EPIGRAMMES, ET DIVERSES RIMES
DE IAN DOVBLET.
Premier Epigramme,
Imitation d’Anacreon.
Tionville ie veus dire,
Calais chanter ie deſire,
Mais ſonner onc ne voulut
Que d’amourétes mon lut.
Changé l’ai de façon toute,
De nerfs, de table & de coute,
Moy-méme rien n’y chantant
Que ce Henri tout domptant,
Mais touiours mes cordeletes
Me répondent d’amourétes.
MeAdieu donques deſormais,
Guerres & hommes armés,
Adieu vos glores hautaines,
Vaillans Rois & capitaines,
Car ce mien lut oſtiné,
N’eſt qu’aus amours deſtiné.
Inuention Greque d’Anacreon.
SVr les heures de minuit,
Lors que pieça tourne & luit
Ceſte lente chariote,
Que conduit l’enfant Boote,
Et laſſés les hommes tous,
S’étendent au ſomme dous,
Amour d’vne fauſſe ſorte
Vint martéler à ma porte.
Qui frape, di-ie, la bas ?
Vous me troublerés, helas,
Ce dous ſonge qui m’embraſſe.
CeN’ayés peur, ouurés, de graſſe,
Répont-il, ouurés moy l’huis,
Vn petit enfant ie ſuis,
L’eau me perce, on ne voit goute,
Et ne ſçai ou ie me boute.
Et I’eu pitié quant l’écoutai,
Et d’allumer me hatai,
I’ouure, & eſt vrai que i’auiſe
D’vn petit enfant la guiſe,
Mais il portoit arc turquois,
Longues ailes & carquois.
LoIe l’améne, ie le chaufe,
Ses mains des miennes rechaufe,
Et ſes creins moites pignant,
N’en ceſſoi’l'eau épréignant.
Et Puis, quand plus n’en y eut goute,
Et l’humeur fut ſeiche toute :
Et Ça, dit-il, faiſons l’eſſai
De ce petit arc que i’ai :
Voyons ſi l’eau de l’orage
A ma corde à fait dommage.
A Il bende, &, d’vn trait adroit,
Au milieu du cueur tout droit,
Comme vn Tan poignant m’afolle,
Puis me gaudiſſant ſ’enuole.
PuAdieu, dit-il, adieu donq
Mon ote, ie ne vi onq
Ceſte corde eſtre meilleure,
Mais plaie au cueur t’en demeure.
Dudit Anacreon.
Ce leger enfant Amour,
Cueillant des roſes vn iour,
N’aperceut point vne abeille
Dormant’en la plus vermeille,
Qui d’aguillion inhumain,
Au bout d’vn doit de la main
Lui lança pointure amere :
Il ſ’écrie, & en Cithére
A l’heure à l’heure volé,
Or ſuis-ie, mere, afollé,
Afollé ſuis-ie a ceſte heure,
Dit-il, & faut que i’en meure.
DiVn petit ſerpent volant,
(Ces ruraus vont l’appellant
Mouche à miel, ô fauſſe mouche)
M’a donné ceſte écarmouche.
M’Venus ſouriant adonq,
Si telle pointure donq,
Si attainte, ſi dépite,
Vient d’vne mouche petite,
Quel mal, mon fis, cuides-tu
Face ton long trait pointu ?
De fermeté.
CElle qui tient ma foi
Ne doit pas creindre,
Qu’autre iamais en moy
QuSe puiſſe empraindre.
Son image ſi bien
SoY eſt grauée,
Qu’elle n’en peut pour rien
QuEſtre leuée.
Amour, mon cueur n’eſt pas
AmDe cire tendre,
Car cent cous tu frapas
CaAins qu’i rien prendre.
Lors qu’il laiſſas en fin
LoDe ta main forte,
Ce viſage diuin
CeQu’au vif ie porte.
Sur la mort d’vn petit Perroquet,
auquel vne belette coupa
la gorge.
PLorés mignardes amourétes,
Dames blanches, dames brunetes,
Et tous mignons d’Amour auſsi
Acompaignés ce dueil ici.
AcL’oizelet de madamoiſelle,
L’ébat & les delices d’elle,
L’honneur des petis perroqués,
Et dont les grans furent moqués,
Ores, par vne dent traiteſſe,
Parti de ſa douce maitreſſe,
À Proſerpine las, helas,
S’en eſt allé parler la bas.
Reſte, ſans plus, de ſi grand perte,
La plume iaune, rouge, verte :
Falloit-il encor, ô maleur,
Y voir de ſon ſang la couleur ?
