme leurs livres en font foi, d’autant q’is éqrivent tantot̃, pluzieurs mos d’une ortografie, & tãtot̃ d’autre, & diſemblable, preuue de leur insertitude, & inqonſtanse en tel éfet : Auſſi n’ont is et̃é reseus.

Ses deus raizons, qonſiderëes, par mes plus aféqtez qonttréres, me les pourront aprivoizer : ſi q’en fin il en aviendra, qomme il fit̃ du Renard d’ézope, qi trouva le lion mõſtreus, tout premierement q’il le vid ; més par ſa converſaſion il devint en fin familier.

ȷé dit qe ȷé veillé lon tems, & prins grand peine apres tel euvre, qi pour æt̃re de petit titre & de petit volume auſſi, pourroit æt̃re trouvé d’aucuns, fasile de qonſtruxion : & qi pourtant se moqeroient de mon dire, & mon entreprize. Vot̃re Maȷeſté en ſoit ȷuȷe, nul mieus vous la peut ȷuȷer.

ȷuȷez ſi sæt̃ peine d’avoir, inventé des lettres nouvelles, & rendu not̃re ortografie plus parfette qe la Latine, & la Gréqe, & brief qe toute autre.

Veu, q’elle et̃oit ſi depravée, qe nos plus ſavans qorrepteurs ne l’ont ſeu ȷamés rendre bonne, qelqe peine q’is en aient prins, ainſi que verrez s’il vous plæt̃.

Vot̃re tres-’umble, & tres-fidéle ſuȷet

& ſerviteur, Robert Poiſſon,

équier (Auvile) de Valon-

nes en Normandie.

in orthogallographiam.

OMne ſupervacuum naturam tollére doctus,

Né quid ab are (quod eſt omnis generatio vocis)

Nunc norvus ut fabius facis oris eſſé loquentis

Turpe periſſologonné gallis poßit adeſſé,

Cùm quià multa nihil proſunt, quæ paucula proſunt,

P. A. Neuſtrovalonianus.

ſon ortografe Fransoize.

POiſſon aiant conneu qe la nature ſaȷe

N’avoit fet isi bas ouvraȷe qi fut̃ vain,

A, (comme de l’eſprit la parole æt̃ l’imaȷe)

Fet de la parole æt̃re, vne imaȷe la mein.

Comme entre les miroirs, fidéle æt̃ ſeulement
Selui, qi au naif ſon obȷet reprezente,
Le pourtret seul biẽ fet : & de mein éxelẽte,
Qe le plus ſubtil eil pour le vif patron prend.
Ainſi qe le gidon enſeignant droitement
Au pelerin errant la ſeure & courte ſente,
Pour venir à ſon but : Rend ſon âme qontente,
& l’obliȷe d’amour perpétuellement.
Qomme enqor, le tailleur æt̃ mætre à ſon met̃ier
Qi mieus ſet, à nos qors abis aproprier,
& le peintre aqompli qi mieus nature imite.
L’auteur de se Modéle, & nouvel Alfabet,
De droit & ſans flater, d’æt̃re avoué mèrite.
D’ortografe Fransoize, éxemplére parfet.
ii.
Qar au vré naturel, & selon qe profére,
Le langaȷe Fransois, le Fransois mieus dizant,
Il l’enſeigne à l’éqrire : & fet q’auqun lizant
Ne ſauroit lire mal tant l’ortografe æt̃ qlère.
Qomme un bon mænaȷer de sa mein mænaȷere
Set de ſon plant ot̃er tout reȷeton nuizant,
Ou tout bois ſuperflu ſa ſubſtanse èpuizant
Ou le rendant obſqur & privè de lumiere.

Il ot̃e abilement de tous nos mos Fransois
Les lettres q’il i voit en altérer la vois,
Ou æt̃re de deus ſons, ou du tout ſuperflües.
& davantaȷe en ſet nouvelles ſurrog’er
Qi fet qe lizent mieus les ȷens moins entendües,
& q’on ne ſauroit plus du vré ſon divag’er.

AN tibi inqua négat, Poſſoni gallia laudes?

Quid? tua non mentus tempora cinget honos?

Nec meritis lauros dénégat illa tuis.

Huic ſua das brevibus pingere verba notis.

Te liber, at magno nomine dignus homo és.

GAllia néctario ȷactas tua verba léporé :

Quorſum éa, cum poſſent vix béné ſcripta légi ?

At facilé has ſcriba Neuſtria ſola dédit.

QVis tibi préſtétur (lector) nũc cerné libellus

Rara niſi raris nula fovenda tibi.

Cnuctis quod præſtas arius eſſé liquet.

Doctum quod pandit quæ tenet ipſé nova.

Accipé quod arum que canit ipſé téné.

PLus l’entreprize æt̃ mal aizëe
Plus a la pourſuivre, æt̃ ardant
Selui, qi a l’âme éaufëe,
D’vn dezir ȷenereus & grand.
& ni la long’eur ni la peine
Ne le peuvent qontretenir,
Q’au dernier point il ne l’ameine
Ou ſeul il penſe parvenir.
Pour eſpoir q’il a qe la gloire
Aqize aveq tant de travaus,
Eternizera ſa mémoire
Sus la terre & deſus les eaus.
Tout autant (Lizeur) tu peus dire
De set auteur dont tu resois,
Le Modéle de bien éqrire
Not̃re dous langaȷe Fransois.
Qar il n’a poin perdu qouraȷe
Pour toutes les difiqultez,
Qi en se nésèsére ouvraȷe,
Se prezentoient de tost qot̃ez.
& qi firent qiter la plase
A Ronſard, & mæme à Báif,
Leſqez avoient bien pris l’audase
De fére sete euvre au náif.

Més lui au rebours plein d’envie
De rendre toute utilité
A la Franse, & à ſa patrie
ȷuſq’à la fin a reziſté.
Il n’a poin qreint des averséres
Tout le venim qintilien,
Q’is dégorgent qomme vipéres
Envieus ſus les ȷens de bien.
& qui nez en dépit des Müzes
Ainſi qe les Mégariens
Le qommun peuple par leurs rüzes
Vont desevant par tous moiens.
Non, non, ses boufons ſans servelle
Tous tous qamus d’entendement,
Sans ’umeur, ſans ſuq, ſans moëlle
Il ne redoute auqunement.
Auſsi de sete ortografie
Les inſupérables raizons,
Fraperoient tot̃ de l’et̃argie,
Le vévaȷe de tez oîzons.
Les doqtes qi ont qonnoiſſanse
Du grand bien qe set euvre fet,
Portent ’onneur & révérense
A set auteur qui l’a parfet.
Les vieillars à la barbe grize
A deus pas proe du tombeau.
Dezirent qe leur ſoit aprize
Sete ortografe dé nouveau.
L’enfant pendant à la mamelle
& seus du plus grand âȷe außi,
Ne resevront d’autre Modéle
Pour èqrire, qe setui si.

Somme les ’ommes de tous äȷes
Soient prezens ou ſoient à venir,
De tous Roîaumes & paizaȷes
Voudront se Modele tenir.
Tant sete forme æt̃ nésèsére
Pour bien éqrire & librement,
Selon le parler du vulg’ére
aqe mot, ſans deg’izement.
Or ȷ’oze bien dire ſans feinte
Tout ainſi, qe le plus ſavant
De Franse, n’a peut faire ateinte,
Au but de set euvre éxélent.
Q’en la mæme forte & manière,
Nul à ſa gloire n’ateindra,
Luizante qomme une lumiere
Qi ȷamés ne se dét̃eindra.

Vantez tant qe voudrez de Ronſard les éqris,
De Rámus, Péletier, Báif, Robert Et̃iene,
Leur réformaſſion d’ortografe anſiene,
Poiſſon en a l’onneur, le profit, & le pris. Apointons noiſe.

