L.
LABORATOIRE. _s. m._ terme de Chymie. C'est le lieu où les Chymistes font leurs operations, où sont leurs fourneaux, leurs drogues, leurs vaisseaux. Le Roy a deux beaux _Laboratoires_, l'un à sa Bibliotheque, l'autre à son Jardin des Plantes; on y enseigne la Chymie.
LAIE. _s. f._ terme de Chasse, la femelle d'un sanglier, ainsi nommée, parce que les Chasseurs la laissent pour faire des petits, ou de ce qu'on la laisse parmi des arbrisseaux qu'on appelle _lais_. On les distingue selon leurs âges, en jeunes, grandes & vieilles.
LAIE en termes de Forêtier, est une route coupée dans une forest. Il est permis aux Arpenteurs de faire des _laies_ de trois pieds pour porter leur chaîne, quand ils en ont besoin pour arpenter ou marquer les coupes. L'Ordonnance défend aux Gardes d'enlever le bois qui a été abattu pour faire des _laies_.
LAIE en termes de Maçonnerie, est un marteau de Tailleur de pierre, brettelé & dentelé, qui laisse sur les pierres taillées des rayes ou brettures, qui s'appellent aussi _laies_.
LAIER. _v. act._ faire des routes dans une forest.
LAIER signifie aussi, marquer les Lais, ou bois à réserver dans la coupe des taillis.
LAIER signifie aussi, tailler une pierre avec une laie.
LAIS. _s. m._ jeune bailliveau de l'âge du bois, qu'on laisse quand on coupe le taillis, afin qu'il revienne en haute fûtaye. Toutes les Ordonnances sur le fait des Eaux & Forêts enjoignent de laisser par chacun arpent 16. bailliveaux de l'âge du bois, qu'on nomme des lais, outre les autres bailliveaux anciens & modernes.
LAMANEUR. _s. m._ Terme de Marine, pilote ou marinier qui fait le _lamanage_: c'est un homme qui réside dans un port, qui en connoit les entrées & les issuës, & qui conduit les vaisseaux étrangers dans les rades ou dans les ports, lorsque les parages sont dangereux & sont inconnus à ceux qui y abordent. On les appelle aussi _locmans_, ou _lormans_, ou _lomens_. Le titre 3. du 4. Livre des nouvelles Ordonnances de la Marine contient les réglemens faits pour les pilotes _lamaneurs_, ou _locmans_. Ils doivent avoir 25. ans pour être reçûs, aprés un rude examen en la Justice de l'Amirauté, où on leur taxe leur salaire; & si le vaisseau qu'ils conduisent, échouë par leur ignorance, ils sont condamnez au foüet, si c'est par malice, ils sont pendus à un mast. Les _lamaneurs_ sont aussi des pilotes de riviéres vers leurs emboucheures, qu'on louë pour éviter les bancs, secques, syrtes & autres dangers, parce que l'Ocean & les eaux d'amont les font changer de place presque tous les ans, & sur tout vers Roüen, où il y a des _lamaneurs_ jurez de deux lieuës en deux lieuës. Luitprandus dit que ce mot vient de _lomen_, ou _guide_; d'autres disent que _lamaneur_ est dit _quasi laborans manu_, à cause qu'il se sert souvent de cordes, crocs, harpins & avirons pour mettre un vaisseau en rade ou en furin.
LANTERNE. _s. f._ vaisseau fait de matiére transparente servant à conserver la lumiére qu'on transporte, ou qui est exposée au vent & à la pluye. _Lanterne_ de verre, de corne, de papier, de talc, de toile. On taxe pour les _lanternes_ qu'on met la nuit dans les ruës. La _lanterne_ d'Epictete fut venduë autrefois 3000. dragmes. La _lanterne_ de Diogene étoit une piéce curieuse chez les Anciens. La _lanterne_ de Judas se garde au Tresor de Saint Denys comme une piéce curieuse & antique. On fait commandement aux Bourgeois de mettre des _lanternes_ aux fenêtres dans les réjouïssances publiques. _Lanterne_ sourde est une _lanterne_ de fer blanc ou noirci, qui n'a qu'une ouverture, qu'on ferme quand on veut cacher la lumiére, & qu'on presente au nez de ceux qu'on veut voir, sans qu'on en puisse être apperçû. On appelle soufflets à _lanternes_ ceux qui representent une _lanterne_ de papier dont l'ais superieur quand on le leve, demeure paralelle à l'inferieur.
LANTERNE en termes de Guerre, c'est un instrument pour prendre la poudre, & en charger le canon: elle est faite en forme d'une longue cuillier ronde, & est attachée au bout d'un bâton.
LANTERNE en termes d'Orfévres, est la partie d'une crosse d'Evêque ou d'un bâton de Chantre, qui est grosse & à jour, qui en quelque façon represente une _lanterne_. Les crosses & bâtons d'argent doivent être contremarquez aux vases, fonds de _lanterne_, dômes, douïlles & croisillons, suivant les Statuts des Orfévres.
LANTERNE est aussi une construction de charpente qui se met au plus haut des dômes & des pavillons, où il y a d'ordinaire quelques fenêtres pour leur donner plus de jour.
LANTERNE est aussi un petit cabinet de menuiserie qu'on éleve dans quelques auditoires, pour placer quelques personnes qui veulent écouter sans être vûës. Il s'étoit glissé dans la _lanterne_ de la Grand'Chambre, quand on rapportoit son procés.
LANTERNE de _moulin_ est un certain pignon à jour fait en forme de _lanterne_, qui est composé de deux tourtes, ou piéces de bois rondes, au bord desquelles sont dix fuseaux où s'engrenent les dents de la rouë interieure du moulin qui fait tourner les meules.
LANTERNE _magique_ est une petite machine d'Optique, qui fait voir dans l'obscurité sur une muraille blanche plusieurs spectres & monstres si affreux, que celui qui n'en sçait pas le secret, croit que cela se fait par magie. Elle est composée d'un miroir parabolique qui refléchit la lumiére d'une bougie, dont la lumiére sort par le petit trou d'un tuyau, au bout duquel il y a un verre de lunette, & entre-deux on y coule successivement plusieurs petits verres peints de diverses figures extraordinaires & affreuses, lesquelles se representent sur la muraille opposée en plus grand volume. Le premier qui a enseigné la construction de la _lanterne magique_ est _Swenterus_ en son Livre _Deliciæ Mathematicæ_. Les Peres Kirker & _Kestlerus_ Jesuites en ont aussi écrit, & avant tous Roger Bacon Anglois en avoit donné quelque idée.
LANTERNES au plurier se dit des discours, des choses de néant. Tout ce que vous me dites, ce sont des _lanternes_, je n'y aurai point d'égard.
On dit proverbialement en parlant d'un sot & d'un crédule, qu'on lui feroit croire que des vessies sont _lanternes_, & que les nuées sont poëles d'airain.
LATITUDE. _s. f._ terme de Géographie. C'est la distance de l'Equateur au Zenit ou point vertical de quelque Ville ou autre endroit de la terre, qu'on compte sur les degrez du Meridien: on la nomme autrement l'élevation du Pole sur l'Horizon. Les paralelles de l'Equateur sont appellez Cercles de _latitude_, à cause qu'ils la marquent par leur intersection avec le Meridien. Paris a 48. degrez 50. minutes de _latitude Boreale_, ou Septentrionale, ou d'élevation de Pole. Quand on a passé l'Equateur, on l'appelle _latitude Australe_. On dit sur la mer, Bande du Nord, ou Bande du Sud, pour dire, deçà, ou delà la Ligne.
LATITUDE en termes d'Astronomie, est l'éloignement d'un astre de l'Ecliptique, ou de l'orbite du Soleil vers un des Poles du Zodiaque; & elle differe en ce point de la déclinaison, laquelle est un éloignement de l'Equateur vers un des Poles du monde: ainsi le Soleil n'a jamais de _latitude_; & on dit que les Planettes ont quelque _latitude_, quand elles s'éloignent de l'Ecliptique: & c'est pour cela que dans la sphere ordinaire on donne au Zodiaque quelque largeur. Les Anciens ne la faisoient que de six degrez de chaque côté de l'Ecliptique. Les Modernes l'ont étenduë jusqu'à neuf: car par les observations de Tycobrahé Venus a de _latitude Boreale_ 9. degrez 2. minutes; Mercure trois degrez 33. minutes; la Lune dans son quadrat avec le Soleil cinq degrez 17. minutes, & en son opposition & conjonction quatre degrez 58. minutes; Saturne 2. degrez 48. minutes; Jupiter 1. degré 38. minutes; Mars 4. degrez 31. minutes. Cette _latitude_ est quelquefois plus grande du côté du Midi. Quand les Planettes sont dans leurs plus grandes _latitudes_, on dit qu'elles sont dans le ventre de leur Dragon; quand elles n'ont aucune _latitude_, on dit qu'elles sont dans les nœuds de l'Ecliptique, ou dans l'intersection de leur orbite avec celle du Soleil qu'on appelle la tête & la queuë du Dragon: & c'est alors qu'elles causent ou souffrent l'éclipse. A l'égard des étoiles fixes, leur _latitude_ peut aller jusqu'à 90. degrez, selon qu'elles sont éloignées de l'Ecliptique vers les Poles du Zodiaque. La _latitude_ ortive d'un astre ou d'un degré de l'Ecliptique, est l'arc de l'Horizon compris entre le point du lever ou du coucher de l'Equateur, & le point du lever ou du coucher de cet astre; c'est ce qui fait connoître l'étenduë de l'arc diurne ou nocturne, ou la durée du jour & de la nuit, en telle sorte que plus cette _latitude_ est grande, & plus il y a de difference entre les deux arcs, ou entre le jour & la nuit. Quand elle est Boreale, le jour est plus grand; quand elle est Australe, il est plus petit. On l'appelle autrement _amplitude ortive_.
LIGE. _adj. m. & f._ Vassal qui tient une certaine sorte de Fief qui le lie envers son Seigneur dominant d'une obligation plus étroite que les autres. Ce mot vient d'une cérémonie qu'on faisoit en rendant la foy & hommage, de lier le pouce au vassal, ou de lui serrer les mains dans celles du Seigneur, pour montrer qu'il étoit lié par son serment de fidélité. Il étoit obligé à servir son Seigneur tant en Guerre qu'en Jugement, c'est à dire, à servir d'Assesseur pour juger les causes. Par l'hommage _lige_ le vassal étoit obligé de servir son Seigneur envers tous & contre tous, excepté contre son pere. Ce mot est opposé à l'hommage simple, qui obligeoit simplement à payer les droits & devoirs ordinaires, & non point au service contre l'Empereur, le Duc ou autre Seigneur superieur, en sorte que l'homme _lige_ étoit comme donné & dévoüé au Seigneur, & étoit entiérement sous sa puissance. Le Seigneur _lige_ est le Seigneur prochain & immédiat dont on releve nuëment, _ligement_ & _à ligence_, c'est à dire, sans moyen. Tels étoient les hommages que le Roy d'Angleterre a rendus au Roy de France à cause du Duché de Guyenne, & les Comtes de Flandre & d'Artois pour leurs Seigneuries.
Homme _lige_, hommage, _lige_, Fief _lige_, garde _lige_, se dit en parlant de l'obligation qu'a le vassal à garder le Château ou la personne du Seigneur.
LIGE est aussi un droit de relief qui se paye au Seigneur en cas de mutation de Fief. Il est fixé en quelques lieux à dix livres pour plein _lige_; en d'autres, à la moitié ou au quart de cette somme; & on le nomme alors demy _lige_ ou quart de _lige_.
LIGEMENT. _adv._ d'une maniére _lige_. Il tient cette Terre _ligement_, avec la condition des Fiefs _liges_.
LIGNE. _s. f._ Terme de Géometrie. C'est une quantité étenduë en long. Euclide la définit, longueur sans largeur; Candale son Commentateur, l'écoulement d'un point. _Ligne_ droite est celle qui est la plus courte entre deux points. Les _lignes_ courbes réguliéres sont la circulaire, ecliptique, parabolique, hyperbolique, cycloïde, conchile, helice, spirale, asymptote. On dit aussi _ligne_ paralelle, incommensurable, infinie, tangente, secante, qui sont définies à leur ordre. L'inclination de deux _lignes_ fait un angle. On n'a pû trouver encore deux _lignes_ moyennes & continuellement proportionelles. Les Ouvriers parlant des lignes & des traits, quand elles sont paralelles, les nomment _jaugées_; & quand elles sont irréguliéres, ils les nomment _tastées_ ou corrompuës.
LIGNE signifie encore la premiére & la plus petite des longueurs, c'est la douziéme partie d'un pouce, & la cent quarante-quatriéme partie d'un pied de Roi: on l'appelle autrement _grain d'orge_. Cet ais a six _lignes_ d'épaisseur.
LIGNE _de foi_ est un cheveu ou un petit fil d'argent le plus délié qu'on peut trouver, qu'on applique sur le verre d'une lunette, posée sur une alhidade ou un niveau pour faire de plus justes observations, soit au Ciel, soit sur la terre.
LIGNE signifie aussi un trait de plume ou de pinceau fort délié, quoi qu'il ne contienne aucun caractére.
LIGNE en termes d'Ecrivains & Imprimeurs, est une rangée ou suite de caractéres couchez sur du papier, du parchemin ou autre matiére propre, à côté les uns des autres, qu'on lit de gauche à droit. Les grosses des écritures d'Avocats doivent avoir vingt & une _lignes_ à la page suivant l'Ordonnance. Il n'y a pas assez d'espace entre vos _lignes_. Ces _lignes_ ne sont pas droites. Ce mot vient du Latin _Linea_.
LIGNES se dit au plurier d'un écrit, d'une lettre. Je vous écris ces _lignes_ pour vous donner avis que, &c. c'est à dire, je vous écris une lettre. Je vous demande deux _lignes_ de vôtre main sur une telle difficulté.
On dit en ce sens, lors qu'on écrit en cérémonie: Il ne lui a pas laissé la _ligne_. Il lui a donné la _ligne_, lors qu'on remplit ou qu'on laisse en blanc la premiére _ligne_ aprés le mot de _Monsieur_. C'est une cérémonie que font les Grands, quand ils veulent faire distinction de la qualité des gens à qui ils écrivent.
On dit absolument _à la ligne_; lors qu'on veut marquer un nouvel article, pour dire qu'il faut recommencer une nouvelle _ligne_, & laisser la précédente imparfaite.
LIGNE en termes d'Astronomie & de Géographie se dit par excellence de la _ligne_ Equinoctiale ou de l'Equateur. Les Matelots baptizent les passagers la premiére fois qu'ils passent la _Ligne_. Cette Isle est sous la _Ligne_, à deux degrez de la _Ligne_: c'est là que commencent les latitudes Australes & Septentrionales.
En termes de Gnomonique on appelle la _ligne_ de Midi, ou la _ligne_ Meridienne, celle qui tend d'un Pole à l'autre, qui représente le cercle Meridien. Dans les cadrans verticaux la _ligne_ de Midi est toûjours perpendiculaire à l'Horizon; Dans les horizontaux le stile ne fait point d'ombre vers l'Orient, ni vers l'Occident, quand il est sur la _ligne_ de Midi.
En termes d'Escrime on appelle la _ligne_, celle qui est droitement opposée à l'ennemi, dans laquelle doivent être les épaules, le bras droit & l'épée, & sur laquelle sont aussi posez les pieds à la distance de 18. pouces l'un de l'autre; & ainsi on dit, être dans la _ligne_, sortir de la _ligne_.
En termes de Statique ou de Méchanique, la _ligne_ de direction est celle qui passe par le centre de gravité du corps grave jusqu'au centre de la terre, laquelle doit passer aussi par le soûtien du corps pesant, autrement il est de nécessité qu'il tombe.
En termes de Pesche, on appelle aussi une _ligne_ un hameçon attaché à une ficelle penduë au bout d'un bâton, qui sert à pescher de médiocre poisson. _Ligne_ dormante est celle qu'on attache à un arbre pour pescher en secret. Elle est défenduë par l'Ordonnance. Ménage croit que ce mot de _ligne_ a été dit à _lino_, à cause que les pescheurs faisoient leurs _lignes_ de lin.
En termes d'Optique ou de Perspective, on appelle la _ligne_ visuelle, la _ligne_ ou le rayon qu'on s'imagine s'étendre depuis l'œil jusqu'à l'objet. La _ligne_ de terre, est celle où l'on met le plan géometral qu'on veut tirer en perspective.
En termes de Chiromance, on appelle _lignes_ les traits ou incisures qui sont marquez dans la main, dont les observations servent de fondement à cette vaine science. On en décrit ordinairement 14. dont il y en a trois principales. La premiére qui est au dessous du pouce, se nomme _ligne de vie_, ou la _ligne_ du cœur, & la _ligne de l'âge_; la seconde s'appelle _hepotique_ ou la _ligne du foye_, & naturelle, qui passe par le milieu de la paulme de la main, & qui la coupe en travers, & va jusqu'au mont de la Lune; la troisiéme qui va dans le même sens, & qui lui est paralelle, prend depuis l'indice jusqu'à l'autre bout de la main, & s'appelle _mensale_, _thorale_, ou la _ligne de Venus_.
En termes d'Architecture, d'Arpentage & de Jardinage on appelle _ligne_, le cordeau avec lequel on trace sur terre les desseins des bâtimens, on mesure les longueurs, on dresse les allées. Ces ruës sont tirées à la _ligne_. Voilà des arbres plantez à la _ligne_, en droite _ligne_.
En termes de Manége on appelle _ligne_ du banquet, celle que les éperonniers s'imaginent en forgeant un mors pour déterminer la force ou la foiblesse qu'ils veulent donner à la branche, pour la rendre hardie ou flaque.
LIGNE en termes de Guerre se dit de la disposition d'une armée rangée en bataille. L'avant-garde est placée en droite _ligne_, & se divise en plusieurs Bataillons & Escadrons postez sur le devant, & c'est la premiére _ligne_. Le corps de Bataille forme la seconde _ligne_, où est le poste du Général; & la troisiéme _ligne_ est le corps de réserve ou l'arriére-garde. Il faut laisser 150. pas de terrain pour se rallier, entre la premiére & la seconde _ligne_, & deux fois autant entre la seconde & la troisiéme. Dans cette Bataille Navale tous les Vaisseaux étoient rangez sur une même _ligne_.
LIGNE en termes de Fortification, est un travail fait de terres remuées, un fossé, un parapet, ou une couverture faite de rangées de fascines, gabions ou sacs à terre, pour défendre un camp, une place d'armes.
_Lignes de circonvallation_ sont des fossez couverts de parapets, qui se font autour d'une place à la portée du Canon, pour se défendre du secours qu'on pourroit craindre; & parce que d'espace en espace elles sont fortifiées de forts & de redoutes, elles sont appellées de _communication_ d'un quartier à l'autre.
_Lignes de contrevallation_ sont de semblables _lignes_ par lesquelles on se fortifie contre les assiégez, quand la garnison est trop forte. On les appelle aussi _contrelignes_.
_Ligne de défense rasante_ ou _flanquante_ est la _ligne_ qui étant tirée le long de la face du bastion aboutit à quelque point de la courtine. La _ligne_ de défense doit être de 120. toises ou environ.
_La ligne de défense fichante_, est celle qui est tirée de l'angle, de la courtine, & du flanc, ou de quelque autre partie du flanc qui fait un angle avec la face, d'où les coups tirez peuvent entrer & se ficher dans la face du bastion opposé.
On appelle aussi _lignes d'attaques_, _lignes d'approches_, les tranchées, & semblables travaux qui sont faits pour s'approcher de la place & l'attaquer.
On appelle la _ligne fondamentale_, la premiére _ligne_, qu'on décrit quand on veut tracer le plan d'une place, & qui en figure toute l'enceinte. _La ligne capitale_ est celle qui va du centre du bastion à sa pointe.
En termes de Marine, on appelle _lignes_ plusieurs cordes qui servent à amarer, lier ou arrêter les manœuvres, comme les rabans, rides & garcettes. On appelle aussi _ligne_ d'eau, la _ligne_ que marque sur le bordage la surface de l'eau, quand le vaisseau est à flot. On appelle aussi la _ligne_ de la seconde, le cordeau où est attachée la seconde.
LIGNE _blanche_ en termes de Médecine, est la termination des muscles de l'Epigastre continuée depuis le cartilage scutiforme jusqu'à l'os pubis. Elle est appellée _blanche_ tant à cause de sa couleur, que parce qu'il n'y a point de parties charneuses, ni au dessus, ni au dessous d'elle.
En termes de Finance on appelle _ligne de compte_, les articles qu'on couche dans un compte; & on dit qu'une somme est tirée hors _ligne_, quand elle est mise en chiffre à la marge droite du compte, pour en faciliter le calcul.
En ce sens on dit au figuré, mettre en _ligne_ de compte les graces qu'on reçoit de ses amis, les services qu'on leur rend, suivant qu'on en fait plus ou moins d'état. Cette faveur est trop legére, ne la mettez pas en _ligne_ de compte.
LIGNE en termes de Généalogie, est une suite de Parens en divers degrez descendans d'une même souche ou pere commun. La _ligne_ directe est celle qui va de pere en fils, la collaterale est celle où sont placez les oncles, tantes, cousins, neveux. La _ligne ascendante_, la _ligne descendante_. Un lignager est celui qui est de l'estoc & _ligne_ de quelqu'un. La _ligne_ masculine a fini à un tel.
LITARGE. _s. f._ est la fumée du plomb évaporé dans l'affinement de l'or & de l'argent; c'est comme une suye qui s'attache à la cheminée du fourneau: celle d'or est jaune, & celle d'argent est blanche. C'est aussi l'écume du plomb brûlé, hors qu'il est fondu avec de l'argent: car cette écume étant ôtée, elle est de la couleur d'argent; mais si elle est poussée davantage au feu, elle devient de couleur d'or: de sorte qu'il n'y a que la difference de la cuisson, qui distingue la _litarge_ d'or ou d'argent. Dioscoride en parlant des _litarges_ d'argent qu'il appelle _spuma argenti_, dit qu'il y en a une faite de sablon plombin; l'autre d'argent & de plomb. La meilleure est de couleur d'or, qu'il nomme _chrysitis_. Celle de Sicile s'appelle _argentine_ à cause de sa couleur; mais celle qui est faite d'argent, s'appelle Calabroise. Mathiole la définit plomb mêlé de vapeurs de bronze & d'argent; il dit aussi que la _litarge_ est un poison.
LUNETTE. _s. f._ terme d'Optique, Instrument qui sert à grossir les objets, à conserver, à faciliter l'action de la vûë. Les Auteurs qui ont écrit des _lunettes_, & sur tout du Telescope, ont été entr'autres Kepler dés l'année 1611. _Johannes Hevelius_, _Scheinerus_, Emanuel Magnan, Galilée, Descartes, _Sirturus_, _Maurolicus_, _Antonius de Dominis_, _Malapertius_, _Aquilonius_, _Vitellio_, _Tardeus_, _Fontana_, le Pere Schot Jesuïte, le Pere de Rheita Capucin, & Pierre _Borelli_, dans divers Traitez d'Optique, de Perspective & d'Astronomie. Les Ouvriers fameux ont été _Torricelli_, _Fontana_, Ferrier, Chorez, _Campani_, _Divini_, & maintenant le Sieur _Borelli_ Chymiste, qui est de l'Academie Royale des Sciences, qui a fait les verres de _lunettes_ de l'Observatoire.
Le Telescope est une _lunette_ à longue vûë, qui approche les espéces des corps éloignez, & qui les grossit. On l'appelle aussi une _lunette_ d'Hollande, de Galilée. Il y a de ces lunettes simples à deux verres, qui sont l'objectif & l'oculaire, & d'autres à quatre verres. La _lunette_ de l'Observatoire de Paris a septante six pieds de tuyau. Messieurs Descartes & Hook n'ont pas desesperé de pouvoir découvrir quelque jour des animaux dans la Lune par le moyen des grandes _lunettes_; mais Monsieur Auzout a prétendu qu'on n'en peut faire de plus longues que de trois cens pieds, & qu'en ce cas on ne pourroit voir la Lune que comme on la verroit de soixante lieuës loin sans _lunettes_, à laquelle distance on ne pourroit pas découvrir des animaux sur la Terre. Voyez TELESCOPE.
Le Microscope est une autre _lunette_ courte, qui sert à découvrir les plus petites parties des objets qu'elle grossit extraordinairement. Il s'en fait aussi à plusieurs verres. Il y a d'autres Microscopes si petits, qu'ils sont faits d'un verre qui n'est gros que comme la tête d'une épingle, & ils font des effets merveilleux. Gassendi dit avoir vû émeutir un ciron avec le Microscope. Il y en a aussi pour le Peuple qu'on appelle _lunettes_ à puces, qui ne sont autre chose qu'une petite bouteille, dans laquelle on regarde par un fort petit trou.
_Lunette_ Poliedre ou à Facette, est ce que le Peuple appelle _lunette_ d'Avaricieux, qui se fait avec un verre taillé, qui multiplie autant de fois l'objet qu'il a de faces. Il se fait de belles perspectives de piéces rapportées avec des _lunettes_ à Facettes, dont l'art est décrit par le Pere Niceron dans sa Perspective, & par le Pere Kircher en son Livre de la Magie, de la Lumiére, & de l'Ombre.
LUNETTES au plurier, ce sont deux verres enchassez dans de la corne ou autre matiére qu'on applique sur le nez, & devant les yeux, pour aider aux vieillards & à ceux qui ont la vûë courte, à lire & à écrire, ou à découvrir mieux les objets. On les appelle aussi _Besicles_. Il y en a qui servent à grossir les objets, les autres à conserver seulement la vûë, qu'on appelle _Conserves_. On a fait aussi des _lunettes_ à longue vûë, pour appliquer aux deux yeux qu'on appelle _Binocles_, dont a écrit le Pere Cherubin Capucin, & avant lui le Pere Rheita du même Ordre, en son Livre intitulé _Oculus Enoch & Eliæ_, lequel avoit trouvé aussi l'invention des _lunettes_ à trois ou à quatre verres. Voyez BINOCLE.
Pour achever la perfection des lunettes, on a trouvé le moyen d'appliquer un treillis ou grille de filets trés-déliez sur le verre oculaire convexe, ce qui rend l'observation plus juste. On en voit la figure dans le Journal des Sçavans de l'année 1667.
Les _lunettes_ ont certainement été inconnuës aux Anciens, mais aussi elles ne sont pas si modernes que le Telescope. Un Frere Alexandre Despina de l'Ordre des Freres Prêcheurs de Sainte Catherine de Pise, qui mourut dés l'an 1311. en communiqua l'invention, qu'il trouva de lui-même, aprés qu'il eut appris qu'un autre en avoit trouvé le secret, lequel il ne vouloit pas communiquer. Cela est écrit dans la Chronique de ce Convent; & il est fait mention de ces _lunettes_ dans le Dictionaire _de la Crusca_ au mot _occhiale_. Il en est fait aussi mention dans le Livre de Guy de Chauliac Professeur de Medecine à Montpellier, intitulé la Grande Chirurgie, composé dés l'année 1363. Il y a aussi un Arrest du 12. Novembre 1416, rapporté par Ménage en son livre _Amœnitates Juris_, qui fait mention de ces _lunettes_, & d'autres témoignages anciens citez par le sieur Comiers en son Traité des _Lunettes_.
On appelle aussi en Architecture des voutes à _lunettes_, lorsque dans les deux côtez du berceau d'une voute on y fait de petites arcades pour y pratiquer quelques jours ou veuës.
LUNETTES se dit aussi par antiphrase en matiére de bâtimens, de ce qui bouche ou qui ôte la veuë. Cette maison avoit veuë sur plusieurs jardins; mais le voisin a élevé son mur, & il lui a donné des _lunettes_.
LUNETTE se dit aussi d'une petite ouverture qui se fait dans le toit d'une maison.
LUNETTE en termes de Menuiserie, est une planche de bois percée, qui sert de siége à un privé. On a commandé à ce menuisier une _lunette_ pour un privé. On appelle aussi une _lunette_, cette ouverture qui est au derriere des soufflets, par où entre le vent, & qui se ferme en dedans par la souspape.
LUNETTES en termes de fortifications, sont des enveloppes qui se font au devant de la courtine. Elles sont composées de deux faces qui font un angle rentrant, & se construisent ordinairement dans des fossez pleins d'eau, pour y faire l'effet d'une fausse braye. Elles ont cinq toises de large dont le parapet en a trois.
LUNETTES en termes de Manége, sont deux petites piéces de feûtre relevées en bosse, qu'on applique sur les yeux d'un cheval vicieux, ou qui ne veut point se laisser ferrer ni monter.
On dit aussi ferrer un cheval à _lunettes_, ou à demi fer, c'est à dire, avec un fer dont on a retranché la partie des branches, qui est vers le quartier du pied, ce qu'on appelle les éponges.
On appelle aussi _lunette_ le cercle de métail qui enferme & soûtient le crystal d'une montre.
LUNETTE chez les Tourneurs, est cette piéce de bois troüée qu'ils appliquent sur leur tour, pour faire diverses sortes d'ouvrages qui se tournent en l'air.
LUNETTE de volaille, est la partie du chappon qui est entre le col & l'estomac, qui est soûtenuë par deux petits os qui forment un angle aigu. On tient que la _lunette_ est la partie la plus excellente du chappon.
On dit proverbialement à celui qui s'est trompé en regardant quelque chose: Prenez vos _lunettes_, chaussez vos _lunettes_. On dit aussi en se mocquant d'un grand nez: Voilà un beau nez à porter _lunettes_.
LUNETTIER. _s. m._ Ouvrier qui fait & qui vend des _lunettes_. Les Miroitiers & les _Lunettiers_ ne font qu'un Corps & une même Maîtrise.
LUT. _s. m._ En termes de Chymie, se dit de toute sorte de ciment ou d'enduit qui sert tant pour le bâtiment des fourneaux, que pour mettre autour des vaisseaux de verre & de terre qui doivent résister à un feu violent. On le fait de terre grasse, de sable de riviére, de fiente de cheval, de la poudre des pots de beurre cassez, de la tête morte du vitriol, du machefer, du verre pillé & de la bourre ou laine courte des Tondeurs, mêlez avec de l'eau salée ou sang de bœuf. Il y a aussi un _Lut_ qui sert à luter les chappes avec les cucurbites ou recipiens, ou pour réparer les fentes des vaisseaux, qui se fait avec de l'amidon cuit, ou de la colle de poisson dissoute dans l'esprit de vin & des fleurs de soulfre, du mastic & de la chaux éteinte dans du petit lait. On appelle aussi _lut de sapience_ le sceau hermetique qui se fait en fondant le bout d'un matras de verre au feu de lampe, & en le tortillant avec la pincette. Ce mot vient de _lutum_.
