‹ Éloge du sein des femmes Ouvrage curieuxChapitre 11 sur 11 · CHAPITRE IX.

CHAPITRE IX.

RECETTES VIRGINALES.--MOYENS A EMPLOYER POUR EFFACER LES RIDES ET DIMINUER L'AMPLEUR DU VENTRE ET DE LA GORGE ET DE LA FAIRE CROÎTRE A CELLES QUI SONT PRIVÉES DE CE BEL ORNEMENT.

Quelquefois, après la grossesse, la gorge et le ventre restent flétris et plus volumineux. L'art offre ici plusieurs moyens: ils sont ou mécaniques, ou thérapeutiques; les premiers consistent dans l'application de bandelettes pour le sein, et de larges bandes sur le ventre, aussitôt après les couches, avec la précaution de les resserrer graduellement, pour laisser à l'organe de la génération les moyens de contraction qui lui sont alors nécessaires. L'habit européen est, à cet effet, plus favorable aux femmes que la veste asiatique qui, ne contenant point les intestins, permet à la texture molle de leurs enveloppes, d'acquérir des dimensions énormes. Plus soigneuses de leur gorge et de leurs pieds, les Géorgiennes, les Otaïtiennes, les Chinoises, les Bayadères captivent leur gorge enfantine dans un étui, qu'elle ne peut dépasser[27], et emprisonnent, dès le berceau, dans une _babouche_ étroite, leur pied qui ne s'accroît que très-peu. On a ridiculisé ce goût fondé cependant sur quelque raison. En effet, une main calleuse, un pied plat et long annoncent une basse extraction, une vie exercée aux travaux les plus rudes, tandis qu'un pied mignon, présage flatteur d'attraits plus cachés, semble être le résultat d'une éducation soignée: et ne fît-on que retracer cette fameuse Rhodope, déjà citée par nous, dont le joli soulier, emporté par un aigle et tombé à Memphis, dans le bain du roi _Psammétique_, fit marcher son petit pied à si grands pas vers la fortune, et valut à Rhodope les honneurs du trône; on avouera qu'on a quelque droit à placer ce genre d'attrait parmi ceux qui exercent sur l'homme un grand empire.

[Note 27: Nous n'avons point en France le bois mobile et léger dont se servent, pour cet usage, les Bayadères, mais nous pouvons le remplacer avec avantage par la gomme élastique, qui, par sa flexibilité et sa légèreté, ne peut froisser ni déformer les contours qu'elle serait destinée à faire éclore. On connaît à présent le moyen de dissoudre cette gomme ou plutôt ce _gluten_ animal.]

On a vanté la mélisse pilée et appliquée sur la gorge, et l'arbrisseau de Vénus, le myrte, s'honore d'offrir aussi un moyen de faire disparaître les traces du culte qu'on rendit à la divinité auquel il est consacré. En général, les sumacs (_rhus coriaria_), les chênes (_quercus ilex_), les épines, les arbousiers et tous les végétaux styptiques contiennent un _tannin_ très-propre à cet usage.

Enfin, le médecin des dames[28] dit:

_Si mulierum sinus pudoris sit nimium dilatatus, quod accidit tùm propter partus, tùm propter frequentes coïtus, debent mulieres tunc uti sequentibus remediis_[29]:

Prenez, dit-il, noix de galle encore vertes, faites-les bouillir dans du vin avec quelques clous de girofle, trempez-y un linge et appliquez.

[Note 28: Le Camus, homme grave, érudit, et qui s'honora cependant de tracer l'hygiène de la beauté sous le nom d'Abdeker.]

[Note 29: On pourrait nous reprocher nos citations latines, celle-ci s'excuse d'elle-même, et les mères prudentes nous en sauront gré; quant aux autres, nous avons ménagé, aux jeunes agréables du jour, l'occasion de se montrer, auprès des belles, érudits à peu de frais.]

Ou bien: alun, sang-dragon, gomme arabique, suc d'acacia, feuilles de plantain, de renouée, de tormentille, fleurs et fruits de grenadier, capsules de glands, sorbes non mûres, roses de Provins, faites bouillir dans du vinaigre, et appliquez au moyen de compresses.

Ou: quatre onces d'huile d'amandes amères, une once de cire blanche; faites fondre au bain-marie; ajoutez deux gros d'alun, une once de suie et un gros d'orcanette, vous avez une pommade styptique[30]; ou, enfin: alun, une once, acide vitriolique, demi-gros; faites fondre dans quatre onces de vinaigre et quatre onces d'eau de plantain ferrée; ajoutez deux onces d'esprit de vin et servez-vous-en, mais avec discrétion, pour imbiber, avec une éponge, certaines parties qui laisseraient des preuves non équivoques de fécondité, ou au moins, comme disait Fontenelle, que l'_amour avait passé par là_.

Un moyen plus simple et non moins efficace, c'est d'extraire le tannin, en versant de l'eau sur du tan en poudre dans un appareil semblable à celui des salpêtriers. Cette eau, en traversant le tan, lui enlève une portion de son principe styptique; versée sur du nouveau, elle en dissout une autre quantité, et ainsi de suite jusqu'à ce que le tan soit plus disposé à lui en enlever qu'à lui en céder; alors la concentration est parfaite, et on l'emploie comme les décoctions ci-dessus prescrites; mais tous ces moyens ne peuvent que succéder aux compressions graduelles des bandes à sec, et longtemps après que tous les résultats de couche sont terminés, ou bien on courrait le risque d'une suppression souvent mortelle et toujours douloureuse. Enfin, avec les mêmes précautions, les bains froids et répétés offrent le plus sûr comme le moins dangereux de tous les topiques.

