‹ ÉmancipéesChapitre 16 sur 17 · XVI

XVI

Séverin Veyssières gisait sur un fauteuil, dans sa chambre à coucher, le regard tourné vers la fenêtre, et obstinément, lugubrement fixé au loin, perdu dans le bleu du ciel.

Un mal horrible était venu le frapper; une dégoûtante plaie, un lupus ulcéreux, lui rongeait la lèvre supérieure, l’aile droite du nez et la moitié de la joue. Pour tout son entourage, pour tout le monde, principalement pour ses chers confrères et joyeux associés de la secte salomonienne, il était devenu un objet de répulsion.

Plus de visites: depuis trois semaines, à part le docteur qui le soignait et était un de ses anciens condisciples de l’École normale, transfuge de l’Université, aucun ami n’avait franchi sa porte. Le dernier qui eût pénétré chez lui, Roger de Nantel, s’en était allé avec l’intime et formelle résolution de ne plus remettre les pieds chez «ce pauvre bougre».

«C’est vraiment trop répugnant! Quelle sale machine! Plus moyen de le voir! Et puis ça peut s’attraper! Brrr! Je vais de ce pas en parler à mon médecin ... Si c’était contagieux? Eh bien merci! Me voilà propre!»

Si, cependant, quelqu’un lui était resté; à défaut de gais camarades, une amie continuait à venir le voir, une amie dont la première visite datait seulement du jour où il avait dû demeurer confiné chez lui, le visage en partie recouvert de pansements et de compresses. Et la fréquence et la durée de ces visites avaient toujours été en augmentant; à l’heure actuelle, Katia Mordasz ne quittait plus le domicile de Séverin; elle s’efforçait de le distraire, s’évertuait et s’ingéniait à le rassurer, à le consoler et le réconforter: tâche pénible, ardue entre toutes, et que, semblable au labeur de Sisyphe, il fallait continuellement recommencer.

Désemparé, affalé, désespéré, Séverin ne songeait plus qu’au suicide,—l’unique et éternel remède,—et, sans Katia, sans cette vigilante et infatigable gardienne, il aurait déjà, d’une façon ou d’une autre, supprimé le mal en supprimant le malade.

Et quelle était la cause de cette effroyable affection? Comment cet ulcère rongeur, ce lupus excedens aut exedens, qui avait débuté par de simples boutons, quelques tubercules durs et violacés, avait-il pu se produire?

Mystère!

«Il n’y a pas là trace d’atavisme! disait Séverin à son ex-condisciple, le docteur Chézurier. Je n’avais pas cela dans le sang, j’en suis convaincu! Ni mon père, ni ma mère, ni mes grands-parents, personne que je sache, dans ma famille, absolument personne, n’a été atteint d’une infirmité de cette espèce. C’est pire que n’importe quoi, pire que toute souffrance, toute torture, pire mille fois que la mort! Je suis comme un pestiféré: chacun se détourne de moi avec effroi, tout le monde me fuit, je me fais horreur à moi-même ... Ah! maudit soit ...»

Et il retombait dans sa torpeur, s’y enfonçait de plus en plus, se laissait de plus en plus envahir et accabler par ses idées noires, ses funèbres et odieuses réflexions.

«Mais si, vous guérirez! Mais si! lui répliquait Katia. Vous vous exagérez votre état, et ne le voyez nullement comme il est.

—Oh! que si, hélas!

—Pas du tout, mon ami, je vous assure. Vous allez bien mieux que la semaine passée, et, lorsque vous aurez séjourné un mois ou deux au bord de la mer, comme le médecin vous l’ordonne....

—Je ne veux pas partir!

—Si!

—Je veux mourir ici, chez moi!

—Parce que vous avez un bobo sur la joue, vous vous imaginez que tout est fini, que votre dernière heure a sonné! Un peu de raison, Séverin! Un peu de courage!»