LUTH. _s. m._ Instrument de musique monté de cordes de boyau, qui n'avoit autrefois que six rangs de cordes; mais avec le temps on y a ajoûté quatre, cinq, ou six autres rangs plus bas. Le _luth_ est composé de quatre parties, de la table de sapin ou de cedre, du corps composé de neuf ou dix éclisses, qu'on appelle aussi le _ventre_ ou _la donte_; du manche qui a neuf touches ou divisions marquées avec des cordes de boyau; & de la tête ou de la crosse où sont les chevilles. Il y a aussi une rose au milieu de la table par où sort le son; un chevalet où sont attachées les cordes, & un fillet ou mourceau d'ivoire qui est entre le manche & la tête, sur lequel les cordes portent par l'autre extrêmité. On pince les cordes de la main droite, & de la gauche on appuye sur les touches. On appelle le _temperament du luth_, l'alteration convenable que l'on est obligé de faire des intervalles tant à l'égard des consonances, que des dissonances, pour les rendre plus justes sur l'instrument. Les _luths_ de Boulogne sont les plus estimez par la qualité du bois, qui est cause qu'on en tire un plus beau son. On est plus long-temps à accorder un _luth_ qu'à en jouër. Les concerts se font avec des dessus & des basses de _luths_. On dit qu'un _luth_ est bien monté quand on y a mis de bonnes cordes, qui sont bien d'accord & au ton convenable. Un Auteur digne de foy dit qu'on a vû à Paris un _luth_ d'or, qui revenoit à trente-deux mille écus. Ce mot vient de _laud_ Espagnol, qui est venu de _allaud_ des Maures, qui signifie la même chose, comme témoigne Scaliger. Quand on le veut nommer en Latin, on l'appelle _testudo_, _cythara_, _chelys_.
LUTHÉE. _s. f._ Est une épithete qu'on donne à la Mandore, lors qu'elle a plus de quatre rangs de cordes, & qu'elle approche plus prés du _luth_.
M.
MAGDALLON. _s. m._ C'est ainsi qu'on appelle un rouleau ou petit cylindre de soulfre, d'onguent, &c. tels qu'on les vend chez les Epiciers & Apotiquaires: ce mot vient de Magdalis Latin, tiré du Grec Magdalis, signifiant la même chose.
MAGISTERE. _s. m._ Terme de Chymie & de Pharmacie: c'est la préparation d'un corps mixte par art de Chymie, par laquelle toutes ses parties homogenes sont exaltées en un degré de qualité ou substance plus noble qu'auparavant, en rejettant seulement ses impuretez externes sans faire aucune extraction. Le _magistere_ differe de l'extrait, en ce que dans le _magistere_ toutes les parties du mixte y demeurent, quoi qu'elles soient changées en des qualitez ou consistances plus exquises, & dans l'extrait on ne prend que la plus noble partie de la substance, qui est tout à fait séparée d'avec la plus grossiere & élementaire.
On fait des _magisteres_ de tartre, de perles, de coraux. Des _magisteres_ de lait, cremeur, ou beurre de soulfre. Des _magisteres_ d'agaric, de turbit, d'hermodax, &c. L'effervescence de l'esprit de vitriol mêlé avec l'huile de tartre, leur a fait donner par quelques-uns le nom de _magistere_.
MAGNESIE. _s. f._ Est une pierre minerale, fossile, noire, opâque, tirant de la couleur de fer au pourpre, qui ne contient aucun métal; mais un soulfre fixe & un peu inflammable. Elle entre en la composition du verre, le purifie & le blanchit, si elle est en petite quantité. Autrement elle le rend bleu ou de couleur de pourpre; elle la donne aussi aux pots de terre si avant leur cuitte on les peint de cette magnesie dissoûte. C'est la même chose que le saffre; on l'appelle aussi _manganese_, & chez les artisans, _perigueux_.
MALACHITE. _s. f._ Est une pierre précieuse qui est d'une nature mitoyenne entre le jaspe & la turquoise, & qui est tout à fait opaque: Elle a des veines blanches mêlées de taches noires & de plusieurs autres couleurs qui en font faire plusieurs distinctions. La plus estimée est celle qui approche le plus de la turquoise, & qui a le plus de bleu.
MALTHE. _s. f._ Ciment dont on se servoit autrefois, qui étoit un mêlange de poix, de cire, de plâtre & de graisse. Dans le Pontificial il est parlé de ce ciment, dont on avoit besoin quand on faisoit la Dédicace des Eglises, en Latin _malta_; d'où quelques-uns prétendent qu'on a fait les mots de _Smaltire_, d'où viennent émailler, & émeutir.
MANDRIN. _s. m._ Est le principal outil d'un tourneur; l'arbre qui tourne dans la lunette, au bout duquel on monte ou on attache les piéces que l'on veut tourner en l'air & hors les pointes.
MANDRIN, se dit aussi de plusieurs poinçons qui servent aux artisans à percer le fer ou les métaux sur lesquels ils travaillent.
MANICORDION. _s. m._ Instrument de Musique, fait en forme d'Epinette, qui a 49 ou 50 touches ou marches, & 70 cordes, qui portent sur cinq chevalets, dont le premier est le plus haut, les autres vont en diminuant. Il y a quelques rangs de cordes à l'unisson, parce qu'il y en a plus que de touches, chaque chevalet en contient divers rangs: Il a plusieurs petites mortaises pour faire passer les sautereaux armez de petits crampons d'airain qui touchent & haussent les cordes, au lieu de la plume de corbeau qu'ont ceux des clavessins & des épinettes; ce qu'il a de particulier: c'est qu'il a plusieurs morceaux d'écarlate ou de drap, qui couvrent les cordes depuis le clavier jusqu'aux mortaises, qui rendent le son plus doux, & l'étouffent tellement qu'on ne le peut entendre de loin; d'où vient que quelques-uns le nomment _Epinette sourde_ ou _muette_; aussi est-il particuliérement en usage chez les Religieuses qui apprennent à en jouër, & qui craignent de troubler le silence du dortoir. Cet instrument est plus ancien que le clavessin & l'Epinette, comme témoigne Scaliger, qui ne lui donne que trente-cinq cordes.
On dit proverbialement & burlesquement qu'une fille a joüé du _manicordion_ quand elle a eu quelque amourette, qui a duré long-temps sans faire bruit.
MANIPULE. _s. m._ Ornement Ecclesiastique que les officians Prêtre, Diacre & Soûdiacre portent au bras gauche: il est fait en forme de petite étolle, & de la même étoffe que les chasubles, & tuniques. Il signifie & represente un mouchoir que les Prêtres de la primitive Eglise portoient au bras pour essuyer les larmes qu'ils versoient continuellement pour les péchez du peuple, dont il reste encore une marque dans l'oraison que disent ceux qui s'en revêtent. _Merear, Domine, portare manipulum fletus & doloris._ En beaucoup d'endroits on l'appelle le _fanon_.
MANIPULE, en termes de Medecine est une mesure d'herbes, qui s'entend de ce que la main peut serrer, les Medecins le désignent dans leurs Ordonnances par M.
MANIPULE, signifioit encore chez les Romains une petite troupe ou compagnie de soldats, parce que chez eux le _manipule_ signifioit au propre une poignée de foin qu'ils attachoient au bout d'une perche pour se reconnoître avant qu'ils eussent pris les aigles pour enseignes; de là vient que nous disons encore en ce sens une poignée de gens.
MANIPULE pyrotecnique, se dit à la guerre d'une certaine quantité de petards de fer ou de cuivre qu'on peut jetter à la main sur les ennemis, la maniére de les faire est enseignée par Casimir dans son Livre de l'Artillerie.
MANŒUVRE. _s. m._ Homme de peine qu'on prend à la journée dans les âteliers pour servir les Massons, & faire autres fonctions qui n'ont besoin d'aucun art ou apprentissage. Ce mot vient de _manopera_, ouvrage de main. Ménage.
On appelle proverbialement & ironiquement un homme fin & adroit, un _rusé manœuvre_.
MANŒUVRES, en terme de marine, ce sont les cordes qui servent à manier les voiles en diverses façons, comme les _Issas_ ou _Drisses_ qui sont le long des masts servent à les hausser. Les _valencines_ servent à faire pancher les antennes d'un côté ou d'autre. Les _bras_ tirent le bout des antennes vers la pouppe. Les _escoutes_, ou _contre-escoutes_ tiennent le bout des voiles: les _breuils_ ou _martinets_ servent à embroüiller promptement les voiles, & les _garcettes_, à les ferler, les _ralingues_ à les fortifier, les _boulines_ ou _boulinettes_ servent à ouvrir les bords des voiles pour recevoir le vent qui vient de biais: cela fait dix ou onze cordes qui sont le plus souvent doubles, & étant multipliées par les dix voiles, font plus de deux cens cordes, ou manœuvres. L'_Itacle_ est la plus grosse des manœuvres, elle soûtient & éleve l'antenne passant à une poulie qui est sous la hune, & aboutit à un moufle de poulies où sont les Issas.
Il y a des _manœuvres dormantes_ qui sont fixes, ausquelles on touche rarement, & _d'autre coulantes_ qui sont presque en mouvement continuel, comme celles qui servent à manier les voiles.
MANŒUVRE, signifie aussi l'usage & le service de ce cordage, & le service des Matelots qui les font mouvoir. Les _manœuvres_ sont en desordre pendant la tempête. Ce matelot entend bien la _manœuvre_, il execute soudain les commandemens.
MANNE. _s. f._ Terme de pharmacie, drogue médicinale, c'est un suc ou une liqueur blanche, douce, qui découle d'elle-même, par incision des branches & des feüilles même des frênes tant ordinaires que sauvages pendant la canicule, & un peu auparavant. On ne la trouve que sur ces arbres, encore n'est-ce pas sur tous, mais principalement en Calabre & aux environs de Briançon; c'est pourquoi ceux là se trompent lourdement, qui disent que c'est un miel de l'air, ou une espéce de rosée, qui vient d'une vapeur élevée de la terre & digerée dans l'air, condensée par le froid qu'on recuëille dans les païs chauds avant le lever du Soleil, tant sur les plantes & les arbres que sur les rochers & la terre même, qui disparoît lorsque la chaleur survient; car au contraire on l'amasse en plein Soleil, lequel la seche & la condense, de sorte qu'on la doit mettre au rang des gommes qui s'épaississent par la chaleur, & se résolvent dans l'humidité.
Les Italiens en connoissent de trois sortes, _manna di corpo_, qui sort d'elle-même des branches de l'arbre dés le mois de Juillet; la seconde _manna forzata_, ou _forzatella_, qui ne se recueille au mois d'Août qu'aprés l'incision de l'arbre, & lorsque la premiére a cessé de couler. La troisiéme _manna di fronda_, qui sort d'elle-même en forme de petites gouttes d'eau comme un espéce de sueur, de la partie nerveuse des feüilles du frêne, qui sont de la grosseur des grains de froment, & qui s'endurcissent au Soleil au mois d'Août; on voit quelquefois ces feüilles si chargées de ces grains qu'il semble qu'elles soient couvertes de neige. La _manne_ est une medecine qui purge fort doucement, & qu'on prend dans les boüillons. Altomatus Medecin de Naples en a fait un traité exprés; & Joseph Donzellus confirme ce qu'il en a dit. La _manne_ purge la bile, quoi qu'on la tienne une espéce de miel, & au contraire le miel ordinaire l'augmente. Fuchsius dit que les païsans du Mont-Liban mangent ordinairement la _manne_, comme ailleurs on fait le miel.
A Mexique ils ont de la _manne_ que l'on mange comme on fait le fromage en Europe.
MANNE en termes de l'Ecriture, est une viande miraculeuse que Dieu fit tomber du Ciel pour nourrir son peuple Hebreu dans le desert pendant quarante ans. La _manne_ étoit en façon de coriandre. Les Israëlites murmurerent contre la _manne_, & en eurent du dégoût. La _manne_ est une des figures de l'Eucharistie.
MANNE, se dit figurément de toutes sortes de viandes & de fruits, principalement quand ils sont de garde, quand ils peuvent nourrir, & faire subsister une maison. C'est une bonne _manne_ dans un logis qu'une provision de pois, de féves, de ris pour le Carême.
MANNE est aussi un grand panier d'osier fait en quarré long, qui sert quelquefois de berceau pour coucher un enfant à la mammelle, quelquefois elle est plus petite, & elle sert à transporter les habits d'un ballet, ou le linge & la vaisselle pour mettre le couvert, &c.
On appelle aussi _mannes_ sur la mer des paniers à rebords faits comme un chapeau.
MANNEQUIN. _s. m._ Panier d'osier haut & assez étroit, plus large par en haut que par en bas, qui sert à differens usages. On a mis ces plantes dans un _mannequin_ pour les transporter. Les marchands de fruits les transportent dans des _mannequins_: ce mot est diminutif de manne quand il signifie panier.
MANNEQUIN, chez les Peintres se dit d'une certaine figure de bois qui a des charniéres en la plûpart de ses membres, par le moyen de quoi elle est mobile, & on la met en toute sorte de postures ou d'attitudes, elle leur sert pour disposer leurs drapperies en la revêtant d'habits tels qu'ils desirent. Borel dérive ce mot en ce sens de _man_, qui en Allemand & en vieux François signifioit un _homme_, dont il est diminutif, comme qui diroit _petit homme_.
MARESCHAL. _s. m._ Officier de la Couronne qui commande les Armées; on l'appelle par excellence _Mareschal_ de France. Chez quelques étrangers il fait la même fonction. Le grand _Mareschal_ de Pologne, de Lithuanie. L'Electeur de Saxe est grand _Mareschal_ de l'Empire. On dit qu'on a donné à un homme le Bâton de _Mareschal_, ou simplement le Bâton, pour dire qu'on l'a fait _Mareschal_ de France; c'est un Bâton fleurdelisé qui marque la dignité, & qu'il met en sautoir sous l'écu de ses armes. Ce sont les _Mareschaux_ de France qui sont Juges du point d'honneur entre les Gentilshommes, qui accordent leurs querelles.
Les Prévôts des _Mareschaux_ sont des Officiers Royaux & Juges d'épée établis pour la seureté de la campagne, pour prendre & juger les voleurs, vagabonds & gens non domiciliez; on leur a aussi attribué la connoissance des cas Royaux par prévention: ils sont reçûs à la Connestablie, & y ont attribution de Jurisdiction, & sont réputez du corps de la gendarmerie.
MARESCHAL de Camp, est le second Officier de l'Armée, le premier Officier aprés le Lieutenant général, c'est celuy qui ordonne du campement & du logement de l'Armée, & qui prend les devans pour la faire marcher en seureté, & reconnoître le terrain.
MARESCHAL de Bataille, étoit autrefois un Officier qui rangeoit les troupes en bataille, qui avoit soin de leur marche & de leur ordre; ce sont aujourd'hui les _Mareschaux_ de camp, & les Majors généraux qui en font la charge.
MARESCHAL des Logis, est un Officier de guerre, qui a soin du logement des soldats. Il y a un _Mareschal_ des Logis de l'Armée. Il y en a un dans chaque Régiment d'infanterie, & en chaque compagnie de cavalerie, deux en chaque compagnie de gend'armes & de chevaux legers, & six en chacune des compagnies des Mousquetaires.
Il y a aussi un grand _Mareschal_ des Logis chez le Roi, qui marque les logemens de la suite de la Cour quand le Roi fait voyage; Il y en a aussi chez la Reine & chez les Fils de France.
MARESCHAL ferrant, ou simplement _Maréchal_, est un artisan qui ferre les chevaux, & qui les pense quand ils sont malades. En Espagne ce sont deux métiers separez, les premiers s'appellent _herradores_, & les autres _alveytares_.
Ce mot vient selon Nicod de _Polemarchus_, comme qui diroit Maire de camp; en vieux Gaulois & encore en Breton _Mark_ signifioit cheval, comme on recueille de Pausanias, qui dit que ce mot étoit en usage chez les Celtes, mais c'est plûtôt un mot Allemand dont il est fait mention dans la loi salique, & dont on a fait _marchal_, pour dire celui qui commandoit la cavalerie. Ménage le dérive de _Mareschalcus_, qui se trouve dans les loix des Allemands, composé de _Marck_ cheval, & de _schalk_ signifiant serviteur; ce qui a donné ce nom à celuy qui pense les chevaux, & par succession de temps à celuy qui les commande. Borel dit qu'originairement _Mareschal_ signifioit gouverneur de jumens, & que _mark_ signifie jument, dont les anciens se servoient d'ordinaire pour épargner le fourrage, parce que les jumens gâtent moins de litiere, à cause qu'elles jettent en arriére leur urine. Il dit aussi que ce mot de _mark_, qui en vieux Gaulois & en ancien Allemand signifioit _cheval_, vient de l'Hebreu _Ramak_, où il veut dire une _jument_. Quelques-uns ont dit que le mot de _mareschal_ étoit un abregé de _mire cheval_, car _mire_ signifie Medecin, & les Rois en avoient autrefois pour leurs chevaux, comme témoigne Nicod. Pasquier fait distinction pour l'origine de _Mareschal_ des logis, & _Mareschal_ de camp, d'avec ceux de _Mareschal_ de France, & _Mareschal_ ferrant; A l'égard des premiers, il dit que ce mot vient de _marche_, ou _marchir_, qui signifioit _marquer_, _limiter_, & il prétend qu'il faut dire _marchal_, & non pas _Mareschal_. A l'égard des derniers, il dit que le mot est composé de _maire_, qui signifioit _maître_, & de _chal_ qui signifioit _cheval_. Lecteur choisissez.
MARESCHAUSSÉE. _s. f._ Jurisdiction des Prévôts des _Mareschaux_; il y a dans l'enclos du Palais la Connestablie & _Mareschaussée_ de France, où sont des Juges de Robbe qui prennent connoissance de la réception des Officiers des autres _Mareschaussées_, & de leurs differens. Il y a d'ailleurs 180 _Mareschaussées_ en France, qui sont des siéges de Juges d'épée, qui instruisent les procés des voleurs & des vagabonds, & autres cas dont ils sont competens; qui les jugent souverainement avec sept Officiers du plus prochain Présidial. Le Prévôt qui tient à Paris cette _Mareschaussée_ s'appelle le Prévôt de l'Ile.
On dit aussi que la _Mareschaussée_ se tient chez un tel Doyen des _Mareschaux_ de France, quand quelques Exempts & Gardes se trouvent chez luy pour executer les ordres qu'il aura à donner dans les occasions pour les querelles de la Noblesse.
MARESCHAUSSÉE a signifié aussi en Lorraine, un grand lieu ou enclos, où on enferme le bêtail, d'où le Bon Medecin de ce païs-là trouve occasion de dériver le mot de _Mareschaussée_, parce que, dit-il, il y avoit plusieurs lieux marécageux qui obligeoient à faire des places relevées pour mettre à sec le bêtail, lesquelles on appelloit _chaussées_ comme tout autre chemin levé & pavé; & parce que dans ces lieux on faisoit souvent des vols de bestiaux, on y établit un Juge qui jugeoit dans l'étenduë de la _Mareschaussée_, ou village; ce qu'on a depuis étendu à d'autres Officiers.
Dans plusieurs Coûtumes on appelle _mareschaussée_, les matériaux assemblez pour bâtir, comme en celles de Montreüil, Arthois, Bapaume, &c.
MARFIL. _s. m._ est un nom que les marchands en gros donnent à l'yvoire, ils l'ont pris de l'Espagnol, où il signifie la même chose.
MARIN. ine. adj. qui vient de la mer, qui appartient à la mer. Les Anciens appelloient les Tritons des Dieux _marins_. Ce fut un monstre _marin_ qui fit périr Hypolite. On peignoit le char de Neptune attelé de chevaux _marins_. Il y a des veaux _marins_; des chiens & des loups _marins_. Le sel _marin_ est celui qui se fait de l'eau de la mer, qui est de figure cubique, & le plus fort de tous les sels.
La carte _marine_, ou _hydrographique_, est celle qui sert pour la conduite des vaisseaux, où sont marquez les rumbs des vents, les côtes, les rades, & les bancs de sable.
On dit qu'un homme a le pied _marin_, quand il est accoûtumé à l'air & à la fatigue de la mer, quand il a été long-temps sur les vaisseaux.
La trompette _marine_, est un instrument qui n'a qu'une grosse & longue corde de boyau, tenduë sur un chevalet, & qu'on touche avec un archet; elle a le corps triangulaire, & elle imite fort bien le son des trompettes ordinaires. Voyez trompette.
LA MARINE. _s. f._ est la science de la navigation, ou l'art de naviger dont les Anciens n'ont rien laissé par écrit avant l'invention de la boussole. On tient que la _marine_ est la science qui approche le plus de la perfection. Pierre Nonius est un célébre Mathématicien Portugais, qui le premier en a écrit deux livres en l'année 1530. à l'occasion de quelques doutes que lui proposa Martin Alphonse Sosa: en suite Pierre Medina Espagnol; & en 1606. André Garcia Cespedes fit imprimer _Regimiento de la navigation_: en 1608. Simon Stevin Mathématicien du Prince d'Orange. En 1620. Willebrordus Snellius a fait imprimer son Typhys Batavus. En 1631. Adrianus Metius a écrit de l'art de naviger par le globe. En 1640. le Pere Fournier Jesuite a écrit de l'hydrographie. En 1661. le Pere Riccioli & le Pere Gaspard Schotus Jesuites en ont donné quelques traitez dans leurs Œuvres; & en 1666. le Sieur Denis Hydrographe & Professeur à Dieppe, Rodericus Zamoranus, Pierre Appian, Rodericus Crescentius, Augustinus Cæsareus, Robert Dutlé, Jacques Colomb, Jean Janson, & le Pere Mersene Minime en ont fait quelques traitez; le dernier qui en a écrit est le Pere Deschales Jesuite, des œuvres duquel ceci est tiré en faveur de ceux qui s'adonnent à la navigation, que maintenant on cultive heureusement en France. Les Livres ordinaires de _marine_ qu'ont les pilotes sont les Routiers de Pierre de Medine, de Manuel Figueirido, le miroir, le tresor, la colomne de la mer, le flambeau de la navigation dressé par Guillaume Jeanszoon.
On appelle des marchandises _marinées_, lorsqu'elles sont imbuës & soüillées de l'eau de la mer.
MARINÉ. En termes de blason, se dit des animaux dépeints sur les écus, qui ont la moitié du corps de poisson. Il portoit de gueules au cerf estropié (ou qui n'a point de pieds) _mariné_ d'or.
MARINETTE. _s. f._ Vieux mot qui signifioit autrefois la pierre d'aimant, & même la boussole qui en est touchée, parce qu'elle servoit principalement à la _marine_. Voyez Boussole.
MASCARET. _s. f._ terme de navigation: C'est un reflus violent de la mer qui remonte impetueusement dans la riviére de Dordogne, qui fait le même effet sur cette riviére que celui qu'on appelle la _Barre_ sur la Seine. Les Naturalistes ont de la peine à expliquer cette sorte de reflus, qui est particulier à ces deux riviéres.
MASCARADE. _s. f._ Troupe de personnes masquées qui vont danser & se divertir, sur tout en la saison du Carnaval. Cette compagnie a fait une jolie _mascarade_, a dansé une espece de ballet. Ce mot vient de l'Italien _mascarata_, dérivé de l'Arabe _Mascara_, qui signifie raillerie, bouffonnerie. Ménage.
MASCARADE est aussi un titre que quelques Poëtes ont donné à des vers qu'ils ont fait pour les personnages de ces petites danses ou ballets.
MASCARADE, se dit aussi d'une personne mal mise, ou mal proprement ajustée, comme si elle vouloit se déguiser, & aller en masque. Cette femme affecte des ornemens, des parures extravagantes, & hors de mode; c'est une vraye _mascarade_. Les chevaux l'ont tellement éclaboussée qu'elle avoit le visage comme une vraye _mascarade_.
MASCARADE, se dit aussi d'une vaine pompe & cérémonie, d'un appareil éclatant qui ébloüit le sot peuple, et dont les sages ne sont point touchez. Démocrite traitoit tout le genre humain de _mascarade_, se mocquoit de ses vanitez & _mascarades_. On le dit aussi de ceux qui trompent sous apparence d'honnêteté, qui déguisent leurs sentimens. Les hypocrites sont des continuelles _mascarades_.
MASSORE. _s. f._ Terme de Théologie. C'est un travail fait sur la Bible par quelques sçavans Rabbins pour en empêcher l'alteration. Buxtorfe la définie une Critique d'un texte Hebreu, que les anciens Docteurs Juifs ont inventée, par le moyen de laquelle on a compté les versets, les mots, & les lettres de texte, & l'on en a marqué toutes les diversitez; car le texte des Livres sacrez étoit autrefois écrit tout d'une suite, sans aucune distinction de Chapitres, ni de versets, ni même de mots; de maniére que tout un Livre n'étoit qu'un mot continu à la maniére des Anciens, dont on voit encore plusieurs manuscrits Grecs & Latins, écrits de cette sorte. Ce mot ne signifie que _tradition_, comme si cette critique n'étoit autre chose qu'une tradition que les Juifs avoient reçûë de leurs peres. On tient que ce sont les Juifs d'une école fameuse qu'ils avoient à Tiberiade qui ont fait, ou du moins commencé cette _Massore_, comme dit Elias Levita. Aben Esra les fait Auteurs des Points & des accens qui sont dans le texte Hebreu qu'on a aujourd'hui, qui servent de voyelles. Les Arabes ont fait aussi la même chose sur leur Alcoran, que les _Massoretes_ sur la Bible. Il y a une grande & une petite _Massore_ imprimées à Venise & à Bâle avec le texte Hebreu en different caractére. Voyez là-dessus le P. Morin & le P. Simon, Buxtorfe dans le Commentaire _Massoretique_ qu'il a intitulé Tiberias. On appelle _Massoretes_ ces Auteurs qui ont travaillé à la _Massore_, & l'exemplaire _Massoretigue_ est le texte Hebreu dont on se sert aujourd'hui.
MAST. _s. m._ grand arbre posé dans les Vaisseaux, où on attache les vergues & les voiles pour recevoir le vent nécessaire à la navigation. Il y en a quatre dans les grands Vaisseaux, quelquefois on y en ajoûte un cinquiéme qui est un double artimon. Le grand _mast_, ou le _mast_ de maître est le principal _mast_ du Vaisseau; le second s'appelle de _misaine_, _mast de bourset_, ou _mast d'avant_, qui est entre le grand _mast_ & la prouë; le troisiéme l'_artimon_, qui est entre le grand _mast_ & la pouppe; & le quatriéme _beaupré_, qui est couché sur l'esperon à la prouë. Le _mast_ de _contremisaine_, ou petit artimon est sur l'arriére dans les galions, Naos, ou grands Vaisseaux. Le grand _mast_ jusqu'à la premiére hune est ordinairement égal à la quille du Vaisseau.
On appelle aussi _mâts_ les brisures ou divisions des _mâts_ qui sont posez les uns sur les autres: le grand _mast_ & celui de _misaine_ en ont chacun trois, le grand _mast_, le _mast de hune_, qui est au dessus & tout d'une piéce, & le _mast_ de perroquet qui est sur celui de hune; & au dessus encore est le bâton du pavillon, ce qui fait quelquefois plus de trente-quatre toises. L'artimon qu'on appelle aussi _mast de foule_, & le beaupré n'ont qu'une brisure chacun, on l'appelle de _perroquet_, & non de _hune_. Le grand _mast_ est posé au milieu du premier pont ou franc tillac, & descend au fond de cale, sur la contrequille; il n'est pas tout à fait perpendiculaire, mais il panche du côté de la pouppe à proportion de sa hauteur depuis deux jusqu'à six pieds. Sa plus grande grosseur est au franc tillac, & il va en diminuant par haut & par bas du tiers de sa grosseur. Le _mast_ de misaine passe à travers le château d'avant au dessus de l'estrave, à l'extrêmité de l'escarlingue. Le _mast_ de beaupré est enchassé par le bout d'embas sur le premier pont dans le _mast_ de misaine. Le mot de _mast_ en est François, en Allemand, en Flamand & en Anglois la même chose; l'Italien dit _masto_, & l'Espagnol _mastel_.
MAST _gemellé_ ou _jumellé_, est celui qui est fortifié par plusieurs piéces de bois qui y sont étroitement jointes, qu'on appelle _jumelles_ ou _gaburons_, ou _costons_. On l'appelle aussi _mast reclampé_, _renforcé_, ou _surlié_, & s'il est enté par le haut, on le nomme _mast affusté_, _ajusté_. On dit aller à _mâts_ & à cordes, ou se _mettre à sec_, quand on a abaissé toutes les voiles & les vergues pour éviter la furie du vent.
Les bateaux navigeans sur les riviéres ont aussi un _mast_ par où passe le cable, qui sert à les tirer avec des chevaux.
MAST, se prend quelquefois pour un Vaisseau. Il y avoit cent _mâts_ dans cette armée, c'est à dire, cent vaisseaux. On voit une forest de _mâts_ dans le port d'Amsterdam.
On appelle aussi _mâts_ dans un camp les piéces de bois qui servent à soûtenir les tentes.
En termes de blason on appelle un _mast_ desarmé, quand il est peint sans voiles.
MEDIASTIN. _s. m._ terme d'anatomie; c'est une continuation de la membrane qui s'appelle _pleure_, laquelle est tenduë sous toutes les côtes & enferme la région moyenne ou vitale, autrement nommée le _thorax_. Quand cette membrane est arrivée au milieu de la poitrine, elle se double de part & d'autre, & va de l'épine du dos au brechet séparant le côté droit d'avec le gauche, & c'est ce qu'on appelle vulgairement le _mediastin_, qui s'étend en longueur depuis les clavicules jusqu'au diaphragme, & en hauteur depuis l'os de la poitrine jusqu'au corps des vertebres, il soûtient les visceres, de peur qu'ils ne tombent d'un côté ni d'autre.
MEDIN, terme de relations, c'est une monnoye de Turquie, d'argent fin qui vaut dix-huit deniers monnoye de France, ou deux aspres de Turquie. Il y a aussi des _Medins_ de Barbarie, qui est une monnoye Africaine dont Bodin fait mention.
MENEAU. _s. m._ terme d'architecture; c'est la séparation des ouvertures des fenêtres ou grandes croisées. Autrefois on faisoit de gros _meneaux_ & croisillons de pierre au milieu des croisées qui défiguroient tout un bâtiment. Les _meneaux_ ou croisillons doivent avoir quatre ou cinq pouces d'épaisseur.
MESOLABE. _s. m._ instrument de Mathematique inventé par les Anciens pour trouver méchaniquement deux moyennes proportionnelles, lesquelles on n'a pû faire encore géometriquement; il est composé de trois parallelogrames qu'on fait mouvoir dans une coulisse jusqu'à certaines intersections. Sa figure est décrite dans Eutocius en ses Comm. sur Archimede.
MESPLAT. _adj._ Terme d'artisan, qui se dit des piéces des ouvrages qui ont plus d'épaisseur d'un côté que d'autre, & particuliérement des piéces de bois de sciage.
METACARPE. _s. m._ Terme d'anatomie. C'est une partie du squelet qui contient quatre os de la paume de la main, situez entre ceux du poignet & ceux des doigts: on l'appelle aussi avant-poignet, & c'est ce qui forme la paume de la main: les Latins l'appellent _post brachiale_.