AMI Lizeur, Comme ȷé observé trescontréres opinions, entre nos écriveins Fransois, touant l’ortografe Fransoise : ainſi q’on voit communëment, les avis des ’ommes, divers & opozez, en toute oze.

A ſavoir, les uns ésſtimans, sele æt̃re ſeule bonne, & vrëe, qi ſuit au plus prés la Latine.

& les autres, sele qi peint, tous mos ſimplemẽt tout ainſi, q’is ſont prononsez par les doctes, & les reconneus mieus parlans.

ȷé auſſi curieusement, reeré toutes les raizons, aleg’ées des deus partis : pour voir leqel ȷe devoi ſuivre ; rézoulant pourtant d’adérer à selui qe ȷe trouverois, en avoir de plus évidentes, & valides, & aproantes, de la conſtante verité ; pour æt̃re isele la lumiere, & la régle, qi doit touȷours & régler, & gider, les ’ommes, en tous leurs actes & déseins, au præȷudise mæmemẽt, de tout nombre tant grand ſoit-il, & de toute cout̃ume, & loi, tant ſoit antiqe & aprouvee.

Rézoulant (di-ȷe) q’il vaut mieus avec un ou deus, ou tout ſeul, ſuivre se qi æt̃ bon & vré, q’avec vn monde ſ’égarer, & errer en confuzion : Nonoſtant se proverbe vieus, La commune erreur fet un droit, dautant q’il demeure conſtant, q’erreur ne ſe doit aprouver, & qe toute faute æt̃ blamable à touȷours, & partant fuiable, en ſuite de nésésité.

Se fut pourq’oi fort hardiment, & avec audase louable, Ariſtote oza bien écrire encontre ſon mæt̃re Platon, combien q’il fut̃ creu comme oracle, & dit le divin Filozofe : voire pourq’oi il propoza, meins axiomes tous nouveaus, & non ouis des devanſiers, dizant pour ſentense invinſible : ami Socrate, ami Platõ, més plus amie vérité.

Or voiſi le ſout̃ien de seus q’i veulent qe nous imitions l’ortografe des mots Latins, en not̃re écriture Fransoize.

· · ·

& q’en reconnoiſſant sela de tout tems, tous ’ommes de Franse, & mæmement les plus ſavans, ont conformé tant q’is ont peu leur ortografe à la Latine.

Eſtimans, qe l’on ne ſauroit avoir aucune intéliȷense de nos dixions autrement.

Sæt̃ à dire en ſomme, q’il faut pour bien écrire le Fransois, à leur contentement & gré, ſ’aider de lettres ſuperflues, ou improprement vzurpées ; car ainſi en font les Latins en la grand part de leurs écris.

Les autres, qi tienent q’on doit écrire comme on parle bien, tout ſimplement & purement, sans prendre une lettre pour l’autre, ou en mettre de ſuperflues, propozent tout contrérement les raizons que voiſi ſuivantes.

Confrontant les unes aus autres, ses diverſes produxions, de ses deus contréres partis : ȷé conſenti treslibrement, au dernier, comme au mieus fondé, & n’en éfet dificulté, pour le voir en nombre petit, en la comparézon de l’autre ; ni pour remarqer ſon avis contre la cout̃ume uzitée, & de lon tems ſuivie en Franse : & ȷe croi bien (ami lizeur) qe volontiers inclineras aveqes moi de se cot̃é, voire ſans réziſtense aucune.

Car q’elle raizon i a til, ou conȷecture vré ſemblable, pour afermer & croire ainſi qe nos mos vienent des Latins, ou l’ont prins ses ſubtis rëveurs ? veu q’il demeure pour conſtant, qe lon-tems avant les Latins, leur Romule, & leur Latin mæme, les Gaulois & Fransois avoient monarqie ample & rie, & grande : & qe leur parler naturel, & ſimplement naſſional, floriſoit autant q’auqun autre : comme l’a bien ſeu remarqer, du Barras, Orfé de nos Poëtes, par les vers qe voiſi ſuivans.

Avant le nom Latin,& qe les Romulides
Euſſent le amp de vandre en pointes eg’izé,
Le parler docte ſeint des Bardes & Druides,
En Grése,en Italie, en Memfe étois prizé.

Les Druides tant rénommez et̃oient ’ommes tres-vertueus, ſaȷes & profons en ſavoir, ſortis de Galàd, l’un des fis de Gomor, ſegond de ȷàfet, dõt les Gaules, & les Gaulois, ont prins leur nominaſſion.

Druides nommez à raizon, de Dreus, vile en Franse bat̃ie, à l’onneur du pluſgrand d’entreus qi portoit un semblable nom, où leur pleut fonder leur ſieȷe, & leur demeure prinsipale.

Là tous peuples de toutes pars, venoient à eus comme à Oracles, & donnoient lois, & réglemens, à tous Fransois, en maȷiſtras, & ȷuȷes irreprehenſibles.

Là is ȷuȷoient tous diférens, ſeulement en trois audienses q’i tenoient par aq’une année.

ȷule Sæzar ateſte deus en ses Commentéres des Gaules, par eus a et̃é aporté not̃re Fransois langaȷe en Franse.

& meint ſiecle avant q’on parlat̃, des Latins ni d’Italiens, aſavoir, aſez tot̃ apres, q’il pleut à Dieu de divizer, les ’ommes, par diverses lẽg’es, en toutes reȷions du monde : afin de les peupler d’iseus.

Ole beau langaȷe Fransois, & fort de tous peuples prizables pour ſon antiqe extraxion : ſ’il et̃oit sorti des Rommeins ? Des Rommeins (di-ȷe) déſendus de groſſiers peuples ramaſſez, & d’une impudique veſtale, selon leurs Iſtoriens propres, ries des dépoüilles d’autrui, tous nus avãt leur pilh’eries tous nouveaus, & tous les derniers, aiant aqis bruit par le monde, & deſquelz on ne parloit mot, du tems des Ebreus, Caldëens, Aſiriens, Eȷip-tiens, Perſes, Médes, Troïens, ni Grez.

Opovre parler qe seroit le not̃re, ſ’il n’et̃oit ſorti de ſi mizerable oriȷine, ſ’il n’et̃oit rien qe le fripon de tez fripons, & vrez corſéres : ſi rien qe leur enfant bat̃ard, leur avortõ & ſupozé. O reproe trop outraȷeus, & trop ofenſif à la Franse ? O l’inȷure, O le vitupére, O l’impudense intolérable.

Mais plut̃ot̃ les mots des Latins, ne sont qe larresins des not̃res dég’izemens & friperies, entant q’isi ont du raport, puis qe nous ſommes devant eus ; puis qe nos Druides parloient devant leur nom, mieus que tous peuples.

Si un langaȷe derrivoit d’un autre, le not̃re ſeroit trop plut̃ot̃ prosédé du Grec, comme ſi conformant trop mieus : ainſi qe la ſeu remarqer Robert Et̃iene au beau trété q’il a fait de ses deus lãgages : & mæmement pour se qe ſont les Greȷois ainez des Latins, & d’Empire, & de bien-dizance.

Qand Luſian brave auteur Grec floriſant du tems de Traȷan, vint voir les Druides en Franse, il perdit tems de leur parler en Latin, & n’en eut réponse q’à lors q’il discourut en Grec.

Choze qi peut encore induire, à croire q’is n’entendoient rien à se langaȷe des Latins, & q’il n’avoit aucun raport au leur, & n’en derrivoit point comme on a ravasé depuis.

