‹ Ésope à la courChapitre 2 sur 8 · Avis au Lecteur

Avis au Lecteur

On n’a pas donné cet Ouvrage au Public comme une Piéce fort exacte dans toutes les régles du Théâtre, mais comme d’excellens traits de morale, & de parfaitement beaux Vers qu’avoit composés feu Monsieur Boursault, en attendant qu’il y donnât lui-même tout le jeu & toute la liaison qui y étoient nécessaires. La mort l’a empêché d’y mettre la derniere main : & c’est ce qui y a laissé quantité d’endroits, ausquels il n’eût pas manqué de donner toute une autre forme. On sçait assez quel étoit son heureux génie & sa facilité à mettre ses Ouvrages dans le point qu’il faut pour plaire : & cela suffit pour le justifier, & pour faire passer les bons esprits sur tout ce qui a arrêté les esprits critiques & difficiles. On ne dit rien ici de plus ni sur l’Ouvrage, ni sur l’Auteur, dont le Public connoît tout le mérite ; on avertit seulement que la troisiéme Scene du troisiéme Acte n’est imprimée avec des guillemets, que parce qu’on ne la jouë pas sur le Théâtre ; n’y étant pas tout-à-fait convenable. Il faut pourtant avouer que cette Scene est très-bonne en soi : & que le motif sur lequel Esope presse son Athée de croire, s’il n’est pas bien convainquant, est du moins très-raisonnable. Il ne s’agissoit pas ici de convaincre un Philosophe sur l’existence des Dieux ; mais de combattre dans un Courtisan un défaut commun à la Cour, de n’y pas croire grand’chose : Or il est constant que la plûpart des gens de ce caractere ne doutent pas avec fondement, mais seulement par libertinage, & parce qu’ils veulent douter, & qu’ils n’envisagent la mort que comme fort éloignée. L’experience fait assez voir que rien au monde n’est plus foible dans le péril & à la vûë d’une mort prochaine, que la plûpart de ces Esprits forts : C’en est assez pour autoriser Esope à leur faire des reproches, de ce qu’ils ne veulent pas croire dans leur vie ces mêmes Dieux qu’ils invoquent à la mort.

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