‹ Dictionnaire des calembours et des jeux de mots, lazzis, coqs-à-l'âne, quolibets, quiproquos, amphigouris, etc.Chapitre 8 sur 11 · V

V

Je hais les eaux de Forge et Balaruc. Je ne porte point chez Colduc D'ordonnance d'Astruc. Je ne veux, sous ma perruque, Porter cautère à la nuque, Dussé-je être duc. Car de son corps qui fait un aqueduc Devient bientôt caduc, Fût-il un gros heiduc. Mais le vin est, si j'en crois Luc, De tous le meilleur suc.

On a fait aussi sur ces mêmes rimes isolées cinq adages que voici:

Le thésauriseur cherche le sac. Le promeneur cherche le sec. Le biographe cherche le sic. Le laboureur cherche le soc. Le gourmand cherche le suc.

On a publié, en février 1849, sur les désordres de l'Assemblée nationale constituante, les vers monorimes suivants:

En voyant cet affreux micmac, On dit partout, même à Cognac, À Bergerac, à Ribérac, Que la république, au bissac, Fait un déplorable tic-tac, Qui peut finir par un cric-crac, Comme en a produit Polignac. Que voulez-vous? Proudhon et Bac, Ledru-Rollin et Cavaignac La poussent dans un cul-de-sac, Où, par quelque coup de Jarnac, On renversera son hamac. Que Dieu conserve son cornac!

MONSIEUR

Ce nom autrefois indiquait une seigneurie. On disait: M. de Mayence, pour l'électeur de Mayence. M. de Paris, pour l'archevêque de Paris. On appelait Bossuet M. de Meaux, et, ce qui est assez singulier, Mme de Sévigné, en parlant du pape, disait: M. de Rome.

Un officier gascon, étant à l'armée, quitte un de ses camarades, et lui dit assez haut et d'un ton important:--Je vais dîner chez Villars. Le maréchal, qui se trouvait derrière cet officier, lui dit avec honte:--À cause de mon rang et non à cause de mon mérite dites: Monsieur de Villars.--Cadédis! répond le Gascon sans s'émouvoir, on ne dit pas monsieur de César.

Le grand Condé, ennuyé d'entendre un fat parler sans cesse de monsieur son père et de madame sa mère, appela un de ses gens, et lui dit:--Monsieur mon laquais, dites à monsieur mon cocher de mettre messieurs mes chevaux à monsieur mon carrosse.

MONTER

Une servante apporte le mémoire du mois à son maître; il y remarque pour trente francs de lait.--Comment! dit-il, je dois tant que ça à la laitière?--Mon Dieu oui, Monsieur; c'est qu'il n'y a rien qui monte comme le lait.

MONTRER

Une princesse passait tous les matins à apprendre l'hébreu. Un jour que son maître de langue était entré chez elle avec une culotte déchirée, le prince son mari lui demanda ce que cet homme venait faire dans sa chambre. La princesse lui dit:--Il me montre l'hébreu.

--Madame, répondit le prince, il vous montrera bientôt le derrière.

MORCEAUX D'ENCENS

On demandait à M. Castil-Blaze quels étaient les morceaux de musique qui avaient la meilleure odeur. Il répondit:--Ce sont les morceaux dansants.

MORDANT

On demande pourquoi les gens décédés mangent du bois.--Parce qu'on les trouve _morts dans_ leurs bières.

MORT

Trois députés des États de Bretagne étant venus pour haranguer le roi, l'évêque, qui était le premier, oublia sa harangue, et ne put dire un seul mot. Le gentilhomme qui le suivait, se croyant obligé de prendre la parole, s'écria:--Sire, mon grand-père, mon père et moi sommes tous morts à votre service.

Un plaisant en fiacre, voyant passer un convoi funèbre qui s'en allait au cimetière du Père-Lachaise, dit au cocher:--Retenez vos chevaux et empêchez-les de prendre le _mort aux dents_.