& pozé qe not̃re parler, tirãt du leur ſon oriȷine, nésésére ne seroit pas d’imiter leur ortografie, veu q’en la grand part de leurs mos, elle æt̃ abuzive & perverſe, q’elle donne faus ſon aus lettres ou en apliqes ſuperflues, comme l’ont mæme reconneu, pluzieurs de leurs pluſgrans docteurs, & mæme aucuns leurs Empereurs, & nommëment le grand Auguſte.

Par q’elles raizons pourroient-is nous prouver q’is ne faillent poin, d’uzurper ainſi comme is font, & presq’en aqe de leurs lignes, ou la c. ou la t. pour ſ. ou ſ. pour zedde, ou les c.t. pour x. ou les p.h. pour f. puis q’il faut que aqune lettre, ait ſon ſon tout particulier, & à toute autre inconférable.

Comme diront-is q’is font bien d’apliqer deus lettres pour une à l’endroit ou une ſufit, puiſqe nuit̃ ſuperfluité.

Que leur peut servir d’aleg’er, l’antiqité de leurs écris, l’autorité de leurs auteurs, en nombre tant soit-il nombreus : contre les canons de raizon, qi foudroient tous ses obſtacles.

Qe ſont les régles q’is ont fettes de leur prétendue ortografe, qe régles de derréglement, & de toute confuzion.

Is ortogragrafient ainſi ses vocables & leurs ſemblables.

dic-tio, ra-tio, ora-tio.

dixio, raſio, oraſio.

& nous pour les mieus imiter, écrivons dic tion, ac tion, où nous pronõsons dixion & axion, ſon tout contrére, q’elle defense à telle faute.

Is ortografient ſc iré & ſc ientia par ſ.c. ou seulement ſ. i ſufit, & ou la c. qi æt̃ la ké, i æt̃ ſuperflué & nuizible : & ou is la prenent ailleurs, pour ké, & qu, comme en ſes mos, ſcoma, ſcola, ſcabellum, ſcrops, comme le font is ſans abus.

Is prononsent Muza, cauza, Sæzar, comme écris par la zedde, ou is écriuent par ſ. ȷigas où is peignent gigas ȷeorȷius metant Georgius.

Auec auſſi bonne raizon pourroient écrire Goannes, au lieu q’is mettent Ioannes, puis q’ainsi prenent i. pour g. & g. pour i. confuzement

Is prononsent vinco, ago, lego, pour æt̃re écris par ké, & g. Tout auſſi toſt vinsis, aȷis, leȷis, muant ké en sé, g. en ȷé, sesi par qel derrogatoire.

Is ne font poin dificulté de convertir x.or en g. & or en sé qi æt̃ la ké du premier kas en ſon ſegond, écriuant pasis apres pax, & auſſi reȷis apres rex : pourqoi dont ſont-is moins hardis, à anger à tous autres mos, les lettres ſelon q’is pronõsent.

Il faut q’is confeſſent par là, leur opiniat̃re ignoranse, & tous Fransois les imitans, leur faute en ſuite nésésére.

Qe diront seus qi de nouveau, ont mis des livres en lumiere, pretendant par eus enſeigner à bien Fransoizement écrire.

L’un par ſa gramma-ire franc-oiſe, & l’autre par ſon ortogra-p-he, q’il nomme la u-raye Franc oi ſe, veu qe par iseus ne font rien q’éſéier de rendre aprouvëes, les fautes qi ſont réformables,& trop communes, & fréqentes, pour mieus imiter les Latins.

Qe dira ton d’eus, fors q’is sont fautiers par imitaſſion, réformateurs à reformer, gidons aveugle à gider, Médesins treſ-medesinables.

Pour la preuve & tëmoins, serteins ſoient leurs eſcripts, & eſcriptures, leur inſcript & inſcri puāt, leur Franc-ois & leur Franc-oi ſe, leur mi-eulx & ci-eulx, leur u eult & peult, leur ha ult & ſa ult, leur I an & I e han pour ȷan, mon ſtre pour mõt̃re, u eufue pour veve, Iui fue pour ȷuive, Apu ril pour écrire Avril, Febu rier pour Fevrier, debu-oir pour devoir, libu re en lieu de livre, Libra ire pour livrére, libra rie pour livrérie, Febu re au lieu de Fævre, leur ac-tion pour axion, leur an tien pour anſien, leur fa ire au lieu de mettre fére leur i’ ay & n’a y pour ȷé & né, leur ſo eur pour ſeur, leur bo-euf pour beuf, leur co-eur pour keur, leur o eil pour eil, leur morve pour morue, de ſert pour dézert, de ſirer pour dezirer, u itre pour vi tre u i u ier pour vivier, hau re pour havre, & mile tous tez inſérez dans leurs nouveaus livres d’abus.

D’ailleurs,comme ſout̃iendront-is, se pozé q’is tienent conſtant, qe ſi l’on n’écrivoit ainſi, & aveqes telle ortografe, aucun n’entendroit son parler ; veu q’en la grand part des Fransois, qui ne ſavent mot de Latin, ni cognoiſſent lettre qelqonqe : comme marans, & artizans parlans bien & correctement, & entendans bien se q’is dizent.

Non, non, se n’æt̃ poin le Latin, qui nons set entendre nos mos, on n’a bezoin d’i recourir, pour avoir l’intelliȷense : Encores moins sont entendus par leur forme d’ortografie.

Chaqe langaȷe qel q’il soit, Anglois, Flamant, ou Eſpagnol, æt̃ aprins de ſa naſſion, de pere en fis, de mere à filh’e, & touȷours du grand au petit, par inſtruction aſidue, & par obſervanse ordinére.

Pluzieurs vocables tous divers, en leur ſinificaſſion, ſont écris, voire prononsez, de maniere toute pareille, mæme entre les Grez & Latins, & tous autres peuples du monde. Mes l’antésédent ou suivant, les fet disting’er & connoit̃re, non l’écriture ni l’axent.

Oq’il ſeroit beau ſ’enqerir de seus qi n’ont aprins à lire, qez ſont noms, verbes ou pronõs, de tous les mos q’is parlent bien : On se riroit avec raizon de ſi curieus enqæt̃eurs.

Dont pour n’avoir trouvé q’abus & fantaſtiqe opinion en ses prétendus enſeigneurs, de not̃re vrëe ortografe : ni mæme en tous seus qi comme eus veulent derriver tous nos mos, de la neuve ſourse Latine ; et plus pour tenir invinſibles, inſolubles, & treſ-serteines, les raizons de leurs opozez ; ſout̃enant q’on doit ſimplement écrire comme on parle bien pour écrire correctement, & mæme pour avoir et̃é Ariſtote pére des lettres, & leil de la Filozofie de set avis : & aiant dit q’une lettre ne peut avoir q’un ſon, non plus q’un cors deux àmes.

ȷe me suis touȷours éforsé en tous les écris qe ȷé fés de ni plaser lettre inutile, ou ſuperflue, ou uzurpee.

& delà ȷe né poin failli d’æt̃re derrizé de pluzieurs pour écriture ſi nouvelle, & ſi anȷée de la vieille en tous lieus de aq’un ſuivie. Toutefois parmi ses moqeurs, se trouvãt auq’un l’aprouvãt.

Tant i a qe des deus cot̃ez ȷé et̃é ſouvent provoqé par fort long’e eſpase de tems d’en produire qelqe éxemplére, se q’en fin me ſuis rezolu d’entreprendre ſoigneuzement, tant pour les en contenter tous, qe pour se qe ȷé eſtimé q’il pourroit ſeruir au public.

ȷé donqes fet à set̃e fin vn Alfabet, auqel ȷé mis qatre lettres q’é inventées, & ſans lesquelles ȷe touve q’on ne peut écrire au parfet.