Ces douceurs, las, meritoiẽt-elles
De Progné les taches cruelles ?
Maudit ſois tu, maudit cent fois
Muſeau cruel, ou que tu ſois :
Fauſſe meurtriére belléte,
Qui cete douce gorgeléte
De ta dent as oſé trencher :
Tant ton repas nous couſte cher.
TaLa nuit déia plus que demie
Tenoit toute choſe endormie,
Chacun repoſoit ſans ſouci,
Et le bon oiſelét auſsi,
Quand, toi ſeule par les tenébres,
Nous braſſant ces regrés funebres,
Vins adreſſer ton traitre pas
Au flair du precieus repas,
Et oſas, rauiſante beſte,
Meurtrir vne ſi chere teſte :
Il cria qu’on le ſecourut,
Mais parlant enſemble mourut.
Enſemble trépaſſe & ſ’éueille,
Leue enſemble & rabat l’oreille,
Et ſi treſ-piteus ſe rendort
Qu’on voit bien qu’il ronfle à la mort.
QuPlorés mignardes amouretes,
Dames blances, dames brunetes,
Et tous mignons d’Amour auſsi
Acompaignez ce dueil ici.
AcAh, qui lors ſa maiſtreſſe eut veue,
Venir au ſecours demi nue
Se tourmenter, ſe ſammeſter,
Ses femmes à l’aide appeller,
On l’auroit certes comparée
À la Ciprienne éplorée
Quand du lit on la vit courir
Au tendron qu’vn porc fit mourir.
AuLa mort ſur l’oiſeau ia trop fiére,
Lui batoit l’aleine derniere,
De ſon bec la terre il mordoit,
Et les ailes roides tordoit,
Quand elle bien tard arriuée
Sentant la chaleur deriuée,
Et du cueur méme peu à peu
Fuir bondiſſant le dernier feu :
Dens l’yuoire de ſes mains cloſes,
L’étuue, & veut par mille choſes,
R’allumer les petis eſpris
Ia par trop de glace ſurpris :
Dans ſon lit plourante le porte
Et ores de mots le conforte,
Qui charmer deuſſent vn Enfer :
Ores l’eſpére rechaufer
Entre les deus pommes iumelles,
Ses deus reflotantes mamelles,
Qui, bien haut, ſous ceſt apre dueil
Bondir faiſoient leur dous orgueil.
Mais, ſurtout, le petit bec croche
Contre ſes leures elle approche :
Et comme nagueres ſouloit.
Baiſotant, donner lui vouloit
La douce liqueur de ſa bouche,
Mais, ce bien peu auant le touche.
MaPour tout cela l’horrible mort
Qui le haſte & preſſe trop fort,
D’vn ſeul ſoupir ne lui pardonne :
Ia l’ame extréme l’abandonne,
Ia ſont les yeus clos & ſellés,
Et les petis membres gélés.
Et Plorés mignardes amouretes,
Dames blanches dames brunetes,
Et tous mignons d’Amour auſsi,
Acompaignés ce dueil ici.
AcOu es tu diſerte languette,
Ou es tu clere paroléte,
Et vous, helas, ou eſtes vous
Petit mignon, mignon ſi dous ?
Qui ſera Roi en voſtre place
Perroquet ? qui aura la grace
De dire ſi bien à ſon tour,
À madamoiſélle bon iour ?
Et toi cleret, par qui tout tourne,
Deuant l’œil de qui ſ’en atourne,
Qui te chantera deſormais
Mieus que lui, qui n’en beut iamais ?
Car de l’eau pure étoit contente
Sa petite gorge excellente.
Bien que quelquefois mignotant,
Sa maiſtreſſe, & la baiſotant
L’afeté, oſoit bien pour boire,
Fretiller ſa languete noire
Entre ce franc coral iumeau,
Y ſuſſant, qui le faiſait beau,
Vn miel, vn bame, vne eau de vie,
Donc nous tous lui portions ennie.
Et ſ’il ſe ſentoit nullement
Auoir fait choſe rudement,
Fut de ſon bec, fut de ſa pate,
Dieu ſait comme il auoit grand hate
S’étendre, de peur tout tranſi,
Humble, à l’enuers, criant merci.
HuMais, helas, ou eſt le merite
De ces douceurs ? que lui profite
Ce goſier, qui fut ſi diſpos
À reparler tous nos propos ?
Que lui vaut, ni maitreſſe honneſte,
Ni ce pourpre peignant ſa teſte,
Ceſt or, ceſt azur, ce vert gai,
Vert éfaçant le mois de mai ?
