‹ Essai sur l’homœopathieChapitre 1 sur 5 · APERÇU SUR L’HOMŒOPATHIE · HISTORIQUE

APERÇU SUR L’HOMŒOPATHIE · HISTORIQUE

Le nom d’Hahnemann nous serait sans doute inconnu s’il n’avait fondé un système singulier, que ses sectateurs ont rendu célèbre en s’efforçant de le rendre ridicule.

Ce médecin, d’origine allemande, naquit en 1755 dans la ville de Leipzig, pays de science et de probité. Élevé dès le jeune âge, Hahnemann poursuivit les sciences médicales et il ne tarda point à obtenir son diplôme de médecin. Il étudia la chimie, la physiologie et la botanique, mais sans en pénétrer les profondeurs, sans les aimer, et sans en retirer le fruit que tout médecin habile y trouve. Aussi il ne tarda pas à vouer sa haine contre toutes ces branches que ses propres ouvrages déclarent comme inutiles au médecin. Son esprit pacageant dans le loisir et l’indépendance, il donna libre cours à ses rêves.

Ce fut à l’âge d’environ 35 ans, âge du génie, qu’Hahnemann résolut d’établir une nouvelle théorie hypothétique, l’Homœopathie.

Assurément la médecine n’avait pas besoin de ce travail ; elle possédait déjà un trop grand nombre de systèmes, sans parler des plus anciens, tour-à-tour délaissés par présomption ou par inconstance. C’est ainsi que nous avions le système des humeurs et de l’influx vital, par Hippocrate ; le système de l’irritation, véritable doctrine physiologique, par Broussais ; le système à bascule ou dichotomique de Brown ; et le système de la dérivation, par Sylva. Il y avait aussi quelques prosélytes de Boerhaave, chef de la doctrine mécanico-humorale ; ainsi que de Paracelse, Sylvius et Bérard, véritables iatro-mécaniciens. Nous pourrions encore citer le système iatro-physicien de Thémison, le vitalisme de Stahl et de Barthez, et surtout l’hydrothérapie, qui se trouve encore dans l’enthousiasme et les miracles.

Guidé par une imagination puissante, mais à coup sûr rêveuse, Hahnemann ne pouvait rester passif en présence du travail de ses devanciers, et ce fut en 1810, après plusieurs essais sur lui-même, qu’il se crut autorisé à faire valoir ses idées en adoptant une nouvelle méthode : nous voulons parler de l’Homœopathie.

Cette doctrine, si toutefois elle mérite ce nom, compta bientôt pas mal de partisans parmi le vulgaire allemand ; il en fut d’elle comme de tout ce qui est moderne : elle devait donc trouver ses adeptes. De l’Allemagne elle se répandit en France et en Italie, puis en Espagne, et le nom d’Hahnemann devint familier à peu près partout. Mais il faut arriver en 1832 pour voir en France l’homœopathie mentionnée dans des mémoires divers. À cette époque, on le sait, régnait l’épidémie du choléra, et un grand nombre de médecins étrangers, chargés d’arrêter le cours de la pestilence, s’étaient rendus à Paris. Ce fut là que le mot homœopathie commença d’attirer l’attention des médecins, car on rapporta que le système d’Hahnemann ayant été mis en pratique dans l’ambulance de la Sorbonne, avait donné comme résultat un arrêt subit de la marche du choléra.

La renommée de ce système commençait à s’étendre au loin, rencontrant tantôt des enthousiastes, tantôt des détracteurs ; ceux-là parce qu’ils trouvaient le procédé simple ; ceux-ci, au contraire, le croyant impuissant, vu le jeu employé pour guérir des maladies pouvant occasionner la mort ; et en effet Hahnemann prescrivait des remèdes par fractions imperceptibles et impondérables ; ses globules sont de vrais atomes rationnels.

Toutefois l’adoption de ses idées rencontra bien des obstacles. Ses confrères lui résistèrent en l’injuriant ; on le traita de visionnaire, d’insensé, d’imposteur même : en un mot, on le persécuta.

Forcé de quitter sa patrie, Hahnemann visita successivement un grand nombre de villes allemandes, et comme il séjournait peu dans chacune d’elles, il n’avait que le temps de créer quelques prosélytes.

Au reste, il n’a jamais existé une méthode aussi bizarre que celle d’Hahnemann. Quel que fut le rang des malades, ce docteur ne les admettait auprès de sa personne qu’avec mystère et solennité. Entre lui et ses consultants il y avait une marge infranchissable.

En 1835, il se décida à aller à Paris où son nom faisait quelque bruit dans l’académie et les journaux. Il était alors âgé de quatre-vingts ans. Hahnemann choisit la France pour dernière patrie, grâce sans doute à l’instigation de sa jeune épouse, née d’Hervilly, peintre habile, femme distinguée, française possédant plusieurs langues et parlant purement la sienne.

Hahnemann, qui avait déjà tant de fois changé de patrie, ne tarda pas à éprouver les effets de la méfiance des Parisiens. On raconte que cet illustre docteur réclamait dix louis pour chaque consultation, dans laquelle on ne pouvait le voir sans intermédiaire ; or on comprend que de tels excès devaient mettre les Français en méfiance.

Enfin, en récompense de ses travaux, Hahnemann acquit au moins le choit d’invoquer sa longue expérience : né en 1755, il mourut âgé de quatre-vingt-huit ans.

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