& pour ſervir d’inſtruxion d’iselui, l’é acompagné d’un Modèle qe ȷé conſtruit en forme de dixionnére.

Mes ȷe te prie ne douter, qe ȷe ne lé pas entrepris, afin de dégout̃er aucun, des livres qi ſont aprouve, tant des latins qe des Fransois, qelle qe ſoit leur ortografe : Car d’ailleurs nous ſommes tenus de les aimer & vénérer pour leur doctrine de grand fruit : voir les tenir tout ainſi qe reliqes treſ-présieuzes.

Ains ſeulement pour te mont̃rer qe nous pouvons écrire mieus, & beaucoup plus fasilement & plus liziblement auſſi, mæmement avec moins de tems qe l’on n’a écrit ȷuſqisi, ſi l’on suit son enſeignement.

Voire beaucoup fasiliter la lecture de nos écris, Fransois, à tous les et̃ranȷers ; ſi qe plus ne ſera bezoin, de se ſervir de se proverbe abüzif & trop pédenteſque qi dit, faut aider à la lettre.

Car les lettres ſimplement prizes, en leur ſon propre & naturel, & ainſi q’il convient placées : d’elles mæmes nous aideront à la prononsiaſſion.

& par là, notre ortografie éxélera infiniment, & l’Ebraiqe, & la Latine, & la Gréqe q’on vante tãt : Comme sele ou l’on ne voirra lettre qelconqe ſuperflue ou de ſa ſonnãse anȷée q’on voit en tous langaȷes.

Seus là ne ſont poin à blamer, mes plut̃ot̃ à prizer beaucoup, qi aus belles invenſions aȷoutent qelqes ozes belles.

Seus auſſi qifasiliter, peuvent les ozes difisiles : brief, amender ou embélir, qoi qe se ſoit, ſont ’onnorables & recommandables à tous.

Nous ſommes beaucoup obliȷez à seus qi trouverent les lettres, & qi écrivirent prémiers ſus tablettes, & ſus écorses, ſans sela ſe perdroit du tous la mémoire de toute oze.

Mes tez écrivoient tous vocables, de ſeize lettres seulement.

Sis ont et̃é lon-tems apres, inventëes par les ſuivans, fort utiles & ſerviables, au grand’onneur des inventeurs.

Comme auſſi l’on a inventé, l’Imprimerie depuis peu, s’æt̃ à dire lon-tems apres, q’on tient de toute invenſion, la plus utile, & glorieuze.

Le tems inſtruit de ȷour en ȷour, les premiers n’ont pas tout parfet ; Nature ſet de mieus en mieus, produire ses vertus au monde. On peut bien ore apersevoir, fautes des anſiẽs non veues.

Pourtant ſeint Auguſtin dïzoit q’il de ſe tiendroit ofensé, d’aprendre d’un enfant d’un an.

D’éure en ’eure nous remarqons, cout̃uriers anger hardiment la forme de nos væt̃emens : & voiant les nouveaus conſtruis plus ſeans qe les présedens, volontiers nous nous en ſervons, & les i préférons beaucoup.

Auſſi pourra ton hardiment, & ſans ofense des paſſez, væt̃ir de neuf not̃re ortografe, & d’abie étofé ainſi, comme l’enseigne se Modéle : ſ’il æt̃ reconneu plus parfet.

Au vieus tems, les ’ommes portoient lons hoqetons, ſans aus de auſſes, & des toqes & des bonnets, ſ’eſtimans aſez à l’onneur, væt̃us d’abis tez & ſi ſimples : & ores on se moqeroit de nous en voir ainſi væt̃us.

Ainſi ȷe croi q’on leſſera l’ortografe du tems paſſé, voiant sete si plus ſéante.

Le dezir q’ont eu nos auteurs éſtimez plus nàis Fransois, de la voir pure & réformëe : & ſus tout se q’en a écrit Ronſard, not̃re Fransois Virȷile, & l’ornemẽt de notre leng’e : Ma fet beaucoup plus hardiment entreprendre se petit livre ; auqel ȷé ſuivi au plus pres le anȷement q’is ont reqis, & de moi-mæme raporté oze d’autrui non obſervëe.

ȷe lé fet expreſſément en forme de dixionnére, où tout æt̃ ortografié à la forme vieille & nouvelle, qe par la, l’on voie tant mieus la grand diférense d’entre elles, & laqelle æt̃ la bonne & vrëe.

Mes pour ſ’en ſervir, il convient, obſerver le vréſon des lettres, & les diſting’er proprement : & comme sæt̃ q’on doit plaser les diftong’es & les axens.

Asete fin ȷe té dréſé, un Alfabet, comme reqis, & des notez ſus icelui, pour t’en ſeruir d’inſtruxion.

Adieu.

Äæt̃ marqée de deus poins, ou bien d’un axent sirconflexe, qand elle ſonne comme double, & nous rend ſa ſilabe long’e, & ainſi comme ȷe les més, en ses mos Äȷe, Äpre, téat̃re, plat̃re, folat̃re, & tous ſemblables.

Més qand elle æt̃ bréve, elle æt̃ ſimple, & ni voit-on aucune marqe, comme en seus-ſi, abé, avec, apui, atret, ateint, & autres.

Bé qi vaut la béta des Grez, & la beth de Ébreus auſſi ni æt̃ ȷamés qou il la faut : & pourtant ȷe lé retrenée, de tez mos qe les enſuivans, ou elle nuit évidemmennt : à livre, devoir, fævre, Février, féve, & de tous autres pareis.

é, æt̃ une lettre nouvelle, & de ma propre invention, ȷe l’estime tresnésésére, à bien écrire tous vocables, comme seus-sy, antre, apeau, arité, ois, ie, anſon, artier, emise, ose, er, asteté, aqun, eminer, qon a ȷuſqisi mal écris, par ses deus lettres c. & h. d’autant q’elles ont tout tel ſon que la ké quand on les aſemble : & ne ſauroient q’improprement, æt̃re prizes pour sete é.

Ses dixions, écho, échole, chœur, chorde, & telles en font preuve ; car écrites par ses deus lettres, comme on les treuve fort ſouvent, & mæme en tous dixionnéres : elles sonnent comme par ké, & auſſi raizonnablement, on liroit par telle ortografe, cantre, capeau, carité, cois, kiqe, qanſon, ou karȷe, & qer, bien qe l’h. i fut̃ aȷoutée, comme vous lizez en se lieu, ſuivant l’éxemple antésédente : se q’on ne ſauroi neanmoins q’avec treſ-grande moqerie, car il les faut écrire ainſi qe si devant par not̃re é.

Remarqe q’en set Alfabet sete figure demi ronde C. n’æt̃ autre oze qe la ké.

Mæme q’il n’i a d’autre sé qe la lettre s. qe ȷi figure, de deus ſortes pour un regard, qe ȷe déclare si-apres.

ȷe ne trouve aucune raizon d’uzurper sete C. ou ké pour not̃re sé, comme on l’uzurpe : car sæt̃ égarer les lizeurs, & aporter confuzion.

Veu auſſi raizonnablement, qon pourroit lire ſar pour car, ſuir pour cuir, aves pour avec, tras pour trac, éſus pour écus, éſuier pour écuier, éſuelle pour écuelle, éſole pour école, éſolier pour écolier, éſoſoize pour écoſoize, éſuſon pour écuſon, éſoufle pour écoufle, éſourrer pour écourter, éſrire pour écrire, éſot pour écot, & mie autres les écrivans par setes é.

& de mæme aus écris Latins, Surro pour curro, Sur pour cur, & hus pour huc, & fas pour fac, Sato pour Cato, & pareiz.

