‹ Dix heures en chasseChapitre 7 sur 11 · VIII

VIII

Brétignot lui-même, sévère mais injuste, m’abandonnait, comme si j’eusse été un jettatore, doué du mauvais œil. Tous disparurent bientôt derrière un petit bois, sur la gauche. S’il faut le dire, je n’en fus pas autrement fâché. Au moins je ne serais responsable que de mes actes !

J’étais donc seul, seul au milieu de cette plaine qui n’en finissait pas. Qu’étais-je venu faire là, grand Dieu ! avec tout ce harnachement sur les épaules ! Pas un perdreau qui sollicitât mon coup de fusil ! Pas un « ieuvre », comme disent les paysans picards, dont j’aurais pu suivre les « randonnées », un mot de l’argot des chasseurs ! Au lieu d’être tranquillement dans mon cabinet, à lire, à écrire, ou même à ne rien faire !

J’allais sans but. Je prenais les sentiers battus, de préférence aux terres labourées. Je m’asseyais pendant dix minutes. Je marchais pendant vingt. Pas de maison dans un rayon de cinq kilomètres. Pas un clocher pointant au-dessus de l’horizon. C’était le désert. De temps en temps, un poteau menaçant les intrus de cette mystifiante inscription : Chasse réservée.

Réservée ? Pas au gibier, à coup sûr, puisqu’il n’y en avait point trace.

Enfin, j’allais toujours, rêvant, philosophant, le fusil en bandoulière, traînant la patte. À mon gré, le soleil ne s’abaissait pas assez vite sur l’horizon. Est-ce qu’un nouveau Josué, suspendant les lois de la cosmographie, l’avait arrêté dans sa course diurne pour le plus grand plaisir de mes enragés compagnons ? La nuit ne se ferait donc pas sur cette lamentable journée d’ouverture ?