Il meurt, helas, auant ſon heure,
Et maint villain corbeau demeure.
Ce paſſetems on nous rauit,
Et l’ecouſte, pour nuire, vit.
Et Bonnes choſes ſont coutumiéres,
De faillir touiours les premiéres :
Et les pires, tout au rebours,
Volontiers fourniſſent leur cours.
Ainſi du bon Protheſilée
L’ame ieune fut exilée.
Le vil Therſite demeura,
Et ainſi Hector moins dura
Que Paris ſon feminin frere,
L’vn vaillant, & l’autre au contraire.
L’vQue dirai-ie des ſaints priez,
Tous l’vn apres l’autre criez ?
Ni pour eus, ni pour le bon zelle,
Des veus que fit madamoiſelle,
Na ſceu, des ſtigiennes eaus
Reuenir l’honneur des oiſeaus.
RePlorés mignardes amouretes,
Dames blanches, dames brunetes,
Et tous mignons d’Amour auſsi
Acompaignés ce dueil ici.
AcSous les collines Elizées,
(Lieu des ames fauoriſées)
Y a, qu’a peine lon peut voir,
Vne forét d’Ebéne noir :
Dont la terre, que Léthe inonde,
Touiours d’vne herbe brune abonde.
La (ſi mainte doute lon croit)
S’en vont les bons oiſeaus tout droit :
Mais des autres ors & infames,
(Comme on dit) n’i entrent les ames
(CLà les blans cines ont leurs nis :
La vole l’vnique Phenis.
La le Pan étend ſa richeſſe.
La l’amant Roſignol ne ceſſe.
La fuit la Teurtre ſon épous.
La ſe baiſent les Pigeons dous.
Ceſte troppe, legeres ombres,
Iuſqu’au pas de leus bornes ſombres,
Sont venus humbles au deuant
Receuoir l’oiſelet ſauant,
Qui a pris ſa place eternelle,
De tout ce beau parc la plus belle,
Or eſſe-la comme ie croi,
Que vraiment Perroquet eſt Roi.
Epigramme du latin de Pulex.
GRoſſe de moi, a trois deuins ma mére
S’en enqueroit : l’vn vn fis annonça,
Et toPar l’autre vne fille elle eſpere,
Et toLe tiers, neutre me prononça.
Et tout fut vrai, car ie vins Androgine :
Puis, ſur ma mort : l’vn que pendu ſerai,
PuL’autre qu’vn glaiue eſt ma ruine,
PuLe tiers dit que ie me noiray.
Nul ne mentit. Eſtant monté à peine
Deſſus vn arbre au bort de l’eau tout pres,
DeI’auoie épée, ell’ſe dégaine,
DeEt ie tombe ſur elle apres,
La teſte en l’eau : mais venir n’i ſeut onques,
L’vn de mes piés aus branches acroché :
L’vAinſi, fils, fille, & neutre donques,
L’vIe fus noyé, tué, branché.
L’ænigme de Cleobule.
Vn pere douze enfans porte,
Qui en ont trente chacun,
Tous de diferente ſorte,
Si l’vn eſt blanc, l’autre eſt brun.
On les voit tous vn à vn,
Iamais deus ni trois enſemble,
Et ſans qu’il en meure aucun,
Tous les iours meurent, ce ſemble.
Auertiſſement aus dames.
Vn amant, pour gaigner
Ce qu’il deſire,
Iure ſans épargner,
IuPromet, ſoupire.
Puis quand il a trouué
PuQui le contente,
Et tantot abreué
Et Sa ſoif ardente,
Adieu la foi, adieu,
AdAu vent promeſſe,
Autant en autre lieu,
AuChangeons ſans ceſſe.
De ces dous iouuenceaus
DeGuetés vous, dames,
Qui, ſur leurs ans nouueaus,
QuSont pleins de flammes.
Plutot que paille au feu
PluD’ardeur ſ’ateignent,
Mais, durans auſsi peu,
MaTantot ſ’éteignent.
Comme amont & aual,
CoSoit chaut, ſoit glace,
Le veneur matinal
Le Vn liéure chaſſe :
Et puis, quand pris il eſt,
Et Bien peu le priſe,
Car la chaſſe lui plait
CaMieus que la priſe.
Ainſi ces ieunes cueurs
AiBien fort vous preſſent,
Mais rien que vos rigueurs
MaIls ne careſſent.
Car, moins les accoſtés,
CaPlus vous pourſuiuent,
Et tant leur reſiſtés,
Et Tant vous captiuent.