Dé ni æt̃ qou elle æt̃ reqize, & ſuperflüment mile fois, & pourtant ȷécri ſimplement, aȷoint, aveu, avis, avocat, aȷourner, & avertir, & tous pareiz ſans m’en ſervir, & la ȷouter, seus là qi la ȷoutent me ſemblent, ofenser la prolaſſion.

Émaſculine ou élevée, ni æt̃ diſting’ëe de selle qi æt̃ prononsëe cadente, & tenue pour feminine, par qelqe autre forme ou figure, ainſi comme æt̃ entre les Grez, leur é brieve d’avec leur long’e Ains ſeulement par un tiret ou axent égu mis déſus, en la sorte qe le voisi. é.

La féminine i æt̃ sans marqe.

Fé ou ef æt̃ mize en tous mos, ou pour elle on met p. & h. car il n’i a poin de raizon d’apliqer ses lettres pour elle : d’autant qelles ſonnent p.hi. plut̃ot̃ qe ſi, à bien les prendre, outre leur ſuperfluité.

& pourtant ȷécri foſion, Filozofe, Filozofie, Filipe, Nimfe, & leurs ſemblables, avec sete fé simplement, & tout ainſi comme l’on fet, fis, filh’e, folie, Fransois, & ſemblables qi ne ſ’écrivent aveqes ses lettres p. h.

ȷé æt̃ autre lettre nouvelle, de mon invenſion auſſi, afin qon n’abuze de l’i, la faizant conſonne pour elle, ainſi qon a fait iuſqisi, par abuzaȷe inexcuzable : & mæme afin qe notre g. semblable à la gamma des Grez, & à la gimel des Ebrieus de ſa ſonanse naturelle, ni ſonne ainsi de divers ſon, à légarement des lizeurs.

ȷécri par sete ȷé tez mos, paȷe, faȷe, dommaȷe, ȷaqe, ȷile, ȷorȷe, ȷéant, ȷizant, ſerȷent, ȷan, ȷáne, ȷuȷe, ȷules, ȷacob, ȷulien, & pareiz.

Car pourqoi, puis qon dit Gilh’aume, & dag’e, & bag’e, écris par elle ; auſſitot̃ on liroit ȷilh’aume, daȷe, & baȷe, & pluzieurs autres, aiant sete ȷé double ſon.

ȷécri auſſi ȷuȷement, ȷuge, ȷalous, ȷolis, ȷenæve, & ȷeus, & tous mos de telle ſonanse, avec sete nouvelle lettre, au lieu d’i apliqer not̃re i. reſtant touȷours ſimple voielle.

Més afin qe fasilement, sete lettre ſoit reconeue, & diſting’ëe comme il faut, & qon lize plus aizément : ȷe lé fette peu diſemblable, de l’J. & de la g. auſſi, voiez si deſus ſa figure.

Gé, ſonne dont touȷours isi, en gamma ȷamés autrement ; qelqe vocale qi la ſuive.

Més il æt̃ bezoin remarqer, qe lors qe la né viẽt aprés, on la beg’ee qelqe peu, comme en ses mos, ſeig’neur, mig’non, roig’non, bezoig’ne, enſeig’ne & tez.

Adont apoſtrofe æt̃ deſus, afin d’en ſervir pour indise,

Hé ou h.i æt̃ comme lettre autant nésésére q’aucune, d’autant que nous avons meins mos, qi ſans elle ne se prononsent : comme seus si, haie, héraut, haine, hardi, hure, & hoqet.

Més ȷe ne l’apliqe ȷamés, aus dixions non aſpirées, & ou elle n’a ſa valeur.

ȷécri ’onneur & non honneur, ’ommaȷe & ȷamais hommaȷe, éritaȷe & non heritaȷe, abile, & nule fois habile, eure non heure, éureus non heureus, ’omme non homme, seus qui laȷoutent en tez mos, ne ſauroient aleg’er d’excuze.

Més à écrire bien seus si, pilh’e, pilh’ard, perilh’, périlh’e, & tous de pareille ſonanse. ȷe la més comme tres-utile, pour se q’écris avec double ll. ne ſont ainſi qon les prononse.

Adonc il æt̃ à obſerver, q’elle fet touȷours ſa ſilabe, avec sete L. antésédente : pourtant apoſtrofe æt̃ deſus, qe sesi ſoit mieus remarqé.

Il n’æt̃ bezoin de la plaser, apres l. qi devant ſoi aî, ou bien eî, diftong’es, d’antant qelle ni ſert de rien pour la prononsiaſſion.

& pourtãt ſont ſans elle écris, aſez bien, les mos qi enſuivent : apareil, baïller, bataïller, émaïller, éfueiller, & tez.

I, demeurant touȷours voielle, & ȷamés fette, cõſonante, ni ſonne iamés pour la ȷé, comme ȷe mõt̃re si deſſus.

ȷamés pour elle ne me ſers, de sete lettre y dite gréqe, qe n’empruntions rien d’ét̃ranȷers, non pas mæme à écrire ïeus, plurier d’eil q’is lizent ȷeus, comme pluzieurs l’i font reqize : & de mæme à écrire ivrer, afin qon ne lize ȷuret, car ȷe les eſtime déseus. D’autant qa ȷurer & à ȷeus, il faut la ȷé, & non pas i. non plus la gréqe, qe la notre.

ȷ’écri Roî, foî, loî, moí, toî, foî, ſans m’aider de sete greȷoize, comme font pluzieurs des Fransois.

Més ou elle ſonne pour deus, & fet la ſilabe æt̃re long’e, elle a deſus elle deus poins, comme ivreïe, foïe, & pareiz.

Ké en set Alfabet nouveau, æt̃ representé par trois formes, a ſavoir par Ka, qé, & cu, qe par si devant on prenoit ainſi trois lettres diverſes, isi valent pour une ſeule, & sela pour moins ofenser l’ortografie inſinuëe & en vzaȷe de lon-tems.

Quand tu n’en voudrois poin uzer, ains t’aider d’une pour les trois, comme de sete dite qé, tu ne leſſeras poin d’écrire, correctement, & ſans faillir.

Voire quand tu voudras former vn nouveau qé au lieu d’iseles, & lui donner cours par le monde.

Par sete forme demi ronde, plut̃ot̃ ȷécri ses dixions, conferense, conformité, cõtredit, couleur, contre, croire.

Par la q. plut̃ot̃ seles si, qelqun, qalité, qantité, qitanse, qelconque, qatrieme : Més ſans i mettre u, ſuperflu, ainſi qon a fet iuſqisi.

& plut̃ot̃ par sete ké, keur, venikeur, tankeur, iſt, kalendrier, contrekeur, kadram, & karæme.

Lé ou el, n’æt̃ qou elle ſert, pourtant tez mos abile, vile, fourmile, mile, &c. ſont écris sans q’elle i ſoit double.

& de tez mos qe ses derniers, mieus, sieus, veut, peut, haut, ſaut, vaut, faut, d’autant, pouſant, moudre, outre, poudre : elle æt̃ ot̃ée & retrenée, cõme nuizible & ſuperflue.

Mé ou em i æt̃ ȷéminée, où les Latins n’en mettent q’une, nous écrivons ’omme, eus homo, Romme, où ils écrivent Roma.

Toutefois nous pouvons auſſi les écrire par une ſimple, prinsipalement pour la rime, ſelon not̃re diſcréſion.

Né ou en, tout contrérement, i æt̃ ſeule, & non redoublée, en meins mos ou pluzieurs la doublent, comme, en tez qe seus si ſuivans, avient, meintiene, iene & ſiene, miene, tiene, auſſi tous ſemblables.

Mais qand on i en mettra deus, on n’ofensera la ſonanse.

Ou les Latins n’en metent q’une, qelqefois nous la faizons double, ils dizent honor, nous ’onneur.