De tous les genres de mort dont on avait donné le choix à Arlequin, il préféra celui de mourir de vieillesse ou d'indigestion.

MOTS

Un célibataire venait d'acheter une paire de mouchettes; sa gouvernante lui ayant fait observer qu'elles étaient bien petites, il répondit qu'elles étaient bien assez grandes pour une personne seule.

Une ronde arriva près d'un poste. Un seul homme se trouvait présent à ce moment, c'était le factionnaire. Le capitaine de la ronde, furieux, s'avance sur lui en disant:--Comment, tas de coquins, vous n'êtes qu'un?

Une femme d'esprit disait d'un orateur boursouflé qui avait une certaine réputation d'éloquence:--Il est vrai qu'il trouve facilement ses phrases; mais quand il les a trouvées, il est obligé de chercher ce qu'il mettra dedans.

Un Américain, ayant vu six Anglais séparés de leur troupe, eut l'audace de leur courir sus, d'en blesser deux, de désarmer les autres et de les amener au général Washington. Le général lui demanda comment il avait pu faire pour se rendre maître de six hommes.--Aussitôt que je les ai vus, répondit-il, j'ai couru sur eux et je les ai enveloppés.

Un bourreau, conduisant au gibet un pauvre diable, lui dit:--Écoutez, je ferai de mon mieux; mais je dois vous prévenir que je n'ai jamais pendu.--Ma foi, répond le patient, je vous avouerai également que je n'ai jamais été pendu non plus; mais, que voulez-vous! nous y mettrons chacun du nôtre. Il faut espérer que nous nous en tirerons.

Le deuxième consul, Cambacérès, donnait une fête à laquelle se trouvaient beaucoup d'artistes. Elle touchait à sa fin, lorsque Cambacérès invita Garat à chanter. Celui-ci, piqué de ce que l'on ne se fût pas adressé plutôt à lui, tire sa montre et répond:--Impossible, citoyen consul; il est minuit: ma voix est couchée.

L'expression «à faire trembler» est si familière aux Gascons, qu'ils l'emploient à tout propos. Quelqu'un faisait observer ce gasconisme à un officier gascon, qui répondit par cette gasconnade:--Que l'expression «cela fait trembler» est la plus forte qu'un Gascon puisse employer en quelque circonstance que ce soit, parce qu'il n'y a rien dans la nature qui soit au-dessus de ce qui fait trembler un Gascon.

Le mot «au contraire» pour _non_ est encore très-usité par les Gascons. Les députés des États du Languedoc étant à Versailles à l'audience du roi, un Gascon du cortège trébucha et tomba. Comme tout le monde lui demandait s'il s'était fait mal en tombant, il dit gaiement en se relevant:--_Au contraire._ Cette manière de parler fit rire ceux qui étaient présents. Les uns prétendaient que c'étaient un gasconisme, les autres une gasconnade. C'était l'un et l'autre.

Dans un grand dîner que donnait Louis XVIII, le vieux roi, s'adressant à un seigneur, vieux aussi, lui demanda si un certain mets qu'il lui désignait, et que le roi aimait fort, était de son goût.--Sire, lui répondit le courtisan, je ne fais jamais attention à ce que je mange.--C'est un tort que vous avez, reprit le roi; à tout âge il faut faire attention à ce qu'on mange, et au vôtre à ce qu'on dit.

M. le comte de Mailly de Beaupré portait toujours à l'armée son chapeau à la tapageuse, en sorte que la cocarde se trouvait derrière.--Voilà, disait un de ses officiers, une cocarde qui a bien souvent vu l'ennemi.

Un conseiller borgne, voulant décider seul une contestation épineuse, une autre espèce de turlupin lui dit:--Croyez-moi, empruntez les lumières d'un de vos confrères; deux yeux valent mieux qu'un.