Elle en avait, elle, du courage; elle en avait, de la résistance, de l’énergie et de la vaillance. Pas une seconde, elle ne s’était demandé s’il n’y avait pas danger pour elle d’approcher un tel malade, «si ça s’attrapait». Cette égoïste et lâche question,—si humaine pourtant!—ne lui était pas venue à l’esprit: il y avait près d’elle une souffrance à alléger, un malheureux à secourir et à consoler, et elle était accourue. Sa place était là; son instinct de femme, plus encore que le profond mais très platonique et très pur attachement qui l’unissait à Séverin, l’en avertissait et la conduisait.

«Nous partirons ce soir même, continuait-elle en manœuvrant les tiroirs de la commode, pour en extraire les piles de chemises, de chaussettes et de mouchoirs qu’elle avait dessein de ranger ensuite dans la malle. Ne différons pas ... Nous voici au mois de mai; nous avons un temps superbe, et j’ai promis ce matin au docteur Chézurier ...

—A quoi bon? C’est encore ici que je serai le plus tranquille! soupira Séverin en promenant autour de lui, sur sa longue table de travail et ses rangées de livres, un regard navré.

—Il faut quitter Paris, et le plus tôt sera le mieux, ne cesse de répéter le docteur. Lui-même s’est occupé de vous louer un chalet à Arcachon, sur la lisière de la forêt de pins et à proximité de la mer ...

—C’est-à-dire qu’il a hâte d’être débarrassé de moi. Il ne tient pas à ce que je crève sous ses ordres!

—Séverin! Comment pouvez-vous concevoir de telles vilaines pensées? M. Chézurier vient chaque jour vous voir; il vous témoigne la plus affectueuse sollicitude; il affirme qu’un changement d’air, un séjour prolongé dans le voisinage de l’Océan, vous sera des plus salutaires et vous rétablira promptement ...

—Il n’y a que vous, Katia, vous seule! Si je me rétablis jamais, ce sont vos soins ... Si je ne suis pas abandonné, c’est à vous que je le dois! Et je ne peux même plus baiser vos chères, chères petites mains, que j’aimais tant! Si je guéris, je resterai défiguré, hideux, abject ... comme un monstre!

—Vous broyez du noir à plaisir! C’est fou! Cette plaie se fermera et disparaîtra. Vous n’êtes pas du tout hideux, pas du tout repoussant ... Prenez mes mains, tenez, les voilà! Elles sont à vous!

—Non! Non!»

Et cette même femme qui, jusqu’alors, toujours retenue par ses scrupules de dignité et de fierté, par son excessif respect d’elle-même, n’avait jamais manqué de dérober ses mains aux caresses et aux baisers de leur enthousiaste admirateur, elle les lui abandonnait pleinement à présent, les lui portait d’elle-même aux lèvres,—à ses lèvres rongées, tuméfiées, saignantes et sanieuses, horribles.

Telles, ces religieuses embrasées de l’amour divin, ces saintes et étonnantes hystériques, qu’aucune immondice ne rebute, qui se complaisent à surmonter tous les dégoûts.

· · ·

Le soir même où Séverin Veyssières, accompagné de l’ardente nihiliste, devenue sœur de charité laïque, et non moins passionnée et exaltée dans cet apostolat que dans le précédent, prenait le train pour Arcachon, le dîner mensuel des Salomoniens—on était justement au premier mardi de mai—avait lieu dans la salle attitrée du restaurant Margery.

Tous étaient là,—tous les survivants et les restants. Sambligny, qui remplissait encore, après Nantel, les fonctions de secrétaire-recruteur, n’avait jamais eu si belle mine que depuis son veuvage, et n’avait jamais si chaleureusement recommandé le célibat à son personnel administratif.