Il me ſemble qe sete lettre, ſeroit mieus apres not̃re t. aus perſonnes tierses, plurieres, des verbes terminez en ent, & non pas ainſi prononsez, qelle n’æt̃ devant apozée.

Comme en tous seus si duizent, puizent, antent, præent, vienent anonsent.

Mieus me ſemblent écris ainſi, vienetn, duizetn, &c. car nous ne les prononsons poin, comme sent, lent, vent, ainſi peins.

Toutefois de tous pareiz mos, ȷe enſuivi le vieil uzaȷe, en atendant ton ȷuȷement, avant que d’i rien varier.

Odont les Grez ont fet deus lettres, n’æt̃ isi q’en ſa forme ronde. Més qand on la prononse long’e, & ainſi comme écrite double : elle porte marqe aproante, du sirconfléxe axent des Grez, ou a deus petis poins ſus elle : comme auſſi les autres vocales ? ot̃, tot̃, diſpot̃, ſoient pour éxemple.

Pé ni æt̃ doublée en tez mos, apui, apointemẽt, haper, d’autant q’une ſemble i ſufire.

Elle ne ſi rencontre auſſi, ſuperflüment ou elle nuit̃, ainſi q’en se vocable Avril : écrit par aucuns A puril, & mæme en tout dixionnére.

Ré ou er, ni enforsit̃ poin ſa ſonanse de hé ſuivie, car ȷamés ȷe ne lui aȷoute.

ȷécri Rael, ſans sete hé : & retoriqe tout de mæme.

Sé ou eſ, ni æt̃ apozée, pour zé ou zedde nulefois, ains i a touȷours ſon plein ſon, divers d’isele, & tout ainſi, qa la ſigma de la zita, entre les Grez, & la ſameth, d’avec la zaim des Ebreus.

Elle n’æt̃ doublée q’aus mos, ou ſon doublemẽt æt̃ reqis, pour la prononsiaſſion : comme en seus si, Meſſe, Prinseſſe, métreſſe, antereſſe, preſſe.

En tez qe ses autres, nobléſe, ſaȷe, riéſe, ȷeunéſe, adréſe, ȷentilh’eſe, éſein, elle æt̃ ſans ſegonde touȷours.

ȷe la retrene mæment, de tous tez mos que les ſuivans : æt̃, et̃oit, et̃ui, et̃at mont̃re, &c.

D’autant q’elle corromt leur ſon, & les deg’ize entierement, en lieu de mont̃re elle fet monſtre, & eſtat, eſtui, & eſtoit.

Les Lations dizent ſum, es, eſt, & pourtant écrivent fort bien eſt, avec sete lettre ſ.

Més nous dizons, ȷe ſuis, tu es, il æt̃ : l’écrivant bien ſans elle.

En tous tez mos qe ſont seus si, léson glason, ranson, mason, fason, arson, sent, Siel, Sæzar, selui, setui, elle tient reng, pour la C. vieille qi ne vaut, isi qe pour ké, dont on sæt̃, ſervi iuſqisi par deg’is.

Més afin de fére noter, se mien vzaȷe à tous lizeurs, voisi comme ȷe la figure s.

Forme qi mont̃re clérement, comme la c. se tourne en elle, & mieus q’en la croant par bas, ainſi qe font nos écriveins, forsez de fére sé du ké.

Té ni æt̃ ȷamés apozée, pour i avoir le ſon de sé qe l’on lui donne trop ſouvẽnt : ainſi q’en ſes mos, gra tieus, devo tieus, ambi tieus, aplica tion, ac tion, rela tion, condi tion, aſina tion, men tion, opozi tion, op tion, obliga tion, & ſemblables, ȷe les écri tous avec ſ.

Toujours t. ſonne pleinement, ſelon ſon ta te ti to tu, tel de ſon qe la taf des Grez, & tel que la teh des Ebreus.

Auſſi on pourroit autrement, lire amiſié pour amitié, mæme aſie pour at̃ie, averſie pour avertie, néanſie pour néantie, rouſie pour routie, & piſie pour pitié.

& de mæme aus écris Lations, on liroit excuzablement, graſus pour gratus, sibi pour tibi, sibisem pour tibicem.

Sæt̃ merveille q’en mæme mot écrivamt la mæme voielle, is donnent deus ſons à la t. vous ſufize potentia.

ȷe ne la double nule fois, ou ſon doublement ne ſert poin, comme à fæt̃e, tæt̃e, reqæt̃e, il n’æt̃ bezoin la dupliqer, en mos de ſemblable ſonãnse.

En seus si ſon doublement ſert ; avette, parfette, brumette, profette, brébiette, & tez.

Vé æt̃ auſſi nouvelle lettre, & de ma propre invenſion, ſinon de forme, au moins de ſon, & lettre de nésésité, & ſans laquelle on ne pourroit écrire preſqauqune ligne, tant ſouvẽt elle se rencontre, lizant tu t’en apersevras.

ȷe remarqe q’a tous propos, on prend la voielle u. pour elle, anȷant ſa ſonanse du tout pour la penſer conſonantir : comme en ses mos, van, vanité, voiaȷe, vertu, verité, voie, vie, vin, convoie, fourvoie, & ſemblables.

Comme peut-on avec raizon, fére sete métamorfoze ? lira ton pas e ue pour éve, seue pour séve, feu e pour féve, u itre pour vitre, en u i pour envi, u rac au lieu de vrac, moru e pour morve, verue pour verve, & hau re au lieu de havre, & au contrére mæmenent, ſi l’u se peut conſonantir, & ſonne ainſi qe sete vé.

Bref sete vé nous æt̃ reqize & nésésére autant q’aucune, & ne peut u. ſervir pour elle.

De l’u difere tout autant, de ſon &de prolaſſion, qe l’a de l’é, & l’i de l’o, n’en déplaize à nos ortografes, le divers mouvement des lévres & de la leng’e en pronõnsant, mont̃re leur grãde diférẽse.

Toutes les lettres ont et̃é inventées & diſting’ées en leur particularité, pour leur mouvement tout divers, en les inventans & formant.

u. dont demeure isi voielle, & ȷamés en ſi lit pour vé, mes elle æt̃ ſouvent diftong’ée, cõme en ses mos, mui, pui, autrui, ennui, apui, feu, meu, reseut, tout, gout̃, rous, ous, vous, nous, & autres.

En ses verbes de l’optatif, ou conȷonctif, tez qe seus-si, peut̃, ſeut̃, reseut̃, conseut̃, & autres, l’axẽt sirconflexe æt̃ ſus elle, pour mont̃rer comment is ſont lons, & comment ȷ’en retrene l’ſ.

Xé ou ix a ſonanse auſſi, ſpesiale & particuliere, tant à la fin des dixions, q’au commensement & milieu, & ne ſi met ȷamés pour ſ. non pas mæme en se mot paix, monoſilabe tout divers de pàis qi a deus ſilabes, & qi ſignifie patrie : Voise comme il le faut écrire, pæs.

ȷe m’et̃onne ou penſent seus-là qi àſemblent c.t. pour elle, comme en ses dixions ſuivantes : afec-tion, élec-tion, pac-tion, ac-tion, & telles, veu qelles ont tout autre ſon, comme ses autres mos les mont̃rent, acte, pacte, ſuſpecte, afecte.

Car auſſi tot̃ on liroit axe, & paxe, & ſuſpexe, & afexe, les écrivant par ses deus lettres, ſelon q’is ſ’en veuleut ſervir.

Zé ou zedde a isi ſa plase, ainſi qelle merite bien, ȷe ne m’i ſers d’ſ. pour elle, ainſi qe font nos écriveins, tant pour se qelle a ſon tout autre, en qelqes mos qelle ſoit mize, qe pour se qelle æt̃ de tout tems, de not̃re Fransois Alfabet, & douse deſus toute lettre.