[Note 30: Cette pommade rappelle l'aventure assez plaisante du jeune abbé de Fl..., qui, en ayant trouvé sur une toilette et ayant les lèvres gercées, les en frotta innocemment et sans penser à mal, mais avec un tel succès, que le matin, en s'éveillant, il ne pouvait ouvrir la bouche. Pareille aventure arriva également à M. le comte de Rochefort. Voici comment il la raconte dans ses _Mémoires_. Mlle de Menneville, fille d'honneur de la reine mère, ayant demandé à ce dernier un habit d'homme, en secret:

«Je le lui portai dans sa chambre. Mais comme il n'y avoit personne pour le recevoir, je le mis sous son lit où elle m'avoit dit de le mettre, et m'en fus causer avec la bonne femme Mme du Tilleul, sous-gouvernante des filles, qui étoit de mes bonnes amies. Comme toutes les chambres des filles, ou, pour parler plus juste, toutes les loges étoient ouvertes, car elles ressembloient proprement à celles des comédiens, j'aperçus, en me promenant avec elle, sur une toilette, des peignes, une boëte à poudre, et tous les autres ingrédiens qui servent à l'ajustement d'une fille, et niant remarqué entr'autres choses une petite boëte de pommade, j'en voulus prendre pour me frotter les mains que j'avois un peu rudes. Je la trouvai toute d'une autre couleur que celle de l'ordinaire, ainsi croiant qu'elle pouvoit servir aux lèvres, où j'avois un peu mal, j'en mis assez imprudemment. Mais je ne fus pas longtemps à m'en repentir, au même temps mes lèvres me firent un mal enragé, ma bouche se rétrécit, mes gencives se ridèrent, et quand je vins à vouloir parler, je fis rire tellement Mme du Tilleul, que je jugeai qu'il falloit que je fusse bien ridicule. Ce qui fut le pis fut que je ne pus presque articuler aucune parole, et, courant promptement à un miroir, je me fus regarder, et me fis tant de honte à moi-même, que je m'enfuis pour me cacher. En m'en allant je trouvai M. le duc de Roquelaure qui entroit pour venir faire la cour à quelqu'une des filles, et étant tout étonné de me voir de la sorte, il me demanda qui m'avoit mis en cet état. Je lui contai naïvement mon infortune, à quoi il me fit réponse, en se moquant de moi, que je n'avois que ce que je méritois, qu'à mon âge je devois savoir qu'il y avoit de toutes sortes de pommade; que celle que j'avais prise n'étoit ni pour les mains ni pour les cheveux, et qu'elle étoit un peu plus rare. Il me quitta après s'être ainsi raillé de moi, et s'en allant dans la chambre de la reine-mère, il lui fit sa cour à mes dépens. Aussitôt tout le monde accourut pour me voir, et voiant que j'avais aprêté manière de rire, j'en aurois ri, tout le premier, s'il m'avoit été permis d'ouvrir la bouche. Cette aventure fut le sujet de l'entretien de toute la cour, pendant plus de huit jours, et on le manda même à Nantes, où le roi étoit, qui pour être si sérieux ne put s'empêcher de rire. Pour moi, j'en avois tout autant d'envie que les autres quand je pensois à cet accident, mais quoi que je m'étuvasse la bouche d'eau fraîche, et tantôt de vin tiède, il n'y eut que le temps qui m'aporta du soulagement.»]

POMMADE VIRGINALE DITE A LA COMTESSE.

Sulfate de zinc 40 gr. Noix de galle ) > 20 gr. Noix de cyprès )

Écorce de grenade ) Feuilles de myrte > 30 gr. Sumac )

Mélangez ces substances pulvérisées avec quantité suffisante d'onguent rosat. Cette pommade a la propriété de resserrer le sphyncter ou muscles constricteurs de la vulve et du vagin trop relâchés.

_Formulaire magistral._

On doit d'ailleurs scrupuleusement observer que tous ces topiques, lotions ou pommades, ne doivent jamais s'employer pendant le tribut lunaire, ou toute autre hémorrhagie utérine; et qu'ils ne sont suivis du succès désiré, qu'en s'imposant la sagesse la plus austère. La femme déjà trompée, et qui s'exposerait encore à l'être, n'est plus digne de notre intérêt, et du motif bien pur qui nous anime à consoler son sexe des injustices du nôtre.

Quant au moyen de s'opposer au développement excessif de la gorge, l'art offre des procédés certains pour réprimer ce luxe de la nature, de même qu'il en présente pour la forcer à accorder ses dons à celles envers qui elle s'est montrée trop avare en ce point; et nous croyons faire plaisir à nos lectrices, en publiant, en leur faveur, le manuscrit suivant, trouvé dans les décombres du délicieux château de _Crécy_, bâti pour la belle _Pompadour_, qui paraît avoir profité de la recette qu'il contient. On sait qu'elle n'obtint que fort tard, le genre d'attrait dont il s'agit ici. On pardonnera à l'auteur ses peintures un peu vives en faveur de son motif.

«Vous m'ordonnez, madame, de consulter l'oracle d'Épidaure, pour ajouter à vos attraits ce que vous seule y trouvez à désirer: que peut, en effet, demander aux dieux, celle qui réunit à la majesté, la douceur; à l'élégance des formes, la régularité des traits; enfin, à l'air imposant de la reine des dieux, la fraîcheur des bergères du Mont Ida? Heureux disciple d'Esculape, je suis appelé, par votre confiance dans mon art, à embellir la beauté même: plus occupé de mon bonheur qu'effrayé de ma témérité, je vais tenter d'unir à vos attraits des charmes nouveaux; et j'ose croire au succès, puisque vos beaux yeux m'encouragent d'un regard.

«Dans ce siècle fortuné, où, renonçant au vain luxe des mots, les savans s'occupent avec succès des choses, on applaudit au novateur heureux qui soulève le voile de la nature, pourvu qu'il en obtienne une réponse.... On veut même que les oracles qu'il surprend à l'antique déesse soient précis, et l'on pardonne à la nudité de ses expressions, pourvu que son but soit moral, c'est-à-dire, tende à la perfection, au bonheur de l'humanité. J'ose donc essayer, madame, de vous apprendre l'art d'acquérir ce nouvel attrait qui fera de vous le modèle de la beauté, et donnera à nos jeunes Françaises la confiance de vous imiter; cet attrait qui anime le poëte, enflamme le peintre, ravit le sculpteur, inspire le musicien, et fait délirer depuis le simple cultivateur sous le chaume, jusqu'au grave philosophe au sein de ses livres poudreux; cet attrait, dont les fières amazones consentaient à sacrifier la moitié pour gagner en adresse ce qu'elles perdaient en appas; cet attrait, dont la pomme de Paris n'offrait qu'une imparfaite image, et qui la fit tomber de ses mains; enfin, cet attrait qui date des premiers jours du monde, si c'est par lui qu'il faut expliquer cette autre pomme plus fatale, auquel le genre humain doit, dit-on, la perte du bien et la connaissance du mal.

