‹ Divertissements: poèmes en versChapitre 8 sur 48 · VII

VII

MARITURA

Dans la terre torride une plante exotique, Penchante, résignée: éclos hors de saison, Deux boutons fléchissaient, l’air grave et mystique; La sève n’était plus pour elle qu’un poison.

Et je sentais pourtant de la fleur accablée S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd, Mes artères battaient, ma poitrine troublée Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.

Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle, Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins. Elle s’abandonnait; un insensible râle Soulevait tristement la langueur de ses seins.

Mais ses cheveux tombant en innombrables boucles Ondulaient sinueux comme un large flot noir Et ses grands yeux brillaient du feu des escarboucles Comme un double fanal dans la brume du soir.

Les cheveux m’envoyaient des odeurs énervantes, Pareilles à l’éther qu’aspire un patient, Je perdais peu à peu de mes forces vivantes Et les yeux transperçaient mon cœur inconscient.

1878.