«Cœlum habitat, il habite le ciel, le célibataire, croyez-en toujours la science étymologique, et restez plus que jamais convaincus, mes amis, que les meilleurs mariages sont ceux qui ne se font pas. Vous n’avez aucun, absolument aucun intérêt à vous marier, même à vous marier avec une femme très riche. Si elle vous apporte trente mille livres de rente, elle se croira obligée d’en dépenser quarante mille, et vous y serez encore de votre poche. Si elle n’a pas le sou, il y a de très grandes probabilités pour qu’elle ait été élevée en millionnaire,—comme on élève à peu près toutes les jeunes filles d’à présent. Elle saura parler chinois et résoudre une équation du second degré, cultivera le pastel et la musique, mais ne sera pas capable de faire cuire une côtelette, pas même d’allumer le feu. Elle croirait déroger d’ailleurs, si elle essayait de s’initier à ces viles besognes, si elle touchait au charbon, lavait sa vaisselle ou descendait sa boîte à ordures. Fi! Fi donc! Il lui faudra une bonne, sinon deux, et qui les paiera, ces intruses indispensables? Ce sera vous. Madame voudra avoir son salon, son piano, son jour de réception, ses five o’clock et autres balançoires; elle devra rendre ses visites et ses dîners; et qui soldera ces frais de toilette, d’apparat et de voitures? Ce sera monsieur, toujours monsieur, toujours vous, mes petits amis. C’est toujours vous qui serez les dupes du marché et les dindons de la farce. Gardez donc précieusement, envers et contre tous, impitoyablement et férocement, ce premier de vos biens: l’indépendance. Vous pouvez, comme dans la chanson, parcourir le monde et courtiser tout à votre aise la brune et la blonde, vous ne rapporterez jamais chez vous plus de deux oreilles. Il n’y a rien de meilleur ici-bas que l’amour, mais,—croyez-en la sagesse de Salomon, aussi bien que celle du dix-huitième siècle,—l’amour charnel, l’amour sensuel, l’amour varié, l’amour amusant, et non celui qui vous rend sombres, inquiets, exclusifs, jaloux et méchants, qui vous torture, vous exaspère, vous affole. La bonne déesse, c’est la Vénus physique, la Vénus Coliade, si chère aux anciens, la Vénus Hétaira, Pandemos ou Vulgivaga, la Vénus Meretrix, toujours Victrix, perpétuellement victorieuse, triomphante et toute-puissante, en dépit de tous les repoussoirs, de toutes les politiciennes, viragos, émancipées et toquées. C’est celle-là, cette grande Astarté, cette irrésistible Aphrodite, qu’il faut honorer et pratiquer, mes amis, et non l’autre,—et non perdre votre temps à flirter, implorer, soupirer, baguenauder et vous morfondre ... Laissez cela aux imbéciles. Ditesvous bien qu’il n’y a rien de plus agréable, de plus commode et de plus économique que les prêtresses attitrées de l’incomparable divinité, rien de plus gênant, collant, fastidieux et dispendieux que les tendresses non tarifées et prétendues gratuites. N’appréciez jamais les femmes qu’au point de vue plastique: c’est le seul intéressant, le seul intelligent et affriolant; et sachez toujours prendre ces dames avec plaisir et les quitter sans regret. Tels sont, chers amis, les principes et règles de vie que l’expérience des siècles et la sapience humaine m’ont légués et vous dictent par ma bouche. Conservez-les dans vos cœurs, méditez-les pieusement, afin de les appliquer sans relâche, jusqu’au jour où il plaira au Divin Maître de vous rappeler à lui et de vous convier à jouir, avec les anges, de l’éternelle félicité. Ainsi soit-il!»

Malgré les vides dus à la mort ou à la maladie, le banquet salomonien avait gardé sa pleine liberté d’allure, sa rondeur et son entrain. On n’avait pas encore remplacé les manquants, et on hésitait à le faire: rien ne pressait.

«Ce sacré Magimier! exclama soudain Adrien de Chantolle. Aller s’amouracher de cette citoyenne de la rue de Maubeuge, cette madame Clara, sèche comme une morue et plate comme une limande, lui qui exécrait les femmes maigres!

—Qui nous disait si bien, vous vous le rappelez? repartit Hector Jourd’huy, que l’embonpoint est le propre de la femme, que la vocation de la femme est d’être grasse ...

—C’est vrai.

—Pas bête!

—Il avait raison!

— ... Et qu’il n’y a rien de plus disgracieux qu’une poitrine féminine sans reliefs accentués, sinon un abdomen masculin ultra-bombé.