«S'il est recherché par les hommes, les femmes s'honorent de l'offrir à nos yeux, c'est l'aiguillon du plaisir, le prélude du bonheur!... C'est le secret de ce don charmant que, sans m'arrêter à le depeindre, je voudrais conquérir pour les femmes qui en sont privées, et quoique ce ne soit point une fiction, c'est dans la fable que je puiserai la leçon que je viens vous offrir.

LA COUPE D'HÉBÉ (ALLÉGORIE).

«Hébé, trop jeune encore, ne comptait que quatorze printemps: le lys et la rose se disputaient ou plutôt se partageaient l'honneur de nuancer son teint.... de grands yeux bleus, où déjà se peignait l'amour sans qu'elle s'en doutât, s'ouvraient lentement sous de noires et longues paupières; un front uni, un nez droit, une bouche de la couleur et de la forme d'un bouton de rose qui s'entrouvre, une haleine qui en avait le parfum, des dents d'un émail opalin, de charmantes fossettes offrant des niches à l'amour indécis[31], un col blanc et onduleux, une taille et flexible et légère, des bras arrondis, des doigts délicats; enfin de petits pieds effleurant à peine les parvis de l'olympe.... Hébé avait tout en partage, et les dieux, auxquels elle versait le nectar dans la coupe de l'immortalité, étaient plus enivrés de ses charmes que de sa liqueur éthérée.... elle réunissait tout.... tout? non.... quelque chose manquait à ses charmes, et ce fut l'orgueilleuse Junon qui s'en aperçut. Hébé entrait dans cet âge où la nature indécise semble n'avoir qu'ébauché son chef-d'oeuvre. Offrant également les attraits des deux sexes, elle n'avait point encore reçu ce double présent qui décèle une vierge et que caresse l'oeil furtif de l'amant timide.... Le dieu de la foudre lui-même, souriant à la remarque de l'auguste Junon, témoigne le désir de voir Hébé parfaite.... Il dit, et fils aussi soumis que galant époux, Vulcain prend la coupe des mains d'Hébé; il en couvre l'un des hémisphères du sein de Vénus, et l'arrondit sur ce modèle à la vue des dieux frémissants d'envie et de volupté. Sous son léger marteau le métal docile s'étend, se contourne, se creuse, et façonnée de même sur le second hémisphère de la belle déesse, naît une seconde coupe. Le dieu de Lemnos les place sur le sein d'Hébé qui, ainsi parée, ressemble à la chaste Pallas; bientôt sous ces deux coupes protectrices son sein s'élève, un double mont bondit, et sa gorge s'accroît sans dépasser ces heureuses limites. Les dieux applaudissent.... Cette ingénieuse invention passa jusqu'en Grèce; l'Inde s'en fit honneur, mais elle se perdit comme tous les usages antiques et fut conservée par les seules Bayadères.... Ces coupes amoureuses furent réservées pour les banquets des dieux, et ce sont elles qui, remises depuis aux mains d'Hébé, désaltèrent encore les fortunés habitants de l'Empyrée, et leur inspirent les désirs, l'espérance et la joie en leur rappelant le moule heureux sur lequel elles furent arrondies.

[Note 31: Portrait exact de Mme de Pompadour.

«Ainsi qu'Hébé la jeune Pompadour A deux jolis trous sur la joue, Deux trous charmans où le plaisir se joue, Qui furent faits par la main de l'Amour.»

_OEuv. de Bernis._]

«C'est ce prodige de la mythologie que l'art veut reproduire pour vous, belles, à qui il ne manque que cet attrait pour être accomplies, et vous aussi pour qui sa possession excusera l'absence des autres.

«En drapant légèrement les formes imparfaites de votre douce amie, jeunes époux, imitez le disque rond de Phébé; échancrez[32] l'étoffe en dessinant les contours absents des attraits que vous désirez; que votre main utilement caressante et instruite à la volupté par le dieu de Délos, sache promener des doigts mobiles sur l'aréole de ce sein non encore développé[33]; que de fréquentes titillations fassent frémir ses fibres; bientôt la papille se gonfle, et les esprits appelés par ces douces frictions enflent les muscles qui, profitant d'une liberté inconnue, se frayent une route nouvelle; une lymphe nourricière baigne les glandes qui se dilatent; le réseau éclatant et poli qui les renferme, participant de l'éréthisme général, s'arrondit sous les doigts créateurs: comme la fleur, condamnée à périr sous les glaçons de l'hiver, se développe et naît au jour, sous le verre diaphane, et sous les douces influences d'une chaleur factice; de même les sucs élaborés sous la main de l'époux fortuné s'accumuleront en dessinant les voluptueux contours des beaux modèles que nous a transmis le ciseau des Phidias et des Praxitelle.

[Note 32: Ce vêtement couvre trop le nu, il faut l'_échancrer_ davantage.

_Pygmalion_, scène lyrique. J. J.]

[Note 33: Quant aux jeunes vierges à qui la décence interdit le secours d'une main caressante, il est un moyen qu'elles pourront employer sous l'oeil d'une mère flattée d'ajouter à leurs perfections, sans admettre un tiers dans leur confidence; le voici: appliquez sur la place de la gorge un hémisphère en bois léger et creux ou en gomme élastique et percé à son milieu, à peu près comme les ventouses de verre, dont se servent les jeunes accouchées pour aspirer le lait; à l'orifice s'adapterait un tube de verre ou un tuyau de gomme élastique, au moyen duquel une succion plusieurs fois répétée, chaque jour, finirait par développer l'attrait tant souhaité.

