‹ Élégies et ÉpigrammesChapitre 2 sur 5 · ELEGIE DE I. D.

ELEGIE DE I. D.

À IAN DOVBLET

Dieppoys.

LA meſme main, qui ſoubs l’art de ſa mere
L’horreur des vẽs violente apaiſoit,
Et auec Apollon ſon pere
DeVanter vn Orphée faiſoit.
Deſſoubs ſa harpe alors induſtrieuſe
Trainoit ſonnant vne douce chanſon,
Tr(Choſe ſemble bien merueilleuſe)
TrLes rochers & cheſnes au ſon.
Cheſnes & rocs eſtoient la ſotte trouppe,
Le peuple ſot ſautelant alentour,
Le Qui ne veit onc la double crouppe,
Le Ou les neuf ſeurs font leur ſeiour.
C’eſtoit la gent des ſiecles miſerables,
Qui de douceur iamais rien ne ſongea,
QuNe ſe plaiſant qu’en mille fables
QuQue ſoi meſme elle ſe forgea.
Or ta douceur à nulle autre ſeconde,
En mille vers attiquement ſucrés
EnNous redonne la grand’ faconde
EnEt des vieus Latins & des Grécs.
Non pour tromper (choſe facile a faire)
Deſſoubs vn vers plus grauement batti
DeLe ſens d’vn ignare vulgaire,
DeOu d’vn populaire abétti :

Mais pour rauir les ſauantes oreilles
D’vn ſaint trouppeau non iamais ſe ſaoullant
D’D’ouir les nombreuſes merueilles
D’Qu’en tes vers tu nous va coullant.
Soit qu’en ton vers Sibille ſe demeine,
Quand ſa rigueur langoureus tu deſcris,
QuOn te voit endurer la peine,
QuOn voit tes plaincts, larmes, & cris.
Soit que plus dous ta parolle fillée
Chante ſes ieus, ſa beauté, ſa vertu,
ChLa grace des cieus eſt pillée
ChEt ſon chef en eſt reueſtu.
Soit qu’il te plaiſe abaiſſer le tien ſtille
À déplorer la mort d’vn perroquet,
À Vn dous ſucre, ſemble, diſtille
À De ſon induſtrieux caquet.
Ton vers encor, bien qu’en moi il propoſe
Plus la moitie que ie n’i ſai de bien,
PlMe fait promettre quelque choſe
PlDe moimeſme qui ne ſuis rien.
Certes, Doublet, ni le harpeur de Thrace
Trainant les bois, ni le Thebain auſsi
TrN’eurent iamais autant de grace,
TrComme tu en reſpans ici :
Ni ceſtui la dont la harpe ſucrée
Par le peril des ondes euité,
PaA ſa Methimne conſacrée
PaAus piés de l’immortalité.

Bref, ceus qui ont autrefois pris la peine
De veoir Parnaſſe ou Pinde decouuers,
DeRecongnoiſſent vn’Hippocrene
DeDedans le ſucre de tes vers.
Auſsi ta Dieppe, horreur de l’Angleterre,
En ton honneur ia te dreſſe vn autel,
EnEt toute la Normande terre
EnTe voüe vn renom immortel.
La France auſsi ce grand treſor ne cele :
Mais ie la voi, & point ne te deçois,
MaIe la voi deſia qui t’appelle
MaSon premier Ouide François.

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