METAPHYSIQUE. _s. f._ Derniére partie de la Philosophie dans laquelle l'esprit s'éleve au dessus des êtres créez & corporels, s'attache à la contemplation de Dieu, des Anges & des choses spirituelles, & juge des principes de toutes connoissances par abstraction & détachement des choses materielles. Aristote a écrit plusieurs Livres de _Métaphysique_. Descartes a laissé plusieurs méditations _métaphysiques_ incomparables. On l'appelle aussi Théologie naturelle, & c'est comme le tronc ou la racine de toutes les sciences; son objet est l'être en général en tant qu'il est séparé de toute matiére, soit réellement, soit par la pensée. M. Duhamel prétend que ce nom a été forgé par les sectateurs d'Aristote, & qu'il lui a été tout à fait inconnu.
METAPHYSIQUEMENT. _adv._ D'une maniére _métaphysique_ élevée au dessus de la matiére & des êtres sensibles. Il y a des choses qu'on ne peut concevoir que _métaphysiquement_.
METATARSE. _s. m._ Terme de Medecine. C'est une partie du squelet de l'homme, qui compose la partie mitoyenne du petit pied, & qui contient cinq os entre le talon & les arteils.
METOPE. _s. m._ Terme d'Architecture. C'est l'intervalle ou quarré qu'on laisse entre les trigliphes de la frise de l'ordre dorique, il represente l'endroit où aboutissent les solives ou poutrelles d'un bâtiment: ces quarrez sont quelquefois emplis d'ornement, comme de têtes de bœuf, & autres choses qui servoient aux sacrifices des Payens.
METOPION. _s. m._ Est un arbre qui naît en Afrique vers l'Ethiopie, d'où, selon Pline, distile sur le sable la gomme de l'ammoniac; mais Pline se trompe, & l'ammoniac est un sel & non une gomme. Dioscoride dit que _Metopion_ est une plante de Syrie, d'où distile le galbanum.
METOPOSCOPIE. _s. f._ Art qui enseigne à connoître le temperament & les mœurs des personnes par la seule inspection des traits du visage. Ce n'est qu'une partie de la physionomie, parce que celle-ci fonde ses conjectures sur toutes les parties du corps. L'une & l'autre sont fort incertaines. Le mot est Grec & signifie inspection du visage.
MEZZANIN. _s. m._ terme de Marine. C'est un arbre ou troisiéme mast qu'on met quelquefois sur la Mediterranée, dans les Galeres entre l'arbre de mestre & la pouppe, qui est garni de sa voile.
MEZZANINE. _s. f._ Est un terme qui se trouve employé par quelques Architectes, pour signifier une _entre-solle_.
MEZELINE. _s. f._ Est une sorte d'étoffe mêlée de soye & de laine.
MEZEAU. _s. m._ Vieux mot qui signifioit autrefois _ladre_, d'où on a fait _mezelerie_, qui a signifié ladrerie; il vient de l'Italien _mezzo_, qui veut dire _pourri_, _gâté_, _corrompu_, Ménage: d'autres le dérivent de _miser_ & _miseria_, & de _misellus_.
MEZARAIQUE. _adj._ Terme de Medecine, qui se dit des veines du mesentere qui succent le chyle des intestins pour le porter au foye: on les appelle aussi _mesenteriques_.
MEZAIL. _s. m._ Terme de Blason, qui se dit du devant, ou plûtôt du milieu du devant du heaume qui s'avance à l'endroit du nez, & comprend le nazal & le ventail; de là vient que les Princes & grands Seigneurs portent leurs timbres ayant le _mezail_ tarré ou tourné de front, c'est à dire, le _mezail_ paroissant également éloigné des oreilles. Ce mot vient du Grec _messon_. Borel.
MEZEREON. _s. m._ terme de Pharmacie: c'est une plante medicinale qu'on appelle _thimælea_, qui porte le granum gnidium, que plusieurs confondent avec la laureole, dont les Apoticaires font des pilules qui sont si violentes & dangereuses dans les purgations, que les Arabes l'appellent _lyon de la terre_, ou herbe qui fait les femmes veuves: les Païsans appellent son fruit _poivre de montagne_, à cause qu'étant seche il ressemble au poivre, & qu'il est si piquant au goût qu'on ne le sçauroit souffrir tout seul.
MICROSCOPE _s. m._ Terme d'Optique. C'est une lunette qui sert à découvrir les moindres parties des plus petits corps de la nature, parce qu'elle grossit les objets extraordinairement. Il s'en fait de plusieurs façons, les uns avec quatre verres qui ont un tuyau long d'un pied; d'autres avec une petite lentille grosse comme une tête d'épingle qui font un fort bel effet. L'Inventeur du _Microscope_ est le même que celui qui a inventé le Telescope, appellé Zacharias Jansen ou Joanides; on attribuë à M. Hugenes l'invention de celui qui est fait avec une petite lentille, & néanmoins on trouve que le Pere Maignan Minime en a parlé long-temps auparavant dans le 4. tome de son Cours Philosophique, &c.
N.
NAVIRE. _s. m._ Terme de Marine, Vaisseau de haut bord pour aller sur la Mer avec des voiles; on le dit en général de toutes sortes de grands Vaisseaux, à la réserve des Galéres, on l'appelle aussi simplement _Bord_, ou _Vaisseau_, & ce mot est le plus en usage. Ce Port est capable de tant de _Navires_. Les _Navires_ sont à l'ancre en une telle Rade. _Navire_ de guerre, _Navire_ marchand. On dit armer, équipper, fretter un _Navire_. La grandeur d'un _Navire_ s'estime par son port, qui est de tant de tonneaux, dont chacun pese deux milliers. On distingue aussi les _Navires_ du premier, du second, du troisiéme, du quatriéme & du cinquiéme rang selon la grandeur de leur quille, leur port ou capacité, le nombre de leurs ponts, ou des canons dont ils sont montez. Les _Navires_ sont réputez meubles par le titre dix du Livre second de l'Ordonnance de la Marine; ils peuvent être néanmoins vendus par decret, si leur port est au dessus de dix tonneaux, suivant les formalitez du tître quatorziéme du même Livre; ils ne laissent pas d'être réputez immeubles à l'égard des hypotecques seulement; mais ils ne doivent point de lods & ventes, & ils ne sont point sujets au retrait lignager, ni à la licitation à l'égard des combourgeois. Les affiches des criées s'appliquent au grand mast du _Vaisseau_, & au parquet de l'Admirauté. Tout _Navire_ allant en guerre ou en long cours doit être consideré en ces trois parties, la _Bourgeoisie_ à qui appartient le _Vaisseau_, qu'elle doit fournir avec bons apparaux, armes & artillerie; l'_Equipage_ qui consiste aux gens de guerre & Mariniers, pages, garçons & gourmettes; le _Victuailleur_ qui fournit les victuailles, les poudres, boulets, cloüages, chaînes, carreaux, grenades, & tout ce qu'on nomme _armement_, & chez les Levantins _sartie_. Le _Navire_ est composé de plusieurs parties qui seront expliquées à leur ordre; ce mot vient du Latin _Navis_. Plusieurs croient que Janus a été l'inventeur des _Navires_, à cause qu'il y en avoit de marquées sur le revers des plus anciennes monnoyes de Gréce, de Sicile & d'Italie, suivant le témoignage d'Athenée.
On dit au feminin la _Navire_ d'Argo, en parlant de ce fameux Vaisseau qui le premier traversa la mer de la Gréce pour aller à la conquête de la Toison d'or sous la conduite de Jason, & de cinquante-quatre Argonautes.
Le plus fameux _Navire_ de l'Antiquité est celui de Ptolomée Philopator, qui étoit long de 280. coudées, large de 38. haut de 48. & qui du haut de la pouppe jusqu'à la mer en avoit 54. Il portoit 400. rameurs, 400. matelots, & 3000. soldats; celui qu'il fit pour naviger sur le Nil étoit long d'une demi stade, & large de 30. coudées, mais ce n'est rien en comparaison du _Navire_ d'Hieron construit sous la conduite d'Archimede, de la fabrique duquel Moschion, au rapport de Snellius, a écrit un Livre entier; on y employa le bois destiné à faire 60. Galéres, & 300. Ouvriers sans les manœuvres; le dedans étoit si bien distribué, qu'il y avoit une loge particuliére pour chacun des rameurs, des matelots, des soldats & passagers: il y avoit aussi plusieurs salles à manger, chambres, promenoirs, galeries, jardins, viviers, fours, écuries, moulins, un Temple de Venus, des bains, des salles de conference, &c. Outre cela il y avoit un rempart de fer, huit tours, deux en prouë, deux en pouppe, les autres sur les côtez, avec des murs & bastions, sur lesquels il y avoit plusieurs machines de guerre, dont une entr'autres jettoit une pierre du poids de trois cens livres, ou une fléche de douze coudées, à la portée de six cens pas, avec plusieurs autres merveilles admirables dont Athenée fait mention.
En termes de blason on appelle un _Navire équippé_, & _habillé_ d'argent ou de gueules, & de sable, quand les agreils sont de ces émaux.
NAZAL. _s. m._ Terme de Blason, qui s'est dit de la partie supérieure de l'ouverture d'un casque ou heaume qui tomboit sur le nez du Chevalier quand il l'abaissoit; il est opposé à _ventaille_, qui est la partie inferieure.
NAZARD. _s. m._ C'est un des jeux de l'orgue dont les tuyaux sont de plomb, & d'environ cinq ou six pieds; ce jeu est bouché, & ses tuyaux sont à cheminée accordez à la douziéme de la montre. Il y a aussi un second _nazard_ qui est à l'octave du précédent, & une quarte du _nazard_.
NAZARD, ou _nazillard_, se dit d'une personne qui parle du nez, & sur le ton du jeu d'orgue qu'on appelle _nazard_.
NAZARDE. _s. f._ Chiquenaude que l'on donne sur le bout du nez. On dit d'un homme ridicule & timide, qu'il a un nez à camouflets & à _nazardes_.
NAZARDER. _v. act._ donner des _nazardes_. Les pages, les écoliers se _nazardent_ les uns les autres.
NAZEAUX. _s. m._ Ouvertures du nez des animaux, particuliérement des chevaux, qui leur servent à la respiration. On ouvre les _nazeaux_ aux chevaux qui ont de la peine à respirer. Ovide dit, que les chevaux du Soleil soufloient le feu par les _nazeaux_. On appelle proverbialement un fanfaron, un fendeur de _nazeaux_.
NAZILLER. _v. n._ parler du nez, d'où vient le mot de nazillard, qui ne parle pas distinctement. Il y a des Ordres de Religieux qui affectent de _naziller_ en chantant, qui croyent que cela est plus devot.
On dit en termes de chasse, que le sanglier se foüille, ventroüille & _nazille_ dans la bouë.
NEPHRETIQUE. _adj. & subst._ Maladie causée ordinairement par quelque pierre ou gravier qui se forme dans les reins. La colique _nephretique_ est une douleur qui provient de cette cause; on la sent dans les reins & sur les boyaux; & elle est plus cruelle que toutes les autres coliques: ce mot est dérivé du Grec _nephros_, qui signifie le Rein.
NEPHRETIQUE, est aussi une pierre précieuse, ou espéce de jaspe, qui ordinairement est mêlée de blanc, de jaune, de bleu, & de noir, & en cela elle differe de l'heliotrope, parce qu'on y découvre ces couleurs quand on la veut polir; ce qui n'arrive pas à l'heliotrope.
Il y a aussi un bois qu'on appelle _nephretique_, qui vient des Indes, qui étant rappé ou fendu en petits morceaux, & infusé dans l'eau, la teint en sorte qu'elle paroît d'or à travers le jour, & d'un bleu foncé à contre jour. La pierre _girasole_ fait le même effet.
NICOTIANE. _s. f._ Tabac, Petun, herbe à la Reine. Ce sont les noms qu'on donne à une herbe qui vient de l'Amerique, qui desseiche le cerveau, & fait éternuer, à qui on donne diverses préparations pour la prendre en poudre par le nez, ou en machicatoire par la bouche, ou en fumée avec une pipe. Nicod l'envoya en France pendant qu'il étoit Ambassadeur en Portugal en 1560. & il lui a donné son nom, comme il témoigne lui-même dans son Dictionaire. Il dit qu'elle a une merveilleuse vertu contre toutes les playes, dartres, ulceres, & _Noli me tangere_. Catherine de Medicis la voulut faire appeller _Medicée_, de son nom; de là vient qu'on l'appelle encore en plusieurs lieux herbe à la Reine. Elle étoit venuë originairement de la Floride, où quelques-uns disent qu'on l'appelloit _Petun_.
NIL. _s. m._ Fleuve qui traverse une grande partie de l'Afrique, il s'employe dans la langue en cette phrase proverbiale; c'est un homme obscur qui cache son logis, il est aussi inconnu que la source du _Nil_, parce que cette source a été inconnuë jusqu'à ce dernier siécle; elle est dans un territoire que les Habitans appellent _abavi_, ou _sacahala_, c'est à dire, le pere des eaux; ce Fleuve sort de deux fontaines éloignées de trente pas, chacune de la grandeur d'un de nos puits. Les Habitans qui sont Payens adorent la plus grande, & lui offrent plusieurs sacrifices de vaches, dont ils mangent la chair comme sainte, & ils laissent les os dans un endroit destiné pour cela, qui font maintenant une montagne assez considerable; ces Habitans s'appellent _Agaus_ dans le Royaume de Goyam à douze degrez de latitude Septentrionale, & 55. de longitude; c'est dans une plaine d'environ trois quarts de lieuë, enfermée de montagnes; au sortir de là il entre en un petit lac, puis il se perd sous terre par l'espace d'une portée de mousquet, & à trois journées de sa source: il est assez large & profond pour porter des Vaisseaux, mais à cent pas plus loin il passe à travers des rochers, en sorte qu'on le passe aisément sans se moüiller le pied; on y navige avec des bateaux de natte bien serrées: il reçoit trois riviéres assez grandes nommées Gema, Linquetil & Brantil; & quand il est sorti du lac de Dambea, qui a cinquante lieuës de large, il reçoit de trés-grands fleuves, comme le Gamara, Abea, Baixo & Aquers; & enfin prés de l'Egypte le Tacase. Il y a deux principales cataractes ou saults; à la deuxième il tombe dans un profond abîme, le bruit s'en entend à trois lieuës de là. L'eau est poussée avec tant de violence qu'elle fait une arcade, sous laquelle elle laisse un grand chemin; où on peut passer sans être moüillé, & où il y a des siéges taillez dans le roc pour reposer les voyageurs. La premiére catadoupe ou cataracte du _Nil_ est d'environ cinquante pieds; la seconde est trois fois plus haute. On dit qu'Albuquerque eut dessein de faire un traité avec les Abissins pour détourner le _Nil_, & le faire jetter dans la mer Rouge, afin de rendre les campagnes d'Egypte stériles, & que pour empêcher cela le Turc paye tribut au grand Negus; mais c'est une fable, & la chose est entiérement impossible. Alexandre consulta l'Oracle de Jupiter Ammon pour apprendre où étoit cette source, Sesostris, Ptolemée, la firent chercher inutilement. Cambises, à ce que dit Strabon, employa une armée pour la chercher. Lucain témoigne que Cesar disoit qu'il eût quitté la guerre Civile s'il eût été assuré de la trouver. Saint Augustin & Théodoret ont cru que c'étoit le Fleuve appellé _Geon_, qui arrousoit le Paradis terrestre, & qui alloit par dessous la mer Rouge renaître en Afrique. Ce que dessus est extrait de l'histoire écrite en Portugais par le Reverend Pere Balthasar Tellés Jesuïte. Isaac Vossius a écrit de l'Origine du _Nil_, & des autres Fleuves, & en attribuë la source & le débordement aux pluyes abondantes en ce païs là en Eté. Monsieur de la Chambre attribuë la cause de sa cruë au nitre dont le lit de ce Fleuve est plein, qu'il dit être cause d'une vehemente fermentation, mais il se trompe.
NILLE, ou _Nigle_, ou _Nelle_, terme de blason, qui se dit d'une espéce de croix ancrée, beaucoup plus étroite & plus menuë qu'à l'ordinaire. Il y en a qui confondent _Nille_ & _Anille_. Voyez croix _Nillée_.
_NOLI me tangere_, terme Latin. C'est un nom que donnent les Médecins à un ulcére malin qui vient au visage.
NOLIS & _Nolissement_. _s. m._ Termes de Marine, ils signifient sur la Méditerranée la même chose que fret & affrettement sur l'Ocean. On dit aussi sur l'Ocean _naulage_, pour dire le _fret_ des Navires qu'on louë pour aller en guerre, ou pour courir le bon bord; & on dit _noliger_ & _nauliser_, pour dire loüer & fretter. Tout ces mots viennent du Latin _naulum_.
NOMBRE. _s. m._ quantité discrete, assemblage de plusieurs corps separez, considerez comme s'ils occupoient une certaine étenduë. Euclide le définit une multitude composée de plusieurs unitez. La quantité continuë est l'objet de la géometrie, la quantité discrette, celui de l'Arithmetique, ou de la science des _nombres_: ce mot vient du Latin _numerus_.
Dieu a tout fait en _nombre_, poids & mesure. 2. DIOPHANTE a bien écrit des _nombres_. Il a été commenté par Gaspard Bachet de Meziriac, qui a fait aussi des problêmes pour deviner les _nombres_ qu'un autre a pensé. Les mystéres des _nombres_ de Pithagore avoient plus de vanité que de solidité, aussi bien que toutes les allégories que plusieurs Docteurs en ont voulu tirer. Voyez le traité des _nombres_ du Sieur Freniel inseré dans les mémoires de l'Academie des sciences, où il en fait voir plusieurs belles propriétez.
NOMBRE, signifie particuliérement le premier caractére d'une suite de chifres, qui ne contient que des unitez; c'est un _nombre_ simple. On commence à compter par _nombre_, dixaine, centaine, mille, &c. Le _nombre_ binaire, ternaire, centenaire, se dit des caractéres qui marquent ces quantitez.
NOMBRE _pair_ est celui qui se peut diviser en deux parties égales. Tout _nombre_ pair multiplié par un _nombre_ pair fait un _nombre_ pair.
NOMBRE _impair_ qui ne se peut diviser également sans fraction, qui est plus grand d'une unité que le pair. La somme de deux _nombres_ impairs fait un _nombre_ pair.
NOMBRE _Pairement pair_, est celui qu'un _nombre_ pair mesure par un _nombre_ pair, comme deux fois quatre c'est huit, ce huit est un _nombre pairement pair_.
7. NOMBRE _pairement impair_, celui qu'un _nombre_ pair mesure par un _nombre_ impair; quatre multiplié par cinq fait vingt, _nombre pairement impair_.
NOMBRE _premier_, ou _primitif_, est celui qui ne peut être mesuré que par la seule unité: comme 19. 29. dans la division desquels en quelque partie qu'on les divise, il reste toûjours une unité.
NOMBRE _composé_, est celui qui se peut diviser en plusieurs parties égales, qui peut être mesuré par d'autres _nombres_.
NOMBRE _parfait_, est celui qui est égal aux parties qui le composent, si on les ajoûte ensemble, comme 6. est parfait, parce qu'il égale la somme de 1. 2. 3. qui sont ses parties.
NOMBRE _sourd_, ou _irrationnel_, est un _nombre_ qui n'a pas de proportion avec un autre.
NOMBRES _cosiques_. Terme d'Algebre: ce sont les diverses puissances d'un _nombre_ multiplié plusieurs fois par lui-même. Racine, quarré, cubique quarré de quarré, cubo cubique, &c. sont des _nombres cosiques_.
NOMBRE _entier_, est celui qui n'est point divisé, qui est sans fraction.
NOMBRE _rompu_, c'est un _nombre_ divisé en plusieurs parties, ou fractions, qu'on écrit avec deux rangs de chifres, divisez par une barre, dont celui de dessus est le numerateur, celui de dessous le dénominateur.
NOMBRE _poligone_, en termes d'algebre signifie un _nombre_ à plusieurs angles qui se forme par des _nombres_ en progression Arithmetique ou égale; en telle sorte que s'ils étoient arrangez & marquez en points, ils feroient une figure à plusieurs angles. Par exemple, si on marque un point en haut, & deux en bas, cela fera un triangle, & le _nombre_ de trois fera un trigone: Si on marque deux en haut & deux en bas, cela fera un quadrangle, ou _nombre quarré_, qui fera quatre. Ce qui arrive quand la progression va seulement par un ou deux: mais si la difference des _nombres_ est de trois, elle fera un pentagone, si elle est de quatre un exagone; si elle est de cinq un eptagone, & ainsi du reste. Voyez l'Algebre du P. Malebranche, où les propriétez de ces _nombres_ sont bien expliquées.
NOMBRE, en termes de Palais, & en plusieurs Arts, se dit aussi d'une quantité incertaine, indéterminée. Quand on dit j'ai été mille fois chez lui, on prend un _nombre_ certain pour un incertain; un _nombre_ rond c'est cent ou mille, &c. Nous n'étions pas _nombre_, c'est à dire, nous n'étions pas assez pour juger, pour tenir Chapitre, & déliberer: il faut ceder au _nombre_, à la force, à la pluralité. Dans les grands Corps, la plûpart ne servent que de _nombre_. Il a _nombre_ d'envieux: il a un _nombre_ innombrable d'écus. On dit mettre au _nombre_, ou du _nombre_, pour dire dans le rang, dans la liste, dans le Catalogue; on l'a mis au _nombre_ des Saints. Il est du _nombre_ des exilez. Il s'est mis du _nombre_, pour dire il s'est mis dans la troupe. On dit aussi dans le blazon, des étoilles, des fleurs de lys sans _nombre_, quand l'écu en est chargé sans qu'il y ait de _nombre_ prescrit.
NOMBRE en Musique, en Poësie, en Rhetorique, se dit de certaines mesures, proportions, ou cadences qui rendent agréable à l'oreille un air, un vers, une période. Il y a un certain _nombre_ qui rend les périodes harmonieuses: les vers sont composez d'un certain _nombre_ de pieds ou de syllabes. Toute musique a un certain _nombre_ de notes.
NOMBRE en termes de Grammaire, se dit du singulier & du plurier, & du duel chez les Grecs & les Hebreux. Il faut que le substantif & l'adjectif s'accordent en genre, en cas, & en nombre.
NOMBRE _d'or_, est un terme du comput Ecclésiastique, qui est une période de dix-neuf ans, inventée par Methon Athenien, au bout de laquelle on void arriver les mêmes lunations, & la même Epacte, quoi que cette période ne soit pas tout à fait juste. Et on dit figurément en ce sens, qu'un homme entend le _nombre d'or_, quand il a trouvé l'art d'amasser beaucoup de bien.
En Théologie on appelle le Livre des _Nombres_ un des Livres du Pentateuque, qui contient les cérémonies de la Loi de Moïse.
En agriculture on appelle un _nombre_ de gerbes, douze gerbes: Il faut trois _nombres_ de bled pour faire un septier de grain. On a fourni trente _nombres_ de gluis pour recouvrir cette bergerie.
NOMBRER. _v. act._ Compter sçavoir le nombre. Il y avoit une quantité de peuple si prodigieuse qu'on ne la pouvoit _nombrer_. On met dans tous les Contracts, cette somme a été comptée & nombrée en presence des Notaires.
NOMBREUX. euse. _adj._ en grand nombre. La France est habitée par un peuple fort _nombreux_; l'assemblée étoit fort _nombreuse_.
NOMBREUX, signifie aussi agréable à l'oreille, harmonieux. Cette période est fort _nombreuse_, ces vers sont fort _nombreux_.
NOMBREUSEMENT. _adv._ en grand nombre. Le peuple vint _nombreusement_ & en foule faire ses plaintes au Roi, &c.
NOMBRIL _s. m._ C'est une partie du corps de l'animal composée de quatre vaisseaux umbilicaux, sçavoir une veine, deux artéres, & l'ouraque qui s'unissent ensemble, & sont renfermez comme dans un canal long, nerveux, tortillé; qu'on appelle _cordon_, _lacet_, ou _petit intestin_; c'est par où le fœtus prend sa nourriture dans le ventre de la mere, & quand l'enfant est né, ces quatre vaisseaux ayant fait leur fonction, dégénérent en un ligament qui fait comme un nœud au milieu du ventre, qu'on appelle le _nombril_. La veine du _nombril_ est le lien du foye, quand elle est coupée il tombe & tire quand & soi le diaphragme. Ce mot vient de _umbilicus_ Latin, & celui-ci de _umbo_, qui signifie _bouton_, ou _bosse_ qui est au milieu d'un bouclier.
NOMBRIL de _Venus_, est une plante que les Grecs appellent _cotyledon_, les Latins _umbilicus Veneris_, _myrepsus_, _cymbalium_; d'autres _cymbalaria_, & d'autres _scatuucellus_.
En Botanique on appelle le _nombril_, ou _l'œil_, dans les poires, les pommes, & autres fruits semblables l'endroit où sont enfermez les pepins.
En termes de Blason, on appelle le _nombril_ de l'écu un point qui est au milieu du dessous de la fasce, & qui la separe de la pointe. Il portoit d'or à un écusson de gueules mis au _nombril_.
NORD. _s. m._ Terme de Marine dont on se sert sur la mer Oceane pour signifier le pole arctique, ou Septentrional, qui est élevé sur nôtre horison. L'étoile du _Nord_ est la derniére de la queuë de la petite ourse, qui est à deux degrez du pole. On a fait virer le cap au _Nord_. La boussole est ce qui marque le _Nord_. Depuis le _Nord_ jusqu'au Sud. Le vent est tourné au _Nord_. Le Soleil revient en Eté vers le _Nord_.
_Nord_, signifie aussi la partie du monde qui est Septentrionale, à l'égard de quelque autre païs. L'Angleterre est au _Nord_ de la France. Les Princes du _Nord_ sont la Suéde, le Danemark, la Lapponie, &c. Les peuples du _Nord_ aiment bien à boire. Les Navires Hollandois qui n'osent entrer dans la Manche sont contraints de prendre leur route par le _Nord_ d'Ecosse.
NORD, est aussi le nom qu'on donne à un des quatre vents cardinaux, qui vient du côté du Septentrion, qu'on appelle autrement la _bise_, & sur la Mediterranée _tramontane_. Le _Nord_ qui souffloit avec violence nous empêcha d'aborder; le _Nord_ est un vent froid & sec. Ces mots de _nord_, _sud_, _est_, & _oüest_ sont de vieux mots François dont on se servoit du temps de Charlemagne, qu'on dit être celui qui leur a donné ces noms; qui passent aujourd'hui pour Allemans.
NORDEST, est un quart de vent entre l'Orient & le Septentrion, que sur la Mediterranée on appelle galerne: _Nordoüest_, est un quart de vent entre le Septentrion & l'Occident, sur la Mediterranée on l'appelle _maëstral_.
NORT _nordest_, _nordnord quart au nordest_, sont des subdivisions de vent entre l'Orient & le Septentrion; on fait la même subdivision à l'égard du _Nordoüest_.
NORDESTER. _v. n._ Terme de Marine qui se dit de l'aiguille aimantée, lors qu'elle décline du _Nord_ vers _l'Est_, ou l'Orient; & _Nordoüester_ se dit quand elle décline du même point vers _l'Oüest_, ou l'Occident.
NOTA. _s. m._ Terme Latin dont on use au Palais & dans l'Ecole, pour signifier une marque qu'on met en quelque endroit d'un livre ou d'un écrit, quand il y a quelque chose de remarquable, & dont on veut se souvenir.
NOTA, se dit aussi d'une explication, d'une restriction, ou d'une observation que font les Auteurs d'un Livre, ou ceux qui en font faire l'édition, soit dans le texte, soit dans la glose, pour empêcher que le Lecteur ne se trompe: ou pour l'avertir de quelque chose. Cet article de compte est alloüé, mais il y a un _nota_ qui montre qu'il en faut faire la reprise.
NOTA, se dit dans le discours ordinaire pour tenir lieu de parenthese. Cet importun me vouloit encore conter son procés, _nota_ qu'il étoit deux heures, & que j'étois à jeun.
NOTABLES. _adj. m. & f. & s._ qui est excellent, rare, singulier, remarquable, considerable; on le dit premiérement des personnes. L'élection des Echevins se fait par les _notables_ Bourgeois qu'on mande à la Ville pour cet effet. On a fait autrefois une Assemblée des _notables_ à Roüen, des personnes considerables de l'Etat.
On le dit aussi des choses. Nous avons eu un avantage _notable_ sur les ennemis. Ce Marchand a fait une perte _notable_ dans ce naufrage. Il est engagé pour une somme _notable_ dans cette banqueroute. Plutarque a fait un traité des Dits _notables_ des Lacedemoniens. Les Arrêts _notables_ ont été recueillis par les Arrestographes.
NOTABLEMENT. _adv._ d'une maniére considerable. On a interessé _notablement_ ce Favori en une telle affaire, pour la faire réüssir. Cet homme a été _notablement_ blessé dans une telle mêlée.
NOTAIRE. _s. m._ Officier dépositaire de la foi publique, qui garde les nottes & minutes des Contracts que les parties ont passé par devant lui, & qui en delivre des expeditions qui sont authentiques & obligatoires, & portent hypotéques. Les _Notaires_ du Châtelet ont maintenant la qualité de Conseillers du Roy & Gardenottes. Les Secretaires du Roy s'appellent Conseillers, _Notaires_ & Secretaires du Roy. Il y a quatre _Notaires_ & Secretaires du Parlement. Ragueau fait une distinction entre les _Notaires_ & _Tabellions_, & dit qu'en plusieurs Villes les _Notaires_ reçoivent & passent seulement les minutes & nottes des Contracts, & les peuvent délivrer aux parties en Brevet; mais qu'ils sont tenus de les porter aux Tabellions pour les garder & delivrer en grosse aux parties si elles le requérent pour avoir une execution parée; & il se fonde sur des Edits de François Premier dés années 1542. & 1543. mais ces Tabellions ont été supprimez par le Roy Charles IX. en l'Ordonnance d'Orleans; & maintenant on appelle _Notaires_ tous les Officiers Royaux qui reçoivent, & qui delivrent des grosses de toutes sortes de Contracts & conventions, & _Tabellions_ ceux qui font la même chose dans les Seigneuries & Justices subalternes. On appelle maintenant l'étude des _Notaires_. On disoit autrefois boutique, & on le dit encore en plusieurs Provinces.
Les _Notaires_ ont été ainsi appellez, parce qu'anciennement ils écrivoient par nottes ou écritures abregées, une lettre signifiant un mot entier; cela a donné occasion à Valerius Probus de travailler à l'explication des nottes des Anciens, comme il a fait trés-utilement. Magnon fit un traité des abbreviations du Droit dés le temps de Charles le Chauve; & Pierre Diacre en fit un plus ample au temps de l'Empereur Conrad; & Goltzius en a fait un pour l'intelligence des legendes des médailles.
Notaire Apostolique, est un _Notaire_ qui reçoit & expedie des actes en matiére spirituelle & beneficiale, comme les résignations de Benefices, concordats de permutation, &c. Il a une commission du Pape confirmée & approuvée par l'Evêque diocesain, & il est opposé à _Notaire_ Royal.