Un célèbre buveur, étant à l'article de la mort, pria un de ses amis, qui était à côté de son lit, d'y faire apporter un verre d'eau, en disant:--A la mort, il faut se réconcilier avec ses ennemis.

Le poëte Bret, qui a fait sur Molière des commentaires assez estimés, alla voir, dans sa jeunesse, un seigneur bourguignon, qui, enflé de sa fortune et de ses titres, lui dit que ses vassaux ne s'asseyaient et ne se couvraient jamais devant lui.--Corbleu! réplique Bret en enfonçant son chapeau sur ses oreilles et se jetant dans un grand fauteuil, ces gens-là n'ont donc ni cul ni tête?

La basse bohème, à Paris, emploie une langue à part. Après s'être traités, dans une dispute, de polichinelle et de caricature empaillée, les deux casseurs d'assiettes se retroussent les manches pour se donner ce qu'ils appellent une raclée, une peignée, une rincée, et le plus rageur dit à l'autre:--Numérote tes os, que je te démolisse! On arrive alors, et on les sépare, à moins que ce ne soient des Auvergnats.

MOURIR

Un malade interrogé pourquoi il n'appelait pas un médecin: «C'est, répondit-il, parce que je n'ai pas encore envie de mourir.»

MOUSSES

On demande pourquoi les marins font tant de cas du vin de Champagne.--C'est pourtant bien clair. Leur raison est que c'est le vin qui produit le plus de mousse.

MULE

Voici un exemple de la tolérance et des lumières des ennemis systématiques de Rome. Un journal anglais a donné, il y a dix ans, à ses lecteurs un récit tronqué du voyage de S. S. Grégoire XVI à Ancône. L'auteur de ce récit, copié d'après les feuilles françaises, a traduit la mule du pape par _mule_, animal. Mais, non content de commettre cette grossière méprise, il y ajoute quelque chose de sa façon. Ainsi, il raconte que «Sa Sainteté était assise sur un trône, un de ses pieds reposait sur un tabouret recouvert de velours rouge; la mule, RICHEMENT CAPARAÇONNÉE DE MÊME COULEUR, se trouvait à ses côtés. Toutes les personnes, ajoute-t-il, qui étaient admises dans le salon, s'agenouillèrent trois fois et allèrent baiser la mule.»

L'écrivain accompagne ce récit des commentaires les plus ridicules; il s'élève contre la superstition des catholiques qui s'avilissent au point de baiser de vils animaux. C'est là de l'idolâtrie, du fétichisme, etc. Il conclut en faisant l'éloge de la réforme, qui a aboli le culte des mules, etc.

Si des journalistes se trompent à ce point sur ce qui concerne le chef visible de l'Église, est-il étonnant que tant de réformés, en Angleterre comme en Allemagne, nourrissent des préjugés absurdes contre le catholicisme?

MUR

Lorsque les fermiers généraux enfermèrent Paris d'un mur d'enceinte en 1785, cette innovation triste souleva presque autant de clameurs que l'enceinte continue en 1840. On fit là-dessus le vers qui suit:

Le mur murant Paris rend Paris murmurant.

N

NACELLE

Quel est l'âne qui va le mieux à l'eau?--C'est _l'âne à selle_.

NAIN

La vie que menait, au dernier siècle, le prince d'Hénin, lui attira cette épigramme de Champcenetz:

Prince, à te juger par ton train, Tu fais un rôle des plus minces; Tu n'es plus le prince d'_Hénin_, Mais seulement le nain des princes.

NAIVETÉ

On recommandait à une dame malade de boire de l'eau de sedlitz, et on lui disait: «Il n'y a que le premier verre qui coûte à boire.--Eh bien! dit la malade, je ne prendrai que le second.»

M. de D*** recommanda très-instamment qu'on l'ouvrît, et en donna la raison suivante: «Les médecins n'ayant pu s'accorder entre eux sur le genre de ma maladie, je ne serais pas fâché de savoir à quoi m'en tenir sur la cause de ma mort.»

