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L’Europe sous Bismarck

Europe, de ce qui se passe
Dis, en seras-tu bientôt lasse ?
Quand briseras-tu, d’un effort,
Le lien sous lequel se tord
Le Droit. Vois sa lente agonie !
Œuvre de l’infernal génie
Incarné — Renais Jeanne d’Arc ! —
Dans l’homme qu’on nomme Bismarck.
De tes fils on le vit détruire
La sainte harmonie et séduire,
Après les avoir décimés,
Les Autrichiens. Fiers opprimés

Oubliant Sadowa !… qu’importe ?
De le venger chacun sa sorte :
Habsbourg aujourd’hui, dans son parc
Fait risette au vainqueur Bismarck.
Te souvient-il de l’Italie
Qu’un peuple ami fit ? « C’est folie
D’apporter son or et ses bras
Au service de noirs ingrats.
Me réponds-tu. » C’était la France…
Elle ne vit que délivrance !
Et le possesseur de Saint-Marc
Se fait le valet de Bismarck !
Jusques Albion — c’est bien elle ! —
Qui fait aussi la courte échelle…
C’est dans son rôle assurément.
Pourrait-il en être autrement ?
Ne sait-on qu’elle est fort habile,
Serviable et point mercantile…
Et sachant la valeur du marck,
Qu’elle vend son dard à Bismarck ?
Jadis les têtes couronnées
— Voyageant à longues journées —
Suivies de prélats, de seigneurs,
Allaient à Rome. Quels honneurs !
Tous, rois, gens d’épée ou de cape,
Là, baisaient la mule du Pape…
Le Pape, outrageant Luc et Marc,
Baise les bottes de Bismarck.
France ! écoute silencieuse,
Sans cesser de veiller. Rieuse,
Laisse couler le flot amer !…
La Liberté tuera le Fer.
Sois toujours la terre de Gaule…
Aussi qu’à ta nerveuse épaule
Vienne se raffermir ton arc…
Tout passe et — passera Bismarck

26 avril 1887.

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