_Note du manuscrit._

Un de nos amis qui, dans son voyage en Égypte, a su à la fois faire des observations sur l'art de guérir et sur les moeurs, nous assure que les femmes de ce pays se servent, avec succès, pour la même intention, de la mie d'un pain arrondi, façonnée au contour de la forme que l'on désire, et appliquée encore chaude sur le sein. Cette substance, dit ce savant que réclame avec honneur la chirurgie française, porte en elle un principe végéto-animal, qui, développé par le calorique, pénètre rapidement le sein, excite l'érection de ses papilles nerveuses, gonfle le système glanduleux, et y cause un ferment, un prurit voluptueux, bientôt suivis du développement successif de l'appareil mammaire et du tissu cellulaire qui le recouvre. C'est ce même principe vireux qui agit si énergiquement comme dérivatif de l'humeur goutteuse aux extrémités inférieures, en appliquant du _levain_ à la plante des pieds. On pourrait activer ce moyen par de légères frictions d'huile très-volatile sur le sein, et d'une lotion astringente sur les parties qui l'environnent; au reste, le volupté fait éclore la gorge, comme le printemps fait éclore la rose, et tous les praticiens connaissent la correspondance de l'_utérus_ au sein.]

«L'une des coupes fameuses dont il s'agit ici, madame, s'est perdue, ou plutôt aimons à croire que les dieux l'ont retirée pour conserver le type du beau, s'il se trouvait perdu sur la terre; l'autre est célèbre par ce banquet où l'amoureuse Cléopâtre fit publiquement aux yeux extasiés d'Antoine, non la fastueuse expérience de dissoudre une perle dans un breuvage qui n'eût pas épargné l'organe complice de sa forfanterie, mais celle bien plus merveilleuse de l'exacte application de ce moule divin, sur sa gorge ravissante. Elle orne aujourd'hui un _Musæum_ fameux en Europe, et nous pourrons la consulter pour donner à vos formes le degré d'extension avoué par le goût, si vous accordez à mes avis le droit de concourir à la naissance de l'attrait dont vous désirez la possession. Je dois vous dire enfin, madame, que c'est de l'abus des moyens que je viens de vous indiquer qu'est né un singulier usage, chez les femmes turques, dont les époux, par je ne sais quel goût bizarre, préfèrent une gorge volumineuse et tombante, et qui, pour se procurer ce double _agrément_, usent avec excès des bains chauds et du _massement_, opération inconnue en Europe. Ce n'est, certes, pas à cette espèce de perfection que je désire vous voir atteindre, et la nature heureusement vous a formée de manière à ne pas satisfaire les inclinations turques; mais l'art hippocratique offre encore des ressources aux femmes dont l'accroissement de la gorge aurait besoin d'être prévenu, et c'est dans le même moyen qui favorise son développement qu'elles trouveront celui de sa répression. Les belles favorites du commandeur des croyants, les Circassiennes, les Géorgiennes, les Mingréliennes, opposent, dès l'âge de douze ans, à leur gorge naissante, un léger rempart de bois de santal qu'elle ne peut franchir; et ce genre d'attrait acquiert chez elles, par la compression, une fermeté que l'on rencontre difficilement chez les femmes des autres peuples.

«Pardonnez, madame, ces détails que la nature de votre demande a rendus nécessaires, et puisse l'application de cette théorie ajouter encore, s'il est possible, aux charmes qui ont mérité l'hommage d'un autre Jupiter. Puissé-je alors aussi, jeune encore et médecin peu connu, obtenir par mes soins votre entière confiance, et par le succès de mes recettes, le triomphe d'une nouvelle Hébé; dût une moderne Junon accabler de sa persécution[34] l'inventeur satisfait de sa réussite.» D.M.V.S.M.

[Note 34: La belle Pompadour suivit le conseil du jeune docteur, elle acquit en effet l'attrait qui manquait seul à ses charmes, et ouvrit, par reconnaissance, à son médecin une carrière qu'il parcourut avec éclat.

Si l'on trouve ce fragment un peu libre, accusons-en plutôt nos moeurs que l'auteur qui vivait dans un temps où le Français se scandalisait plus des actions que des écrits; il pense maintenant tout le contraire, et l'on ferait aujourd'hui le procès de _Vénette_, _Tissot_ et _Montesquieu_ s'ils publiaient l'_Onanisme_, le _Tableau de l'amour conjugal_ et le _Temple de Gnide_; en sommes-nous plus chastes et plus vertueux? l'interprétation que l'on donnera à cet article répondra à cette question. Au surplus, nous protestons de la pureté de nos motifs, et nous n'avons point écrit pour les _Tartuffes de moeurs_, mais pour cette belle moitié du genre humain qui ne connaît de mal que celui que les pervers lui enseignent.]

Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu'en rapportant l'anecdote suivante, qui en est le corollaire.

Sous Louis XIV, le supplice de la Brinvilliers fut un exemple insuffisant pour arrêter les empoisonnements. Une _chambre ardente_ fut instituée pour juger de ces crimes. L'arrestation et le procès de la Voisin firent découvrir dans les papiers de cette dernière, une foule de lettres qui compromettaient des gens de la plus haute condition. La Voisin était accusée d'avoir vendu des poisons, des charmes, et divers secrets magiques pour se faire aimer. La duchesse de Foix avait été arrêtée sur la déposition d'un simple billet d'elle trouvé chez la Voisin, et dont le sens était plus obscur que propre à baser une accusation. Louis XIV, ne voulant pas que sur un indice si léger une dame de haute distinction fût emprisonnée, se réserva de l'interroger lui-même dans ses cabinets, où elle fut conduite avec son propre carrosse par le capitaine des gardes en quartier.

«Reconnaissez-vous ce billet, madame la duchesse? lui dit Sa Majesté d'un ton sévère, mais doux.

--Sire, il est de ma main; je ne puis ni ne veux le nier.