Un conseiller disait à un ami: «Si j'avais quelque chose de bon, je vous dirais de dîner avec moi.» Le domestique qui le suivait lui dit à demi-voix: «Monsieur, vous avez une tête de veau.»

Un banquier anglais, nommé Fer ou Fair, fut accusé d'avoir fait une conspiration pour enlever le roi (George III), et le transporter à Philadelphie. Amené devant ses juges, il leur dit: «Je sais très-bien ce qu'un roi peut faire d'un banquier, mais j'ignore ce qu'un banquier peut faire d'un roi.»

Un dame de la cour dit un jour: «C'est bien dommage que l'aventure de la Tour de Babel ait produit la confusion des langues; sans cela, tout le monde aurait toujours parlé français.»

On pressait une femme lancée dans l'esprit et dans les sciences, et qui devait aller à l'Observatoire voir une éclipse de lune. «Ne vous inquiétez pas, dit-elle, M. de Lalande a beaucoup de bontés pour moi; si c'est fini quand nous arriverons, il fera recommencer.»

Un provincial, étant à Saint-Cloud, vit Napoléon dans ses jardins:

«Je l'ai vu, dit-il, ce grand empereur, qui se promenait lui-même.»

NERF DE BOEUF

On disait d'un homme colère qu'il ne s'expliquait jamais qu'avec un air de boeuf.

NÉRON

Dans le temps où quelques hommes changeaient de nom pour prendre les noms de Brutus, de Scévola, de Fabricius, Publicola, etc., un membre de la section des Tuileries disait à la tribune: «Et moi aussi je veux prendre un nom romain, afin que l'on ne doute plus de mon patriotisme; je veux m'appeler comme celui qui mit le feu dans la commune de Rome pour faire brûler les aristocrates, et qui manqua d'être la victime d'Épicharis et de Séjan... celui... Parbleu!... Aidez-moi donc... celui... qui... pardienne, vous n'en connaissez pas d'autre, celui qui n'avait pas comme gui dirait un nez pointu...

--Que t'es bête, lui dit un collègue, c'est _nez rond_.

--Oui, c'est ça, je me baptise Nez rond.

NEUF

Ah! mon cher ami, que je suis aise de vous rencontrer. Savez-vous ce qu'on dit de neuf?

--Non, eh bien?

--Eh bien, on dit que c'est la moitié de dix-huit.

NEZ

Un camus annonçait à ses amis que sa femme venait d'accoucher.--Ah! tant mieux, lui répondit-on, tu auras un _nouveau-né_.

Quel événement a ruiné les marchands de tabac?

--La descente d'Énée aux enfers. (Voyez _Diné_.)

M. Fouquier-Long, n'ayant pas été réélu par le département de la Seine-Inférieure, son épouse signa depuis ses lettres et billets: Femme Fouquier, _née Long_.

Dans la petite pièce intitulée: _le Sourd_, le papa Doliban donne ainsi le signalement de son gendre futur: «Front large, cheveux châtains, nez aquilin...»

--Comment, né à Quilin! papa, vous vous trompez; vous savez bien que je suis né à Châlons-sur-Marne.

M. Renaudot, médecin à Montpellier, avait le nez camus. Il perdit contre Guy-Patin, médecin de Paris, un procès et s'en plaignait fort en sortant de l'audience. Guy-Patin lui dit: «Si vous avez perdu d'un côté, vous avez gagné de l'autre; car vous étiez entré ici avec le nez camus, et maintenant vous avez _un pied de nez_.»

On doit à Désaugiers le joyeux pot-pourri de la bouche et du nez, qui est farci de quelques jeux de mots. Nous le donnons ici:

POT-POURRI DE LA BOUCHE ET DU NEZ

Air: _Mon père était pot._

Jugez si je fus étonné Lorsque, la nuit dernière, Je sentis ma bouche et mon nez S'agiter en colère. Qui donc en sursaut, Me dis-je aussitôt, Si matin me réveille? Le nez se moucha, La bouche cracha, Et je prêtais l'oreille.

