‹ Essai sur l’homœopathieChapitre 5 sur 5 · De l’homœopathie en médecine vétérinaire.

De l’homœopathie en médecine vétérinaire.

En vétérinaire, l’homœopathie est à peu près nulle et sans valeur ; c’est que nous sommes dans des conditions bien meilleures que les médecins pour contrôler les faits d’Hahnemann.

Dans l’École vétérinaire de Berlin, des expériences ont été faites sur un cheval sain, dans le but d’étudier les effets produits par l’anémone pulsatille ; ainsi, dix gouttes de la dixième dynamisation furent administrées sur le dit sujet et n’amenèrent point de modification. Le même sujet reçut trois jours après, dix gouttes de la vingtième dynamisation ; puis plus tard, dix de la trentième ; ensuite vingt et enfin quarante, le tout sans le moindre dérangement.

Malgré ses résultats négatifs, la médecine vétérinaire a compté et compte encore quelques partisans, rares à la vérité, et des écrits encore bien plus rares.

Les premiers vétérinaires qui ont adopté les idées homœopathiques, nous les trouvons en Allemagne, ce qui ne doit pas nous surprendre ; ainsi on cite comme les plus dévoués Lux et Gunther. Ce dernier pourtant, moins exclusif que la plupart des autres prosélytes, est d’accord que dans bien des cas l’homœopathie est infructueuse et que l’on doit avoir recours à la doctrine allopathique. Du reste, il dit qu’il ne faut pas seulement s’en rapporter aux symptômes, mais que l’on doit prendre en considération les causes de la maladie ainsi que son siége.

Parmi les vétérinaires français, il n’y a guère que Martin, Cavarroc et Bernard qui aient adopté la méthode d’Hahnemann, et encore ils ont tenté peu d’essais.

En vétérinaire, le traitement des maladies a été basé sur les mêmes principes qu’en médecine humaine, grâce surtout au travail de M. Gunther qui s’en est occupé d’une manière spéciale. De même que le médecin de Leipzig, ce vétérinaire fait dériver la maladie de nos animaux domestiques d’une aberration de la force vitale, et il recommande de combattre cette dernière par de faibles doses, car suivant son expérience elles sont suffisantes pour amener dans leurs effets primitifs une maladie assez intense pour produire la guérison.

Les médicaments peuvent être administrés sous forme solide ou liquide, mais ce dernier mode donne, suivant Doppler de Prague, les meilleurs résultats ; c’est donc de la sorte que les agents thérapeutiques seront employés toutes les fois que l’état de l’animal le permettra.

Pour administrer les médicaments chez nos animaux, M. Gunther donne le manuel ; il conseille d’employer la dilution au trentième, que l’on verse sur du pain à cacheter blanc. Cette préparation étant faite, il s’agit de l’administrer : pour cela on se place au côté droit de l’animal, la langue est tirée du côté gauche, et on y dépose la préparation, en la plaçant le plus près possible du pharynx, car là l’imbibition est à peu près certaine. On pourrait encore mélanger une ou deux gouttes de médicament avec deux cents gouttes d’eau que l’on verse dans la bouche.

S’il s’agit de globules, il faut se garder de les toucher avec les doigts imbibés de salive, surtout lorsque l’on a fumé, car on risquerait d’associer avec le médicament le principe immatériel du tabac, ce qui pourrait amener de graves désordres.

Une autre précaution à prendre, c’est de ne jamais se presser pour répéter un médicament ; il est nécessaire d’avoir constaté l’effet secondaire de la première dose administrée, car sans cela on provoquerait de nouveaux effets primitifs qui pourraient amener une aggravation de l’affection.

Mais cette manière de procéder ne satisfait guère en général le vulgaire, qui craindrait de perdre ses bêtes si on les laissait trop longtemps sans traitement ; aussi pour condescendre à ces préjugés, M. Gunther conseille d’administrer tous les jours quelques globules ou hosties non imbibées de médicament.

Relativement aux effets obtenus dans notre médecine par le système homœopathique, rapportés par M. Gunther, ils sont, on peut dire, mystérieux ! En effet, qu’il nous suffise ici de rapporter quelques cas des plus graves, réputés incurables pour la plupart, par les vétérinaires de l’ancienne école.

1° Le typhus des bêtes bovines serait guéri, d’une manière certaine, par l’emploi d’arsenic.

2° La péritonite se trouverait arrêtée par l’usage de l’assa-fœtida à doses souvent répétées, jusqu’à ce que la guérison se produise.

3° La morve, cette grave maladie, pourrait être entravée dans sa marche par l’hippozœninum, à la dose de deux à quatre gouttes de la trentième dilution, administré chaque semaine.

4° Enfin citons encore le tournis, le crapaud, la tremblante, l’éparvin sec, la fourbure, les excroissances du sabot, etc., comme autant d’affections faciles à guérir par la méthode homœopathique.

En présence de ces faits qui frappent les pathologistes, il semblerait que le mot incurable dût être rayé de la médecine. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que ce n’est pas à l’homœopathie que ce résultat sera dû. Ce que les vétérinaires homœopathes rapportent comme des guérisons pour les maladies que nous venons d’examiner, doit être considéré comme des affirmations données à la légère, comme de pures fictions. Du reste si les homœopathes avaient de tels priviléges, il serait chose fort étrange que la vétérinaire ne comptât pas dans son sein un plus grand nombre de partisans et qu’elle se refusât de porter remède à certaines maladies qu’elle considère comme au-dessus de ses moyens.

Mais pour nous le choix est fait, et la doctrine homœopathique, composée seulement d’observations illusoires, d’assertions sans preuves et de démonstrations impossibles, n’a point sa raison d’être ; et la science s’étonne qu’un système qui se fait une idée aussi fausse et aussi superficielle de l’organisme et de ses maladies ait pu, à notre époque scientifique, trouver créance chez des médecins qui ont toujours eu la prétention de ne pas sortir du rôle d’hommes sérieux qu’ils s’étaient dévolu.

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