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Chapitre 1

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ÉNIGMES ET DÉCOUVERTES BIBLIOGRAPHIQUES

Tiré à 260 exemplaires numérotés, dont 250 sur papier vergé et 10 sur papier de Chine.

_Nº 257._

Papier vergé 10 fr. Papier de Chine 20 fr.

Paris.--Typ. de Ad. Lainé et J. Havard, rue des Saints-Pères, 19.

ÉNIGMES

ET

DÉCOUVERTES

BIBLIOGRAPHIQUES

PAR

P.-L. JACOB BIBLIOPHILE

PARIS

AD. LAINÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR Rue des Saints-Pères, 19 DE SAINT-DENIS ET MALLET Libraires, 27, quai Voltaire

1866

Droits réservés.

A MON AMI LÉOPOLD DOUBLE

Je vous l’avais prédit, lorsque vous vous êtes décidé, dans un moment d’impatience et peut-être de dépit (vous vous lassiez des lenteurs inséparables de la formation d’une bibliothèque d’amateur), à vous défaire de l’admirable choix de livres que vous aviez déjà réunis: les goûts éclairés et intelligents d’un bibliophile sont indélébiles; il peut, pour un temps, renoncer à la passion du bouquin; cette passion renaîtra tôt ou tard plus vive et plus opiniâtre, et, suivant cet axiôme que Charles Nodier avait formulé avant moi: «Quiconque a aimé les livres, les aime encore, quoi qu’il dise, et les aimera toujours, quoi qu’il fasse.»

Il y a trois ans à peine que votre cabinet de bibliophile a été vendu avec un succès et un éclat qui ont surpassé tout ce qu’on raconte des ventes de livres les plus fameuses; vos armoires étaient restées tout à fait vides, et l’on pensait que la place serait bonne pour les ivoires, les émaux, les camées, les tabatières, les bijoux anciens, et ces mille et un objets d’art de petite dimension, qui composent le vaste et capricieux domaine de la Curiosité. Mais, tout à coup, vous vous êtes ravisé, vous avez senti de nouveau l’amour des livres précieux et des belles reliures, et vous voilà redevenu bibliophile comme devant.

Mais il s’est opéré, dans votre goût, une transformation toute logique et toute naturelle. Vous aviez, à grands frais, rassemblé de splendides manuscrits à miniatures, de rares éditions gothiques, des reliures d’orfèvrerie du moyen âge et des reliures en vieux maroquin, à la devise de Grolier et de Maioli, aux armes et aux chiffres de François Ier, de Diane de Poitiers, de Catherine de Médicis, de Henri III et de Henri IV. Ces souvenirs historiques et littéraires, qui appartenaient surtout au XVIe siècle, se trouvaient en présence du mobilier le plus authentique, le plus complet et le plus merveilleux, qu’un fin connaisseur ait jamais emprunté à la brillante époque de l’Art français, au XVIIIe siècle; c’était là un anachronisme flagrant, c’était aussi une discordance et une contradiction perpétuelles.

Qu’avaient à faire les vieux poètes, Martin Franc, Molinet, Crétin, Clément Marot, et même Baïf et Ronsard, les romans de chevalerie et les mystères, les conteurs et les chroniqueurs du bon vieux temps, vis-à-vis des traditions presque vivantes de ce mobilier, si magnifique et si harmonieux, qui nous transportait en plein règne de Louis XVI, et qui semblait avoir gardé le parfum de Marie-Antoinette?

Aussi, votre nouvelle bibliothèque ne sera qu’un meuble de plus, au milieu de ce mobilier bien digne de Versailles, de Trianon et de Fontainebleau, puisqu’il vient en partie de ces résidences royales: vous aurez des livres qui seront de ce temps-là, des livres gracieux et spirituels, qu’on lisait alors, des livres ornés d’estampes de Moreau, de Marillier et d’Eisen, reliés splendidement par Padeloup et Derome, des livres enfin que la marquise de Pompadour et la reine Marie-Antoinette reconnaîtraient pour les avoir tenus dans leurs mains.

Le volume, il est vrai, que je vous offre aujourd’hui en témoignage de ma sincère et cordiale amitié, n’a pas la prétention de prendre rang dans cette collection commémorative du XVIIIe siècle; il vous rappellera seulement que vous étiez bibliophile avant la vente de votre célèbre bibliothèque, et que vous n’avez pas cessé de l’être après cette vente qui, en quatre jours d’encan, a produit, avec quatre cents articles de catalogue, représentant sept ou huit cents volumes, l’énorme somme de 430,000 francs.

De bibliophile à bibliophile, il n’y a que la main, et voici la mienne dans la vôtre.

P. L. JACOB, bibliophile.

Paris, 1er mai 1866.

ÉNIGMES

ET

DÉCOUVERTES BIBLIOGRAPHIQUES