—Magimier disait cela, oui, répliqua Ravida; mais il ne dédaignait pas non plus de temps à autre, durant l’été notamment, la sveltesse des formes.

—Il était avant tout éclectique, partisan de la nouveauté et de la variété, rectifia l’ingénieur Lesparre.

—Comme nous tous! s’écrièrent à la fois le maître des requêtes d’Amblaincourt et le négociant Xavier Ferrero.

—Changement d’herbage réjouit ...

—C’était Magimier qui classait les femmes en deux catégories, interrompit Roger de Nantel: femmes d’été et femmes d’hiver.

—Non, il était plus gourmand, il voulait trois catégories, riposta le président Herbeville: femmes grasses et dodues pour l’hiver, diaphanes et zéphyriennes pour l’été, et intermédiaires, entrelardées, pour l’automne et le printemps.

—C’est cela! Je me souviens! dit Jourd’huy.

—Il s’y entendait, le vieux cerf!

—C’est son collègue Brizeaux qui se contentait de deux échantillons ...

—Ce pauvre Brizeaux!

—Encore un qui a drôlement fini!

—A qui la faute? objecta Chantolle. Si Brizeaux, tout comme Magimier, était demeuré fidèle à notre programme, avait respecté nos traditions, si l’un ne s’était pas monté le bourrichon au point de convoler en justes noces avec un de nos numéros ...

—L’idiot!

— ... Si l’autre, au lieu de braconner sur le terrain défendu et de mettre à mal une brave fille, s’en était tenu, selon notre règle, aux professionnelles, à la liste de nos clientes, liste si variée, si nombreuse et si intelligemment composée, si parfaitement suffisante, en somme, tous deux seraient encore là, messieurs! conclut Adrien de Chantolle.

—Eh oui!

—Effectivement!

—C’est donc de leur faute ...

—Et Veyssières? lança Ravida.

—Ah! Veyssières! Sans doute, c’est autre chose, repartit Chantolle. En résumé, sur treize que nous étions à l’origine, il y a sept ans, ça ne fait que trois qui manquent ...

—Et sur ces trois, observa Sambligny, deux ont sombré par leur faute.

—Absolument! N’oublions pas cela! poursuivit Chantolle. Donc, messieurs, tout en déplorant la disparition de nos confrères et associés, en formant les vœux les plus ardents pour la guérison de ce pauvre Veyssières, si abominablement frappé ...

—Je doute que ...

—S’il se rétablit, assura l’ingénieur Rouyer, il n’en demeurera pas moins tout défiguré ...

—Monstrueux!

—C’est forcé!

—Il n’osera plus se montrer!

—Eh bien, messieurs, trois disparus sur treize, il ne faut pas nous plaindre! conclut de nouveau Chantolle. Nous sommes encore des privilégiés!

—Évidemment!

—C’est que nous sommes dans le vrai!» proclama Sambligny.

Et, comme un bruit de voix s’élevait dans la salle contiguë:

«Je vous ai avertis en arrivant, continua-t-il, que nous avions encore là, ce soir, un festin d’amazones. Ces dames de l’Émancipation et de l’Infécondité célèbrent je ne sais quel glorieux événement ...

—L’inauguration d’une vaste école d’allaitement pour hommes, les nourrices mâles, insinua Ravida.

—Ou quelque chose d’analogue, poursuivit Sambligny. Mais elles ont beau s’agiter, beau piailler et glousser, les chères poulettes ...

—Tu n’échapperas point au verdict du Très-Haut: «Tu seras éternellement sous la puissance de l’homme!» proféra Roger de Nantel.

—Et c’est en vain que tu te démènes et te rebiffes, infortunée côte d’Adam, repartit Jourd’huy; tu n’as réussi qu’à provoquer la faillite du mariage et le krach de l’amour, qu’à stimuler et encourager la polygamie, développer et multiplier la prostitution ...

—Elle est immortelle, la prostitution, heureusement! exclama Chantolle. C’est notre revanche, notre compensation, ce qui nous console des insexuées, des vésuviennes et doctoresses.

—Bravo! crièrent Lesparre et Courcelles d’Amblaincourt.