On dit proverbialement quand un homme est en réputation de garder sa parole, c'est autant que si tous les _Notaires_ y avoient passé. On dit aussi Dieu nous garde d'un &c. de _Notaires_, parce qu'ils font quelquefois six rolles pour expliquer ces trois mots de leurs minutes, promettant, &c. obligeant, &c. renonçant, &c.
NOTAMMENT. _adverb._ particuliérement: On a donné ordre à ce Sergent de contraindre tous les cottisez, & _notamment_ tels & tels.
NOTARIAT. _s. m._ Qualité, charge, fonction de Notaire. On ne doit admettre au _Notariat_ que des gens d'une vertu integre, d'une fidélité inviolable.
NOTTE. _s. f._ terme de pratique, minute d'un Acte qu'on passe chez un Notaire; il n'est plus en usage que dans le composé en cette phrase, les Notaires sont créez _Gardenottes_ du Roy.
NOTTE, marque qu'on fait à quelque feüillet ou passage d'un livre pour le retrouver au besoin. J'ai lû ce livre, & j'ai fait des _Nottes_ avec un crayon, avec des coups d'ongle. On met un, _hic_, ou une _Notte_ à la marge d'un Contract pour en remarquer la clause décisive, ou importante.
NOTTE. Est aussi une remarque ou explication qu'on met à la marge, ou au bas de la page d'un livre, d'un écrit, pour en faciliter l'intelligence. Le textuaire de Droit avec les _nottes_ de Godefroy est estimé. Les _nottes_ de Dumoulin sur la Coûtume de Paris. Les _nottes_ de Cujas, &c. Cette Bible est imprimée avec des _nottes_ marginales.
NOTTE, se dit aussi de ce qui marque quelque défaut, ou imperfection. Dans un Dictionnaire on doit mettre une _notte_ à un mot quand il est vieux ou particulier à quelque art ou science; quand il est dans l'usage commun il n'y faut point de _notte_. Cette fille a épousé un honnête homme, mais il est bâtard, c'est une grande _notte_. Quand quelqu'un est pendu, c'est une _notte_ pour toute sa famille. On appelle aussi _notte_ d'infamie, celle dont une personne est marquée par sa profession, ou par quelque jugement. Le métier de Comedien porte avec soi une _notte_ d'infamie. Toute condamnation à peine afflictive emporte _notte_ d'infamie.
NOTTES. Sont aussi des caractéres ou abreviations qu'on fait, soit pour écrire promptement, soit pour signifier quelque chose. Herigone a fait cinq tomes d'un cours de Mathematique en _nottes_, qu'il prétend être une langue universelle, & pouvoir être entenduës de tout le monde. Les Jurisconsultes ont des _nottes_, comme §. _paragrapho_, ff. _digestis_. E. _extra_. _Scto. senatus consulto._ Les Romains avoient des _nottes_ pour leurs inscriptions, _S. P. Q. R. Senatus, populusque Romanus_, _p. p. pater patriæ_. Ce sont ces _nottes_ anciennes qu'a expliqué Valerius Probus. Les Chimistes ont leurs nottes _a, a, a_, Amalgamer, _s, s, s_, _stratum super stratum_. L'Algebre a aussi ses _nottes_ expliquées à Algebre.
Les Medecins, Chirurgiens & Apoticaires se servent de _nottes_ ou caracteres, pour marquer le poids & les doses de leurs Ordonnances.
NOTTE, en termes de Musique se dit des caracteres qui marquent les tons, les élevations ou les abaissemens de la voix, & ses mouvemens vîtes ou lents; enfin toutes les variations qui y doivent faire de l'harmonie.
La _notte_ maxime est figurée par un quarré long avec une queuë, elle vaut 8 mesures, quoi que le Pere Mersenne la fasse de 12. La longue est un quarré avec une queuë qui en vaut la moitié, ou quatre mesures: la bréve est un quarré sans queuë, qui vaut deux mesures; la semi-bréve est un quarré sans queuë, qui est posé sur ses angles, ou en losange, qui vaut une mesure, ou le lever & le baisser de la main; la minime est une losange avec une queuë, qui vaut la moitié d'une mesure; la noire a la même figure; mais elle est pochée & vaut un quart de mesure; la crochuë est la même figure avec un croc par en bas, qui vaut un huitiéme de mesure, & la double crochuë un seiziéme.
Il y a aussi des _nottes_ ou caracteres pour signifier les pauses, les repos ou silences qui marquent qu'il faut se taire aussi long-temps qu'on est à chanter la _notte_ qui précéde; elles se font avec des points ou des lignes qui traversent d'un réglet à l'autre.
Les Grecs faisoient leurs _nottes_ de musique avec des lettres simples ou doublées, droites ou renversées, comme on prouve par les Livres de Bacchius, d'Alipius, de Porphire & de Boëce.
On dit en ce sens qu'un homme chante sur la _notte_, pour dire à livre ouvert sur un Livre _notté_, ou qu'il fait des accords sur la _notte_, sans avoir étudié ce qu'il chante.
NOTE, se dit aussi pour signifier le ton. Il y a sept _notes_ en Musique qu'on appelle _ut_, _re_, _mi_, _fa_, _sol_, _la_, _si_; les six premiéres ont été inventées en l'an 1024. par Guy Aretin Moine Benedictin, qui les trouva à Pompose dans le Duché de Ferrare, sous le Pape Jean XX. lequel les reçût avec si grand applaudissement, qu'il commanda de mettre cette maniére de chanter en usage; aussi est-elle si facile, qu'on apprend plus de Musique en un jour avec cette méthode, qu'on ne faisoit autrefois en un an avec celle des Grecs, dont on s'étoit servi jusques alors. Il intitula _Micrologue_ le livre où il publia cette invention. Aretin a pris les _nottes_ _ut_, _re_, _mi_, _fa_, _sol_, _la_, de l'Hymne des Vêpres de S. Jean Baptiste, _Ut queant laxis, &c._
La septiéme _notte_ a été inventée de nos jours par le Maire, qui est un, _si_, qui differe d'un demi ton du, _la_; il sert à éviter la difficulté des muances qui étoient restées dans la gamme de Guy Aretin; cette syllabe est plus haute d'un demi ton que le, _la_, & quand on voudra avoir un ton entier, on mettra une diése au dessous.
On peut faire 720 variétez des six _nottes_ de Musique sans repeter la même deux fois; & on peut faire 40820 airs differens des _nottes_ de chaque octave. Il y a des Organistes qui font 32 _nottes_ dans la mesure binaire, qui dure seulement une seconde de minute.
NOTTE, se dit proverbialement en ces phrases: on dit d'un Menêtrier qu'il ne sçait qu'une _notte_, qu'il n'aura qu'un double, pour dire qu'il ne sçait qu'une chanson. On dit aussi qu'un homme change de _notte_, quand il parle d'une autre maniére qu'il n'avoit fait, quand il supplie au lieu de menacer. On dit aussi de celuy qui ne sçait rien de la matiére dont on l'interroge, qu'il n'en sçait _notte_, qu'il n'en a pas retenu une _notte_.
NYMPHE. _s. f._ Fausse divinité que les Payens croyoient présider aux eaux, fleuves & fontaines. Quelques-uns en ont étendu la signification, & les ont prises pour Déesses des montagnes, des forêts, & des arbres, qu'on appelle particuliérement, _Oreades_, _Dryades_, _Hamadryades_ & _Napées_, la _Nymphe_ de la Seine, de la Loire.
NYMPHE. Dans les Romans se dit des Dames de condition qu'on introduit, à qui on donne un rang au dessus des Bergeres, comme dans l'Astrée la _Nymphe Galathée_.
NYMPHE se dit en ce sens des Maîtresses, que chacun se fait, en une compagnie, ou qu'on meine en une promenade. En cette partie de divertissement chacun avoit sa _Nymphe_, chacun fit danser sa _Nymphe_ à ce Bal.
NYMPHES, en termes de Medecine sont de petits aîlerons, ou parties molles & spongieuses qui sortent & avancent hors les lévres de la matrice; elles servent à guider l'urine, & à la conduire comme entre deux parois, ce qui leur a donné le nom de _Nymphes_, comme qui diroit Dames des eaux, ou du conduit d'où l'urine coule comme d'une source. On les appelle aussi aîles.
Les Naturalistes appellent _Nymphe_ la petite coque des vers à soye qui reste aprés qu'on en a devidé le cocon; c'est une pellicule jaune dans laquelle sont enfermez leurs œufs; ils l'appellent en Latin _nympha aurea_, autrement _chrysalis_. Tous les insectes volans, comme papillons, mouches & chenilles ont de semblables _nymphes_, mais qui ne sont pas si sensibles. Voyez Swammerdam, qui en a fait un excellent volume.
O.
OBLAT. _s. m._ Est un Moine lay que le Roi mettoit cy-devant en chaque Abbaye ou Prieuré dépendant de sa nomination, auquel les Religieux étoient obligez de donner une portion monachale, à la charge qu'il sonneroit les cloches, qu'il balayeroit l'Eglise & la court. Ces places étoient destinées à des soldats estropiez & invalides. Cette prestation s'est convertie en argent, qui étoit taxée à vingt écus, puis à 100 livres, & enfin on l'a augmentée jusqu'à 150 livres. Depuis on a transferé tous ces oblats avec leurs pensions, à l'Hôtel des Invalides à Paris. Pasquier dit que les oblats commencerent à avoir lieu du temps des _Capets_, & que le Roi se départant du droit qu'il avoit d'assister à l'élection des Abbez, se réserva le privilege d'aumôner une place de Religieux à un pauvre soldat impotent; & alors il donna de ces Oblats dans les Monasteres électifs seulement.
OBTUS, _s. m._ Terme de Geometrie. Angle qui a plus de 90 degrez ou d'un quart de cercle. Un triangle _obtus_ est celuy qui a un de ses angles obtus.
OBTUS se dit figurément d'un esprit qui n'est point subtil ni pointu, qui est émoussé. C'est un homme qui a l'esprit _obtus_.
OBTURATEURS. _adj._ Terme de Medecine qui se dit de deux muscles de la cuisse, parce qu'ils bouchent le trou qui est entre l'os pubis & celuy de la hanche.
OGIVE. _s. f._ Terme d'Architecture. C'est le trait d'une voute qui au lieu d'être en berceau ou en plein ceintre, trace une diagonale en forme d'arrête.
Les deux _ogives_ diagonales en se croisant forment la clef de la voute. Les arcs en berceau d'où les _ogives_ sortent, s'appellent _arcs doubleaux_; & ce qui est entre les _ogives_ & les arcs doubleaux, s'appelle le _pendentif_ de la voute. Les parties des _ogives_ qui sont en saillie, s'appellent les _nerfs_.
OGOESSES. Terme de Blason qui se dit des tourteaux de sable pour les distinguer des autres qui se nomment _Gulpes_, quand ils sont de pourpre; quand ils sont de geules, _guses_; quand ils sont d'azur, _heurtes_; & quand ils sont de sinople, _pommes_ ou _volets_, quoy qu'ils retiennent tous en général le nom de _tourteaux_.
OIGNEMENT. _s. m._ Action par laquelle on oint, on parfume. Le lavement & l'oignement des pieds étoit une honnêteté que les juifs faisoient à leurs hôtes, à ceux qu'ils vouloient honorer, comme celuy que fit la Madelaine au Sauveur.
OISEAU. _s. m._ Animal qui s'éleve en l'air, qui le traverse, qui s'y tient suspendu par le secours de ses plumes & de ses aîles. Le Phenix, s'il y en a, passe pour le Roi des _oiseaux_. C'est une erreur de croire que les _oiseaux_ de paradis volent toûjours, ils ont des pieds avec lesquels ils s'attachent aux branches pour dormir. Les Romains observoient avec soin le vol des _oiseaux_. A l'arrivée des Européans dans les Isles de l'Amerique, tous les _oiseaux_, à ce qu'on dit, étoient privez parce qu'on ne leur faisoit point la guerre. Ce mot vient d'_Avicellus_, ou _Aucellus_, dont les Italiens ont fait aussi _Augello_. Ménage & Du Cange.
On appelle en termes de Fauconnerie, _oiseaux_ de proye, les gros _oiseaux_ qui vivent de grip, de rapt & de rapine, qu'on dresse & qu'on apprivoise. On appelle _oiseaux_ niais ceux qui sont pris au nid. _Oiseau_ branchier celuy qui n'a encore que la force de voler de branche en branche. Un _oiseau_ sor, celuy qui n'a point encore mué, il ne se dit que des oiseaux de passage, & non du niais & du branchier. Un _oiseau_ hagard, celuy qui a été à soi, qui est plus farouche. Un _oiseau_ de bonne ou de mauvaise affaire, celuy qui est docile ou farouche. On appelle parement de l'_oiseau_, la maille qui luy couvre le devant du col; manteau d'_oiseau_, le plumage des épaules, du dos & du dessus des aîles. Serres d'_oiseau_, ce sont leurs griffes. Mains d'_oiseau_, ce sont leurs pieds. La couronne de l'_oiseau_, c'est le duvet qui couronne, qui joint le bec à la tête. On appelle train de l'_oiseau_, son derriére, ou son vol.
On appelle _oiseau_ de poing, celuy qui étant reclamé, fond sur le poing sans entremise de leurre, comme l'autour & l'éprevier; _oiseau_ de leurre, celuy qui fond sur le leurre, quand on le luy jette, & delà sur le poing. On en compte dix ordinaires, faucon, gerfaut, sacre, lanier, aigle, tagarot, émerillon & hobereau, le faucon & le sacre bâtards, _oiseau_ de montée, est celuy qui s'éleve fort haut, comme le milan, le heron, &c. Il y a des _oiseaux_ pour la haute & pour la basse volerie. _Oiseau_ pillard celui qui pille & détrousse un autre; _oiseau_ chariard, qui dérobe sa perdrix; _oiseau_ bas & tenu par le Bec, c'est à dire, en faim. L'_oiseau_ Bâtard est, par exemple, un faucon né d'un tiercelet de faucon & du lanier; ou un sacre né du sacret & du lanier.
On appelle _oiseaux_ vilains, poltrons & tripiers ceux qui ne suivent le gibier que pour la Cuisine, qu'on ne peut affaiter ni dresser, comme les milans & les corbeaux, qui ne combattent que les poulets, lesquels n'ont ni vol ni défense. Un _oiseau_ dépiteux, qui ne veut pas revenir, quand il a perdu sa proye. Un _oiseau_ attrempé est celuy qui n'est ni gras ni maigre. Un _oiseau_ âpre à la proye, bien armé de bec & d'ongles. Un _oiseau_ fort à Delivre, qui n'a point de corsage qui est quasi sans chair, comme le heron. On appelle _oiseau_ allongé, celuy dont les pennes sont bien entieres, qui ont toute la longueur qu'elles doivent avoir; un _oiseau_ trop en corps, celuy qui est trop gras. On dit aussi un _oiseau_ de bonne aire, un _oiseau_ de grand travail & de bon guet, un _oiseau_ de bonne compagnie, un _oiseau_ pantois ou asthmé, un _oiseau_ égalé, quinteux, escartable, rebuté, un _oiseau_ d'échappe. Un _oiseau_ bon chaperonier. Il y a aussi des _oiseaux_ de nuit, de mauvais augure, de voirie, des _oiseaux_ de jour, _oiseaux_ de parade, de babil, & cageolleurs, _oiseaux_ sauvages, passagers, de combat, de volerie, de marais, de marine, qui rasent les étangs, & sont bons poissonniers, &c.
Les _oiseaux_ de leurre doivent avoir les mahutes hautes, les reins larges, bien croisez, bas assis, cour-jointez, les mains longues. On dit aussi apoltronir un _oiseau_, l'acharner, l'abecher, l'abattre, l'abaisser, l'entraver, l'essimer, & plusieurs autres phrases qui sont expliquées à leur ordre.
On appelle _oiseaux_ de riviére, les canards, sarcelles & autres aquatiques qui aiment les eaux. _Oiseaux_ de bois, les gelinottes, les faisans. _Oiseaux_ passagers, les beccasses, les cailles, les guignards. _Oiseaux_ domestiques, les poulles, les canes, oyes. On appelle _oiseaux_ de voliére, ceux qu'on garde en cage pour leur chant, leur ramage, leur gazoüillement, comme rossignols, serains, linottes, chardonnerets, &c.
Il y a des _oiseaux_ qui ne sont bon qu'à mettre à l'engrais, comme les coqs qu'on chaponne, qui perdent leur chant. Il y a des _oiseaux_ qui ne volent jamais, comme l'Autruche & le casuel. Kircher dit qu'il y a un _oiseau_ en la Chine qu'on appelle _hoang cio yu_, qui change de nature deux fois l'an; il est _oiseau_ tout l'Eté & se transforme en poisson durant l'hiver. Ce nom veut dire poisson jaune.
On appelle tirer à l'_oiseau_, quand on dispute le prix en s'exerçant à tirer de l'arc ou du fusil sur un _oiseau_ de bois qu'on nomme le papegay.
Les _oiseaux_ de leurre en terme de Blason témoignent la noblesse, parce qu'ils sont des marques d'hommage & de redevance; ce qui a fait que dans les sceaux anciens on a representé les Chevaliers avec une épée nuë à la main droite & un _oiseau_ de leurre à la gauche. Les Poëtes ont appellé l'Aigle l'_oiseau_ de Jupiter, le paon l'_oiseau_ de Junon, le hibou l'_oiseau_ de Pallas, le pigeon l'_oiseau_ de Venus, & le peuple appelle maintenant un bœuf _oiseau_ de S. Luc.
OISEAU de Limosin est une espece de vaisseau qui sert à porter le mortier dans les ateliers: il est composé de deux ais joints d'un côté en équerre & arrondis par l'autre extrêmité, il se porte sur les épaules.
OISEAU se dit proverbialement en ces phrases: Petit à petit l'oiseau fait son nid, en parlant des choses qui se font lentement & peu à peu. On dit que la belle plume fait le bel _oiseau_. On dit aussi: Ce n'est pas viande pour vos _oiseaux_, pour dire, Cela ne vous est pas destiné, c'est pour des gens d'une plus grande qualité. On dit qu'un homme a battu les buissons, & qu'un autre a pris les _oiseaux_, pour dire qu'il a travaillé, & que les autres en ont profité. On dit qu'un homme est comme l'_oiseau_ sur la branche, quand il n'a point de logement d'employ, de fortune assurée.
On dit aussi qu'un homme est battu de l'_oiseau_, quand il lui est arrivé plusieurs malheurs, plusieurs pertes qui lui ont abattu le courage. On dit aussi d'un prisonnier qu'on a manqué, ou qui a brisé les prisons, que l'_oiseau_ s'en est envolé. On dit aussi: Voilà une grande cage pour un petit _oiseau_, quand un homme de peu de considération est logé dans un logis magnifique. On dit qu'un _oiseau_ en a dans l'aîle, quand il a reçû un coup qui l'empêche de voler; on le dit figurément des hommes, dont la santé ou la fortune sont ruinées. On dit aussi ironiquement qu'un homme est un bel _oiseau_, pour témoigner un grand mépris de sa personne.
OISELER. _v. act._ terme de Fauconnerie qui signifie dresser un _oiseau_; oiseler un faucon pour le faire Bon gruyer, bon heronnier, l'affaiter, le leurrer & assurer, commencer à le mettre dedans & l'employer à voler. On dit aussi mettre l'_oiseau_ à poil, pour dire le dresser à voler gibier à poil.
OISELERIE _s. f._ métier de prendre, d'élever & de vendre des _oiseaux_.
OISELET ou OISILLON _s. m._ petit oiseau.
OISELEUR. _s. m._ celui qui prend des oiseaux. On le dit particuliérement de ceux qui prennent des _oiseaux_ de chasse au passage. Ménage a fait une belle Eglogue intitulée l'_Oiseleur_.
OISELIER. _s. m._ celui qui vend des _oiseaux_ de voliére, qui les éleve en cage.
OMBELLE. _s. f._ Terme de Blason qui se dit d'une espece de parassol que le Doge de Venise met sur ses Armes par une concession d'Alexandre III. quand il se réfugia à Venise en fuyant la persecution de Federic. Elle est quelquefois sur les Armes de la République.
OMBELLE en termes de Botanique est une partie de la plante, dont le bout de la tige se divise en plusieurs autres moindres tiges, lesquelles portent des bouquets ou graines; comme le fenoüil & l'anet sont des plantes à _ombelle_. Ce mot vient de ce que ces petites tiges s'ouvrent & sont disposées de la même maniére que les bâtons qui supportent un parassol, ou _ombelle_.
OREILLE. _s. f._ partie double de la tête des Animaux qui leur sert à ouïr, à entendre les sons qui la frappent. Pour la perfection de l'ouïe la Nature nous a donné une oreille exterieure & une interieure: l'exterieure est d'une substance membraneuse, & cartilagineuse, c'est à dire, mitoyenne entre l'os & la chair. Sa figure est presque en demi cercle, & creuse par dedans, comme une petite caverne; le haut de l'_oreille_ s'appelle l'aîle ou l'aîleron; l'extrêmité de son tour enfoncé du devant au dedans s'appelle gibbeuse, le trou & le creux de dedans s'appelle _la petite coquille_, ou _conque_, parce qu'elle ressemble à l'entrée de la coquille d'un limaçon; la cavité qui est auprés du conduit de l'_oreille_, en laquelle s'amassent ses ordures, s'appelle _Ruche_; & cette glu ou ordure qu'on en tire avec un cure-oreille, s'appelle le _suif_, & par quelques-uns la _cire_; le bout ou tendon qui est plus gras & charnu, s'appelle _lobe_, ce bout-là rougit d'ordinaire, quand on a de la honte; & tout le circuit de l'_oreille_ se nomme _helix_, c'est à dire, _tour_ ou _tortis_. Le conduit de l'_oreille_ est formé de parties cartilagineuses & osseuses. Les animaux couverts de plumes ou d'écailles n'ont point d'_oreilles_ exterieures, mais ils ont un trou ouvert pour ouïr.
L'_oreille interne_ est située en l'os pierreux derriére l'apophyse mamillaire, dans la partie écailleuse de l'os des temples, & est separée de l'organe externe de l'ouïe par la membrane du tambour: Elle est composée de quatre conduits; le premier qui est tourné vers le dehors, & toûjours ouvert, est celui qui donne passage au son, il est tortueux, biaisant, long & étroit, au bout duquel il y a cette membrane qu'on nomme tambour, qui est mince & seche, déliée & qui a le sentiment extrêmement vif. Ceux qui l'ont trop dense & épaisse dés leur naissance sont des sourds incurables. Derriére cette membrane on trouve une seconde cavité, que quelques-uns appellent la _quaisse_ du tambour, & d'autres le _bassin_, dans laquelle est contenu un certain air naturel & interne, que les anciens Medecins ont appellé implanté, qui selon eux, reçoit aisément l'impression de celui de dehors, & ils tiennent qu'il sert à l'ouïe, comme le crystalin à la vûë. Là on découvre trois petits os à qui on a donné le nom de leur figure; le premier est fait comme un petit _marteau_, le second comme une _enclume_, & le troisiéme qu'on nomme _étrier_, est triangulaire, comme étoient les étriers antiques. M. du Vernay en a découvert un quatriéme sur la tête de l'étrier; & ce qui est à remarquer, c'est qu'ils sont aussi gros & aussi grands aux enfans qu'aux hommes d'âge. Ils sont placez dans la cavité de la quaisse. Il y a une corde fort deliée qui passe derriére la peau du tambour, de même que le tymbre qui fait resonner un tambour de guerre. On doute si c'est une veine, un nerf ou une artere, tant elle est petite. Du Vernay dit que c'est un nerf. Il y a aussi des muscles dans cette cavité, dont deux servent au mouvement du marteau, & l'autre à celui de l'étrier. Ils sont si déliez qu'à peine les peut-on voir. Ils servent au flux & au reflux, ou au double mouvement du marteau: il y a aussi deux petites fenêtres, dont la plus haute s'appelle _ovale_, à cause de sa figure. La seconde est sans nom; & il y a un conduit qui va jusques dans le palais. La troisiéme cavité qui est creusée dans l'os pierreux, s'appelle le _labyrinthe_, pour ce qu'il y a plusieurs trous & chambrettes cachées. Elle est faite comme une coquille d'escargot. Sa premiére partie s'appelle le _Vestibule_, qui a 9. ouvertures, & la derniére le _limaçon_ ou _trou aveugle_, parce qu'il est sans bout & issuë. Il est composé d'une lame spirale montante, qui separe en deux un canal demi ovallaire, qui fait deux tours & demi au tour du noyau du limaçon toûjours en diminuant, & forme comme deux rampes d'escalier. C'est dans cette partie que du Vernay met l'organe immédiat de l'ouïe. Enfin on trouve le nerf de l'ouïe qu'on nomme le _nerf auditif_, qui prend son origine de la cinquiéme conjugaison suivant les Anciens, & la septiéme suivant les Modernes. Il y en a aussi un rameau de la seconde paire vertebrale, qui porte les images de tous les sons au sens commun. Enfin il y a un petit conduit cartilagineux, qui va de l'ovale dans le palais de la bouche, qu'on nomme _aqueduc_, & qui est fermé par une petite valvule, ou sous pape: de là vient que les sourds entendent un peu par la bouche, & qu'en leur faisant prendre le manche d'un luth avec les dents, ils en entendent l'harmonie. Dessous & derriére les oreilles il y a des glandules qu'on appelle _parotides_, qui sont des émonctoires par où le cerveau se décharge, & quand elles sont trop humectées, il s'y fait des tumeurs que le peuple appelle _orillons_ ou _oripeaux_. Ce mot d'_oreille_ vient du Latin _auris_, que Dulaurens dérive de _haurire_, qui signifie tirer ou puiser, parce que les oreilles tirent & reçoivent la voix & les sons dans leurs cavitez. Quelques Medecins ont crû que quand les _oreilles_ étoient coupées, les hommes devenoient stériles, & que de là est venuë la coûtume de couper les _oreilles_ aux larrons de peur qu'ils n'engendrassent de petits larronneaux.
Les _oreilles_ des Animaux sont faites diversement. Le Veau marin & toutes les especes de lezards & de serpens n'ont point du tout d'_oreilles_ externes; le singe & le porc-épic les ont applaties contre la tête comme les hommes; il y a une espece de Baleine qui a l'ouverture de l'_oreille_ sur les épaules. Les taupes ont le conduit de l'_oreille_ fermée par une petite peau qui s'ouvre comme une paupiére. La tortuë, le cameleon aussi bien que la plûpart des poissons, ont le conduit de l'_oreille_ tout à fait bouché.
Les bruits, les tintoins, les bourdonnemens sont des maladies des _oreilles_. Quand on dit qu'un homme a l'oreille dure, c'est à dire, honnêtement qu'il est sourd.
Les Incas du Perou se faisoient particuliérement remarquer par leurs _oreilles_, dont la largeur étoit si prodigieuse qu'elle est incroyable. Ils accordoient aux Capitaines qui les avoient bien servis, comme un grand privilege la permission de se percer les _oreilles_, à condition que le trou n'en seroit pas la moitié si grand que celui de l'Inca, & on leur donnoit même la mesure du trou, afin qu'il ne fût pas plus grand que le privilege portoit. Ils y portoient des pendans d'_oreille_ attachez à deux filets, longs d'un quart d'aune, & gros d'environ la moitié d'un doigt, ce qui les fit appeller par les Espagnols _orejones_, c'est à dire, hommes à grandes _oreilles_. Cette coûtume de se percer les _oreilles_ étoit aussi en usage chez les Indiens d'Orient, dont il est fait mention ci-aprés au mot PENDANS D'OREILLE.
OREILLE en termes de Musique, se dit du jugement que l'_oreille_ fait des sons. Cet homme danse bien, il a l'_oreille_ fine, juste, delicate, il observe la cadence. Cet homme n'a point d'_oreille_, ne distingue pas les tons & les mesures. On dit aussi des Orateurs & des Poëtes qu'ils doivent avoir de l'_oreille_, pour dire qu'ils doivent observer la cadence de leurs Vers, de leurs périodes, éviter les cacophonies. Un Ancien a dit que le jugement de l'_oreille_ étoit fort rigoureux.
On dit en ce sens d'un discours, des paroles, qu'elles blessent, qu'elles choquent les _oreilles_, quand elles déplaisent. Les ordures blessent les _oreilles_ chastes. Les barbarismes choquent les _oreilles_ des gens polis. Les belles paroles n'écorchent point l'_oreille_. Les grands ont les _oreilles_ delicates, se choquent de peu de chose. La Musique charme, flatte, chatoüille l'_oreille_. Il y a bien des gens qui se laissent prendre par l'_oreille_, charmer par une belle voix, persuader par un beau discours. On dit aussi qu'une chose sonne mal aux _oreilles_, quand elle est odieuse, quand on en a mauvaise opinion. On dit qu'un homme a l'_oreille_ d'un Prince, d'un Ministre, pour dire qu'il en a de favorables audiences, & tant qu'il veut; qu'il lui souffle, qu'il lui corne aux _oreilles_ quelque chose, pour dire qu'il fait tant qu'il le persuade. Il lui a dit un mot à l'_oreille_, pour dire qu'il lui a donné un avis secret.
A Syracuse il y a un lieu qu'on appelle l'_oreille_ de Denis le Tiran, c'est un trou qui perce dans une montagne, & qui fait qu'on entend en haut tout ce qui se dit en bas, quoi qu'à une grande distance.
On dit que la gelée, le vent, la grêle ont donné sur l'_oreille_ aux fruits, au bleds, pour dire qu'ils en ont été endommagez, qu'ils baissent l'_oreille_. On dit aussi d'un chapeau, qu'il baisse l'_oreille_, pour dire que les bords ne le soûtiennent pas bien; qu'il fait le clabaud: c'est une métaphore tirée des chiens de chasse qui ont de grandes oreilles pendantes.
OREILLE de cochon, est la partie du cochon la plus delicate pour manger en ragoût.
OREILLE de Parisien est un petit ouvrage de Patisserie fait de bœuf fort épicé, enveloppé d'une pâte legere en forme d'_oreille_, qu'on appelle autrement _rissolle_.
OREILLES du cœur sont deux petites parties ou ouvertures du cœur faites en forme d'_oreilles_, dont la droite aboutit à la veine cave, & la gauche à l'entrée de l'artere veineuse. Elles servent à recevoir le sang, & à en faire la circulation dans le cœur; l'_oreille_ gauche du cœur se dilate, quand le cœur se resserre pour en faire sortir le sang.
OREILLE en terme de mer se dit des voiles Latines qui sont triangulaires, qu'on appelle _oreilles_ de liévre ou à tiers point à la difference de celles qui sont à trait quarré. On appelle aussi les _oreilles_ ou les pattes d'un ancre.
OREILLE en termes d'Artisans, se dit aussi de deux petites avances qu'on applique au bord d'une écuelle pour la tenir plus facilement. Une écuelle à _oreilles_.
On appelle aussi _oreille_ la partie d'un cercle de fer qui est au haut d'un chauderon dans laquelle l'anse est mobile; & dans un minot la partie du cintre où sont attachez les deux bouts de la potence.
