‹ Divertissements: poèmes en versChapitre 14 sur 48 · VII - I

VII - I

Que ton âme soit bénie, car elle est corrompue! Fière émeraude tombée sur le pavé des rues, Son orgueil s’est mêlé aux odeurs de la boue, Et je viens d’écraser dans la glorieuse boue, Sur le pavé des rues, qui est un chemin de croix, La dernière pensée de Jésus sur la croix.

SIMONE

POÈME CHAMPÊTRE

(1898)

LES CHEVEUX

Simone, il y a un grand mystère Dans la forêt de tes cheveux.

Tu sens le foin, tu sens la pierre Où des bêtes se sont posées; Tu sens le cuir, tu sens le blé, Quand il vient d’être vanné; Tu sens le bois, tu sens le pain Qu’on apporte le matin; Tu sens les fleurs qui ont poussé Le long d’un mur abandonné; Tu sens la ronce, tu sens le lierre Qui a été lavé par la pluie; Tu sens le jonc et la fougère Qu’on fauche à la tombée de la nuit; Tu sens le houx, tu sens la mousse, Tu sens l’herbe mourante et rousse Qui s’égrène à l’ombre des haies; Tu sens l’ortie et le genêt, Tu sens le trèfle, tu sens le lait; Tu sens le fenouil et l’anis; Tu sens les noix, tu sens les fruits Qui sont bien mûrs et que l’on cueille; Tu sens le saule et le tilleul Quand ils ont des fleurs plein les feuilles; Tu sens le miel, tu sens la vie Qui se promène dans les prairies; Tu sens la terre et la rivière; Tu sens l’amour, tu sens le feu.

Simone, il y a un grand mystère Dans la forêt de tes cheveux.