LA BOUCHE, bâillant.

Air: _Je suis né natif de Ferrare._

Maudit nez! Le diable t'emporte Ronfla-t-on jamais de la sorte!

LE NEZ.

Morbleu! quel démon m'installa Près de cette bavarde-là?

LA BOUCHE.

Et c'est au milieu du visage Qu'on loge un si sot personnage!

LE NEZ.

Tout sot que je suis, je me croi Encor moins mâchoire que toi.

LA BOUCHE, piquée.

Air de _la Fanfare de Saint-Cloud_.

Que m'importent ta colère Et tes sarcasmes mordants!

LE NEZ.

Est-ce pour me faire taire Que tu me montres les dents?

LA BOUCHE.

Va, je ris de tes sottises; Entends-tu, vilain camus?

LE NEZ.

Quelque chose que tu dises, J'aurai toujours le dessus.

LA BOUCHE.

Air: _Réveillez-vous, belle endormie._

Nécessaire autant qu'agréable, Je sers l'enfant et le barbon; Et de toi, qui fais le capable, On ne peut rien tirer de bon.

LE NEZ.

Air: _La bonne aventure au gué!_

De quelque titre plâtré Que tu t'autorises. Jamais je ne souffrirai Que tu me maîtrises. Si tu le veux, fâche-toi, Je n'ai jamais craint, ma foi, D'en venir aux prises, Moi... D'en venir aux prises.

LA BOUCHE.

Air: _Si Dorilas._

Je suis utile à mille choses.

LE NEZ.

De ses dons le ciel m'a comblé. C'est pour moi qu'on plante les roses.

LA BOUCHE.

C'est pour moi qu'on sème le blé. (_bis._)

LE NEZ.

Par moi l'on respire sur terre.

LA BOUCHE.

C'est moi qui préside aux repas.

LE NEZ.

L'homme, sans moi, ne vivrait guère.

LA BOUCHE.

L'homme, sans moi, ne vivrait pas (_bis._)

LE NEZ.

Air de _l'Avare et son ami_.

Dans une maison, lorsqu'on entre, À l'instant même du dîner, Ne dit-on pas, frappant son ventre: Ma foi! je vois que j'ai bon nez?

LA BOUCHE.

De tous les mets auxquels on touche, Celui qu'on croit de meilleur goût N'est-il pas celui que partout On garde pour la bonne bouche? (_bis._)

LE NEZ.

Air: _Jeunes filles, jeunes garçons_.

Tu conviens pourtant que jamais Tu ne cessas d'être gourmande? (_bis._)

LA BOUCHE.

C'est bien toi que tout affriande, Jusqu'à la seule odeur des mets.

LE NEZ.

Oui, leur parfum me touche; J'en dois faire l'aveu; En tout temps, en tout lieu, Je fus toujours un peu Sur la bouche (_bis._)

LA BOUCHE.

Air: _Dans la vigne à Claudine_.

As-tu juré de mettre Ma patience à bout? C'est trop me compromettre Avec ce marabout.

LE NEZ.

En vain tu voudrais feindre; J'ai su te battre...

LA BOUCHE.

Moi! Que puis-je avoir à craindre D'un morveux comme toi? (_trois fois._)

LE NEZ, rouge de fureur.

Air: _Tenez, moi, je suis un bon homme_.

Qui? moi, morveux! dans ma colère, Je vais te prouver sans pitié, Que le nez est un adversaire Qui ne se mouche pas du pied. (Après un moment de réflexion.) Je me salis, si je te touche... Il vaut bien mieux nous séparer... Et, d'ailleurs, le nez et la bouche Sont-ils faits pour se mesurer?