On appelle aussi _oreille_ les deux grosses dents d'un peigne qui sont aux extrêmitez, qui conservent les autres.
On appelle _oreilles_ d'un cadenas, ses ouvertures dans lesquelles son anse est mobile.
OREILLE se dit aussi du bord replié d'un livre, quand on veut y faire quelque marque pour retrouver aisément quelque endroit singulier, ou l'endroit où on en est demeuré en le lisant, cela arrive aussi aux livres frippez, qu'on a beaucoup maniez avec peu de soin.
OREILLE se dit aussi de cette petite courroye où se termine le quartier du soulier, qui sert à y attacher des rubans, ou des boucles pour le serrer.
OREILLE en terme d'Organistes, se dit de deux petites plaques de plomb que l'on soude sur les tuyaux à côté de leur bouche ou lumiére, qu'on abaisse ou qu'on releve pour faire des sons plus graves ou plus aigus: ils les nomment ainsi, parce qu'il semble qu'elles écoutent si les tuyaux sont d'accord.
On appelle en termes de Blason _oreilles_ deux petites pointes qui sont au haut des grandes coquilles, comme celles de S. Jaques.
On appelle _oreilles_ d'abricots des abricots confits dont on a ôté les noyaux, & dont on a rejoint les deux moitiez, en sorte que l'extrêmité de l'une n'aille qu'au milieu de l'autre, ce qui represente une espece d'_oreille_.
_Oreille_ d'ours est une petite fleur printaniére qui pare agréablement un parterre, quand on la sçait bien disposer: car il y en a de plusieurs couleurs. Cette herbe est une espece de saniclet qui a les feüilles grandes comme le plantain, & roulées dans le bourgeon: elles ont certains replis ou bords fort artistement faits, on l'appelle en Latin _Ursi auricula_, ou _dentaria minor_, ou _lunaria sanicula_, ou _artritica_.
_Oreille d'âne_, est aussi un nom qu'on donne à la grande consolide qui est une plante fameuse en Medecine. Voyez CONSOLIDE.
_Oreille_ de Rat, ou de souris, est le nom d'une plante qu'on appelle en Latin _pilosella_, c'est une espece de mouron, elle rampe toûjours par terre, & a des feüilles disposées en étoile, couvertes de poils blancs, ses tiges aussi rampantes ressemblent à de petites cordes souples rondes & veluës, qui prennent racine & poussent des branches nouvelles. Ses fleurs sont jaunes, qui à leur maturité s'envolent en bourre; ses racines sont déliées, & pourtant difficiles à arracher. Si on coupe la plante, elle rend du lait: son suc est astringeant, constipe le bêtail, & le fait mourir. Mathiole.
OREILLE se dit proverbialement en ces phrases: Un chien hargneux a toûjours les oreilles déchirées, pour dire que les gens quérelleux sont sujets à être battus. On dit que les murs ont des _oreilles_, pour dire qu'on a beau parler secretement & à l'_oreille_, il y a toûjours quelque espion qui écoute, &c.
On dit qu'un homme se fait tirer l'_oreille_, pour faire quelque chose, quand il la fait à regret, ce qui se dit par allusion à une coûtume qu'avoient les Romains d'amener par l'oreille en justice, ceux qui ne vouloient pas y venir rendre témoignage d'une action qu'ils avoient vûë, lors de laquelle on leur pinçoit, & on leur tiroit l'_oreille_, afin qu'ils se souvinssent du fait, dont on voit plusieurs témoignages dans Plaute, Virgile, & Horace, &c.
OREILLÉ. ée. _adj._ terme de Blason qui se dit des dauphins, lorsque leurs _oreilles_ sont d'un émail different de leurs corps; on le dit aussi des grandes coquilles, quand elles ont des _oreilles_ aussi d'émail different.
ORGUE. _s. f._ & autrefois _masculin_. C'est le plus grand & le plus harmonieux de tous les instrumens de Musique qui est particuliérement eu usage dans les Eglises, pour célébrer l'Office Divin avec plus de solemnité. On fait pourtant dans les maisons particuliéres quelques _orgues_ portatives, qu'on nomme cabinets d'_orgues_, mais dans les Eglises, on appelle buffet d'_orgues_ cette construction de menuiserie qui enferme toute la machine. Le grand Buffet sert pour le grand jeu, qu'on appelle le grand corps, & le petit buffet pour le petit jeu qu'on nomme le _positif_. Ce mot vient du Latin _organum_.
L'_orgue_ est composée de plusieurs tuyaux qui reçoivent le vent de gros soufflets, lequel est distribué par un sommier & par le moyen de plusieurs registres, qui ouvrent & ferment les ouvertures de ces tuyaux; & il y entre selon qu'on appuye les doigts sur les differentes touches du clavier.
On appelle accompagnement en l'_orgue_ les divers jeux qu'on touche pour accompagner le Dessus, comme sont le bourdon, la montre, la flûte, le prestant, &c. Ceux de la grande _orgue_ sont differents de ceux du positif.
La plûpart des piéces qui composent l'_orgue_ sont expliquées à leur ordre alphabetique: on dira seulement ici que le _chassis_ est une des principales piéces de l'_orgue_, parce qu'on enchasse dedans l'ais du sommier sur lequel on pose les tuyaux; on applique sur la table du sommier des tringles d'épaisseur de membrure, qu'on appelle _Barreaux_, éloignées les unes des autres de deux doigts, pour faire place à 48. _Raynures_ ou _crans_ ou _graveures_, sur lesquelles on met des _chappes_ ou des ais qui les couvrent, & dans l'intervalle vuide de ces _Raynures_, on fait entrer des Régles planettes & mobiles en forme de lattes, qu'on nomme _Registres_, on perce ces trois piéces vis à vis l'une de l'autre, pour donner passage au vent dans les tuyaux, lesquels on applique sur le plus haut de ces trous, & cet assemblage s'appelle le _sommier_ de l'_orgue_. On appelle le _secret_ de l'_orgue_ une layette ou quaisse, où est reçû & réservé le vent de la souflerie, pour le distribuer par les sous-papes au sommier qui est derriére. Vitruve nomme le _sommier canon musical_.
On appelle le _tamis_, la piéce de bois percée, à travers laquelle passent les tuyaux de l'_orgue_, & qui les tient en état.
L'orgue a deux ou trois & quelquefois quatre ou cinq claviers, dans les grands Buffets: ils sont divisez en plusieurs touches ou marches, comme ceux de l'Epinette & du clavessin. Chaque octave doit avoir 13. marches, & le clavier harmonique parfait en doit avoir 19. Une _orgue_ a pour le moins 2000. tuyaux tant dans le grand Buffet que dans le positif, & elle a jusqu'à 8. octaves d'étenduë depuis le tuyau de 32. pieds jusqu'à celui d'un demi-pied. Ces tuyaux sont de bois, d'étain, ou de plomb. Il y a des tuyaux à anche & des tuyaux ouverts & d'autres bouchez, où on remarque que le tuyau bouché descend deux fois plus bas que celui qui est deux fois plus long, & qui est ouvert, parce que l'air qui y entre, & qui en sort, a deux fois autant de chemin à faire. Les tuyaux à cheminée sont ceux qui ont un petit tuyau soûdé au bout d'en haut d'un plus grand.
Les simples jeux de l'_orgue_ sont, la montre, le premier & le second bourdon, le prestant & la doublette, le flageolet, & le nazard, la flutte d'allemand, la tierce, la fourniture, la grosse cimbale, la seconde cimbale, le cornet, le larigot, la trompette, le clairon, le cromorne, la régale ou la voix humaine, la pédale, la trompette & la flûte de pédale, sans compter le tremblant qui n'est qu'une modification des jeux.
De ces jeux on en fait plusieurs composez, qu'on varie en une infinité de façons. On appelle le plein jeu de l'_orgue_ celui qui est composé de la montre, du bourdon, du 16. & du 8. pieds, du prestant & de la doublette, de la fourniture & de la tierce. Les facteurs d'_orgue_ y ajoûtent d'autres jeux, ou en retranchent suivant leur different genie, ou la dépense qu'on y veut faire.
On appelle le _temperament de l'orgue_ une diminution du ton majeur d'un comma, dont on augmente le ton mineur par une espece d'équation pour les rendre plus justes. L'invention de l'_orgue_ est fort ancienne: Vitruve en décrit une dans son dixiéme livre. L'Empereur Julien a fait une Epigramme à sa loüange. Saint Jerôme fait mention d'une _orgue_ qui avoit 12. souflets, dont la layette étoit faite de deux peaux d'Elephant, & on l'entendoit de mille pas: il dit qu'il y en avoit une en Jerusalem qu'on entendoit du Mont des Olives.
On appelle aussi _orgue_ le lieu de l'Eglise où sont les _orgues_. Il est allé aux _orgues_ entendre le Sermon. Ce mot vient du Latin _organum_. Salomon de Caux dit que le premier Auteur qui a écrit de l'_orgue_ est Heron Alexandrin dans ses Pneumatiques. Le Pere Mersenne a fait une ample description de l'_orgue_ aussi bien que Salomon de Caux. Le Begue a fait imprimer plusieurs piéces d'_orgue_, qui font voir comme on en peut mêler les jeux agréablement.
ORGUES en termes de guerre est une machine composée de plusieurs gros canons de mousquet, attachez ensemble, dont on se sert pour défendre les brêches & autres lieux qu'on attaque, parce qu'on tire par leur moyen plusieurs coups tout à la fois.
ORGUES est aussi une espece de herse, avec laquelle on ferme les portes des Villes attaquées: ce sont plusieurs grosses piéces de bois qu'on laisse tomber d'en haut, & qui ne sont point attachées l'une à l'autre par aucune traverse, comme sont les herses ordinaires, ou Sarrasines.
ORGUES en termes de Marine sont des trous & ouvertures qui passent au travers du bordage d'un Vaisseau le long des tillacs ou des sabords qui servent de goutiéres pour l'écoulement des eaux: on les appelle autrement _dalots_.
ORIFLAME. _s. f._ les Anciens le faisoient _masculin_. Etendart de l'Abbaye de Saint Denys. Quelques-uns ont dit qu'elle étoit semée de flammes d'or, d'où elle avoit pris son nom. Elle differoit de la Banniére de France qui étoit d'un velours violet ou bleu celeste à deux endroits semez de fleurs de lys d'or plus plein que vuide. Elle étoit aussi differente en la forme, parce que celle de France étoit toute quarrée sans aucunes découpures par le bas, non plus que les autres banniéres, au lieu que l'Oriflame étoit attachée au bout d'une lance en guise de gonfanon, qui d'abord étoit pendu sur le tombeau de Saint Denys, & ne servoit que pour l'Abbaye. Il étoit mis entre les mains de son Avoüé qui étoit le Comte de Vexin, pour défendre les biens de l'Eglise & du Monastére, c'étoit une espece de _labarum_ ou de gonfanon, ou de banniére comme en avoient toutes les autres Eglises, qui étoit fait de rouge & de soye de couleur de feu qu'on nommoit _cendal_ ou _samit vermeil_, qui avoit trois queuës, ou fanons, & étoit entouré de houppes de soye verde, &c.
P.
PEAGE. _s. m._ Il s'est dit autrefois en général de toutes sortes d'impôts, qui se payoient sur les marchandises, qu'on transportoit d'un lieu à un autre: maintenant il se dit d'un Droit qu'on prend sur les voitures des marchandises pour l'entretien des grands chemins. La plûpart des Seigneurs s'attribuent des droits de _péage_ sur leurs terres, sous prétexte d'entretenir les chemins, les ponts & chaussées. Anciennement ceux qui tenoient ce droit, devoient rendre les chemins seurs, & répondre des vols faits aux passans. Cela s'observe encore en quelques endroits d'Angleterre & d'Italie, où il y a des gardes qu'on appelle _stationnaires_, établis pour la seureté des Marchands, & entre autres à Terracine sur le chemin de Rome à Naples. Anciennement si un homme étoit détroussé en chemin public & entre deux soleils, le Seigneur Haut-Justicier qui levoit le _péage_, étoit obligé de le rembourser. Il y a une Ordonnance de mille cinq cens septante portant abolition de tous _péages_ établis depuis cent ans sur la riviére de Loire. La plûpart des _péages_ sont de pures usurpations. L'Ordonnance de 1552. enjoint aux Seigneurs qui ont droit de _péage_, d'entretenir les ponts & passages. Le _péage_ est appellé de divers noms dans les Coûtumes & les Ordonnances. On le nomme _Barrage_ aux entrées des Bourgs & des Villes, _Pontenage_ aux passages des ponts, _Billete_ ou _Brunchiere_ aux passages de campagne, où on a mis pour signal un petit billot de bois attaché à une branche, on l'appelle quelquefois _coûtume_ ou droit établi sans titre, quelquefois _prevôté_ ou menu droit casuel, & quelquefois _travers_, qui est un droit qui ne se paye que sur la frontiére. Ce mot vient de _paagium_, abregé de _passagium_ selon Vossius cité par Ménage: d'autres disent de _pedagium_ qu'on trouve aussi chez les Auteurs Latins. Borel le dérive de _pagus_ ou _pais_.
PEAGER. _s. m._ Fermier du péage, qui exige & fait payer ce droit. Les _Péagers_ doivent mettre des billetes, des tableaux & pancartes en lieu éminent, pour faire connoître les droits qui sont dûs.
PEAUTRE _s. m._ le gouvernail d'un vaisseau. On dit proverbialement à des importuns qu'on veut chasser loin de soy: Allez au _peautre_: Je l'ay bien envoyé au _peautre_, je l'ay bien envoyé promener.
PEAUTRÉ en termes de Blason se dit de la queuë des poissons, lorsqu'elle est d'autre couleur que le corps, parce qu'elle est en effet le gouvernail des poissons: Il portoit d'argent au dauphin versé de sable, allumé, barbé & _peautré_ d'or.
PEIGNE. _s. m._ petit instrument qui sert à décrasser & à nettoyer la tête, à arranger les cheveux, & à les tenir proprement. Il est fait d'un morceau de bois, d'ivoire, de corne, ou d'écaille de tortuë, divisé en plusieurs dents, ou petites ouvertures qui donnent passage aux cheveux. Les _peignes_ font la principale garniture d'une toilette, d'une trousse, un étuy, une brosse à _peignes_: les Dames se coiffent avec les _peignes_: Les Courtisans fanfarons ont toûjours un _peigne_ à la main. Les Tyrans ont eu aussi des _peignes_ de fer, pour tourmenter les Martyrs en leur déchirant la peau: Les grosses dents d'un _peigne_ s'appellent les _oreilles_. Ce mot vient du Latin _pectem_.
PEIGNE se dit aussi de l'instrument avec lequel on carde, on démêle la laine, la bourre, la soye. Un _peigne_ de Cardeur est un morceau de bois chargé d'une infinité de petites pointes recourbées de fil de fer.
PEIGNE de Tisserand est une espece de chassis, ou treillis qui a un grand nombre de petites divisions ou ouvertures, dans chacune desquelles on passe les fils de la chaîne qui doit former la longueur de la piéce de la toile, ou de l'étoffe: elles servent à les soûtenir, & à laisser passer la navette qui porte les fils qui doivent être en travers. Les _peignes_ de velours ont soixante ou quatre-vingt portées.
PEIGNE de jable se dit chez les Tonneliers des morceaux de douve amenuisez par un bout, & qui entrent à force dans les cerceaux pour réparer un jable rompu.
PEIGNES en termes de Manége sont des gratelles farineuses qui viennent aux paturons du cheval, & qui font hérisser le poil sur la couronne.
PEIGNE se dit figurément en choses morales: Il faut donner encore un coup de _peigne_ à cet ouvrage; pour dire, il le faut revoir pour le polir davantage. On dit aussi qu'un Satirique a donné un coup de _peigne_ à quelqu'un; pour dire qu'il en a fait quelque description maligne, qu'il l'a rendu ridicule.
PEIGNE de Venus, est une plante medicinale, que les Medecins appellent _pecten Veneris_, & autrement _scandix_, qui est ainsi nommée, parce qu'elle a plusieurs cornets disposez comme un _peigne_ à peigner le lin. Sa tige est haute d'un demi pied, ses feüilles semblables aux pastenates sauvages, ou à la camomille. Elle jette plusieurs petits bouquets de fleurs blanches & menuës à la cime de ses branches, d'où sortent plusieurs petits becs ou aiguilles séparées les unes des autres, & disposées comme un _peigne_ de Cardeur.
On dit proverbialement d'un homme qui est en mauvaise humeur, ou en colere, qu'il tueroit volontiers un Mercier pour un _peigne_.
PEIGNER. _v. act._ décrasser sa tête, démêler, ou arranger ses cheveux avec un peigne: Les Courtisans sont toûjours bien peignez & bien frisez; c'est l'épithete ordinaire que donne Homere à tous ses Grecs.
PEIGNER signifie figurément rendre bien propre & bien ajusté: Cet ouvrage est bien _peigné_, on y a mis la derniére main, il est fort poli & orné: Voilà un jardin bien _peigné_, dont on a grand soin, il est fort propre & fort net.
On dit aussi en contre-sens que deux Harengeres se sont _peignées_, quand elles se sont prises aux cheveux, décoiffées, égratignées. On dit aussi que le chat a _peigné_ le chien, quand il lui a donné quelques coups de griffes.
PEIGNÉ. ée. _part. pass. & adj._ On dit de la laine _peignée_, du chamvre _peigné_, lorsqu'ils ont passé par les mains des Cardeurs, ou qu'ils ont eu quelque autre préparation pour les nettoyer.
PEIGNIER. _s. m._ Marchand & Artisan qui vend, ou qui fait des peignes.
PEIGNOIR. _s. m._ linge qu'on met sur ses épaules tandis qu'on est à sa toilette, qu'on se peigne: Les femmes en deshabiller ont de beaux _peignoirs_ à dentelles.
PEIGNURES. _s. f. pl._ cheveux qui tombent quand on se peigne: Les perruques ne se faisoient autrefois que de _peignures_.
PELLICAN. _s. m._ oiseau aquatique qui approche de la forme d'un heron, dont le cry ressemble au braire de l'âne, d'où vient que les Grecs l'ont appellé _onocrotalos_. On tient qu'il aime si fort ses petits, qu'il meurt pour eux, & se déchire l'estomach pour les nourrir. On en dit plusieurs fables, & on en fait l'hieroglyphe de l'amour paternelle.
PELLICAN est un vaisseau de Chymie fait ordinairement de verre avec des anses creuses & percées, qui sert à faire plusieurs distillations des liqueurs par circulation; & à les réduire dans leurs plus petites parties.
PELLICAN est aussi un ferrement dont se servent les Chirurgiens pour arracher des dents.
PELLICAN est aussi un nom qu'on donne à une ancienne piéce d'artillerie, qui est un quart de coulevrine portant six livres de boulet. Voyez HANZELET.
PENDULE. _s. m._ poids attaché à une corde, ou à une verge de fer, lequel étant agité une fois, fait plusieurs vibrations jusqu'à ce qu'il se soit remis en repos. Les vibrations du _pendule_ contiennent un espace de temps parfaitement égal. Un _pendule_ de trois pieds huit lignes & demie marque les secondes, & en Musique la mesure égale ou binaire. Galilée a le premier écrit & fait des observations sur le mouvement du _pendule_. On a trouvé par le moyen du _pendule_ qu'un corps pesant en tombant, parcourt en une seconde de temps, un espace de quinze pieds & un pouce, mesure de Paris. On se peut servir du _pendule_ comme d'une mesure invariable & universelle pour les lieux les plus éloignez & les siécles les plus reculez, par le moyen d'une vibration qu'on aura trouvée être précisément d'une seconde de temps selon le mouvement du Soleil: car si par exemple on trouve que le pied horaire (c'est ainsi que Monsieur Huggens appelle la troisiéme partie de ce _pendule_ à secondes) étant comparé au pied de Paris, soit, comme il est en effet, en proportion de 864. à 881. il sera aisé de faire la réduction de toutes les autres mesures du monde à ces mêmes pieds par le calcul. Mouton Chanoine de Lion a fait aussi un beau traité _de mensura posteris transmittenda_, sur le même principe.
PENDULE. _s. f._ est une horloge de nouvelle invention qu'on fait avec un _pendule_ qui en régle le mouvement égal par le moyen d'une ligne cycloïde, qu'on dit être inventée par M. Huggens, qui a fait un trés-beau Volume _de horologio oscillatorio_ imprimé en 1673.
PENES _ou_ PESNES en termes de mer se dit des bouchons d'étouppe attachez à un manche, qui servent aux calfateurs à goudronner un vaisseau, & le suifver & brayer.
PENNAGE. _s. m._ Terme de Fauconnerie. Tout ce qui couvre le corps de l'oiseau de proye. _Pennage_ blond, roux, noir, baglé, fleuri, turturin, cendré, &c. Selon les diverses couleurs que les oiseaux portent en leur robbe. L'oiseau a quatre sortes de _pennage_: 1. le _duvet_ qui est comme la chemise de l'oiseau proche sa chair; 2. la _plume menuë_ qui couvre tout son corps; 3. les _vanneaux_ qui sont les grandes plumes de la premiére jointure des aîles; 4. les _pennes_ qui s'étendent jusqu'à la _penne_ du bout de l'aîle qu'on appelle le _cerceau_.
PENNES _ou_ PANNES, terme de Fauconnerie. Sont les longues plumes des aîles, celles de la queuë s'appellent _balay_. Les pennes croisées sont une marque de la bonté de l'oiseau. Toutes les _pennes_ des aîles ont leurs noms, une, deux, trois, quatre, cinq, les _rameaux_ & le _cerceau_; les pennes du _balay_ pareillement, le milieu, la deux, la trois, &c. Les oiseaux ont 12. _pennes_ à la queuë. Ce mot vient de _penna_.
PENNES se dit aussi des petites plumes qu'on met au bout d'une fléche, ou d'un matras pour les faire aller droit, d'où est venu le mot de trait bien _empenné_, & un matras _desempenné_. Les _pennes_ se faisoient avec des plumes d'oye ou de gruë.
PENNE, _ou_ PENNACHE, en termes de Blason se dit des plumes d'oiseau qu'on met sur le Chapeau pour orner la tête, quand on les peint sur des écus: De Marolles porte d'azur à l'épée d'argent; la garde en haut d'or, accôtée de deux _pennes_ ou _pennaches_ adossées du second, c'est à dire, d'or.
PENNE en termes de Marine est le point, ou le coin des voiles Latines, ou à tiers point.
PENNON. _s. m._ Etendart à longue queuë, qui appartenoit autrefois à un simple Gentilhomme: c'est proprement un guidon à mettre sur une tente. Il est opposé à banniére qui étoit quarrée: car quand on faisoit quelqu'un Banneret, la cérémonie étoit de couper la queuë de son _pennon_, d'où est venu un ancien Proverbe: Faire de _pennon_ banniére; pour dire, passer à une nouvelle dignité. Il y a encore à Lion des Compagnies des quartiers qu'on appelle _Pennonages_, & leurs Chefs s'appellent Capitaines _Pennons_. Ce mot vient du Latin _Pannus_, parce que ces banniéres étoient autrefois faites de drap, ou d'autre riche étoffe, qui étoient comprises sous le même genre.
PENNON généalogique, est en termes de Blason un écu rempli de diverses alliances des Maisons desquelles un Gentilhomme est descendu, qui sert à faire ses preuves de noblesse. Il comprend les armes du pere & de la mere, ayeul & ayeule, bisayeul & bisayeule: il est composé de huit, de seize, de trente-deux quartiers, &c. sur quoi on dresse l'Arbre généalogique.
PIED. _s. m._ Partie double de l'animal, qui lui sert à se soûtenir & à marcher. L'homme & les oiseaux n'ont que deux _pieds_. La plûpart des animaux terrestres ont quatre _pieds_. La plûpart des insectes ont cent _pieds_, c'est à dire, un grand nombre. Les serpens n'ont point de _pieds_, ils rampent sur la terre. Les Marchands font accroire que les oiseaux de Paradis n'ont point de _pieds_, ce sont eux qui les coupent.
Les écrevisses ont douze _pieds_. Les araignées, les mittes, les polypes ont huit _pieds_. Les mouches, les sauterelles, les papillons ont six _pieds_. Les singes, les loups, la marmote marchent sur les _pieds_ de derriére.
En Autourserie on dit le _pied_ d'un vautour & d'un éprevier, au lieu qu'en Fauconnerie on dit la main de l'oiseau, du faucon.
PIED en tant qu'il appartient à l'homme, se marie avec plusieurs mots en diverses significations. On dit, lâcher le _pied_, pour dire, reculer, se défendre mal; gagner au _pied_, pour dire, prendre la fuite. On dit aussi qu'on ne peut mettre un _pied_ devant l'autre, pour dire, être foible, ne pouvoir marcher. On dit, mettre _pied_ à terre, pour dire, descendre de cheval; avoir le _pied_ à l'étrier, pour dire, être prêt à partir. On dit aussi, trouver _pied_, prendre _pied_: Il y a _pied_ là, lors qu'on trouve le fonds de la riviére, & qu'il n'est pas besoin d'y nager. On dit aussi, examiner un homme depuis les _pieds_ jusqu'à la tête, l'armer de _pied_ en cap. On dit aussi, qu'il sent le _pied_ de Messager, pour dire qu'il pue; & on appelle _pieds_ pourris, ceux qui ont toûjours les _pieds_ dans l'eau, comme ceux qui conduisent les trains de bois flotté. On dit qu'un homme a le _pied_ marin, pour dire qu'il supporte aisément la fatigue de la mer, qu'il ne s'y trouve point mal. On appelle _pied_ plat un rustre, un paysan qui a des souliers tout unis. Prendre au _pied_ levé, c'est à dire, sur le champ, sans delai. Avoir le _pied_ bot, c'est un nom général qu'on donne à un _pied_ estropié ou mal tourné, soit qu'il soit tourné en dedans, ce que les Latins appellent _varus_; soit qu'il soit tourné en dehors, ce que les mêmes appellent _valgus_. Avoir des cors aux _pieds_, c'est à dire, des calus ou des durillons. Porter le _pied_ en avant, tourner bien le _pied_, attendre de _pied_ ferme. Un appartement de plain _pied_; & au figuré un galand de plain _pied_.
PIED _fourché_ se dit des animaux qui ont le _pied_ fendu en deux seulement, comme les bœufs, les cochons, les moutons, les chévres, &c. Les Hebreux n'osoient manger la chair que des animaux qui avoient le _pied fourché_, & qui ruminoient. Le _Pied fourché_, est aussi une ferme d'un impôt qu'on léve aux portes de quelques Villes sur les animaux au _pied fourché_ qui s'y consomment. La ferme du _Pied fourché_ est differente de celle du _Pied rond_. On appelle des _pieds_ de cochon assaisonnez des _bas de soye_. On appelle _petits pieds_ la volaille, le menu gibier. Les Ecrivains appellent une écriture menuë & mal faite, des _pieds_ de mouche.
PIED de cheval, c'est la partie de la jambe depuis la Couronne jusqu'au bas de la corne. Le _pied_ gauche s'appelle le _pied_ du montoir, & le droit, le _pied_ hors du montoir. On dit qu'un cheval a le _pied_ gras, quand il a la corne foible & mince, lors qu'il est difficile à ferrer; qu'il a le _pied_ usé, qu'il a le _pied_ mauvais, qu'il a le _pied_ dérobé, lors qu'il a peu de corne, ou qu'il l'a usée pour avoir marché _pied nud_, c'est à dire, déferré; qu'il a le _pied_ comble, lors que sa sole est arrondie par dessous, & qu'il a besoin d'un fer vouté.
PIED _neuf_ se dit d'un cheval à qui la corne est revenuë, aprés que le sabot lui est tombé, auquel cas il ne vaut rien que pour le labour. Le petit _pied_ est un os spongieux renfermé dans le milieu du sabot, & qui a toute la forme du _pied_. On dit aussi, remettre un cheval sur le bon _pied_, galoper sur le bon _pied_, quand on le fait aller uniment & sur les mêmes _pieds_ qu'il a commencé de partir. On dit aussi, parer le _pied_ d'un cheval, pour dire, enlever la corne du cheval avec un boutoir autant qu'il est nécessaire pour le bien ferrer.
PIED se dit aussi des plantes & des arbres: Il a tant de _pieds_ d'œüillets, tant de _pieds_ d'anemones: Il a tant de _pieds_ d'arbres fruitiers dans ce jardin, tant de _pieds_ d'arbres dans cette forest. On appelle _pieds_ corniers les gros arbres qui sont dans les encoignures des ventes qui se font dans les forêts, & qui se marquent par le Garde-marteau. _Pied_ cornier, se dit aussi des longues piéces de bois qui sont aux encoignures des pans de charpente. On le dit aussi des quatre principales piéces qui font l'assemblage du bateau d'un carosse, qui soûtiennent l'imperiale, & où on attache les mains, où on passe les soûpentes.
PIED se dit aussi des choses tout à fait inanimées. Le _pied_ des Alpes, d'une montagne, d'un rocher. Le _pied_ d'une escabelle, d'une table, d'un bahut: le _pied_ d'un clavessin, d'un buffet, d'une platine: le _pied_ d'une lunette, d'un graphometre, sur lequel on pose sa genoüillére pour faire des observations. On appelle aussi le _pied_ d'une dentelle une petite dentelle qu'on coud à une plus grande pour la faire mieux paroître. On dit aussi qu'un homme a le nez fait en _pied_ de marmite, quand il l'a retroussé.
PIED en termes d'Architecture se dit premiérement des murs. Le _pied_ de la muraille, c'est l'escarpe: On a percé le fossé, on est au _pied_ de la muraille: On a sappé ce bastion par le _pied_; ce qui se dit aussi au figuré d'un raisonnement dont on a détruit le principe. On dit à la Paulme: Chasse au _pied_, on entend du mur.
PIED se dit aussi d'un talus, d'un penchant qu'on donne à des ouvrages pour les soûtenir, & particuliérement quand ils sont de terre: Ce rampart n'a pas assez de _pied_, de talus, il s'éboulera. On dit aussi qu'il faut donner du _pied_ à une échelle, l'éloigner de la muraille pour y monter sûrement.
On dit en Jurisprudence: Le _pied_ saisit le chef, c'est à dire, l'édifice suit la nature du sol, sur lequel on le peut élever tant qu'on veut.
PIED de fief en Jurisprudence feodale, se dit d'un fief dépecé & démembré, dont il est fort parlé en la Coûtume de Touraine.
PIED se dit aussi en parlant de ce qui est debout: Il a fallu être sur _pied_ toute la nuit pour veiller ce malade, ou à cause de cette allarme: Soyez sur _pied_ demain dés cinq heures, pour dire, Levez-vous matin: Il se leva en _pieds_ pour haranguer.
On dit d'un Courtisan, qu'il est obligé de faire le _pied_ de gruë, pour dire, qu'il faut qu'il se tienne toûjours debout; qu'il fait le _pied_ derriére, quand il fait la reverence, & burlesquement qu'il faut qu'il fasse le _pied_ de veau, quand il est obligé d'aller saluer quelque Puissant. On dit aussi, qu'il n'a pas mis le _pied_ dans une maison, pour dire, qu'il n'y est point entré depuis un tel temps. On dit de celui qui s'opiniâtre à demeurer dans un logis, qu'il n'en veut sortir que les _pieds_ devant, c'est à dire, étant mort.