--A merveille! Maintenant dites-moi, je vous prie, avec la même franchise, ce que signifient ces mots: _Plus je frotte, moins ils poussent_.

--Ah! sire, s'écria la duchesse en se jetant aux pieds du roi, daignez m'épargner un tel aveu.

--Je ne le puis, madame, songez que je vous appelle devant moi pour vous sauver un affront public; ce motif me donne tous les droits à votre confiance, et dans l'intérêt de votre honneur je vous ordonne de parler.

--J'obéirai, sire! reprit en tremblant Mme de Foix, rouge jusqu'aux yeux.... Depuis deux ou trois ans je m'aperçois que mon mari me néglige après m'avoir souvent reproché un défaut... non, jamais je n'oserai achever....

--Continuez, duchesse....

--Il est des charmes, reprit l'accusée, dont la nature se montre prodigue envers des femmes, avare envers d'autres....

--Poursuivez, je vous prie.

--Eh bien! sire, mon mari n'aime que les dames auxquelles la nature a prodigué....

--Prodigué quoi?

--Ce qui excède les belles proportions dans Mme de Montespan et manque à Mme de La Vallière... comme à moi, sire....

--Ah! m'y voici, s'écria Louis XIV en s'excusant d'un défaut trop prolongé de pénétration.... Et je vois, poursuivit le monarque interrogateur, que vous aviez demandé à la Voisin....

--Une pommade dont elle disait des merveilles, ajouta Mme de Foix en baissant les yeux.

--Cependant _plus vous frottiez, moins ils poussaient_.

--Hélas! oui.

--C'était un malheur; mais ce n'était pas un crime, et je suis enchanté, duchesse, de vous avoir épargné la honte d'un tel aveu devant la _chambre ardente_. Je vous rends le malheureux billet qui vous causa deux heures d'inquiétude; retournez tranquillement à votre hôtel. Je ne vois de coupable ici que l'époux qui délaisse une femme aussi jolie que vous; je veux en toucher quelques mots au duc. Il est un moyen plus heureux que celui dont vous avez fait l'essai pour obtenir de la nature elle-même ce que vous recherchiez par artifice; nous en causerons avec votre mari, et j'espère qu'il l'emploiera.»

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ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE SUR LES MAMELLES OU SEINS.

Les mamelles (_mammæ_, des Latins; _mastoï_, des Grecs; _poppa_, en italien; _teta_, _ubre_, en espagnol) subissent les mêmes phases dans leur développement, que les organes essentiels de la reproduction. Elles sont peu apparentes dans le jeune âge et ne commencent à prendre le développement qu'elles doivent acquérir que lorsque l'appareil génital est apte à perpétuer l'espèce; et comme ce n'est que chez les individus femelles qu'elles parviennent à leur état complet, elles ne présentent pendant les premiers temps de la vie aucune différence chez l'un et l'autre sexe.

C'est donc vers l'époque où la femme devient apte aux plaisirs de la maternité, que les seins commencent à acquérir tout le développement dont ils sont susceptibles, ainsi que les formes gracieuses qui en font un si brillant ornement: avant la puberté, ils n'en forment que le noyau et se flétrissent après le temps de la faculté de reproduire. Cependant il n'est pas sans exemple de voir des jeunes filles encore loin de cette brillante époque, offrir des mamelles parfaitement conformées et susceptibles de fournir du lait. Les auteurs rapportent, à cet égard, des exemples fort curieux; mais tous tendent à prouver que ce développement précoce fut toujours le résultat d'irritations exercées sur le mamelon.

Le développement des mamelles se fait ordinairement en raison de celui des organes spéciaux de la génération, en sorte que la bonne conformation des seins peut, en général, servir de mesure à celle de ces derniers. Ainsi, l'homme qui recherche dans la femme, non-seulement ce qu'elle peut offrir de gracieux, mais encore tout ce qui peut dénoter une grande puissance génératrice et un vif sentiment de l'amour, est-il toujours enthousiaste d'un beau sein. A peine la femme, la plus accomplie sous tous les autres rapports, peut-elle éveiller en lui le moindre sentiment de volupté, si elle ne se trouve pourvue de ce superbe ornement. Cependant, on voit quelquefois des femmes dont les parties sexuelles sont parfaitement développées et propres aux plaisirs ainsi qu'à la propagation, quoiqu'elles n'offrent que quelques traces de ces organes, tandis que d'autres, avec le sein le plus volumineux, ne sont nullement accessibles aux désirs voluptueux ni aptes à la génération.

C'est évidemment en vertu des liens de l'étroite sympathie qui unissent les seins et les organes sexuels, que s'opère le développement simultané.

Les mamelles sont situées au milieu de la poitrine, l'une à droite et l'autre à gauche, directement sur les muscles pectoraux; elles sont au nombre de deux: il est rare de trouver des femmes qui en aient trois ou quatre donnant toutes du lait. Cependant, les annales de la science citent un grand nombre de femmes et même d'hommes multimammes; le plus souvent, le nombre des mamelles est porté à trois: deux présentent la position et le volume ordinaires, et la troisième est située sur la ligne médiane, un peu plus bas que les deux autres, ou bien au-dessous de l'une d'elles à droite ou à gauche. Lorsque la mamelle surnuméraire est médiane, elle reste ordinairement peu volumineuse, même pendant l'allaitement; les mamelles surnuméraires latérales diffèrent au contraire fort peu des mamelles normales et peuvent, comme elles, fournir du lait. Lorsqu'il existe quatre mamelles, elles sont ordinairement bilatérales et placées comme les mamelles abdominales des animaux, l'une au-dessous de l'autre; cette disposition est moins commune que la précédente, et la présence de cinq mamelles est plus rare encore. Percy n'en rapporte qu'un seul cas observé par M. Gorre. Ce cas fut présenté par une femme valaque trouvée, en l'an VIII, parmi les nombreux prisonniers faits à l'armée autrichienne et qui ne tarda pas à périr de froid et de misère. Sur les cinq mamelles de cette femme, quatre étaient très-saillantes, disposées sur deux rangs, gonflées et pleines de lait; la cinquième était médiane et située à cinq pouces de l'ombilic; elle n'était pas plus volumineuse que celle d'une fille impubère.