LA BOUCHE.

Air: _Bon voyage, cher Dumollet._

Bon voyage, Mon cher voisin! Nous en ferons tous deux meilleur ménage. Bon voyage, Mon cher voisin! Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin.

LE NEZ, se détachant et lui tournant les talons.

Tu vas savoir si du nez l'on se passe.

LA BOUCHE.

Dans quel quartier vas-tu donc demeurer?

LE NEZ.

Je ne tiens pas une si grande place Que je ne trouve enfin où me fourrer.

LA BOUCHE.

Bon voyage, Mon cher voisin! Nous en ferons tous deux meilleur ménage. Bon voyage, Mon cher voisin! Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin. (Le nez sort par une vitre cassée.)

LA BOUCHE, se regardant au miroir.

Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide! J'ai tort, j'en conviens. Cher nez, reviens Vite à mon aide. Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide! Je sens qu'en effet La nature avait tout bien fait.

LE NEZ, dehors, cherchant où se poser.

Mais où donc faut-il que je me place? Mon oeil étonné Rencontre un nez Sur chaque face. Mais où donc faut-il que je me place? Où donc me jucher? Où me nicher? où me percher?

LA BOUCHE, au désespoir.

Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide! J'ai tort; j'en conviens. Cher nez, reviens Vite à mon aide. Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide! Je sens qu'en effet La nature avait tout bien fait.

LE NEZ, un peu honteux, reprenant sa place.

Air: _Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il tonne!_

Je voulais faire un coup de tête... Mais toute réflexion faite, Je reste où le destin m'a mis. Peut-être ailleurs serais-je pis.

FINAL.

Air: _Aussitôt que la lumière._

À ces mots ils s'embrassèrent; Et, se tenant par la main, Tous les deux ils se jurèrent Alliance, accord sans fin. C'est ainsi que, sur la terre, Me dis-je alors en secret, La discorde sait se taire, A la voix de l'intérêt.

NICHES

Pourquoi les saints n'aiment-ils pas trop les maçons?--Parce qu'ils leur font des niches.

NOIRCEUR

Un bourgeois facétieux, passant devant un couvent de femmes, disait:--Voilà une maison pleine de noires soeurs.

NOMS

Un journal de Lyon mentionnait, il y a quelque temps, quelques associations de noms propres qui donnent lieu à de plaisants jeux de mots. Ainsi, il y a eu dans cette ville une maison de commerce célèbre sous la raison de: _Lajoie_, _Rigodon_, _Vidon et Cie_. Viennent ensuite MM. _Hyver_, marchand de charbons; _Gilet_, marchand de bas; _Mouton_, boucher; Mlle _Quinquet_, veilleuse. Tout cela, du reste, n'est rien à côté de l'adresse d'une, lettre dont le _Salut public_ garantit l'authenticité: _A Monsieur Vermine, au dépôt de Mendicité, place de la Misère, à La Charité_. M. Vermine a été longtemps concierge du dépôt de mendicité de la Charité-sur-Loire, et peut-être l'est-il encore. (Voyez _Jeux de mots et facéties_.)

On a imprimé au dernier siècle un assez mauvais roman; les héros portaient des noms à prétentions allégoriques. C'étaient le père Vertisseur, le père Manant, le père Nicieux, le père Foré, le père Hoquet, le père Sonnel, le père Fide, le père Lé, etc. Dans les femmes, c'était la mère Veille, la mère Tume, la mère Idienne, la mère Curiale, la mère Ida, la mère Ingue, Puis des Anglais et des Anglaises: lord Gueil, lord Nière, lord Ange, lord Dinaire, lord Igine, lord Tie, lord Gane, lord Seille, lady Arrhée, lady Scorde, lady Gestion, lady Spense, lady Forme, lady Aphane. Des plaisanteries de ce genre n'auraient peut-être pas grande vogue aujourd'hui.