On dit en ce sens & en termes de Guerre, mettre une armée, des troupes sur _pied_, pour dire, les lever & les entretenir. Un Capitaine, un Lieutenant en _pied_, c'est à dire, qui subsiste, qui n'est point réformé. On dit aussi des Compagnies, des Régimens de gens de _pied_, pour dire, de l'Infanterie. On appelle aussi un Valet de _pied_, celui qui sert & qui suit à _pied_ le Roy & les Princes.
On dit en termes de Marine, que des marchandises sont en _pied_, pour dire qu'elles sont encore en nature, & qu'un Marchand les peut revendiquer en payant les frais du sauvement. On dit aussi qu'un vieux Château, un bâtiment sont encore sur _pied_, pour dire qu'ils subsistent, qu'ils ne sont point abattus.
PIED de Roy est une mesure contenant douze pouces, ou cent quarante quatre lignes. Un _pied_ quarré est la même mesure en longueur & en largeur, qui fait cent quarante quatre pouces de superficie. Un _pied_ cube est la même mesure selon les trois dimensions. Le _pied_ cube a huit cent quarante-quatre pouces cubes. Le _pied_ des anciens Romains avoit quatre palmes, & on l'appelloit _pied_ Romain, ou _pied_ du Capitole. Le _pied_ Rhenan, ou le _pied_ de Leyden, est celui qui sert de mesure à tout le Septentrion: sa proportion avec le _pied_ Romain est comme de 950. à 1000. Voyez Casimir Polonois, qui dans sa Pyrotechnie a fait la réduction au _pied_ Rhenan de tous les autres _pieds_ des plus fameuses Villes de l'Europe.
PIED en termes de Poësie Grecque & Latine est la mesure des vers. Un vers hexametre a six _pieds_, un pentametre en a cinq. Les _pieds_ sont composez de deux syllabes, comme le spondée & l'iambe, ou de trois, comme le dactyle & l'anapeste.
PIED signifie aussi mesure de proportion. Toutes les moyennes d'or se réglent pour leur poids & leur valeur sur le _pied_ de l'écu sol, à proportion de son titre: On a fait cette contribution sur le _pied_ de vingt mille écus: On l'a payé sur le _pied_ de cent écus de gages: Sur ce _pied_-là il lui faut cent francs: Les Rentes se constituënt sur le _pied_ du denier 20. On dit aussi, réduire une figure au petit _pied_, pour dire, faire la copie d'un grand tableau en petit avec les mêmes proportions; ce qui se fait avec le chassis, le parallelogramme, ou le singe.
PIED en termes de Teinturiers se dit des premiéres couleurs qu'on donne aux étoffes teintes en grand & bon teint, pour en recevoir aprés d'autres qui ayent plus d'éclat ou de durée. Ainsi on dit que les Teinturiers du bon teint doivent donner aux étoffes un _pied_ necessaire de pastel, de garence ou de cochenille, devant que de les envoyer aux Teinturiers du petit teint; & ils sont obligez de laisser à la tête de la piéce une rosette de chaque sorte de _pied_ du bon teint qu'ils luy auront donné.
PIED se dit figurément en plusieurs choses morales. On dit, mettre ses injures, ses ressentimens au _pied_ du Crucifix, pour dire, les oublier, les pardonner pour l'amour de Dieu. On dit au contraire, mettre quelqu'un sous ses _pieds_, pour dire, le ravaler & le mépriser. On dit, se jetter aux _pieds_ de quelqu'un, pour dire, implorer sa grace, sa misericorde. On dit qu'un homme, est aux _pieds_ de la Cour, pour dire, qu'il est dans le Parquet de l'Audience. On dit, qu'un homme est à la Cour sur le bon _pied_, pour dire, en crédit, en fortune; qu'on le va voir sur le _pied_ de bel esprit, de sçavant. On dit aussi qu'on s'est réduit au petit _pied_, pour dire, qu'on a retranché son train, diminué sa dépense. On dit prendre les choses au _pied_ de la lettre, pour dire, à la rigueur & sans vouloir souffrir d'interpretation.
PIED se dit aussi en ces composez, _d'arrache-pied_, à _clochepied_, _marchepied_, _trepied_, _chevrepied_, _pied leger_, drap de _pied_, tapis de _pied_ qui sont expliquez à leur ordre.
A PIED, _adverbial_, se dit en ces phrases: être _à pied_, c'est-à-dire, n'avoir ni cheval, ni carrosse: être venu de son _pied_. On dit aussi qu'on a mis quelqu'un _à pied_, quand on luy a fait vendre son équipage. On dit qu'il fait bon d'aller _à pied_ quand on tient son cheval par la bride; qu'un cavalier qui n'a pas soin de son cheval, mérite d'aller _à pied_. On dit aussi, passer _à pied sec_; aller _pied à pied_, avancer peu à peu une affaire, accroître petit à petit sa fortune. Ou dit à la Guerre, gagner le terrain _pied à pied_ lorsqu'on attaque une place dans les formes, qu'on fait des approches par trenchées.
PIED se dit proverbialement en plusieurs phrases. On dit qu'un homme a trouvé chaussure à son _pied_, pour dire, qu'il a trouvé une chose qui luy est fort convenable, ou au contraire quelqu'un qui luy résiste en face, qui se défend bien contre luy. On dit qu'il est déferré des quatre _pieds_, quand il a été si bien repoussé & contredit qu'il ne sçait plus que dire, ni que faire. On dit qu'un homme a bon _pied_, bon œïl, pour dire, qu'il se porte bien, & qu'il est fort vigilant, qu'il entend bien ses interêts; qu'il tient _pied_ à boule, qu'il est assidu à son travail; qu'il ne se mouche pas du _pied_, pour dire qu'il est fin & difficile à surprendre; qu'il tirera _pied_, ou aîle d'une affaire, pour dire qu'il en aura l'avantage de quelque façon qu'elle tourne; & qu'il le trouve toûjours sur ses _pieds_, pour dire, qu'il subsiste, quelque changement d'affaires qui arrive. On dit qu'il s'est tiré une grande épine du _pied_, lorsqu'il a surmonté quelque grande difficulté, qu'il s'est tiré d'une grande inquiétude; & on dit de celuy qui est ruïné, qui n'a plus moyen de faire le fanfaron, qu'il ne sçait plus sur quel _pied_ danser, qu'il est obligé d'aller à beau _pied_ sans lance. On dit de celuy qui est joyeux du succés de quelque affaire, qu'il croit tenir Dieu par les _pieds_. On dit qu'un homme a eu un _pied_ de nez, quand il a été trompé dans ses esperances. On dit qu'il a mis le pied dans la vigne du Seigneur, pour dire honnêtement qu'il a trop beu. Un Sergent dit que la vache a bon _pied_, lorsqu'une chose saisie est suffisante pour payer les frais d'un procés, ou que la partie qui poursuit, est riche. On dit lorsqu'on attend une chose promise qui ne vient point, qu'elle n'a point de _pieds_. On dit d'un grand criminel, qu'on l'a amené _pieds_ & poings liez, & qu'on l'a emmené _pied_ chaussé, l'autre nud, pour dire, en diligence, sans luy donner le loisir de s'habiller. Sa partie luy tient le _pied_ sur la gorge, pour dire, luy propose des conditions fort déraisonnables. On dit de ceux qu'on fait partir brusquement: Beuvez un coup, & haut le _pied_. On dit de celuy qui cause beaucoup, qu'il a les _pieds_ chauds. On dit d'une personne gaye, qu'elle a toûjours un _pied_ en l'air; & d'un vieillard, qu'il a déja un _pied_ dans la fosse. On dit qu'un homme qui a quelque grand sujet de tristesse, qu'il séche sur _pied_, qu'il voudroit être cent _pieds_ sous terre. On dit d'un miserable qui n'a point de bien, que c'est un _pied_ d'escaut, qu'il a les _pieds_ poudreux. On dit aussi qu'un homme fait rage de ses _pieds_ tortus: Chercher cinq _pieds_ à un mouton où il n'y en a que quatre: Chercher à _pied_ & à cheval. On dit aussi: Jamais coup de _pied_ de jument ne fit mal au cheval: pour dire, qu'un homme ne se doit point fâcher des injures, ou des maux que luy font les femmes. On dit, aller du _pied_ comme un chat maigre, comme un Basque. On dit, aller où le Roi va à _pied_, pour dire, aller à ses nécessitez. On appelle populairement un pendu, un Evêque des champs qui donne la benediction avec les _pieds_.
PIED d'aloüette, fleur qu'on appelle en Latin _consolida regalis_. Il y en a de plusieurs couleurs, de violettes, de gris-de-lin, de rouges, de blanches & de bleuës, il y en a aussi de pennachées. Elle fleurit aux mois de Juillet & d'Août.
PIED de biche, est la barre de fer qui sert à fermer les portes cocheres, qui se divise par un bout en deux crampons qui entrent dans les ferrures de la porte, & qui est par l'autre bout scellée dans la muraille.
PIED de chat, fleur dont on fait des sirops & des conserves pour les poulmoniques.
PIED de cheval, herbe, en Latin _tussilago_. Voyez PAS D'ASNE.
PIED de chévre est le composé de deux petits fers mobiles en charniéres, dont l'un se peut mouvoir d'un côté, & non pas de l'autre; c'est une piéce qui sert à faire la détente des horloges.
PIED de chévre est aussi une pince dont on se sert à remuër les pierres & les fardeaux, qui a un bec aigu, courbé & refendu.
PIEDESTAL. _s. m._ C'est la partie basse de la colomne sur laquelle pose son fust. Il est composé de trois parties, de sa base, de son dé, & de sa corniche, qui ont differentes mesures suivant les divers ordres. On l'appelle aussi _stilobate_, quelquefois _patin_.
PIED droit, terme d'Architecture, est le jambage d'une porte ou d'une fenêtre, les parements de pierre de taille qui sont des deux côtez d'une porte, où les gons de la porte sont fichez, où on attache la menuiserie des fenêtres. On le dit aussi des jambages des cheminées: Les _pieds_ droits des fenêtres doivent être embrasez & refeuïllez au moins de deux pouces, afin que la menuiserie puisse joindre contre les murs.
PIED de _griffon_ est un instrument de Chirurgie, qui est de fer avec deux crochets, qui sert dans les accouchemens difficiles, à tirer la tête de l'enfant demeurée dans le ventre de la mere.
PIED de liévre se dit de ce qui sert aux Ecrivains à frotter & lisser leur papier, c'est en effet, un vray _pied_ de liévre.
PIED de liévre est aussi une herbe qui croît parmi les bleds qu'on appelle autrement _benoîte_, _galliot_ ou _ressize_, en Latin _lagopus_ ou _pes leporinus_. _Silvaticus_ la prend pour la _caryophylata_, ainsi nommée, parce qu'elle sent le girofle. C'est aussi le nom d'un oiseau ainsi appellé, parce qu'il a les _pieds_ velus comme un liévre.
PIED de lion, ou _patte de lion_ est une plante qui croît parmi les bleds & les champs, qui porte une tige haute d'un bon palme, qui a quelques concavitez, d'où elle jette plusieurs aîles, portant à sa cime deux ou trois grains dans des gousses en forme de cices. Ses fleurs sont rouges, & semblables à celles d'anemones; ses feüilles ressemblent à celles des choux, mais elles sont chiquetées comme celles de pavot; sa racine est noire & faite comme une rave, mais toute bossuë & pleine de durillons, en Latin _leontopetalon_. Il y a une espéce de _pied de lion_ qui a la feüille comme la maulve; mais elle est plus dure & plus retirée, compartie en huit angles fort apparents, & dentelée tout à l'entour, si bien qu'en l'ouvrant & l'étendant elle est faite comme une étoile. Sa fleur est pâle, de pareille figure, & petite: elle naît au haut de ses tiges qui ont demi coudée, ce qui l'a fait appeller en Latin _stellaria_, _alchimilla_, _pes_, ou _pata leonis_.
PIED d'oiseau, autre plante appellée en Latin _ornithopodium_.
PIEDOUCHE est un petit _piedestal_ qu'on met sous un buste, ou une petite figure, dans un cabinet, dans une gallerie. Il est ordinairement de marbre, on en fait quelques-uns de bois.
PIED d'oye est une plante qu'on nomme en Latin _pes anserinus_, _tota bona_.
PIED de veau, autre herbe, en Latin _arum_.
PIED de geline, herbe. Voyez FUMETERRE.
PHOSPHORE, _s. m._ C'est une pierre qu'on appelle autrement _pierre de Boulogne_, qui imbibe la lumiére étant exposée au Soleil, & qui étant bien enveloppée, la conserve pour rendre en un lieu obscur aussi long-temps qu'elle a demeuré à la recevoir. Elle est trés-claire, & pesante, & semblable au plâtre; elle contient beaucoup de sel & de cendres caustiques. Elle soûtient une forte calcination: elle est transparente comme le talc qu'on appelle _le miroir des ânes_; mais elle se réduit plûtôt en brins qu'en lames. On l'appelle _pierre de Boulogne_, à cause qu'on la trouve prés de Boulogne la Grasse dans le mont Paterna qui en est à quatre milles. Il y en a aussi quantité dans l'Embrunois. On pile cette pierre en poussiere trés menuë, on en fait de petits gâteaux en la paîtrissant avec de l'eau commune & du blanc d'œuf; on la laisse secher à l'ombre, & puis on la calcine dans un fourneau de reverbere. Si on en fait des crucifix, aprés qu'ils auront été exposez le jour au soleil, ils rendront la nuit une trés-grande lumiére.
On a vû depuis quelque temps d'autres _phosphores_ artificiels faits avec des compositions, &c.
R.
RAMADAN. Terme de Relations. C'est ainsi qu'on appelle le Carême des Mahometans, pendant lequel ils jeûnent tout le jour avec tant de superstition, qu'ils n'oseroient laver leur bouche, non pas même avaler leur salive. Les hommes peuvent se baigner, pourvû qu'ils ne mettent point la tête dans l'eau, de peur qu'il n'y en entre quelque goutte par la bouche ou par les oreilles; mais les femmes ne le peuvent pas, de peur de prendre l'eau par en bas. En récompense ils font bonne chere la nuit, & dépensent plus en ce mois qu'en six autres.
RAMBERGE. _s. f._ Terme de Marine, vaisseau Anglois en forme de patache, qui sert à faire la premiére garde à l'entrée d'un port où elle est entretenuë, & à aller faire la découverte, étant legére, & plus petite que les autres. Il y a pourtant des Auteurs qui parlent des _Ramberges_ d'Angleterre comme des plus gros vaisseaux qu'on mette en mer en ce païs-là.
RAT. _s. m._ Petit Animal nuisible, que quelques-uns mettent au rang de la vermine, lequel se fourre dans les trous des maisons, & ronge les grains & les hardes. Esope a fait une fable du _Rat_ de ville & du _Rat_ de village. Il y a des _Rats_ de grenier qui vivent du grain; & des _Rats_ d'eau, qui vivent de poisson, & qui habitent le long des étangs; l'un s'appelle _mus_, l'autre, _mus aquaticus_. On confond dans le langage ordinaire les souris & les _Rats_, quoi que ce soient des espéces differentes. Il y a des souris de campagne qu'on appelle _rattes rousses_. Les _Rats_ d'Egypte ont le poil dur & picquant, comme le herisson. Les Naturalistes distinguent les _Rats_ en plusieurs espéces, qui sont bien differentes selon les païs. Les _Rats_ de Pont sont blancs, & ont le dessus de la queuë fort noir, elle n'a qu'un doigt de long: ils sont gros comme des escurieux: Mathiole croit que c'est la même chose que l'hermine. Les _Rats_ Lassiques sont blancs & cendrez, ils ont le ventre blanc, & sont plus grands que les hermines; c'est ce qu'on appelle en Blason menu vair, & chez les Foureurs petit gris. Les _Rats_ de Nuremberg sont gros comme fouïnes, & ont le poil semblable à celuy du liévre; ils ont la queuë courte, & n'ont point d'oreilles, mais seulement deux trous qui leur en tiennent lieu. Les _Rats_ de Hongrie tirent sur le verd, & ressemblent aux bellettes, mais ils ne sont gueres plus gros que des souris. Les _Rats_ d'Inde ont le poil presque semblable aux marmottes, à la réserve qu'il est mêlé de plusieurs poils blancs, qui le font paroître argenté: ils ont la tête longue, le museau long, & les oreilles fort petites, ils sont gros comme des chats, mais ils ont les pieds plus petits, & le poil plus rude: on les appelle aussi _Rats_ de Pharaon, ou _Ramadous_; & quelques Auteurs tiennent que c'est une espéce d'_Icneumon_. On met aussi les Marmottes au rang des _Rats_: car on les nomme en Latin _mus montanus_. Quelques-uns mettent aussi l'escurieu au rang des _Rats_, parce qu'il ressemble extrêmement au _Rat Pontique_; & pareillement les loirs ou glirons qui sont des espéces de marmottes, qu'on appelle _mus Alpinus_, & pareillement les chauve-souris qu'on appelle _mus pennaticus_. Les mulots passent aussi pour une espéce de _Rats_ cachez en terre, _mus silvaticus_ ou _campestris_. Il y a dans les villes de l'Indostan des _Rats_ si gros & si affamez, qu'ils attaquent même les hommes, lorsqu'ils sont dans leur lit. Ce mot vient de l'Allemand _Rat_ signifiant la même chose.
On appelle ironiquement _Rat_ de cave, un Commis des Aides qui va visiter & marquer les tonneaux des Cabaretiers, pour en faire payer le Gros & Huitiéme.
On appelle de l'Arsenic, de la mort aux _Rats_, & généralement toute sorte de poison; & on dit d'une femme qui a empoisonné son mary, qu'elle luy a donné de la mort aux _Rats_.
On dit des méchans Auteurs, qu'ils ont à craindre les Beurrieures & les _Rats_.
En termes de Manége on appelle un cheval, queuë de _Rat_, quand sa queuë est dégarnie de poil; on appelle aussi queuë de _Rat_, des calus qui viennent aux jambes de derriére plus bas que le jarret.
En terme de Marine on appelle queuë de _Rat_, le cordage qui est plus gros par le bout d'en haut que par celuy d'en bas; ainsi on dit des escoutes à queuë de _Rat_, des couëts à queuë de _Rat_, quand ils sont attachez avec des cordes.
_Rat_, est aussi un nom que donnent les calfateurs à une espéce de ponton composé de bordages ou de planches, qui leur sert à donner le radoub au vaisseau.
_Rat_, est aussi un nom qu'on donne aux courants d'eau, ou aux contremarées, qui sont des mouvemens d'eaux contraires & fort dangereux, qu'on trouve sur tout dans les canaux où les mers sont serrées, comme dans le détroit de Magellan.
Quelques Ouvriers appellent _Rats_ les trous de filiéres qui servent à dégrossir l'or, l'argent, le leton, & à le réduire en fils déliez.
_Rat_, se dit proverbialement en plusieurs phrases. On dit, que la montagne est accouchée d'un _Rat_, pour dire, qu'il est venu un petit effet d'une grande attente. On dit du reste de quelque chose endommagée: Voilà ce que les _Rats_ n'ont pas mangé. On dit d'un homme qui paye mal, ou en petites parties, & en donnant des hardes & de mauvais effets, qu'il paye en chats & en _Rats_. On dit aussi d'un logis étroit, obscur & sale, que c'est un nid à _Rats_. On dit d'un homme pauvre, qu'il est gueux comme un _Rat_ d'Eglise. On dit aussi: A bon chat bon _rat_, en parlant de celuy qui se sçait bien défendre, quand on l'attaque. On dit, que des gens sont heureux comme _rats_ en paille, lorsqu'ils ont abondance de vivres, & qu'ils les mangent en repos. On dit aussi qu'une arme a pris un rat, lorsque le chien s'est abattu, & que l'arme n'a pas pris feu: on le dit aussi de celuy qui a manqué son coup en quelque autre sorte d'affaires. On dit d'une personne de fort petite taille, qu'elle n'est pas plus haute qu'un _rat_.
RATE. _s. f._ Terme d'Anatomie, partie du corps des Animaux située en l'hypocondre gauche à l'opposite du foye. Sa partie cave est tournée vers le foye & le ventricule, & la gibbeuse vers les extrêmitez des épines des côtes. Elle est de figure longue & quadrangulaire, & ressemble à une langue de bœuf. Hippocrate la compare à la plante du pied d'un homme. Sa chair est comme du sang caillé, rare & lâche comme une éponge, propre pour recevoir & boire les grosses humeurs du foye. Galien dit, que l'usage de la _rate_ est de nettoyer le sang feculent, & d'attirer l'humeur mélancolique; & pour cela quelques-uns l'ont appellée _faux foye_, & d'autres _l'organe du ris_; d'où vient qu'on dit de ceux qui se réjouïssent, qu'ils s'épanouïssent la _rate_. La _rate_ n'est autre chose qu'un tissu de veines, d'artéres & de fibres nerveuses entrelacées ensemble, & ce tissu qui fait sa substance, est ce qu'on appelle le _parenchyme de la rate_; il est recouvert d'une membrane composée aussi de fibres nerveuses capable de constriction & de dilatation: sa membrane vient du peritoine, & ses veines du rameau splenique; & il y a un petit nerf inseré, qui vient de la sixiéme conjugaison du cerveau. C'est une maxime que la plus grande _rate_ est toûjours pire que la plus petite: car quand elle s'enfle, elle rend toûjours le corps mal composé. On dit qu'on ôte la _rate_ aux Couriers du Grand Seigneur, afin qu'ils courent mieux; mais c'est une fable, car un homme ne sçauroit vivre sans _rate_, quoi qu'on ait vû des chiens vivre quelque temps aprés qu'on la leur avoit ôtée. Les Animaux qui ont peu de sang limoneux, n'ont point de _rate_.
L'Empereur Trajan appelloit le Fisc la _rate_ de l'Empire, parce que plus la _rate_ s'enfle, plus le reste du corps diminuë; ainsi plus le Fisc s'enrichit, plus le Peuple s'appauvrit.
On dit proverbialement & ironiquement à ceux qui tiennent quelque discours ridicule & peu vray-semblable: Vous avez bon foye, Dieu vous sauve la _rate_.
RATELEUX. euse. _adje._ Qui est sujet aux maux de _rate_, aux opilations de _rate_: Les _rateleux_ ont le corps livide & plombé: les _rateleux_ sont ceux qui ont la _rate_ enflée contre nature, ou qui l'ont endurcie de longue main, de sorte qu'on y apperçoit déja une tumeur skirrheuse. On les appelle autrement _spleniques_.
RATEPENNADE. _s. f._ Oiseau nocturne, chauve-souri. En Latin _mus pennatus_, _vespertilio_.
RESINE. _s. f._ Gomme, suc gras & visqueux qui coule des pins ou sapins, & de quelques autres arbres, qui s'enflamme aisément, & dont on fait de la poix & autres drogues. On mêle la _poix resine_ dans les flambeaux. Le mastic est la _resine_ du lentisque. Le camphre est une espéce de _resine_. La meilleure de toutes les _resines_ est la terebenthine qui doit être blanche & claire, tirant un peu sur le pers; & aprés, celle du lentisque, du pin & du sapin, & enfin celle de la pesse. Le cyprés produit aussi une _resine_ liquide qui a les mêmes proprietez que les autres. Pline distingue seulement deux sortes de _resine_, la liquide & la seiche. La _resine_ seiche se tire des pommes de pin, de sapin & de la pesse, on l'appelle proprement poix _resine_. La meilleure est celle qui est odorante & transparente, qui n'est ni seiche, ni humide, & qui ressemble à la cire. On fait cuire, seicher & brûler les _resines_ pour en tirer de la suye, comme on fait de l'encens, ou pour en faire de la colophone qu'on appelle _resine frite_.
RESINEUX. euse. _adje._ Bois qui produit de la _resine_. Dans les montagnes on fait des flambeaux d'une branche de pin & d'autres bois _resineux_.
RETINE. _s. f._ Terme d'Optique & d'Anatomie. C'est une des tuniques de l'œïl, qu'on met la cinquiéme en ordre, & qu'on appelle aussi _retiforme_ ou _reticulaire_, parce qu'elle est faite en forme de rets. Elle naît de la substance moëlleuse du nerf optique dilaté, c'est pourquoi elle est molle & blanche, & ressemble à de la cervelle délayée, ou à du papier huilé, & elle a la transparence de la corne des lanternes. C'est en cette partie que se fait la vision, ou l'impression des images, des objets, par le moyen des rayons de lumiére qui partent de chaque point de l'objet, qui se brisent dans le crystallin, & se vont peindre au fond de l'œïl sur la _retine_. On fait des _retines_ de papier huilé, ou d'une glace dépolie dans des yeux artificiels qui montrent clairement & sensiblement, comment se fait l'action de la vûë, & tournent en ridicule l'opinion de plusieurs Anciens qui croyoient qu'elle se faisoit par émission de rayons.
RETROGRADATION. _s. f._ Terme d'Astronomie, action par laquelle on marche, ou on se meut en arriére. On ne le dit guere que des planettes: La _retrogradation_ de Mars & de Saturne.
RETROGRADE. _adj. m. & f._ Qui marche en arriére, à reculons, ce qu'on compte à rebours: Le mouvement des écrevisses est _retrograde_. Quand au lieu de dire, 1, 2, 3, 4. on dit 4, 3, 2, 1. on appelle cela un ordre retrograde. Il y a des vers _retrogrades_ où on trouve les mêmes mots en les lisant à rebours, comme _Roma tibi subitò motibus ibit amor_: on les appelle aussi _recurrents_, & _reciproques_. Il y en a plusieurs exemples dans Pasquier.
RETROGRADE, en termes d'Astronomie, se dit d'un mouvement apparent des planettes, quand elles semblent reculer au lieu d'avancer. On les appelle directes, quand elles vont selon l'ordre, la suite & la succession des signes, comme d'_Aries_ en _Taurus_, de _Taurus_ en _Gemini_, &c. comme lorsqu'elles vont du perigée en l'apogée; & au contraire quand elles vont de l'apogée au perigée, elles sont _retrogrades_, & paroissent aller contre la succession des signes, de _Gemini_ en _Taurus_, de _Taurus_ en _Aries_, &c. la raison de ce phénomene est expliquée dans la Théorie des planettes de Quepler & d'autres Astronomes.
RETROGRADER. _v. n._ marcher ou se mouvoir en arriére, faire une chose à rebours, contre l'ordre naturel. Les planettes semblent _retrograder_ aprés qu'elles ont été stationaires: la Lune & le Soleil ne retrogradent jamais: Les faiseurs d'acrostiches tâchent de trouver les mêmes mots, soit qu'on les lise de droit fil, ou en _retrogradant_: Cet écolier va en _retrogradant_, au lieu de monter de Cinquiéme en Quatriéme, il l'a fallu remettre en Sixiéme: Ceux qui font paroître de grands efforts de mémoire disent plusieurs mots ou nombres en _retrogradant_ contre l'ordre naturel.
RHINOCEROS. _s. m._ Bête farouche à quatre pieds, ainsi nommée à cause d'une corne qui lui sort du nez. Pline dit que c'est l'ennemi de l'Elephant, qu'il s'aiguise la corne, quand il veut le combattre, tâchant de le frapper au ventre où il a la peau la plus tendre. Du Bartas a fait une belle description de ce combat qu'on tient fabuleux. Le _Rhinoceros_ est de la longueur de l'Elephant, mais il a les jambes plus courtes, & les ongles des pieds fendus. Pausanias asseure qu'il a deux cornes, l'une fort grande sortant du nez, l'autre petite, mais trés-forte qui pousse en haut; & quelques-uns disent que ces cornes ne sont point arrêtées, mais s'agitent de part & d'autre, & que quand il entre en colere, elles deviennent si roides & si dures, qu'elles déracinent un tronc d'arbre, quand elles le heurtent de front. Festus croit que c'étoit un bœuf d'Egypte, quoi qu'il ait la tête & le museau d'un cochon. On le chasse pour avoir sa peau qui est trés-dure & trés-forte, étant toute couverte d'écailles, & épaisse de quatre doigts; on en fait des cottes d'armes, des boucliers & des socs de charruë.
On appelle proverbialement, un nez de _rhinoceros_, un homme qui a un nez gros & éminent. Les Latins ont dit d'un homme fin & rusé, qu'il avoir un nez de _rhinoceros_.
ROUVRE. _s. m._ C'est la seconde espece de chêne qui est moins haut que les autres, qui a le tronc & le branchage tortu, creux & fort dur, qui a l'écorce rabotteuse, & la feüille un peu moindre que le vray chêne. Il a un gland gros, long & mince, ayant une longue queuë, & fort agréable au bêtail. Il y a trois sortes de chêne. Le chêne ordinaire, le _rouvre_, & le chêne verd. _Rouvre_ vient du Latin _robur_.
ROY. _s. m._ souverain, maître absolu. C'est la qualité qu'on donne à Dieu qui est le Roy, le souverain Créateur du Ciel & de la Terre, le _Roy des Rois_. On donne à J. C. sur la terre la qualité de Roy des Juifs.
ROY signifie aussi Monarque qui commande seul & souverainement à une région de la terre. Les Grecs appelloient le _Roy_ de Perse le Grand Roy. Les Europeans regardent le Roy de France comme le _Roy_ le plus grand & le plus puissant de l'Europe: on l'appelle le _Roy_ trés-Chrêtien: Le _Roy_ Louïs XIV. est le plus grand _Roy_ qui ait été depuis l'établissement de la Monarchie. Le _Roy_ d'Espagne est appellé le _Roy_ Catholique. Le _Roy_ des Romains, est un Prince désigné Empereur, qui est une espece de Coadjuteur à l'Empire. On a aussi appellé _Roy_ le Seigneur d'Yvetot.
ROY, se dit aussi des personnes qui sont de vaines images ou representations du _Roy_: comme celui qu'on fait au jour des _Rois_ qu'on nomme le Roy de la féve, c'est celui qui a trouvé la féve au gâteau dans sa part: On va faire les _Rois_, crier, Le _Roy boit_, en un tel lieu; pour dire, y faire la cérémonie de cette réjouïssance. On la célébre en l'honneur de la fête des _Rois_ ou de l'Epiphanie, & c'est pourtant une imitation des Saturnales des Payens. On appelle _Roy_, celui qui doit payer pour tous les autres un repas qu'on a joüé, & on dit alors qu'on a fait un _Roy_. On appelle aussi le _Roy_ du bal celui qui en fait les frais, & qui danse la premiére courante. Un _Roy_ de théatre, est un _Roy_ en representation, ou un _Roy_ qui laisse toute son autorité entre les mains de ses Ministres.
ROY, se dit aussi entre les Animaux de celui qui est le plus excellent en leur espece. Le Lion est appellé le _Roy_ des Animaux à cause de son courage. Le Phenix est le _Roy_ des Oiseaux à cause de sa rareté, qui est encore plus grande qu'on ne pense. Le Basilic est appellé le _Roy_ des Serpens, à cause qu'il tuë de ses regards, à ce que disent les Naturalistes qui ne l'ont jamais vû. Les Abeilles ont aussi leur _Roy_ qu'on dit être femelle & sans aiguillon.