On a aussi constaté que des mamelles surnuméraires pouvaient se présenter sur d'autres points du corps; ainsi, M. Robert a fait connaître le fait d'une femme multimamme de ce genre, laquelle descendait elle-même d'une mère dont les mamelles étaient plus nombreuses que d'habitude. Mais, chez elle, la mamelle surnuméraire était placée à la partie externe de la cuisse gauche, près de l'aîne. Jusqu'à la première grossesse, cette mamelle fut prise pour un simple _noevus_; mais à cette époque elle se développa et acquit le volume de la moitié d'un citron; l'enfant tétait alternativement l'une des mamelles pectorales et celle-ci, qu'on pourrait appeler inguinale.

Thomas Bartholin vit une Danoise qui en offrait trois, dont deux étaient placées dans leur situation naturelle, et l'autre à la partie inférieure du _sternum_, en sorte qu'elles représentaient une espèce de pyramide renversée. Tout le monde sait que la belle Anne de Boulen, épouse de Henri VIII, roi d'Angleterre, avait, outre six doigts à chaque main, trois mamelles à la partie antérieure de sa poitrine. Un moine de Corbie rapporte avoir vu une paysanne qui nourrissait trois jumeaux de quatre mamelles indistinctement, dont deux étaient situées au-devant de la poitrine, et les deux autres au dos.

Les mamelles bien proportionnées sont un des principaux ornements des femmes, particulièrement lorsqu'elles sont accompagnées d'une gorge bien taillée et recouverte d'une peau fine. Il faut aussi qu'elles soient blanches, rondes, et médiocrement écartées l'une de l'autre; qu'elles ne soient placées ni trop haut, ni trop proche des aisselles; et enfin qu'elles ne soient ni trop grosses, ni pendantes: voilà les conditions qu'elles doivent avoir pour être belles et propres à donner de l'amour; mais ce ne sont pas les meilleures ni les plus capables de contenir le lait.

En nul endroit du corps, la peau n'est si fine, si délicate, si lisse, si douce au toucher et si blanche qu'aux environs des mamelles. Là les téguments ont acquis une telle ténuité, qu'ils sont entièrement transparents et laissent facilement apercevoir les ramuscules veineux qui serpentent agréablement dessous, notamment dans le voisinage de la portion rosée, et dont la couleur bleuâtre, en formant un heureux contraste avec la blancheur de la peau, en relève si fortement l'éclat, et donne tant de lustre à la beauté du sein. Ces globes, au reste, plaisent d'autant plus à la vue que cette belle portion de la peau est plus tendue par des glandes mammaires volumineuses, et que la femme jouit de plus d'embonpoint. Il est cependant des personnes fort maigres naturellement dont ces glandes sont si développées que, malgré cet état, elles offrent un sein solide, bien tendu, et de la plus grande beauté.

C'est à la partie centrale de chaque moitié des parois thoraciques qu'est situé le sein dans sa belle conformation. Trop dégagés en dehors et portés sous les aisselles, ces organes laissent entre eux un grand vide, peu agréable à la vue, et peuvent éprouver, de la part des bras portés en bas et surtout en dedans, des pressions plus ou moins fortes dont la fréquence nuit à leur développement, les déforme et même les atrophie. Trop rapprochés du centre de la poitrine, ils se confondent l'un avec l'autre, et de ce défaut de dégagement résulte l'imperfection de ces rotondités élégantes qui concourent tant à la beauté physique du sexe. Trop relevés vers le cou, les seins confondent leurs brillants contours avec ceux de l'épaule, reçoivent des chocs continuels des mouvements brusques de la clavicule, et sont sans cesse exposés à l'influence nuisible de l'atmosphère, dont la femme ne peut se garantir que par des vêtements grotesques et répudiés par la véritable coquetterie. Situés trop intérieurement, ils semblent rapprocher les femmes des animaux mammifères, et demandent à être relevés sans cesse par des corsets, dont la pression continuelle peut porter les plus fâcheuses atteintes à ces organes délicats.

La figure des beaux seins est ronde, et représente un demi-globe; mais les bons nourriciers, au contraire, sont avancés en dehors, et ressemblent à une poire, tels sont en général ceux des Comtoises; ce qui fait qu'ils ont de la peine à se soutenir, principalement quand ils sont pleins de lait.

On ne peut pas bien déterminer leur grandeur; elle varie suivant les nations: les Indiennes et les Siamoises les ont si longs, qu'elles peuvent les jeter par-dessus leurs épaules. Ils différent encore suivant les individus; quelques femmes les ont naturellement petits et d'autres gros; ces dernières sont les meilleures nourrices, pourvus qu'ils ne soient pas trop charnus. Leur grosseur dépend aussi de l'âge; ils commencent à pousser à 14 ans, ils ont alors la figure d'un demi-globe; ils sont petits, mais durs et fermes; ils grossissent à mesure qu'elles avancent en âge; ils se flétrissent aux femmes qui approchent la cinquantaine; et plus une femme vieillit, plus elle les a mous et flasques, n'y restant plus à la fin que des peaux.

Le mamelon est une petite éminence qui s'élève au milieu de la mamelle; il est d'une substance spongieuse, assez semblable à celle du gland de la verge, c'est pourquoi il se relève, se gonfle et se roidit lorsqu'on le suce ou bien qu'on le chatouille. Il a un rapport intime avec les parties de la génération. Les mamelons se dressent et prennent part aux sensations suscitées dans l'appareil génital par le coït ou autres moyens d'excitation. Les titillations de ces boutons rosés y font naître un sentiment de volupté qui, se communiquant en un clin-d'oeil au siége spécial de la jouissance, embrase la femme et la sollicite puissamment à l'acte de la reproduction. Quels sont les moyens d'une si frappante communication entre des organes si éloignés? Quelques auteurs prétendent que ce sentiment si vif, si agréable, a été donné à cette partie afin que l'enfant y cause en la suçant un doux chatouillement, et que la femme y trouvant un singulier plaisir, elle se porte plus volontiers à donner à téter à son enfant aussi souvent qu'il en a besoin.