—Entre les femmes publiques qui font des phrases et haranguent les foules, et celles qui font l’amour et rien autre chose, qui donc hésiterait? reprit Chantolle.

—D’autant plus, ajouta Jourd’huy, que celles qui font l’amour sont généralement plus jeunes, plus avenantes, attrayantes ...

—Pardi!

—Oui, mais c’est grâce aux autres, ne l’oublions pas, dit Chantolle, c’est grâce aux agitées et aux révoltées, aux déclassées qui en dérivent, que nous recrutons si facilement et si amplement nos clientes. Ne soyons pas ingrats, messieurs: buvons à l’émancipation féminine!

—A l’émancipation des femmes!

—A la suppression du mariage!

—Vive le célibat!

—A l’amour libre! A l’amour libre!»

En cet instant, on heurta quelques légers coups à la cloison voisine.

«Vous êtes donc des nôtres? demanda une voix grêle et glapissante, celle d’Ernestine Montgobert, l’avocate des causes grasses, conseil et lumière des gitons assassins.

—Certainement! Mais oui! répondirent en chœur les disciples de Salomon.

—Si nous fraternisions? proposa une autre voix cristalline, celle de René d’Escars, seu Adélaïde Tabourin, fervente patronne de l’avortement légal.

—Fraternisons! Mais oui, messieurs! cria une troisième voix, également de fausset, celle d’Estelle de Bals.

—Très volontiers, mesdames! Si vous le permettez, ajouta Sambligny, nous allons avoir l’honneur de nous rendre auprès de vous?

—Inutile! Pas de galanterie! protesta aussitôt une quatrième voix, non moins aiguë et perçante, celle de dame Stéphanie Lauxerrois, dite Saint-Germain, successeur ou successeuse d’Elvire Potarlot, comme rédactrice en chef de l’Émancipation.

—Oh non! Pas de galanterie! Pas de galanterie! lancèrent toutes ensemble avec indignation ces gentilles crécelles et mélodieuses petites flûtes.

—Ce serait inconvenant, messieurs! ajouta maître ou maîtresse Montgobert. C’est nous qui vous avons dérangés, c’est à nous à aller trinquer avec vous.»

FIN

ÉMILE COLIN, IMPRIMERIE DE LAGNY (S.-ET-M.)

DU MÊME AUTEUR

INSTITUTION DE DEMOISELLES

Un volume in-18. . . . 3 fr. 50

Institution de Demoiselles, par Albert Cim, est l’étude très dramatique et très scrupuleusement vraie d’un de ces grands pensionnats «de genre» où l’aristocratie, la haute finance et la haute cocotterie mêlent leurs filles, et où la dévotion, l’argot boulevardier, le piano, le cabotinage et le libertinage sont enseignés de front.

(La Nation.)

Institution de Demoiselles, par Albert Cim, est un roman-étude, très juste d’observation et qui doit être lu par tous ceux, qui se séparent de leurs filles pour les confier aux «institutions».

(Philippe Gille, Le Figaro.)

Institution de Demoiselles est un livre gros de révélations et qui est observé de très près. Incontestablement l’institution que M. Albert Cim nous décrit existe ou a existé ... Après avoir dépeint, sans omettre aucune crudité de détails, l’éducation qu’on reçoit chez Mme Dambreville, M. Albert Cim nous montre dans chacune des élèves les fruits de cette éducation. Il surveille l’état de perversion où la plupart des jeunes filles arrivent précocement, et révèle un à un les scandales qui ont précédé et suivent la sortie du pensionnat.

(Paul Perret, La Liberté.)

Dans son Institution de Demoiselles, M. Albert Cim a groupé fort habilement des turpitudes qui sont dans la réalité plus clairsemées. Mais il est exact que l’on trouve à Paris des pensionnats, où, avec les dehors de la tenue la plus sévère, les choses se passent à peu près comme M. Cim les a contées.

(Hugues Le Roux, Gil Blas.)

L’auteur d’Institution de Demoiselles a voulu montrer qu’à cette heure, l’éducation des jeunes filles, dans la plupart des institutions particulières, suit une voie des plus fausses et ne rend que des produits avariés.