Mais ſi tot que ſur vous
MLeur point ils gaignent
Vous étes miſes ſous,
VEt vous dédaignent.
Et, par qui humblement
Et,Futes ſeruies,
Vous pleignés durement
VoEſtre aſſeruies.
Tantot leur feu leger
TaAilleurs va luire :
Glore font de changer,
GlEt tout ſeduire.
Non pas qu’à n’aimer point
NoIe vous exorte,
Et pitié, de tout point
Et Doiue eſtre morte.
Car, dames ſans ami
CaDe rien n’eſt dame,
Et ſon cors endormi
Et Lui rabat l’ame.
C’eſt la vigne ſans pal
C’eLaiſsée en friche,
Non ſoignée à l’egal
NoDe ſon fruit riche.
Ce poil folet ſans plus,
Ce Age trop tendre,
De conſtance eſtre exclus
DeDeués entendre.
Cueillés la grappe ainſi,
CuNon verte ou dure
Ni flaitriſſant auſsi,
Ni Comme trop mure.
D’abſence d’amie.
Le Soleil reculant
Nos iours nous rongne,
Et auec lui coulant
Et L’Eſté ſ’eloigne.
Les vens troublent la mer,
LeBranlent la terre.
Neige ſe voit ſemer,
NeGlace tout ſerre.
Il n’eſt plus d’oiſeau dous,
Il nQui chanter vueille,
Et plus ne voions nous
Et Ni fleur ni fueille
Ainſi ma vie en dueil
AiToute ſe tourne,
Quand, mon Soleil, ton œil
QuAilleurs ſeiourne.
Plus ne voi que langueur :
PluEt mille doutes
Viénent glacer mon cueur
ViéSans raiſon toutes.
L’Aout à beau arriuer
L’ACar, toi abſente,
Touiours ce triſte iuer
ToFaut que ie ſente.
Du 7.liu.des epigrammes Grecz.
CAtin mes eſpris me volle,
Et de ſes yeus, peu à peu
S’ellMe fait fondre, comme au feu
S’ellS’écoule vne cire molle.
S’ell’ eſt brune, moins vaut-elle ?
S’ellVn charbon eſt bien tout noir.
S’ellMais quand il ard, ſemble à voir
S’ellL’œil d’vne roſe nouuelle.
Dudit liure, Imitation Grecque.
ENtre les léures de Catin
Vn moite baiſer ai emblé.
Plus dous, plus fort, plus chaut que vin,
De ſucre & canelle comblé.
Et ce Nectar tel m’a ſemblé
Coulant par ma bouche rauie,
Qu’a ſentir mon cerueau troublé,
D’amour ſuis yure pour ma vie.
Autre imitation Greque du ſetieme liure
des Epigrammes.
PAr ton ſaint nom, Venus, ie le confeſſe,
Colérement ai iuré ce matin,
MaisQue d’vn mois (ô Dieus combien eſſe !)
MaisIe ne viſiterai Catin.
Mais, ô deéſſe, helas, ie lui pardonne :
S’il te plait donc, pardonne moi auſsi.
S’ilCar midi à grand peine ſonne,
S’ilEt ia demi mort ſuis ici.
Or, Aquilons, tout ce qu’vn amant iure
Souflés le au Su : quant à moy, i’aime mieus,
SoPrés d’elle m’éiouir pariure,
SoQue languir ſuperſtitieus.
Quatrain, imitation Greque.
QVe vaut, Catin, ceſte fuite friuole,
Eſſe qu’Amour ne te puiſſe attraper ?
SouflésTu es de pié, & ce Dieu vole,
SouflésComme penſes-tu échaper ?
Eue coniure auec le Serpent con-
tre l’homme.
DEs ceſte heure, auecque toi,
Cher Serpent, pour vne pomme,
Ie coniure contre l’homme,
Et fauſſe à iamais ma foi.
Par ce, que toute femelle,
D’vne malice éternelle,
Fera touiours comme moy.
Pris de l’epigramme Grec.
FEmme ne ſont que tourment,
Aumoins, iamais les meilleures,
Neurent que deus bonnes heures,
La noce & l’enterrement.
Du latin de Plaute.
S’il eſt quelcun qui deſire,
Sans nul repos ſ’empécher,
Deus cDeus choſes lui faut chercher,
Deus cVne femme & vn nauire.
Sur les œuures de Lucian, tiré de ſon
epigramme Grec.
LVcian qui fit ceci,
Aiant connu toutes choſes,
CaLes a dans ce liure encloſes,
CaFolles & ſages auſsi.