Il est reconnu que la succion du lait éveille des sentiments de volupté au bénéfice de l'appareil générateur. Cabanis disait que des nourrices lui avaient fait l'aveu qu'elles devaient à l'enfant qu'elles allaitaient de véritables jouissances. La solidarité des seins, relativement à l'appareil sexuel, est un fait constant; aussi la sécrétion du lait augmente-t-elle généralement sous l'influence de l'excitation de l'organe générateur. C'est le cas dans lequel était cette femme, qui voyait le lait sortir de ses seins quand son mari accomplissait avec elle l'acte du coït. On a dit aussi que l'observation avait utilisé cet acte physiologique, que, voyant les animaux se prêter avec complaisance à la manoeuvre par laquelle on leur enlevait leur lait, on avait établi, dans le but d'en augmenter la quantité, une action directe sur l'organe générateur. Hérodote rapporte que les Scythes introduisaient un bâton poli dans la vulve de leurs juments quand ils leur enlevaient leur lait. Bayeu a raconté que dans les Pyrénées les gens occupés à traire les vaches plaçaient une de leurs mains dans la vulve; enfin, s'il faut en croire Levaillant, les Hottentots soufflent de l'air dans les parties sexuelles des animaux avant de les traire.

La jeune fille devient-elle pubère, aussitôt les seins répondent à l'appel de la matrice, et cette corrélation se reproduit à chaque nouvel éveil de cet organe. Elle se moule en quelque façon sur les conditions dans lesquelles il se trouve. Dans l'état ordinaire de la vie, une action, quelle qu'elle soit, sur l'appareil générateur a toujours du retentissement dans les seins, et réciproquement. Ainsi, une sensation voluptueuse venant directement de l'utérus et de ses annexes est comprise et perçue dans les organes de la lactation; de même les sentiments lascifs peuvent trouver accès près des voies génitales en partant des seins. C'est la raison pour laquelle Hippocrate croyait que le lait venait de la matrice.

N'est-ce pas à cette corrélation, à cette excitation génésique provoquée par l'allaitement qu'il faut attribuer le fait de luxure inouï, diabolique, que rapporte M. le docteur Andrieux? Un enfant, qu'on avait pourvu d'une nourrice jeune et vigoureuse, dépérissait chaque jour. Les parents affligés cherchaient en vain la cause de cet état: on finit par la découvrir. Mais où trouver des mots pour exprimer leur surprise et leur colère, quand ils trouvèrent cette malheureuse, exténuée, délirante, avec son nourrisson qui cherchait encore dans une succion affreuse, et inévitablement stérile, un aliment que les seins auraient pu seuls donner!!! Pour parvenir facilement à son but, elle attendait que le cri de la faim se fît entendre; l'enfant, dans cet instant, ouvre la bouche comme pour chercher le sein, il saisit alors avidement le bout du doigt, ou tout corps quelconque souple et arrondi qu'on place entre ses lèvres, et exerce immédiatement sur lui des efforts répétés de succion.

Les exemples d'une pareille dépravation doivent heureusement être fort rares.

La plupart des filles élevées chez des religieuses ne peuvent, selon ces dernières, plaire au Créateur que par des imperfections. Avoir de la gorge, être belle, sont assurément deux sujets de réprobation; l'enfer, ouvert à celles qui portent un sein arrondi, attend sa proie avec impatience; c'est ainsi que s'exprime le fanatisme dans l'intérieur des maisons d'éducation religieuse. Quelques jeunes filles, adoptant ces idées, prennent chaque jour quelques subtances capables d'interrompre ou d'affaiblir la nutrition: tel est, par exemple, l'usage du vinaigre bu à jeun; en altérant les forces digestives, il arrête le cours des sécrétions ou en diminue l'énergie, d'où le défaut d'accroissement des seins avec l'amaigrissement général qui résulte de cette détestable coutume. Des remèdes aussi dangereux, ou plus violents, employés dans les mêmes vues, doivent donc être bannis sans retour, puisque ce n'est qu'en détruisant la santé qu'ils amènent le changement d'organisation qu'on souhaite.

En 1829, le docteur Récamier publia un ouvrage en deux volumes, intitulé: _Recherches sur le traitement du cancer par la compression méthodique simple et combinée._ M. Récamier, appelé souvent dans les couvents, s'est trouvé à portée d'y faire l'observation suivante:

Dans les couvents, les religieuses, dans le but de réprimer l'envahissement mondain d'une gorge trop volumineuse, compriment les glandes mammaires avec des rondelles d'amadou. Les seins, par le fait de la compression et de l'iode qui se trouve naturellement dans l'amadou, s'atrophient; mais ce que les religieuses de nos jours n'ont pas prévu, c'est que, en raison de la solidarité dont nous nous entretenons, l'appareil reproducteur profite du retrait des glandes mammaires. Or, comme le bassin est l'expression de l'état anatomique et physiologique de la matrice, il en résulte que les hanches et les muscles fessiers des femmes soumises à cette opération acquièrent un énorme développement. Il me reste à savoir si un surcroît de nourriture et de développement de l'appareil générateur n'est pas un obstacle de plus à la chasteté; et si ces intéressantes recluses n'en ressentent pas plus vivement les aiguillons de la chair, que la religion leur défend d'écouter.

Mais il est temps de revenir à notre sujet, duquel nous nous sommes un peu écarté. Le mamelon est rose et petit aux vierges; l'aréole qui l'entoure est d'une teinte plus ou moins foncée, suivant les individus; elle l'est en général davantage chez les personnes qui ont la peau brune, les yeux et les cheveux noirs, que chez les femmes blondes, faibles et délicates. L'étendue de ce cercle est de deux centimètres environ; il s'élargit et prend une teinte plus foncée chez celles qui ont fait des enfants; le mamelon devient livide et gros aux nourrices, et il est noir et flétri chez les vieilles femmes.