(Charles Canivet, Le Soleil.)

Institution de Demoiselles, «mœurs parisiennes», affirme le sous-titre. S’il dit vrai, c’est à faire frémir, plus encore que la pension dépeinte par Daudet, où la folle Ida de Barancy mit son petit Jack. Et pourtant, si chargées qu’en soient les couleurs, elles finissent, à les mieux regarder, par devenir vraisemblables. Oui, certaines maisons d’éducation pour les jeunes filles doivent, en effet, être organisées ainsi. Et tel de nous, en recueillant ses souvenirs, peut se rappeler, aux environs de Paris, des établissements ressemblant à celui-là.

(Alfred Gassier, Le National.)

DU MÊME AUTEUR

DEMOISELLES A MARIER

Un volume in-18. 3 fr. 50

Demoiselles à marier, le nouveau livre de M. Albert Cim, est à la fois un roman et une protestation contre cet abus de l’instruction et cette diplomanie qui jettent chaque année dans la circulation des milliers de jeunes filles dépourvues de dot, sans ressources et dégoûtées d’avance du mariage, de la famille et de toute œuvre manuelle. Fatalement vouées pour la plupart au célibat, ces belles dédaigneuses sont destinées à faire la joie des célibataires.

(Philippe Gille, Le Figaro.)

Le nouveau volume d’Albert Cim, Demoiselles à marier, a pour héroïnes les jeunes filles pauvres, mais diplômees, qui cherchent un gagne-pain dans les administrations publiques. Les déboires et les misères de ces exploitées, aussi bien que leurs défauts et leurs tares, forment les plus émouvants épisodes de ce livre.

(La République française.)

M. Albert Cim nous montre qu’à prendre ainsi les métiers des hommes, les femmes perdent ou hasardent la joie d’être épouses et mères.

(Francisque Sarcey, Les Annales politiques et littéraires.)

Demoiselles à marier est un récit vivement mené, écrit sans autre prétention que celle d’être vivant et vrai, plein de caractères très divers bien observés et dessinés nettement, avec çà et là des épisodes comiques où se repose l’esprit navré de tant de misère et de vilenies, et, traversant le fond du tableau, quelques silhouettes de gens honnêtes, simples, indulgents, heureux dans leur modeste état. Puisse ce bon livre contribuer à réapprendre à notre génération ce que le monde entier avait toujours su jusqu’ici,—qu’il n’y a pour la femme d’autre éducation que celle qui assure le développement de sa nature physiologique et morale en la préparant à remplir dignement son rôle de mère de famille et de reine du foyer!

(B.-H. Gausseron, Revue encyclopédique Larousse.)

M. Albert Cim a peut-être bien créé un genre dans le roman, un genre, non pourtant, une spécialité. Il publie des études documentaires, très observées, très poussées, comme on dit, sur les jeunes filles et sur les professions libérales. Il montre le péril que fait courir à des milliers d’adolescentes l’extrême civilisation dont bénéficient et souffrent à la fois les grandes villes. Il nous dit les douleurs morales, les angoisses, les déceptions, les infortunes qui attendent postulantes et impétrantes. Il nous fait pénétrer dans le monde où sévit l’examinomanie, la rage des diplômes. Il nous apitoie sur les victimes d’un mal qui, de jour en jour, va grandissant.

En des livres cruels, au fond simplement vrais, il nous introduit, tantôt dans une Institution de Demoiselles, qui nous livre ses tristes et troublants secrets, tantôt au pays des Bas Bleus, qui, aux regards, découvre les misères dont il est empli.

Aujourd’hui, il nous fait entrer dans l’enfer des grandes administrations qui emploient comme commises de pauvres jeunes filles ultra-brevetées.

Ah! la terrible satire de nos mœurs que ce livre: Demoiselles à marier! Il n’est certes pas pour les demoiselles, mais pour les mères qui devraient le mediter, pour les pères qui devraient y puiser un enseignement.

(Édouard Petit, L’Écho de la Semaine.)

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JULES MICHELET

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