ROY, se dit aussi de ce qui est excellent en chaque chose, de ce qu'on veut loüer: Cet homme a milles bonnes qualitez, c'est le _Roy_ des hommes: Voilà un manger de _Roy_, un plaisir de _Roy_, pour dire excellent: Quand ce seroit pour le _Roy_, il ne seroit pas plus chaud, il ne seroit pas meilleur: C'est un homme qui a un cœur de _Roy_, qui est vaillant, liberal, magnifique, qui fait une dépense de _Roy_, qui traite en _Roy_, c'est à dire, fort bien.
ROY, se dit aussi au jeu des Cartes, des quatre premiéres peintures, & on appelle ironiquement un jeu de cartes, le livre des _Rois_. Aux Eschecs le _Roy_ est la principale piéce du jeu à qui il faut donner échec & mat pour gagner. On dit aussi qu'aux Echecs les foûs sont les plus prés des _Rois_; pour montrer qu'il n'est pas nouveau que les foûs ayent souvent l'oreille du _Roy_, la faveur du _Roy_.
Pied de _Roy_, poulce de _Roy_, c'est la mesure publique des longueurs, sur laquelle on étalonne les autres. Le pied de _Roy_ a douze pouces, le pouce de _Roy_ a 12. lignes, ou grains d'orge. Voyez PIED.
ROY, se dit aussi en plusieurs phrases qui regardent la personne ou le service du _Roy_. On appelle Maison du _Roy_, non pas seulement son Palais, mais tous ses Officiers qui servent à sa Cour, & qui sont couchez sur l'Etat. A la guerre on appelle, la Maison du _Roy_, tous les gens de guerre qui servent à sa garde, tant cavalerie qu'infanterie. En général on dit, aller servir le _Roy_, pour dire, s'enroller, prendre parti dans ses troupes. La Justice s'exerce sous le nom & l'autorité du _Roy_, sous les ordres du _Roy_, de par le _Roy_. Tous les Officiers Royaux de Judicature s'appellent Conseillers du _Roy_, même les Notaires & les Secrétaires. On dit que les choses saisies sont mises sous la main du _Roy_ & de Justice. Les Edits & Déclarations du _Roy_, Arrêt du Conseil d'Etat du _Roy_, donné le _Roy_ étant en son Conseil. On appelle dans les Prisons le pain du _Roy_, celui qui est pris sur le fonds des amendes, que le _Roy_ donne pour la subsistance des Prisonniers qui n'ont pas le moyen de se nourrir. On n'entend dans les réjouïssances que des cris de Vive le _Roy_. On appelle dans un siége le quartier du _Roy_, celui où est campé le Général. On appelle dans les grandes maisons, ou dans les hôtelleries, la Chambre du _Roy_, celle où il a couché une fois en allant par païs.
ROY, se dit figurément en Morale. Un Stoïque dit que le sage est son _Roy_, pour dire qu'il est maître de ses passions.
ROY, s'est dit aussi autrefois de celui qui étoit le superieur, le premier, ou le Juge en quelque Corps & Compagnie. Ainsi on appelloit le _Roy_ des Merciers, celui qui avoit l'œil sur les poids, aûnes & mesures des Marchands: le _Roy_ des Barbiers, celui qui avoit droit de visite sur les autres: le _Roy_ des Arbalêtriers, celui qui étoit le premier des Maîtres. On trouve des Lettres Patentes du Roy Charles VI. de l'an 1411. qui portent, qu'il a reçû la supplication des _Rois_, Connêtable & Maîtres de la Confrairie des 60. Arbalêtriers de Paris. Il y avoit aussi un _Roy_ de la Basoche pour les Clercs. Un _Roy_ des Arpenteurs, &c. Il y a encore maintenant un _Roy_ des Violons, qui est le Chef de la Maîtrise. Aux Jeux floraux on appelloit le _Roy_ des Poëtes celui qui avoit emporté le prix, & qui l'année suivante jugeoit des poësies des autres. Il y a eu aussi un grand Officier à la Cour qu'on nommoit _Roy_ des Ribauds. Il est expliqué à RIBAUD.
Le _Roy_ d'armes étoit autrefois un Officier fort considérable dans les armées & dans les grandes cérémonies. Il commandoit aux Herauts, il présidoit à leur chapitre, & avoit Jurisdiction sur les armoiries. Quelques-uns disent que ce fut Clovis qui institua ces sortes d'Officiers, & les baptiza du nom de son cri, S. Denys mont-joye; d'autres disent que ce fut Dagobert. La Colombiere prétend que ce fut le Roy Robert, & que le premier qui eut cette Charge, fut un nommé Robert Dauphin, noble & vaillant Chevalier. Charlemagne les appella compagnons des _Rois_, & les reçût entre ses principaux Conseillers. Leur établissement en cette Charge se faisoit avec de grandes cérémonies, qui parce qu'elles sont curieuses, seront ici rapportées. Celui qui étoit élû par le Chapitre des Herauts, étoit presenté au Roy, qui lui donnoit des habits royaux d'écarlate fourrez de menu vair, qu'il lui faisoit vêtir par ses Valets de chambre: en suite il étoit conduit par le Connêtable & plusieurs Chevaliers, & tous les Herauts & poursuivans d'armes deux à deux, jusqu'au lieu où le Roy devoit entendre la Messe: là on le plaçoit devant l'autel dans une chaise sur un tapis velu, ayant à ses deux lez ou côtez des Chevaliers qui portoient les honneurs, comme la couronne, la cotte d'armes & l'épée. Le Roy arrivé lui faisoit faire serment sur les Evangiles, & lui donnoit le cri de Mont-joye _Saint Denys_, avec plusieurs articles concernans ses fonctions: en suite le Roy le faisoit Chevalier, en lui donnant l'épée qu'il lui faisoit ceindre par le Connêtable, & le Roy lui mettoit sa cotte d'armes, lui accrochoit à la poitrine le blason émaillé des Armes de France, & lui mettoit la couronne sur la tête. Puis le _Roy_ d'armes étoit assis dans la chaise du Roy vis à vis de lui pendant le service; & le Roy le faisoit dîner au bas bout de sa table, & servir par ses mêmes Officiers. Il lui faisoit un grand present dans une couppe d'or, & en suite il étoit reconduit en son hôtel avec la couronne sur la tête & la cotte d'armes sur l'habit royal par deux Maréchaux de France & plusieurs Chevaliers en grande cérémonie. Voyez dans Louvan Geliot plusieurs autres particularitez.
Le _Roy_ d'armes _Mont-joye_ a l'avantage de tenir le premier rang sur les autres _Rois_ d'armes des Marches ou Provinces, lesquels avoient sous eux chacun deux Herauts & deux Poursuivans, qui composoient un College, dont le Chapitre se tenoit à Paris en l'Eglise du petit S. Antoine. Il est distingué des autres par sa cotte d'armes de velours violet cramoisi, ornée devant & derriere de trois grandes fleurs de lis en broderie d'or, surmontées & couvertes d'une couronne royale frangée & galonnée d'or: sur la manche droite trois fleurs de lis, & le nom & titre de _Mont-joye_ écrit en broderie d'or; & _Roy d'armes de France_ sur la gauche. Anciennement il portoit sur sa poitrine un camayeu ou émail de crystal rechaussé d'or, garni & bordé de pierreries fines, où étoient peintes les armes du Roy: à present il porte un cordon large, d'où pend une médaille d'or avec l'effigie du Roy. Son bonnet est une toque de velours noir avec un cordon d'or semé de deux rangs de perles, & des touffes ou aigrettes de heron, il porte à la main droite un sceptre couvert de velours violet semé de fleurs de lis d'or en broderie, orné au bout d'une fleur de lis massive, chargée d'une couronne royale de même. Favin dit que la cotte d'armes des _Rois_ d'armes de Province étoit appellé _tunique_; ayant les manches courtes & arrondies par en bas, sur lesquelles étoient marquez les noms de leurs Provinces.
Les _Rois d'armes_ ont eu divers noms en divers lieux. Celui du _Roy d'armes_ de France s'appelloit _Mont-Joye S. Denys_. Celui de l'Empereur est appellé _Arche-Roy_, qui est créé par l'Empereur aprés que le Marquis du S. Empire le lui a nommé. Celui du Roy d'Espagne s'appelle _Toison d'or_, à cause de l'Ordre de la Toison dont le Roy d'Espagne est le Chef. Jean de S. Remy fut le premier Roy d'armes sous le nom de Toison d'or, qui a laissé un Traité de l'an 1463. où il rapporte les Ordonnances faites par les anciens Ducs de Bourgogne sur les Armoiries.
En Angleterre il y a trois _Rois d'armes_, nommez _Jarretiére_, _Clarence_ & _Norroy_. En Ecosse il est appellé _Leon_.
Ils prennent aussi leurs noms des Ordres de Chevalerie, dont ils sont _Rois d'armes_, comme celui du _Roy_ Louïs XI. _Mont S. Michel_; celui des Ducs d'Orleans, _Porc Epic_; celui d'Anjou, _Croissant_; celui de Bretagne, _Hermine_, &c.
Maintenant les _Rois d'armes_ sont bien déchûs de leur ancienne élevation & autorité. Le Grand Ecuyer prétend que la qualité de _Roy d'armes_ est comme annexée à sa Charge, il en fait plusieurs fonctions, & en prétend les plus beaux droits. En la Cour des Ducs de Normandie les _Rois d'armes_ s'appelloient _Ducs d'armes_.
ROY, se dit proverbialement en ces phrases: Un Dieu, un _Roy_, une Loy. On dit aussi souhait de _Roy_, fils & fille. On dit d'un homme de bonne maison, qu'il est noble comme le _Roy_. Et on dit pour affirmer une chose: Cela est vray, ou le _Roy_ n'est pas noble. On dit de celui qui a obtenu une chose qu'il souhaitoit fort: Maintenant le _Roy_ n'est pas son cousin. On dit en parlant des choses qui sont hors d'usage: Cela étoit bon du temps du _Roy_ Guillemot. On dit d'une assemblée tumultueuse: C'est la Cour du _Roy_ Peto où chacun est maître. Voyez l'origine de ce proverbe à MAISTRE. On dit à table quand on prend du sel avec les doigts: J'ay vû le _Roy_. On appelle, joüer au _Roy_ dépoüillé, quand plusieurs personnes sont aprés quelqu'un pour le piller, le ruïner, pour en tirer chacun sa piéce. On dit aller où le _Roy_ va à pied, pour dire à ses nécessitez. On dit, Qui aura de beaux chevaux, si ce n'est le _Roy_? quand on s'étonne de voir un homme riche bien meublé. On dit, Qui mange la vache du _Roy_, à cent ans de là en paye les os; pour dire que celui qui a manié les deniers du _Roy_, qui a fraudé les droits du _Roy_, en est recherché tôt ou tard. Pour se mocquer de celui qui dit absolument, Je le veux; on répond, Et le _Roy_ dit, Nous voulons. On dit d'un opiniâtre qui s'est placé quelque part, qu'il n'en sortiroit pas pour le _Roy_. On dit, au Royaume des aveugles les borgnes sont _Rois_, pour dire que ceux qui ont moins de défauts, sont les plus estimables. On dit encore: Nous verrons cela avant qu'il soit trois fois les _Rois_; pour dire, dans quelque temps d'ici.
RUBIS. _s. m._ pierre rouge qui est au troisiéme rang des pierres précieuses, & qui est la plus estimée après le diamant & le saphir. Il a la dureté du saphir. Son prix excede aujourd'hui celui du diamant, car il est devenu fort rare. Les Grecs ont appellé les _rubis_, _apyroti_, c'est à dire, charbons ardens. Le _rubis_ se nourrit dans la mine, où premiérement il blanchit, & en se meurissant il contracte sa rougeur, d'où vient qu'on en voit de moitié blancs moitié rouges, comme qui diroit moitié saphir, & moitié _rubis_.
Il n'y a que de deux sortes de _rubis_, le _rubis_ balais, & le _rubis_ spinelle. Le _rubis_ balais naît d'une matiére pierreuse de couleur de rose, qu'on appelle _mere_ ou _matrice_ du _rubis_. Il est de couleur d'un rouge de rose vermeille. Le _rubis_ spinelle est de couleur de feu & plus rouge que le _rubis_ balais, & n'a pas l'éclat du vray _rubis_, ni tant de dureté, il est appellé la femelle du vray _rubis_. Les _rubis_ viennent du Pegu & de l'Isle du Ceylan. On dit que le plus gros a été vû chez le Roy de cette Isle, qu'il étoit long d'un palme, & épais comme le bras d'un homme, & qu'il éclairoit comme une grosse flamme de feu; mais on tient celui-là fabuleux. L'Empereur Rodolphe en avoit un gros comme un petit œuf de poule, & il l'acheta soixante mille ducats. Usumcassan Roy de Perse en avoit un qui étoit un veritable parangon, gros d'un doigt, du poids de deux onces & demie, comme témoigne Vigenere. On en a vû à Paris de 240. carats.
RUBIS, se dit aussi des gros bourgeons rouges qui viennent sur le visage, & particuliérement à celui des yvrognes. Ainsi Regnier a dit du nez d'un Pedant:
_Où maints Rubis balais tout rougissants de vin, Montroient un_ hac itur _à la Pomme de pin_.
Les Chymistes font plusieurs preparations de corps naturels qu'ils appellent _Rubis_, à cause de leur couleur rouge, comme _Rubis_ d'arsenic & autres.
On dit proverbialement faire _Rubis_ sur l'ongle, lors qu'en débauche on vuide si bien un verre, qu'il n'en reste qu'une goutte qu'on verse sur l'ongle, & qui est si petite qu'elle ne s'écoule point, quoi qu'on renverse le pouce. On dit aussi, payer _Rubis_ sur l'ongle, quand on paye exactement jusqu'au dernier denier, par allusion à cette maniére de boire jusqu'à la derniére goutte.
RUBORD. _s. m._ Terme de Charpenterie qui se dit du premier rang des planches ou bordages d'un bateau foncet ou autre, qui se joint à la semelle, & qui est la premiére piéce qui s'éleve du fond du bâtiment. Le second rang de ces planches s'appelle le deuxiéme _bord_, le troisiéme rang, le troisiéme _bord_, & le dernier qui joint le dessous du plat bord, s'appelle _sous barque_.
RUCHE. _s. f._ Panier destiné à nourrir & serrer des mouches à miel. On fait aussi des _Ruches_ de verre pour avoir le plaisir de voir travailler les abeilles. Ce mot vient de _rupes_, à cause que les abeilles se mettent quelquefois dans des roches. Ménage. D'autres le dérivent de _rytikon apo tou ryestay_, qui signifie _custodire_, parce qu'elle sert à garder le miel.
RUCHE, se prend aussi pour les mouches, le miel & la cire qui sont dedans: Il m'a vendu tant de _Ruches_.
RUCHE, en termes de Médecine se dit de la cavité qui est auprés du conduit de l'oreille, en laquelle s'amassent les ordures qu'on tire avec le cure-oreille, qu'on appelle _suif_, & quelquefois _cire_.
RUCHE en termes de Marine, c'est le corps d'un Vaisseau sans ses agreils, lors qu'il est tout nud & destitué de mâts & de cordages.
RUCHE est aussi un engin à pescher fait à peu prés comme une _ruche_ à mouches. Voyez ROUCHE.
RUM. _s. m._ Terme de Marine, est une espace qu'on prepare dans le fond de cale d'un Vaisseau pour les marchandises de cargaison. On dit aussi _reun_ & _arruner_ ou _arrumer_, pour dire, ranger les marchandises; & il y a des Officiers exprés sur les ports.
RUMB est un grand Cercle vertical tracé sur le Globe, qui divise l'horizon en trente deux parties. Sur les Cartes les _Rumbs_ sont tracez en ligne droite: c'est une division que les pilotes les plus exacts ont faite des vents qui sont marquez sur la Rose de la Boussole ou Compas de mer, & qui sert à marquer la route d'un vaisseau pour aller d'un lieu à un autre. Chaque ligne ou pointe désigne un vent. On les divise & subdivise. Le _Rumb_ entier ou quart de vent est celui qui soufle d'un des 4. points Cardinaux. Le demi _Rumb_ est celui qui soufle entre les points Cardinaux, & fait avec eux un angle de 45. degrez. Le quart de _Rumb_ est celui qui fait un angle de 22. degrez 30. minutes; & le demi quart de _Rumb_ en fait un de 11. degrez 15. minutes. Ce mot au reste dans sa propre signification se prend pour la partie du monde vers laquelle on dresse sa route. De sorte que quand on dit qu'un Navire suit le _Rumb_ du Nord, on ne veut pas dire que le vent du Nord soufle, mais que la prouë du vaisseau est tournée vers le Nord, a le cap au Nord. Les _rumbs_ font la même division sur le Globe, que les Azimuts ou les Cercles verticaux.
RUMB, signifie aussi entre les Mariniers _rang_ ou _ordre_. Etre en bon _Rumb_, c'est à dire, être en bon ordre. Tenir son _Rumb_, c'est garder son rang.
S.
SAFRAN. _s. m._ Plante qui porte une fleur du même nom jaune & odoriferante qu'on réduit en poudre.
Le _Safran_ a les feüilles longues & étroites, épaisses & douces à manier, & plusieurs petits Rameaux capillaires, il jette des fleurs semblables à l'Ephemeron, rouges & belles à voir: il sort de la terre devant que ses feüilles viennent & il n'a point de calice, mais la nature l'a pourvû de deux voiles qui le mettent à couvert & lui tiennent lieu de feüilles, du milieu de sa fleur sortent des filamens rouges, ayant un sommet assez gros, accompagnez de petites languettes de couleur d'or semblables à celles de la Barbe-bouc: il fleurit un mois durant, puis des fleurs sortent ses feüilles, lesquelles verdoyent tout l'hiver, le printemps venu elles se sechent & disparoissent en Eté, il a sa racine bulbeuse, & revêtu de plusieurs cartilages jaunissans comme le glayeul: il a cela de particulier qu'il fructifie mieux quand il est bien foulé. En Latin _Crocus_.
Le Safran bâtard a ses feüilles longues, rudes, piquantes, chiquetées tout à l'entour: sa tige est d'un pied & demi de haut, ses têtes & chapiteaux sont de la grosseur d'une Olive, qui sont herissonnées & épineuses longuettes & écaillées avec des feüilles au dessous qui s'ouvrent en forme d'étoile: sa graine est blanche & anguleuse, lissée & dure, un peu plus grosse qu'un grain d'orge, qui a au dedans une moëlle blanche; sa racine est longue, grêle & fort cheveluë, sa fleur est semblable à celle du _Safran_ domestique. Les plumassiers se servent du _Safran Bâtard_ pour teindre leurs plumes en incarnadin d'Espagne en mêlant dans son suc du jus de citron. On l'appelle en Latin _Cnicus_, _Cnecus_, ou _Crocus Sarracenicus_, & les Apoticaires suivant les Arabes l'appellent _Cartamus_.
Le _Safran_ est employé par les Enlumineurs pour faire du jaune doré. On fait du Ris jaune avec du _Safran_. On fait grand trafic de _Safran_ vers le Septentrion. Le _Safran_ épanoüit le cœur. On dit que les mulets n'en sçauroient porter une charge bien loin, & qu'il les faut relayer pour cela. Quand on veut loüer du Beurre, on dit qu'il est jaune comme _Safran_. Ce mot vient de l'Arabe _Zapheran_ on le dit en cette signification en Turquie & en Italie, & en Allemand d'où le François est dérivé. Ménage.
SAFRAN. Terme de Marine, est une piéce de Bois qu'on applique sur le gouvernail pour en faciliter le mouvement.
SAFRAN en termes de Charpenterie est la planche qui est à l'extrêmité du gouvernail d'un batteau foncet, sur laquelle sont attachées les Barres qui soûtiennent les planches de Remplage.
On dit proverbialement qu'un homme est allé au _Safran_, lorsqu'il est mal dans ses affaires, qu'il est obligé à faire banqueroute, car on suppose que son chagrin lui doit donner la jaunisse: & on dit de ceux qui ont cette maladie, qu'ils sont jaunes comme _Safran_. On dit aussi rire jaune comme _Safran_ par une antiphrase, pour dire qu'on n'a guéres envie de rire.
SAFRANIER. _iere_. _s. m. & f._ banqueroutier qui n'a plus de bien. On nous a voulu presenter pour caution un _Safranier_, un homme ruïné. Quelques-uns disent que ce mot vient de _Saffre_ & goulu, qui a mangé son patrimoine; d'autres du mot de _Safran_, parce que le chagrin d'un homme qui a mal fait ses affaires, le rend jaune & sec, & l'on dit qu'il trafique en _Safran_; il peut venir aussi de ce qu'il n'y a pas long-temps qu'on peignoit de jaune ou de couleur de _Safran_ les maisons des Banqueroutiers, ou de ceux dont les biens étoient confisquez avec note d'infamie.
SALVATELLE. _s. f._ Terme de Médecine. C'est un nom que les Arabes donnent à un Rameau fameux de la veine cephalique qui s'étend au petit doigt & à son proche voisin. On en saigne fort à propos aux fiévres quartes & aux maladies provenantes de la mélancolie & des obstructions de la ratte.
SAMIS ou SAMILIS. Terme de Negoce. C'est une étoffe fort riche qui vient de Venise, qui est lamée ou tremée de lames d'or & d'argent. Ce mot est fort ancien. Dans les Registres de la Chambre des Comptes il est fait mention de plusieurs Armes du Roy couvertes de Samis Vermeil: en Latin _Auri Samitum, Examitum_, qu'on trouve en plusieurs anciens tîtres, l'Oriflame étoit faite d'un Samis Vermeil selon quelques-uns.
SANDARAQUE _s. f._ Terme de Pharmacie. C'est un suc mineral durci qui semble quelquefois avoir passé par le feu & être onctueux. On la trouve dans les mines d'Or & d'Argent mêlée souvent avec l'orpigment: elle est rouge & vient de l'Asie mineure, & de plusieurs autres lieux. La naturelle dont parle Vitruve n'est autre chose que l'Arsenic rouge. La factice est le Sandix de Dioscoride & de Gallien qui est faite de ceruse passée au feu, dont l'invention fut trouvée par hasard dans un incendie. On en fait aussi avec de l'Orpigment poussé au feu comme dit Scaliger. La meilleure est la plus rouge, qui sent le souffre. Les Médecins se servent de la naturelle qui est un poison, & un reméde: & les peintres de la factice. Voyez Agricola, Pline, Dioscoride.
SANDARAQUE est aussi la Gomme de Geniévre dont on fait le vernis lequel a tiré son nom de ce que cette Gomme vient vers le printemps: Car on l'appelle _vernix_ en Latin, en François & en Allemand. Ce sont les Mores qui appellent la Gomme de Juniperus _Sandarax_ qui font de la confusion entre le Vernix & la _Sandaraque_. De sorte que Mathiole avertit que quand les Arabes parlent dans leurs médicamens de la _Sandaraque_, ils entendent parler de la Gomme de Geniévre. Quand ce sont les Grecs ils entendent parler de la vraye _Sandaraque_ minerale qui est un poison.
SAPHENE. _s. f._ Terme de Médecine, c'est une veine considerable née auprés des glandules de l'aine, qui descend le long de la cuisse jusqu'au malleole externe, & se perd parmi la peau du dessus du pied.
SAPHIR. _s. m._ Terme de Joüailler. Pierre précieuse Orientale de couleur d'un bleu Celeste & bel azur qui est d'égale dureté avec la Topase, l'un & l'autre tiennent le premier rang aprés le Diamant. La bague Episcopale est un _Saphir_. Les Rabbins disent que la Verge de Moïse & les Tables qu'il reçût au Mont Sinai étoient de _Saphir_. On trouve des _Saphirs_ au Puy en Auvergne dont la couleur tire sur le verd. Il y a aussi un _Saphir_ d'Eau qui est aussi tendre que le Cristal qui se trouve en Boheme & en Silesie. Le _Saphir_ Oriental est quelquefois blanc & même le bleu ou violet se peut blanchir par le feu étant mis entre deux Creusets luttez dans de l'or fondu, & il ne reprend jamais sa couleur. Il y a aussi un _Saphir_ que les Latins appellent _Oculus Felis_, _Œil de Chat_ qui a des diversitez de couleurs admirables & dont la dureté souffre un poliment égal au vrai _Saphir_. Les Indiens croyent qu'il fait leur bonne ou leur mauvaise fortune, ce qui le met en grande estime chez eux. Le nom de _Saphir_ vient de ce qu'en Hebreu les plus belles choses sont appellées _Saphires_, c'est pourquoi il est dit dans l'Ecriture que le Siége de Dieu ressemble au _Saphir_.
SCARIFICATEUR _s. m._ Est un instrument de Chirurgie fait en forme de Boëte, au bas de laquelle sont 18. Roües trenchantes comme un Rasoir, qu'on bande avec un ressort, & qui se débande avec un autre; il sert pour faire évacuer le sang épandu sous le cuir, parce qu'il fait 18. incisions à la fois, qui font moins de douleur que si on les faisoit l'une aprés l'autre.
SCARIFICATION. _s. f._ Terme de Chirurgie. Operation par laquelle on incise la Peau avec un instrument propre, en la picquant en plusieurs endroits.
SCYTALE Laconique _s. f._ Terme de Steganographie. C'est une invention dont se servoient autrefois les Lacedemoniens, pour écrire à leurs correspondans des lettres secretes, afin que ceux qui les auroient interceptées ne les pussent lire. Ils avoient deux rouleaux ou cylindres de bois fort égaux, dont l'un se gardoit à la Ville, l'autre étoit entre les mains du correspondant. Celui qui écrivoit tortilloit au tour d'un de ses rouleaux une laniére de parchemin fort déliée, & y écrivoit ce qu'il avoit à mander, puis il la détachoit & l'envoyoit au correspondant, lequel l'appliquant sur le rouleau de même grosseur, trouvoit les mots & les lignes en la même disposition qu'ils avoient été écrits; & les lisoit facilement; c'étoit une invention qu'ils estimoient beaucoup, quoi qu'elle fut assez grossiére. On s'est bien raffiné depuis ce temps-là en cette maniére d'écrire; c'est la premiére que décrit _Aporta_ dans son Livre de _Ciferis_.
SECANTE. _s. f._ Terme de Trigonometrie. C'est la ligne tirée du centre du cercle qui coupe la ligne tangente élevée perpendiculairement sur l'extrêmité du diametre: elle passe aussi par l'extrêmité superieure de l'Arc dont elle est secante. On a fait plusieurs tables des _sinus tangentes_ & _secantes_.
SEGRAIER. _s. m._ Terme des Eaux & Forêts; c'est celui qui possede par indivis la proprieté d'un bois avec d'autres Proprietaires & Seigneurs, qui le tient en segrairie.
SEGRAIRIE. _s. f._ Bois qui est possedé en commun ou par indivis soit avec le Roy, soit avec des particuliers. Il y a plusieurs articles de Réglemens pour les Bois tenus en _segrairie_ dans l'Ordonnance des Eaux & Forêts. La disposition qui regarde les Bois du Roy, a lieu aussi à l'égard de ceux qui sont tenus en _segrairie_ avec luy.
SEL. _s. m._ Substance Acide qui entre en la composition de tous les corps, & qui est un de leurs principes Physiques. Les Chymistes ne connoissent que trois principes, le _Sel_, le Souffre, & le Mercure. Il n'y a proprement que deux _Sels_ en la nature, l'_Acide_ & l'_Alkali_, dont tous les corps sublunaires sont composez. Ce _Sel_ des Chymistes reste ordinairement mêlé parmi la terre aprés la distillation, est de couleur blanche & de consistance seche & friable.
Le _Sel_ commun est de trois sortes; Le premier est le _Sel gemme_ ainsi nommé par les Arabes, les Chymistes & les Apoticaires; il est blanc & fossile, & a les mêmes qualitez du marin: il est ainsi nommé à cause de sa transparence, il se lapidifie par le feu sous terrain ou par le Soleil, & est presque dur comme du marbre; il est clair comme du cristal, & on en fait des vases; il rougit & s'ignifie comme le fer, & ne petille point au feu. Il y en a des montagnes dans la Pologne, dans la Hongrie & dans la Catalogne au Duché de Cardone; c'est la source de tous les autres _Sels_. Pline dit, qu'en la Ville de Carhos en Arabie on fait les murailles & on bâtit les maisons de _Sel_, & qu'au lieu de mortier on use d'eau simple.
Le 2. _Sel_ est fait par l'évaporation de l'eau des Fontaines salées, comme celles de Salins en Franche-Comté.
Le 3. est le _Sel_ marin fait de l'eau de la mer, on la fait entrer par des rigoles dans les marais salans, & la chaleur du Soleil la fait évaporer. Sa figure est cubique, comme l'a fort bien fait voir M. Descartes. C'est le plus parfait de tous les _Sels_, il ne peut être détruit par aucun autre _Sel_. Le _Sel_ marin blanchit la solution du _Sel_ de Saturne.
L'Ecume de _Sel_ se fait de l'eau de la mer, qui se congele avec la rosée sur ses bords & sur les rochers.
Fleur de _Sel_, est une écume qui nage sur certains lacs & sur le Nil, dont parle Dioscoride, qui dit que la meilleure est la jaune qui a une odeur fâcheuse; & que la naturelle ne se peut dissoudre qu'en huile, & la sophistiquée en eau. Pline dit, que vers les portes Caspies il y a des riviéres qui charrient le _Sel_ comme des glaces, & qu'elles l'ont entraîné des montagnes. Fuchsius dit, que la fleur de _Sel_ est le sperme de Baleine; mais il se trompe lourdement. Voyez _sperma ceti_.
On distingue aussi les _Sels_ en volatils & fixes; le volatil est la partie salsugineuse, sulfureuse, mercuriale & fugitive des corps mixtes, qui s'éleve par la distillation, ou qui s'exhale & se fait sentir à l'odorat. Le _Sel_ fixe ou essenciel, est celui qui comme plus materiel résiste au feu & le soûtient: Il demeure dans la partie terrestre aprés la calcination, ou distillation. Celui-ci se fait remarquer par son amertume & sa chaleur si on en met dans la bouche. Le volatil se fait sentir d'abord par sa tenuité à la langue, au nez & au cerveau.
Le _Sel_ lexivial, quelques-uns l'appellent lixiviel, est un _Sel_ fixe qu'on tire des minéraux par plusieurs lotions ou lescives d'eau chaude, qu'on fait en suite évaporer, comme le salpêtre & autres.
La plus grande propriété du _Sel_, est qu'il ne craint aucune corruption, & même il en préserve les viandes qu'on en assaisonne, & qu'on y laisse tremper. Il résiste au feu & s'y purifie parce que son humidité en sort, & alors on l'appelle _Sel décrépité_; même dans un grand feu il se met en fusion, & il se convertit en eaux fortes. Il donne la fertilité aux terres, la solidité à toutes sortes de substances, & avance la fusion des métaux. Il y a eu pourtant des Princes qui ont fait semer du _Sel_ sur les terres, pour marque d'indignation, & croyant les rendre steriles. Les Egiptiens croyoient que le _Sel_ étoit le crachat ou l'écume du Geant Typhon ennemi de leurs fausses Divinitez; c'est pourquoi ils l'avoient en horreur, au rapport de Plutarque.