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Un ouvrage de ce genre ne pouvant se terminer par des matières médicales aussi sérieuses, nous donnons une fort jolie chanson de M. Aug. Gilles, pour le clore convenablement.

LES TÉTONS.

Air: _Elle aime à rire, elle aime à boire._

J'ai pris pour muse une égrillarde A qui la romance déplaît; Chaque jour elle se complaît A rendre ma muse gaillarde. La gaudriole en mes cartons, A ses yeux offre une lacune, Elle me garderait rancune, ) > _Bis_ Si je ne chantais les tétons.)

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Dans le sein fécond qui le porte, L'homme fait neuf mois de séjour; Impatient de voir le jour, De ses pieds il frappe à la porte. A peine est-il né qu'à tâtons Le jeune espiègle entre en licence, Et, sans égards pour la décence, A sa mère il prend les tétons.

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Chacun de vous a sa manie, Amis; mais je ne doute point Que votre penchant sur ce point, Avec le mien ne s'harmonie. Et je crois bien que nous goûtons Même plaisir et même ivresse, Quand notre main frôle et caresse Tour-à-tour deux jolis tétons.

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Il est un usage contraire A la pudeur qui vous régit; Votre modestie en rougit; Mais elle ne peut s'y soustraire. Belles, quand nous vous accostons, De l'arc-boutant de la nature Votre oeil furtif prend la mesure, Le notre toise les tétons.

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Dumont dit à son fils Hilaire: --Il faut enfin te décider, Et conduire, sans plus tarder, Au temple d'hymen Rose ou Claire. --Papa, mon choix est fait; partons: De Claire la beauté me flatte, Mais elle a la poitrine plate Et sa soeur a de gros tétons.

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Paul et Justine se conviennent. L'amour paraît combler leurs voeux; C'est à leurs mutuels aveux Pourtant que l'un à l'autre ils tiennent: Grâce à leurs marchands de cartons, Aux amateurs ils font des niches, L'un avec des mollets postiches Et l'autre avec de faux tétons.

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Nature dit à la fillette, Qui les voit poindre en son corset: Craignez que le noeud d'un lacet N'en comprime la peau douillette; Qu'entre leurs deux jolis boutons Le même espace s'interpose: Dans vingt ans où je les pose Qu'Amour trouve encor les tétons.

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A notre liberté publique Je tiens par goût et par devoir, Et dans aucun temps le pouvoir Ne m'a fait changer de tactique. Au diable les ventrus gloutons De Villèle et de Bonaparte; Car la liberté sans la Charte C'est une femme sans tétons.

AUG. GILLES.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES.

Avant-propos

Épître Dédicatoire.--Sonnet.--Les pommes

Chap. I.--Des tétons.--De leur pouvoir et de leurs charmes.--De la brune.--Pour la blanche.--Marot.--Marin.--Cyrano de Bergerac.--Vers de Cotin sur une belle gorge.--Boursault.--Le coeur volé.--Parny.--Le crucifié.--La Motte.--Le Poëte sans fard.--Le Pays.--Les deux saints

Chap. II.--Des beaux tétons.--La femme parfaite ou les trente points de beauté.--_Mulieris pulchritudo._--_Le Momus redivivus._--Blason de la belle fille.--Épigramme par le sieur Motin.--Chanson.--Sur le beau tétin.--Les tétons.--Benserade.--Bois-Robert.--La puce de Mme des Roches.--Madrigal.--Les délices de la poésie galante.--Sur une sangsue qui pique le sein de Sylvie.--Le buse.--L'amour sur une gorge rebondie.--Louis XV et la gorge de Marie-Antoinette.--Un amant dans le portrait de sa belle.--Marino.--Voisenon: les tétons de ma cousine.--Madrigal.--Victor Cousin

Chap. III.--S'il est de la bienséance que les dames laissent voir leurs tétons, et s'il est permis aux amante de les toucher.--Molière.--Le petit père André.--Sur les femmes qui montrent leur sein.--Stances sur la défense des gorges découvertes des dames.--La vue d'un sein dégoûtait Louis XIII.--Mlle d'Hautefort.--La gorgée de vin sur un sein découvert.--Le père Barri.--Claude de Pontoux. --La pudeur.--Scarron.--Moyen de parvenir.--La duchesse de Bourgogne.--Mammillaires

Chap. IV.--Du langage des tétons.--Le père Bougeant.--Les Innocents.--Ovide et Corine

Chap. V.--Des laids tétons.--Boileau.--Le Brun.--Régnier.--Sygognes.--Maynard.--Urbain Chevreau.--Antoine Legrand.--Voltaire.--Deguerle.--La métamorphose.--Mercier de Compiègne.--Le fichu menteur

Chap. VI.--Des contrées où les femmes sont le mieux partagées de tétons.--Les tétons des Anglaises.--Les tétons de couvents.--Les tétons africains

Chap. VII.--De l'éloquence des tétons.--Phryné devant l'Aréopage.--La fraise et l'oeuf.--Zadig

Chap. VIII.--Moyens de conserver la gorge.--Les seins postiches.--Mme Tolleret.--Poppée

Chap. IX.--Recettes virginales.--Moyens à employer pour effacer les rides et diminuer l'ampleur du ventre et de la gorge; moyens pour la faire croître à celles qui sont privées de ce bel ornement.--Mémoires de Rochefort.--Fontenelle.--Pommade virginale dite à la comtesse.--Mme de Pompadour.--La coupe d'Hébé.--J. J. Rousseau.--La duchesse de Foix.--Étude physiologique sur les mamelles ou seins.--Cabanis.--L'action de donner à téter procure de véritables jouissances à certaines femmes.--Fait de luxure inouï d'une nourrice, rapporté par le docteur Audrieux.--Inconvénients de comprimer la gorge des religieuses.--Les tétons, chanson finale

FIN DE LA TABLE.

19193. PARIS.--TYPOGRAPHIE LAHURE rue de Fleurus, 9