Trois Anglais, dont les noms étaient: _Singulier_, _Davantage_ et _Juste_ (Strange, More, Right), s'étant trouvés ensemble à souper dans une taverne, le dernier dit aux autres:--Il y a un voleur parmi nous; c'est Singulier.--Cela est vrai, reprit Singulier; mais pourquoi pas Davantage?--Oui, reprit Davantage, il faut être Juste.

Le docteur Drawell ayant rencontré un de ses amis la veille d'une exécution qui devait se faire à Tyburn, lui demanda s'il savait le nom du criminel.--Pas trop, reprit l'autre; c'est un certain Pronom.--Comment! un Pronom?--Rien n'est plus vrai; mais on assure que ce n'est ni vous ni moi.

NORMANDS

Le Gascon par excellence, Cyrano Bergerac, dit, dans son _Pédant joué_:--Et la seconde objection que je fais est que vous êtes Normand: Normandie _quasi_ venue du _Nord_ pour _mendier_. De votre nation les serviteurs sont traîtres, les égaux insolents, les maîtres insupportables. Jadis le blason de cette province était trois faux, pour montrer les trois espèces de faux qu'engendre ce climat: _Scilicet_, faux sauniers, faux témoins, faux monnayeurs. Je ne veux point de faussaires en ma maison.

NOTAIRE

Un plaisant disait que la métempsycose ne le surprenait pas, puisque lui-même pouvait faire avec _un os taire_ un chien.

NOUS

Un grand seigneur de la cour, qui aimait beaucoup les chevaux, fut extrêmement surpris de ce que son écuyer lui vint dire un matin que le cheval qu'il avait monté la veille était mort.--Quoi, dit-il, le cheval que j'avais hier à la chasse?--Oui, Monsieur.--Ce cheval bai que j'ai eu de M. de Barradas?--Oui, Monsieur.--Qui n'avait que six ans?--Oui, Monsieur.--Qui mangeait si bien?--Oui, Monsieur, celui-là même, répondit l'écuyer.--Eh! bon Dieu! écria le maître, qu'est-ce que c'est que de nous!

NUMA POMPILIUS

On parlait à une dame bel esprit de ce gracieux roman-poëme de Florian.

--L'avez-vous lu? lui disait-on.

--Certainement, répondit-elle avec assurance; et j'en avais prévu le dénoûment dès le début.

--Quel dénoûment?

--Mon Dieu, comme toujours, un mariage: Pompilius qui finit par épouser Numa.

O

Quel est le plus agréable des O?--l'O riant.--l'O est aussi la lettre la plus humide.

L'O était chez les anciens l'emblème de l'éternité. Il est le sujet de l'énigme suivante:

Je sais de l'Éternel la figure et l'emblème: Mortel, que ferais-tu sans mon pouvoir suprême? Rien. Le monde sans moi n'aurait plus de soutien; Je suis utile à tout, sans être propre à rien.

OBÉISSEZ

S'écrit avec les quatre lettres OBIC.

OBSERVER

Le grammairien Urbain Domergue était retenu au lit par un abcès à la gorge, qui menaçait de le suffoquer. Son médecin s'approche et lui dit:--Si vous ne prenez ce que je vous ordonne, je vous observe que...

--Et moi, je vous fais observer, s'écrie le moribond, transporté d'une scientifique colère, que c'est bien assez de m'empoisonner par vos remèdes, sans qu'à mon dernier moment vous veniez m'étouffer par vos solécismes!

À ces mots prononcés avec impétuosité, l'abcès crève, la gorge se débarrasse, et grâce au solécisme, l'irascible grammairien est guéri.

ODRY

Un médecin fashionable disait, il y a dix ans, à un malade triste:--prenez de l'_odry_.--Le malade prit de l'_eau de riz_, et n'en fut que plus resserré.

Nous avons cité plusieurs calembourgs d'Odry. Voici deux chansons de sa façon.