Les Latins qi se ſont ſervis, de l’ſ. au lieu d’elle ſouvent, & leſqez ſ’en ſervent encor ; comme en ses mos Mu-ſa, cau-ſa, po-ſuit, depo-ſuit, & ſemblables, ſeroient qelqe peu excuzables, pour leur naturelle arrogange : d’autant qe sete lettre et̃oit, ét̃ranȷére, & non de leur creu, a ſavoir du Grec empruntëe, auſſi ne l’ont is poin reseue, en leur leng’e, & n’en ont un mot : més les imitant en sela nous ſommes du tout ſans excuze, car comme aus Grez nous æt̃ commune.

ȷe n’écri poin mu-ſe pour muze, cau-ſe pour cauze mai-ſon pour maizõ, rai-ſon pour raizõ, ré-ſin pour rézin, a ſſi-ſes pour aſizes, ſai-ſon pour ſaizon, blâ-ſon pour blazon, ro-ſe pour roze, ȷ’en rouȷirois de ȷuſte honte.

Se faizant ȷe m’eſtimerois, ne faillir pas moins, q’écrivant zire, zeigneur, zidre, zanzon, mazon, anzon, zaizon, glazon.

Sete lettre, à la fin des mos, les rend de bas ſon, & ſerré, & la sé, les fet haus & pleins.

Exémple des abeſſez.

Aimez, armez, animez, apaizez.

Exemple des élevez.

Aprés, exprés, siprés, ȷamés, prosés, mauvés, palés, arræs, & prés, & autres.

Més pour remarqer mieus sesi, on met deſus les élevez l’axent qe nous nommons égu, comme l’on voit isi deſſus.

Æ, me ſert pour bien écrire, tez mos qe ſont les enſuivans, diadæme, ſupræme, mæme, mæt̃re, Præt̃re, reqæt̃e, tæt̃e, fæt̃e, præte, & tous de la ſorte.

ȷe l’eſtime tres-nésésére, & de toute autre ſon q’ai, & ne trouve poin de raizon, pour dire q’elle n’æt̃ Fransoize.

Ai æt̃ reqize en tous mos, de tel ſon cõme sont seus si ; báiller, amáiller, batáiller, rállier, táiller, &c. car par æ perdroient leur ſon.

Exemple,

T’æller, batæller.

Eî convient mieus à seus si, pein mein, ſein, demein, in’umein, ſeint, feint, teint, creint, peint, & ſemblables, car par ai ſont alourdis.

Vain, gain, train, & tez au contrére ſeroient mal cris pas ei, la prolaſſion en fet ois,

É, ȷe ne anȷe auſſi en a, pour donner ſon plus fort aus mos, comme font pluzieurs en seus-sis : rante, invante, tans, tante, ſante.

ȷe les trouve trop mieus ainſi, tems, tente, ſente, invente, rente.

Apeine pour l’autorité, des rimes, ȷi plaserois a, au lieu de set é. trop plus douse.

Sont telles isi q’en tout lieu.

& æt̃ auſſi lettre nouvelle, en set Alfabet nouveau fet : pour le moins touant la ſonanſe.

Car ȷe ne fés ȷamés valoir ses deus lettres ȷointes pour elle (é.t).

D’autant qe nous prononsons &. non et comme font les Latins.

Exemple.

ȷan & Pierre ſ’aiment fort, non ȷan et Pierre.

Les axens i ſont observez, ou plus m’ont ſemblé obſervables, afin qon lize comme il faut.

L’égu i æt̃ pour diſting’er l’é maſculine, ou élevée de la feminine ou cadente.

Not̃re sirconfléxe à marquer, les diftong’es tant ſeulement.

Le grave pour i diſting’er, les adverbse d’avec les noms.

ȷe ne double aucune voielle, aus mos ou elle æt̃ redoublëe, comme en seus si, aaȷe, feerie, preerie, jit̃, & tous ſemblables.

Més les écri tout ſimplement, ainſi, ȷit̃, & âȷe, prërie, metant deus petis poins deſus, ou bien not̃re axent sirconflexe, afin qon les pronõse lõs.

Aus mos dont ȷé retrené l’ſ. devant la t. comme nuizible, la t. porte marqe ſus elle, fort proe du Grec sirconflexe, ainſi qe le voisi marqé. t̃.

Bref tout æt̃ isi raporté, ſelon le ſon de aqe lettre, ſans q’une ſoit prize pour l’autre, ſupreflüment apozée.

MODELE

EN FORME DE

DIXIONNERE.

Ad’axent sirconfléxe æt̃ marqé de la ſorte Qand ſa ſilabe æt̃ long’e ainſi comme ȷe més âȷe, teat̃re, âprit, a ſimple axent ne porte Parlà, leur diferense on peut voir à ȷamés.

Bé qi vaut la béta des Grez & beth ébrieuze, ȷe ne poze en tez mos qe ſont les enſuivans, Devoir, feve, février, car ſuperſtisieuze, Iſeroit comme à fævre, livrere & ovians.

é, nouvelle inventée æt̃ propre & nésésére Pour fére er, oizir, arité, ie, ois,
Car c.h. a un ſon totalement contrére
Preuve ec ho, ch eur, & chorde, écholier, échoſois

Dé ȷamés ne se doit prononser ni écrire En ses mos, Avocat, aȷourner, ni avis, Avouer, avenu : car leur ſon il empire, Més admettre, admirable, avec lui bien écris.

É, porte deſus elle un axent de la ſorte
Qe le voisi marqé, long élévé il æt̃,
& qand marqe elle n’a, elle æt̃ cadente & morte donne & dõné t’en ſoient pour éxémplére præt̃.

Simple par fois pour deus ſonne, en remarqe telle
Deus poins ȷe més deſus cõme des Frãsois meins, Tous ses mos enſuivans t’en ſeront pour modéle Fërie, crëe, récrër, prërie, & tëmoins.

Fé, vaut la fi des Grez, & bien ne se peut prendre Pour les p. h. ainſi comme font les Latins, & des not̃res seus là qi deus ſ veulent rendre Les vrez imitateurs se faizant mal aprins.

Si bien et̃oient écris ainſi philozophie, Phoſion, nimphe, phlegme, & phare, & phriȷien, auſſi bien le ſeroient, phransois, philh’e, pholie, Qe ȷamés on ne vit écris par se moien.

ȷé nouvelle autre lettre, æt̃ par moi inventée
Ainſi que nésésére à écrire meins mos,
Auquez æt̃ la lettre i. par abus apliqëe,
Comme a i. an : & le g. comme à gile & gigos.

ȷécri ȷurer ainſi, qe le lizeur ne lize,
Ivrer, & ſaȷe ainſi, qe ſag’e ne ſoit leu,
& ainſi ȷorȷe, ȷan, goulu, gautier, ȷit̃, ȷize,
Autrement on liroit gorie, I an, git̃, ȷoulu.

Gé, qi revient aſez à gamma gréqe lettre & gimel des ébreus ainſi comme i n’a ſon,
Avec vocale aucune on fet mal de la mettre
Pour écrire ſes mos, géant, gile, geton.

Sæt̃ pourqoi is devant ȷé fet lettre nouvelle
Dite ȷé, pour ſuplër à vn ſi grand defaut, écrivant ȷuȷe, ȷan, ȷaqes, par elle.
Non i-ug’e, ni I-an, I-ane, I-aqe, I-erfaut.