Car ce qu’vn homme bien fin,
CaEſtime eſtre grand prudence,
CaTout autrement qu’il ne penſe
CaN’eſt que follie en la fin.
Bref, en ce monde incertain,
CaNul ne peut penſer ne dire
CaRien qui puiſſe a tous ſufire
CaNe parfaictement certain.
Ains, ce qui te ſemblera
CaChoſe grande & admirable,
CaMoquerie & vaine fable
CaAu ſens d’vn autre ſera.
Sur les ruines de Rome tiré de l’epi-
gramme Latin.
EStranger qui viens, bon homme,
À Rome, pour Rome voir,
VoEt ne peus, méme dans Rome
VoRien de Rome aperceuoir,
Voi des murailles les maſſes,
VoVoi les marbres démolis
VoEt les grans deſertes places
VoDes théatres abolis.
Voi-la Rome : conſidere,
VoComme, morte qu’ell’ſoit or,
EllSa charoigne braue & fiere
EllSemble menaſſer encor.
Ell’a vaincu terre & onde,
EllPuis ell’ ſ’eſt veincue auſsi,
EllAfin qu’à veincre, du monde
EllNe lui reſtat rien ainſi.
Or, ſous ceſte Rome eſclaue,
EllRome la maitreſſe git,
EllEt l’aſſeruie & la braue
EllDorment en ce meſme lit.
Le Tibre, d’entiere marque,
EllReſte ſeul au nom Romain,
EllEt encor, ſous mainte barque,
EllÀ la mer file ſoudain.
Voi, combien peut la fortune,
EllCe qui ne bougeoit vient bas ;
EllEt ce qui n’a ceſſe aucune
EllDemeure, & ne ſe pert pas.
Du roiaume de Naples, immitation de l’epi-
gramme Grec, qui ſe commence,
Ἀγρὸς Ἀχαιμενΐδου.
I’Etoie au François vn iour,
À l’Eſpagnol ie ſuis ores,
Vn auVn autre & vn autre encores
Vn auY pourront faire leur tour.
Sienne me croit cetui ci,
SieL’autre auſsi me cuidoit ſienne,
SieEt quiconque apres y vienne
SieIl cuidera tout ainſi.
A qui, a qui ſuis-ie donq ?
A qC’eſt ici, ſans doute aucune,
A qLe roiaume de fortune,
A qQue garder nul ne peut onq.
Quatrein de Niobé.
De viue que i’étoi’, les dieus
Me feirent pierre par enuie :
Or Praxitel, faiſant trop mieus,
De pierre m’a remiſe en vie.
Du latin de Morus.
DOcte Docteur, touiours tu nous viens dire
La lettre occit, tu n’as que ce propos,
MaisLa lettre occit : tant le redire ?
MaisTu nous occis de ces deus mos :
Mais, quant à toi, tu as donné bon ordre,
Que nulle lettre occir onq’ ne te vint :
QuLettres n’ont garde de te mordre,
QuCar te voir onq’ ne leur auint.
Si n’eſſe à tort que tu creins, teſte ſote,
D’en eſtre occis : bien t’en dois ſoucier :
Car tu n’as d’eſprit vne iote,
Qui te puiſſe viuifier.
Du latin d’Éraſme.
Ce Iupiter, des antiques l’idole,
(Si telle fable a quelque foi encor)
MaisAbuza vne Europe folle
MaisSous le cornu maſque d’vn tor.
Mais auiourdui, & ce ne ſont plus fables,
Sous humbles peaus d’aignelés innocens,
SoMille ſortes de maſqués Diables
SoMettent la nótre hors du ſens.
FIN DES EPIGRAMMES
de ian dovblet
Dieppoys.
EXTRAIT DV PRIVILEGE.
IL eſt permis à Charles Langelier Libraire iuré de l’Vniuerſité de Paris, de faire imprimer & mettre en vẽte vn petit liure, intitulé Elegies de Ian Doublet Dieppoys, Et auons inhibé & defendu à tous Imprimeurs & Libraires, & autres marchans quelz qu’ilz ſoyent, d’en imprimer ou faire imprimer, vendre ne diſtribuer, autres que ledict Langelier aura faict imprimer, iuſques à ſix ans prochainement venans, à conter du iour que leſdictes Elegies auront eſtez acheuées d’imprimer. Et ce ſur peine de confiſcation deſdictz liures & d’amende arbitraire, ainſi qu’il eſt plus amplement contenu en ſes lettres de priuilege. Donné à Paris, le ſeizieſme iour de Ianvier, l’an de grace mil cinq cens cinquantehuict.
DECOVRLAY.