‹ Errantes et VagabondesChapitre 46 sur 46 · À Ernest, à Maria

À Ernest, à Maria

ÉPITHALAME

De chanter on me prie : est-il plus bel usage,
En un festin d’hymen, alors que pétillant,
Dans le cristal limpide où sa bulle surnage,
Le Cliquot vient couler, au sourire enivrant,
D’orner de gais refrains ces fêtes de l’amour !
Pour des chansons, j’en suis : Mais je cède, en ce jour
Si vous le permettez — et sans le trouver drôle —
À ma muse tremblante, un instant, la parole…
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Cœurs, à jamais unis, que l’Amour maria,
Salut à vous, Ernest ! à vous : avec Maria !
En cette belle aurore, au ciel de l’hyménée,
Où la foi de vos cœurs librement s’est donnée ;
Sous vos pas, engagés dans des sentiers fleuris ;
De votre doux bonheur, aux témoins attendris,
Ah ! qu’il leur soit permis — ce sont si douces choses —
De semer des bouquets de myrtes et de roses !
Quand la Nature se trémousse,
Que sur le gazon l’herbe pousse,
Quand l’hirondelle fait son nid,
Et que le liseron bleuit.

Quand vient s’ombrager la feuillée ;
Quand, au matin, toute mouillée
De rosée, au soleil de mai,
La feuille, couronnant le mai
S’égoutte ; alors que l’alouette,
Chante son gai refrain d’amour,
Deux cœurs, pour leur doux tête-à-tête,
Peuvent-ils choisir plus beau jour ?
Saison des fleurs, des tourtereaux,
Mai, mois aux tendres madrigaux,
Aux effusions amoureuses,
Recruteur des bandes joyeuses,
C’est à toi, merci ! que l’on doit,
De fêter ses élus et, qu’en chantant, l’on boit
À leur bonheur futur, à leur union prospère ;
Qu’ils aient beaucoup d’enfants — images de leur père —
Qu’ils soient bénis, heureux, fidèles au destin,
Qui leur mit la main dans la main.
Pleins d’allégresse,
Goûtons à l’ivresse
Du bonheur offert par hymen :
Que chacun caresse,
— Mais avec sagesse —
Son verre tout plein
De ris et de vin.
Et pourquoi, chers amis, en ce jour mémorable,
Tous les cœurs réunis autour de cette table,
Ne battraient-ils à l’unisson :
N’avons-nous pas, sous l’égide républicaine
À notre façon,
Uni l’Alsace à la Lorraine ?

8 mai 1882.

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