Hé pour lettre æt̃ isi non aſpiraſſion
& ou n’en æt̃ bezoin ȷamés ȷe ne l’apliqe,
ȷécri ’ommaȷe, ’onneur, ’omme, en sete façon
Non hom me, non hon neur, comme on fet à

Apres l, ȷe la més pour bien écrire filh’e,
Pilh’ard, & perilh’eus : qi n’auroient autrement,
Qe le propre ſon q’a, vile, indosile, abile,
D’autant que la double ll. ni fet le beg’ement.

I, n’æt̃ conſonne isi més ſeulement voïelle, & ȷamés en ſon lieu ȷe n’i poze l’y grec,
D’un i avons aſez ſans et̃ranȷére telle,
Sans ſuperfluité ne pourroit æt̃re avec.

Avec ȷé, ȷécris ȷeus, qe ne ſaurois écrire
Par set y, qe treſmal, ni par le not̃re auſſi,
Ainſi ȷécri ȷacob, ȷulien, ȷé, ȷ’admire,
& ainſi Ive, Iver, Izac, Izope, Isi.

Ké æt̃ réprézenté deſous triple figure
Q’on prenoit si-devant pour trois lettre formal,
Car elles n’ont q’un ſon, q’un ton, q’une mezure
Leur pourtret ſeulement ſe rencontre in-égal.

Més pour ofenser moins la vieille uzaȷe mæme
& ne poin égarer les lizeurs mal inſtruis.
Par sete ké, ȷécris keur, kalendrier, karæme,
Ainſi contre, couleur : ainſi qiqonqe, & qis.

Lé ou el, ȷe n’i més ȷamés ſiperflüment
Cõme en ses mos ſuivans : sieus, mieus, fourmile, vile.
Poudre, outre, moudre, veut, peut, & pareillemẽt
Pélétier, apelant, la double æt̃ inutile.

Mé ou em, nous trouvons æt̃re mieus ȷéminëe
En ses mos, Romme, ſomme, ’omme, pommier, ſommier,
Car la prolaſſion en æt̃ mieus ordonnëe,
Nous écrivons à tard, ’ome, ſome, pomier.

Né ou en n’æt̃ isi redoublée en ses mos,
Iniqe, iniqité, aviéne, miéne, tiéne,
Més on peut toutefois, non trop mal à propos
L’i doubler ? imitant l’ortografe anſiène.

Otout ſeul nous ſufit, de deux comme les Grez
N’avons aucun bezoin : més afin qe ȷe mont̃re
A la prononser long’e, é ſus deus poins marqez
Ou sirconflexe axent q’au brief on ne rencontre.

Pé ne faut redoubler pour écrire aparense,
Apointer, apelant, aparent, apétit,
Ni la mettre à Avril, el gat̃e la ſonanse,
Car apu-ril plut̃ot̃ par elle écrit se lit.

Ré ou er, n’en forsit̃ ſon ſon de hé ſuivie,
& pour se n’eſt bezoin la ȷouter, comme on fet,
A Rhomme, Rhétoriqe, on Rhael : sæt̃ folie
De sete er i plaser qi ne rend nul efet.

Sé ou eſ ne ſi met ȷamés isi pour zedde
Comme en ses mos, dézert, dezir, maizon, raizon,
Tout de mæme la ké ȷamés ne lui fet edde
Comme en seus-si Fransois, léson, ranson, fason.

Elle n’i æt̃ non plus ou ne faut ȷéminée,
ȷécris ſaȷeſe, & non ſag eſſe, improprement,
Comme auſſi ȷécris bien Meſſe, preſſe, preſſée
La doublant, qe tres mal ȷécrirois autrement

Té ne ſi voit ȷamés pour le ſon de séfére,
Comme à devo-tieus, gra-tieus, o-tieus,
Pronon-tia-tion, péti-tion : me tére,
D’ortografe ſi fause, en se lieu ȷe ne peus.

Vé qe ȷé mize isi d’invenſion nouvelle
I fet entierement ſon va, ve, vi, vo, vu,
Qe ne fet u mal prins pour conſone, & voïelle
Qi doit tant ſeulement voïelle æt̃re reseu.

Ses mos ſoient pour éxemple, un utile uzufruit uzaȷer, uzurier : leur ſon æt̃ remarqable,
Comme de sete vé par aqe mot qi ſuit,
Veu, vertu, volonté, vigoureus, variable.

u, mis avec voielle i æt̃ ſouvent diftong’e,
Comme en ses mos autrui, lui, pui, ennui, & mui, & là où el nous fet la prolaſſion long’e,
D’un axent sirconfléxe elle rencontre apui.

Reseut̃, creut̃, eut̃, peut̃, fut̃, seut̃, & mile tez autres
Verbes l’optatif pour éxemple t’en ſoient,
La sé nous en ot̃ons qe, par abus les not̃res
Superflue, & ſans ſon, si devant i mettoient.

Ix ne se pren pour s. sæt̃ folie la mettre
Soit au commensement des mos, ſoit au milieu,
Isi l’on ne l’a voit en se mot de pæs æt̃re
Mot divers de pais, de deus ſilabes veu.

ȷe m’eſtonne de seus qi les c.t, nous mettent
Au lieu de sete xé, comme en ses dixions,
Ac-tion, fac-tion, élec-tion, is péent
Ou is écrivent mal afec-te, afec-tions.

Zedde à tout autre ſon qe la lettre s. ou sé.
& bien ne ſe ſauroient l’une pour l’autre écrire,
Comme le Latin fet à ſe fére forsé,
ȷécri cauze, non cau-ſe, dezire non de-ſire.

& pour nouvelle lettre en set Alfabet vaut
&. au lieu du vieus et écrit par ses deus lettres,
D’autant q’on dit Roland & Roc, vont à l’aſaut,
Non et vont ; cõme ont fet, par abus nos anseſtres.

PAr grase & Privileȷe du Roi, & par ses lettres patentes donnëes à Fonténebleau, le 13. iour de Iuin, l’an de grase 1609. Il æt̃ permis à Robert Poiſſon équier ſieur d’Auvile, de Valonnes en Normandie : de fére imprimer un livre, par lui fet & compozé, leqel il a intitulé, Alfabet nouveau de la vrëe & pure ortografe Fransoize, & Modele ſus iselui, en forme de Dixionnére, leqel a et̃é aporté au Conſeil privé du roi, & trouvé bien fet au parfet, de not̃re langaȷe Fransois. Aveqes défenses expreſſes, à tous les autres Imprimeurs, & livréres, de qelqe et̃at, ou qalité qis puiſſent æt̃re, d’eus inȷerer, d’Imprimer ou fére Imprimer, vendre ni diſtribuer, ledit Alfabet & Modéle, dedans ni dehors se Roiaume, à peine de trois mil livres, d’amende & confiſcaſſion, des livres qi se trouveront, avoir et̃é moins qe deüment, Imprimez par tez Imprimeurs, & livréres qe ses commis, ſézie & anotaſſion, deſdits livres avec dépens, & interæs deſus iseus : nonobſtant opoziſions ou apellaſſions qelqonqes, & sependant le tems & terme, de ſis ans entiers, à conter du ȷour & datte qe se livre, achevé ſera d’imprimer, de la première impréſion, ainſi q’il æt̃ plus amplement, contenu par leſdites lettres, car tel æt̃ du Roi le plézir, Donné à Fonténebleau ledit ȷour & an deſus dit.

Et ſelé du grand ſeau.

Ledit ſieur poiſſon a permis, à ȷérémie Périer, & ȷaqes Planon, marans & livréres en sete vile de Paris, de fére Imprimer se prezent, vertu de ſondit Privileȷe, ſuivans les acors fés entreus,

Aevé d’imprimer se ȷour 20. d’Aut̃ 1609.

Prezenté au Roi par l’auteur, se 25.

ȷour d’Aut̃ l’an de grase 1609.

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