‹ Errantes et VagabondesChapitre 17 sur 46 · Le chant du rossignol

Le chant du rossignol

Minuit sonnait. — De son disque d’albâtre
La lune argentait le vallon. —
Je parcourais le domaine du pâtre,
Rêvant avec le timide aquilon,
Quand, ô bonheur de mon âme attendrie
Vint un accent charmer la rêverie :
C’était le chant du rossignol
Qui, vers les cieux, prenait son vol !
Aussitôt de m’asseoir au pied d’un chêne,
Subjugué, séduit, attentif
Aux doux accents de cette cantilène,
De ce sublime et pastoral motif !
J’entends encor la voix mélodieuse,
Au milieu de la nuit silencieuse,
Dédier aux lointains échos
Le recueil de ses chants nouveaux.
Tantôt c’est le récit d’une ballade
Auquel succède un gai refrain,
Dont la limpide et pure roucoulade,
Sur ses pas, sème et la perle et le grain.
Tantôt c’est un nocturne, une prière,
Une bluette, une valse légère
Qui, soudain, naissent, tour à tour,
D’un moderato plein d’amour !

Tantôt c’est une douce cavatine,
D’un cri plaintif joyeux final ;
Ou bien c’est une hymne sainte et divine ;
Un chant sacré, jusqu’alors sans égal !
Tantôt c’est un sublime monologue ;
Toujours un magnifique dialogue
D’ivresse, de joies, de soupirs
Entre échos, rossignols, zéphirs !
Que de douceur ! et quelle mélodie
Règne dans ce concert si beau !
Gluck, Bellini, Mozart, Gade, Abadie
Que ne disparaissiez-vous du tombeau,
Pour accourir goûter de ce délire
Dont s’inspirait, s’enivrait votre lyre
Alors, qu’au séjour des mortels,
Elle vous rendait immortels !
Ô nuit ! hélas ! courtes furent tes heures !
Rapide tu fus à mon cœur !
Je partageais des célestes demeures
Félicité, ravissement, bonheur,
Quand, sur les monts, vint se lever l’aurore :
Plus de nectar ! vide était mon amphore !
Adieu, délices des élus !
Le rossignol ne chantait plus !

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