Le _Sel_ a deux qualitez contraires; car par son acidité aerienne, subtile, rongeante & pénétrante, il brise & dissout les minéraux durs, compactes, & solides; bien que par un effet contraire il coagule des corps liquides comme l'eau & le sang: Il y a de ses esprits qui étant mêlez avec l'eau, y produisent une chaleur excessive, & les mêmes mêlez en petite quantité avec des eaux froides en augmentent la froideur, comme le salpêtre dans la neige.
Tous les _Sels_ se dissolvent par l'humidité, mais ils ne se fondent dans l'eau que jusqu'à une certaine quantité; & lors qu'elle est impregnée d'un certain _Sel_ autant qu'elle en peut porter, elle dissout encore une quantité d'un autre _Sel_ dont les parties ou atomes sont d'une autre figure, & propres à s'insinuer dans les pores qui restent vuides dans la même eau. Ainsi aprés que le _Sel_ commun ne s'y pourra plus dissoudre, il s'y fondra encore de l'alun & puis du salpêtre, de l'armoniac & autres; ce sont les diversitez des figures de ces _Sels_ qui font les differentes saveurs.
Il y a quantité de noms differents de _Sels_ qu'on tire des minéraux, vegetaux & des animaux: comme alun, vitriol, salpêtre, nitre, natron, armoniac, de Saturne, de Mars, d'urine, de vipere, de tartre, de polycreste, &c. qui sont expliquez à leur ordre Alphabetique.
Le _Sel_ pour l'usage ordinaire, se distingue en _Sel_ blanc & noir, en gros _Sel_ & menu _Sel_; & on dit qu'une chose est de bon _Sel_, qu'elle est cuitte dans son _Sel_, qu'elle ne sent ni _sel_, ni sauge, pour dire qu'elle est bien ou mal assaisonnée.
Grenier à _Sel_, est un dépôt public où on met le _Sel_, que le Roy vend à son Peuple, & on appelle _Sel Gabellé_, celui qui a passé dans ce Grenier & qui y a demeuré deux ans, qui n'est livré que par les Officiers. Le faux _Sel_, est celui qui est vendu secretement par des particuliers qui ont fraudé les droits du Roy. Impôt du _Sel_ est le droit que le Roy leve sur chaque minot de _Sel_. On dit aussi qu'on donne le _Sel_ par impôt, quand on oblige les Peuples à venir prendre aux Greniers du Roy une quantité de _Sel_ qu'on leur taxe, & qu'ils peuvent consommer, dans les païs voisins des salines, où on peut aisément frauder la Gabelle; c'est en cet impôt que consiste la Ferme du _Sel_ ou des Gabelles, sur lequel sont assignées les rentes du _Sel_.
Grenier à _Sel_. Est aussi une jurisdiction établie aux lieux où il y a de pareils greniers pour conserver les droits du Roy, & décider les differens qui surviennent à leur occasion. Elle est composée d'un President & de plusieurs Grenetiers ou Conseillers, d'un Procureur du Roy & d'un Greffier, avec des Archers & Gardes. Les appellations en ressortissent à la Cour des Aides.
SEL. Se dit figurément en choses morales. JESUS CHRIST dit à ses Apôtres qu'ils étoient le _Sel_ de la Terre. On dit que dans un ouvrage il n'y a pas un grain de _Sel_, pour dire qu'il est fade, qu'il n'y a rien qui pique, pas une pointe ou subtilité d'esprit; & qu'une Epigramme a bien du _Sel_, quand elle a un grand sens ou quelque équivoque agréable.
SEL. Se dit proverbialement en ces phrases. On dit de deux personnes de differente humeur qui s'associent, qu'elles ne mangeront pas un minot de _Sel_ ensemble. On dit au contraire que pour bien connoître un homme, il faut avoir mangé un muid de _sel_ avec luy. On dit aussi de celui qui est bien plus fort qu'un autre, qu'il le mangeroit avec un grain de _sel_.
SELENOGRAPHIE. _s. f._ Partie de la Cosmographie, science qui fait la description de la Lune & de toutes ses parties & apparences, comme la Geographie le fait sur la terre. Hevelius grand Astronome de Dantzie, a fait le premier un livre de la _Selenographie_. A l'observatoire du Roy, on fait maintenant des Cartes _Selenographiques_. Les Astronomes ont donné des noms à plusieurs taches ou points de la Lune, comme Aristarque, nommé autrement, _Mons Porphirîtes_, le bord de Platon, ou _Lacus niger_, _Copernique_ ou _Etna_, _Possidonius_, _Hyginus_ & _Mersenne_, _Tycho_, autrement _Sinai_, _Gassendi_, _Dantes_, _autrement Athos_, mare _Adriaticum_ & _Apenninus_.
SETON. _s. m._ Terme de Chirurgie. C'est un Reméde qui sert comme un cautére à détourner les fluxions qui sont sur les yeux en faisant une playe à la peau du derriére du col qu'on entretient en suppuration par le moyen d'un fil de coton ou de soye qu'on y passe; on en applique aussi à ceux qui tombent souvent d'Epilepsie.
SILLET. _s. m._ Terme de Lutier. C'est un petit morceau d'yvoire appliqué au haut du manche d'un Luth ou d'un Theorbe, ou autre semblable Instrument, sur lequel posent les cordes quand on les monte.
SINOPLE. _s. f._ Terme de Blason, c'est ainsi qu'on appelle le _Verd_ ou la couleur _Prasine_ dans les Armoiries. Les Herauts l'appelloient ainsi, quoi que Pline & Isidore entende par _Sinople_ le rouge brun. Cette couleur signifie amour; jeunesse, beauté, jouïssance & sur tout liberté, d'ou vient qu'on scelle en Cire verte & en lacs de soye verte les lettres de grace, d'abolition & de legitimation: les Villes Franches & les Universitez ont la plûpart des sceaux de même couleur. Les Evêques ont pris la bordure verte à leurs chapeaux pour marque de leur exemption, & on fait porter le bonnet verd aux cessionaires, à cause qu'ils sont liberez de toutes leurs dettes, comme ont remarqué les curieux simbolistes. Ménage aprés Hauteserre le dérive de _Sinope_ Ville d'Asie où on en faisoit trafic. Quelques Auteurs de Blason disent encore _Sinope_ au lieu de _Sinople_. Le Pere Menestrier croit que ce mot vient du Grec _Prasina Opla_ qui signifie _Armoiries Vertes_, dont par corruption la premiére syllabe a été retranchée, ce qui est arrivé à plusieurs mots Orientaux, comme par exemple on dit _Salonique_ pour _Thessalonique_. On represente le _Sinople_ en graveure par des hacheures qui prennent de l'angle dextre du chef à l'angle Senestre de la pointe.
SINUS. _s. m._ Terme de Trigonometrie. C'est la ligne qu'on tire de la pointe d'un Arc de cercle perpendiculairement sur le diametre qui passe par l'autre bout du même Arc, & celuy-là s'appelle _sinus droit_. Mais la partie du diametre coupé par le _sinus_ droit jusqu'à la circonference s'appelle le _sinus verse_, autrement la _fleche_, & le demi diametre s'appelle le _sinus total_, ou le plus grand de tous les _sinus_, il se divise ordinairement en cent mille parties. On a fait plusieurs tables de _sinus_ & tangentes: Elles sont de grand usage en géometrie; car c'est par leur moyen seul qu'on fait la résolution ou la mesure de tous les triangles, tant plans que Sphæriques. Les _sinus_ de _Clavius_ d'_Adrien Vlac_ de _Morin_, &c.
SIPHON. _s. m._ Terme d'Hydrauliques. Tuyau recourbé qui sert à faire plusieurs experiences pour connoître la nature des Eaux & des Liqueurs. Quelques-uns le disent aussi d'un simple Tuyau ou Chalumeau. Heron en montre les propriétez dans son livre des Pneumatiques. On en fait de verre, de plomb & d'autre matiére, ce mot est Grec & signifie simplement Tuyau.
SIPHON. En termes de Marine est un Orage qui éleve l'Eau de la Mer en forme d'une Colomne haute de cent brasses, & la fait piroüetter & tournoier spiralement par la largeur de quinze à vingt pieds de diametre, de même maniére que si c'étoit par un _Siphon_ ou une Vis d'Archimede. Il paroît d'abord en l'air comme une petite Nuée qui ne semble pas plus grosse que le poing, venant du côté du sud, & il en arrive souvent au Cap de bonne esperance, aux côtes de Barbarie, & aux plages Orientales de l'Amerique. Du temps de Pline les Mariniers versoient du Vinaigre à l'approche du tourbillon pour l'appaiser; maintenant ils font grand bruit en ferraillant & escrimant sur le tillac. Ils pensent par ce moyen faire passer à côté le fortunal. Aristote l'a nommé _Exhydrias_. Les Mariniers l'appellent _Tourbillon_, _Dragon de vent_, _Grain de vent_, les Portugais _Oeil de Beuf_, les Levantins _Typhon_ & _Syphon_, & les Anciens _Typhon_ ou _Cirrius_.
SOMMIER. _s. m._ Terme de Messageries qui se dit d'un Cheval ou autre bête de somme. Ce Messager avoit avec lui tant de _Sommiers_ pour porter ses Balots. Ce mot a été dit par corruption de _Saumier_ qui a été fait de _Salme_ par corruption de _Sagma_ qui signifie le bast d'un Cheval, ou sa charge. Ménage aprés Saumaise. Pasquier dit, que _Somme_, _Sommier_ & _Sommelier_ sont de vieux mots Gaulois, ce qui a plus d'apparence.
SOMMIER. Est aussi un Officier chez le Roy qui porte les draps de pied & les carreaux dans la Chapelle du Roy.
SOMMIER. Se dit aussi des Officiers qui ont soin de fournir les bêtes de _Somme_ pour transporter les bagages, lors que la Cour fait voyage. Dans l'Etat du Roy il y a un ou plusieurs Sommiers employez pour la Chambre, la Garderobbe, la Cuisine, &c.
SOMMIER. Terme de Tapissier. C'est un gros matelas rempli de crin & piqué qui sert de Paillasse, & fait partie de la garniture d'un lit.
SOMMIER. En terme d'Architecture, est une grosse pierre, la premiére qui est posée sur des Colonnes ou Pilastres quand on commence à faire une voute, qui sert à arcbouter & faire tenir le reste de la voute ou croisée.
SOMMIER. Est aussi une piéce de bois de moyenne grosseur entre la Solive & la Poutre.
SOMMIER. Se dit aussi des piéces de bois qui servent dans plusieurs machines à en soûtenir le poids ou l'effort, comme celles qui forment la Bascule des Ponts levis, celle qui soûtient l'effort des Presses d'Imprimerie. On le dit aussi des cerceaux doubles qui se mettent sur le jable des tonneaux; & des piéces de bois sur lesquelles, les Cloches sont penduës & qui aboutissent en tourillons, qui entrent dans le Poallier.
SOMMIER d'Orgues, est la plus importante piéce du Buffet d'Orgues qui fait joüer toute la machine. C'est un Vaisseau ou Réservoir dans lequel le vent des souflets est conduit par un porte-vent, d'où il se distribuë en suite dans les Tuyaux qui sont posez sur les trous de sa partie superieure: le vent y entre par des soupapes qui s'ouvrent en pesant sur les touches du clavier aprés qu'on a tiré les Registres qui empêchent que l'air n'entre dans d'autres Tuyaux que ceux où on le veut faire aller. Le _Sommier_ des cabinets d'Orgues est de deux à trois pieds de long. Les Orgues de quatre pieds de Tuyaux bouchez, ont un _Sommier_ de cinq à six pieds. Les Orgues de 16 pieds ont deux _Sommiers_ qui se communiquent le vent l'un à l'autre par un porte-vent de plomb.
SOMMIER. En terme de Finances est aussi un gros Registre tenu par les Commis des Bureaux des aydes, sur lequel ils comptent de leur recepte, & où on void les produits des fermes, & où on met à côté leurs décharges. Il y a aussi des _Sommiers_ pour les Gabelles, pour les Tailles & pour les autres droits des fermes du Roi.
SOUPAPE. _s. f._ Terme de Méchaniques. C'est une petite platine de Cuivre qu'on dispose de telle sorte dans les pompes & autres machines hidrauliques, qu'elle s'ouvre pour donner passage à l'Eau quand elle y doit entrer, & qu'elle se ferme quand on veut faire monter l'Eau par la compression. Il y a trois sortes de _Soupapes_, l'une à Clapet, la seconde en Cone, & la troisiéme en maniére de porte à deux Battans. La premiére se ferme & s'ouvre comme une Trape, la seconde comme un Bondon d'un Tonneau, ces deux-là n'ont jamais plus de quatre ou cinq pouces; & la troisiéme a quelquefois deux ou trois Toises & sert à fermer les Ecluses. On appelle aussi _Soupapes_ ces petites Languettes qui s'ouvrent ou se ferment avec un Ressort pour donner le passage au vent & le luy fermer dans les Balons & Souflets.
En termes d'Organiste on appelle aussi _Soupapes_, ou _Soustapes_ (comme si on disoit les Tampons de dessous) de petits Tampons qui sont dans le Sommier, & qui bouchent les Rainures ou porte-vents jusqu'au pied de chaque Tuyau, & qui sont soûtenus par un petit Ressort de leton: quand on presse sur la touche, elles font baisser la _Soupape_ par le moyen d'un petit bâton qu'on appelle _Le pilotis_.
Les Anatomistes modernes prétendent qu'il y ait quelque chose de semblable dans les Veines & les Arteres, qui ouvre & ferme le passage du sang dans la circulation. Voyez Valvule, & il y en a qui étendent la chose jusqu'à la circulation qu'ils prétendent dans le suc des Arbres & des Plantes.
STATIQUE. _s. f._ C'est une science qui fait partie des Mathematiques, qui enseigne la connoissance des poids, des centres de gravité, de l'équilibre des corps naturels. L'Hydrostatique, est celle qui enseigne la connoissance des corps pesans étant considerez sur des corps liquides, avec la comparaison des uns avec les autres. Archimede connut la tromperie qu'on avoit faite en la Couronne du Roi Hieron par le moyen de l'Hydrostatique. Le Pere Pardiez Jesuite a écrit de la _Statique_. Elle consiste purement en la Theorie, & la Méchanique en la pratique & construction des Machines suivant les loix de la _Statique_, par le moyen desquelles un petit poids en peut élever un infiniment plus grand.
STERLING. _s. m._ Terme de Monnoyes. C'est un mot Anglois dont on fait souvent mention en France à cause du grand commerce qu'on a avec l'Angleterre. C'étoit autrefois une Monnoye ainsi nommée du nom d'un Château d'Ecosse appellé _Sterlin_, où elle fut premiérement battuë. Quelques-uns dérivent ce mot de _Sterling_ qui signifie _Bec d'Etourneau_, c'étoit une Monnoye blanche au titre de 8 den. de fin où le Duc de Guyenne étoit representé avec une Epée au bras droit, & une main de Justice à la gauche: & comme cette figure ressembloit à un Bec d'Etourneau, elle fut nommée par sobriquet _Sterling_. On n'est pas certain de sa valeur, Salmoner dérive ce mot de _Sterlingue_ qui est une Monnoye d'Angleterre pesant 32 grains de Bled. Voy. Ménage. Depuis ce mot a passé pour poids, & faisoit valoir une somme le décuple. De sorte qu'un soû _Sterling_ valoit dix soûs, maintenant la livre _Sterling_ vaut environ 13 livres 4 sous, ou vingt schelins.
Les Marchands _Anglois_ tiennent encore leurs livres, par livres, soûs & deniers _Sterling_: La livre vaut dix livres, le sol dix sols, & le denier dix deniers. En ce sens c'est une Monnoye de compte.
STRATIFICATION. _s. f._ Terme de Chymie. C'est un arrangement de plusieurs lames de métail, ou d'herbes, de bois, ou autres choses semblables, dont on fait plusieurs lits ou couches alternativent pour purifier les matiéres, ou pour les fondre, ce qu'on nomme en Latin _stratum super stratum_, & qui est marqué dans les Livres de Chymie par S. S. S. On pratique la _Stratification_ quand on purifie l'or par la cementation.
STRIBORD. _s. m._ Terme de Marine. Le côté droit du Vaisseau à l'égard du Pilote; ou Commandant qui est à la poupe & qui regarde la prouë. On dit aussi Tienbord, Extribord & Dexstribord, d'où apparemment est venu le mot de _Stribord_ qui est le plus en usage. Le côté gauche s'appelle _Basbord_.
STROPHE. _s. f._ Terme de Poësie Greque & Latine. Elle signifie couplet ou certain nombre de vers au bout duquel on finit un sens: & aprés on en recommence un autre qui a même nombre & mesure de vers avec une même disposition de rimes. Les Odes, les Stances, les Ballades, sont composées d'un certain nombre de _Strophes_. Le mot de Couplet se dit des simples Chansons ou Airs, & _Strophe_ se dit des Chants, des Odes & des Poëmes.
SUAGE. _s. m._ Terme de Marine. C'est le coust des graisses & des suifs dont il faut de temps en temps enduire le Vaisseau pour le faire couler plus doucement sur les eaux: à Marseille on le nomme aussi sperme, dont on a fait esparmer ou espalmer. Le _Suage_ est compté entre les menuës avaries.
SUAGE. En termes d'Orfévres, ou Doucine, est un ornement semblable à la Doucine d'Architecture, ou une espéce de quart de rond, qui se fait en plusieurs piéces d'orfévrerie, & particuliérement sur le pied des aiguieres, des flambeaux & autres ouvrages semblables.
SURSOLIDE. _s. m._ Terme d'Algébre. C'est la quatriéme multiplication, ou puissance de quelque nombre que ce soit pris pour racine. Ainsi le nombre de deux pris pour côté ou racine, multiplié par soi-même produit 4, nombre quarré, qui est la premiére puissance, & 4 multiplié par 2, produit 8, nombre cube & solide, qui est la seconde puissance de la racine 2, & 8 multiplié par 2, produit la troisiéme puissance 16 nombre quarré de quarré & 16, multiplié par 2, produit 32, qui est sa quatriéme puissance, ou nombre _Sursolide_.
SECONDINES ou Secondes. _s. f._ Terme de Medecine qui se dit des Tayes ou Membranes qui enveloppent le Fetus dans le Ventre de la mere, qu'on appelle ainsi parce qu'elles sortent les derniéres dans l'accouchement, c'est ce que les Matrones appellent l'Arriére faix, Hippocrate dit que les jumeaux sont enveloppez en une même _Secondine_. Mr. Grew dans son Anatomie des Plantes a appellé _Secondine_, la quatriéme & derniére enveloppe des Graines, parce qu'elle est à peu prés dans les Plantes, ce que sont dans les Animaux les membranes qui enveloppent le fetus.
SIVADIERE. _s. f._ Terme de Marine. C'est la voile de Beaupré, qui est la plus basse du bâtiment & qui prend le vent à fleur d'eau.
T.
TEINDRE. _v. act._ Terme de negoce. Préparer une étoffe, ou un autre corps avec des sels, liqueurs, ou drogues colorantes, en telle sorte qu'ils paroissent d'une certaine couleur. On _teint_ les draps, les laines, les soyes & les toiles en noir, en rouge, en violet, &c. On _teint_ en blanc les laines, lors qu'on les tond & qu'on les dégraisse. Il est défendu de _teindre_ aucune étoffe de blanc en noir, pour quelque cause que ce soit, & de _teindre_ les soyes sur le crud ou à demi-bain. Quand on _teint_ une étoffe en jaune & puis en bleu, elle se trouve _teinte_ en verd. On _teint_ en cramoisi quand le premier pied de _teinture_ se fait avec de la graine d'écarlate, ou la cochenille. On _teint_ les cheveux, les bois, les gommes. On _teint_ les pierres & le verre pour en faire de fausses pierreries. On _teint_ aussi des liqueurs en les mêlant avec d'autres. Cet homme est si sobre qu'il ne fait que _teindre_, que rougir son vin.
On dit figurément _teindre_ ses mains du sang des innocens, pour dire, faire mourir des innocens. On dit aussi que les Riviéres étoient _teintes_ du sang des ennemis, pour dire, qu'on en avoit fait grand carnage.
TEINT. einte. _part. pass._ & _adj._
TEINT. _s. m._ Art de _teindre_. Il se dit aussi des drogues qu'on y employe. Les Réglemens du métier distinguent les choses qui doivent être _teintes_ du grand _teint_, d'avec celles du petit teint: ce qui fait deux corps & deux maîtrises separées. La premiére est celle du grand & bon _teint_, l'autre est du petit _teint_. Les Teinturiers du bon _teint_ sont ceux qui donnent aux étoffes un pied necessaire, de pastel, garance, ou cochenille, puis ils les mettent en la main du Teinturier du petit _teint_ pour les raciner, engaller, noircir, brunir & griser. Les Teinturiers du bon _teint_ doivent laisser des Rosettes, sçavoir au verd, une du jaune & l'autre du bleu; au feüille morte une du jaune & l'autre du fauve; au cramoisi, une Rosette du bleu, & l'autre du rouge de la Cochenille; au tanné ou amarante, une Rosette de guesde, & l'autre de la garance ou demi rouge cramoisi, & il faut laisser une Rosette en blanc dans toutes les couleurs simples, comme le bleu, le rouge & le jaune; le tout pour faire connoître la bonté ou la qualité du grand & du petit _teint_. Les Teinturiers du petit _teint_ peuvent _teindre_ toutes sortes de bisage ou repassage, & se servir pour cela de brunitures de galle, orseille & bois d'Inde, & les étoffes usées en toutes sortes de noir, de racinages, grisages, & bisages.
Le bleu, le rouge, & le jaune appartiennent aux Teinturiers du bon _teint_, pour les teindre seuls sans la participation du petit _teint_. Le fauve & le noir appartiennent aux Teinturiers du bon _teint_ & du petit _teint_, le noir devant recevoir le pied de guesde, ou garence du bon _teint_, & être engallé & noirci par le petit _teint_.
TEINT, se dit aussi d'une lame d'étain fort mince, appliquée par le moyen du vif argent derriére les glaces d'un miroir.
TEINT, se dit aussi de la couleur & de la delicatesse de la peau du visage. Cette femme n'a point de _teint_, elle a eu le _teint_ gâté de la petite verole. Cette fille a le _teint_ blanc, vermeil, a un _teint_ de lis & de roses. Le grand hale rend le _teint_ brun & basané. Ce jeune homme a le _teint_ frais & fleuri, on luy vient de faire la barbe. La pommade nourrit le _teint_; la Ceruse mange le _teint_.
TEINTE. _s. f._ Terme de Peinture, maniére d'appliquer les couleurs pour donner du relief aux figures pour bien marquer les jours, les ombres, les éloignemens. Le grand secret de la Peinture c'est de bien donner les _teintes_, les _demi teintes_. Cette draperie est d'une bonne _teinte_, pour dire d'une forte couleur. La _demi teinte_ est un ménagement de lumiére par rapport au clair obscur, ou un ton moyen entre la lumiére & l'ombre: car s'il y a cinq tons ou degrez de clair obscur, le second ou le troisiéme qui suivent la grande lumiére, seront appellez _demi teinte_.
TEINTURE. _s. f._ Action par laquelle on teint. La _teinture_ demande beaucoup d'experience. Cet homme est sçavant en l'Art de la _teinture_. La perfection de la _teinture_ consiste à donner le lustre à la soye, à la bien décreuser, dégorger & aluner. La matiére avec laquelle on teint, c'est l'indigo qui sert à la teinture bleuë, la cochenille à la teinture en écarlate: la noix de galle en noir. Les drogues qui croissent en France, pour la teinture sont le pastel de Lauragais, Albigeois & Languedoc, ou la voüede. La cochenille, le pastel d'écarlate, graine d'écarlate; le Vermillon & la garance pour le rouge; la gaude, la Sarrette & la genestolle pour le jaune; la galle à l'épine, & d'alep, la racine écorce de Noyer & coque de Noix pour le _fauve_, autrement appellé couleur de _racine_ ou _noisette_; le Rodoul, le fovic & la couperose pour le noir. L'Agaric, le sumac, l'arsenic, l'alun, la gravelle & le tartre servent pour les boüillons. On employe aussi la cendre cuitte & la potasse, la Cassenolle, la malherbe, le trentanel, la garoüille. Les ingrédiens faux, qui peuvent servir au petit _teint_ sont bois d'Inde, bois de bresil, bois de Campeche, bois jaune, fustel, tournesol, Raucour, Orseille, le Safran bâtard, l'écorce d'aulne. Ces mots sont expliquez à leur ordre.
La Teinture de ces Etoffes de cotton qu'on void en Europe, se tire d'une plante qui croît dans l'Inde qu'on appelle _Chai_, où elle est autant estimée que la Cochenille l'est en France.
Regnier a dit agréablement en parlant de la nuit,
_Il faisoit un noir brun d'aussi bonne_ teinture, _Que jamais on en vid sortir des Gobelins_.
On appelle en Chymie la grande _teinture_ Minerale, la Pierre Philosophale, parce qu'on croit qu'il ne s'agit que de donner au Mercure fixé la couleur, ou _teinture_ de l'or.
TEINTURE, se dit aussi de l'extraction ou separation qu'on fait de la couleur d'un ou de plusieurs mixtes, & de l'impression qu'elle fait dans quelque liqueur ou menstruë propre, qui emporte une portion de leur plus pure substance; car elle quitte son propre corps en se dissolvant, & s'unit aux menstruës, pour leur communiquer sa couleur & ses vertus, & ainsi on fait dans la Pharmacie des _teintures_ cephaliques, stomachiques, antiscorbutiques, &c. On tire des _teintures_ de Rose, de Corail, &c. Dans les memoires de l'Academie des sciences, il est fait mention de certaines liqueurs mixtes (par exemple, des sels qu'on tire du bled) qu'on dit être trés-propres à tirer des _teintures_, même de quelques pierres précieuses: & qu'elles sont plus capables de produire cet effet à proportion qu'elles rougissent davantage la solution du Vitriol.
TEINTURE se dit figurément en choses morales, des bonnes ou mauvaises impressions dont l'ame de l'Homme est susceptible. On prend dans les Seminaires de si fortes _teintures_ de piété, qu'elles ne s'effacent jamais. On ne doit point parler de Physique, lors qu'on n'en a qu'une legere _teinture_, qu'on ne la sçait point à fonds.
TEINTURIER, iere. _s. m. & f._ qui fait métier de _teindre_; il y a des Teinturiers de grand _teint_, & d'autres de petit _teint_. Les teinturiers de la Ville de Roüen sont divisez en trois fonctions, en _guesderons_, _garanceurs_, & _noircisseurs_. Il y a de nouveaux Statuts des Teinturiers de l'année 1669. qui portent la qualité des drogues qui doivent être employées à la _teinture_, suivant les diverses couleurs, & selon le mérite & le prix des Etoffes. Les _Teinturiers_ du grand & bon teint, ne peuvent teindre en petit teint, & ne doivent avoir chez eux que les drogues appartenantes au bon teint; & ceux du petit teint ne peuvent teindre en bleu, à cause du pastel qui appartient au bon teint, & ne doivent avoir chez eux que les drogues qui appartiennent au petit _teint_. Ils ne doivent teindre que des frisons, tiretaines, petites serges à doubler, & qui ne valent au plus que 40. sols l'aune en blanc.
TEINTURIER, est aussi une espece de raisin, dont le suc est fort rouge, & dont on mêle quelques seps, parmi un plant de raisin blanc, pour colorer & faire du vin clairet, son suc est fort doux & sa feüille est rouge.
THÉ. _s. m._ quelque Medecins l'écrivent _Tay_. Est un petit arbrisseau domestique de la hauteur des Groselliers ou Grenadiers & Myrthes, fort estimé chez les Chinois & Japonnois, ils l'appellent _Cha_ ou Theia. Il croît en la Province de Kiagnon prés la Ville de Hoicheu & auprés de Nankin: il y en a aussi au Royaume de Siam: le meilleur de tous est celui du Japon: on dit qu'il en vient aussi en Tartarie: Il a la feüille petite comme celle du Sumac des Corroyeurs, dont il est une espece selon quelques-uns, mais sa Fleur tire davantage sur le jaune, & ses Branches sont vêtuës de Fleurs blanches & jaunes, pointuës & dentelées, sa graine est noirâtre, & l'arbrisseau croît en trois ans malgré les neiges & les rigueurs de l'hyver: il a des Racines Fibreuses & dentelées. On fait un Breuvage de sa premiére feüille qui naît au Printemps, qu'on cueille feüille à feüille avec les mêmes soins qu'on fait les Vendanges en Europe: on la fait chauffer & seicher, & aprés l'avoir gardée en des vaisseaux d'étain bien bouchez, si on la jette en de l'eau boüillante, elle réprend sa premiére verdure, & donne une teinture verdastre à l'eau avec une odeur & un goût agréable. Les Chinois ne boivent que l'eau où la feüille a trempé le plus chaudement qu'ils peuvent. Les Japonnois boivent l'eau & la poudre qu'ils y ont laissé infuser. On en met le poids d'un écu sur un bon verre d'eau, & on y met un peu de sucre pour corriger son amertume. Elle est si differente en bonté, qu'il y en a dont la livre vaut 100 ou 150. francs; d'autre qui ne vaut que deux écus; il y en a même à sept deniers. Les Hollandois la vendent en France 30. livres, & elle ne leur coûte que dix sols; sa bonne marque est d'être verte, amere & seche, en sorte qu'elle se brise avec les doigts.
Elle guerit la goute & la gravelle, & on croit qu'elle est la cause de ce qu'on n'entend point parler de ces maux à la Chine & dans l'Inde; & de ce que les peuples parviennent à une extrême vieillesse. Elle guérit les indigestions de l'estomac; elle des-enyvre, & donne de nouvelles forces pour boire & dissiper les vapeurs qui causent le sommeil; elle fortifie la raison que le vin affoiblit, & guérit soudain la migraine, & les douleurs de ventre.
Les Chinois en prennent en toutes rencontres, & sur tout à dîner; ils en offrent aux Amis qu'ils veulent régaler. Les plus moderez en prennent trois fois par jour, les autres dix fois & à toute heure. Les personnes de la plus grande qualité font gloire de le préparer eux-mêmes dans leurs appartemens les plus magnifiques, & ont plusieurs Vaisseaux de prix pour cet effet.
Ceux qui en ont écrit sont le Pere Maffée, Louïs Almeyda, Mathieu Riccius, Aloisius Frois, Jacob Bontius, Jean Linscot, le Pere Alexandre de Rhodes dans leurs Voyages, & les Auteurs du voyage de l'Ambassade de la Chine, & de celui de Monsieur l'Evêque de Berite, & Nicolas Tulpius Medecin d'Amsterdam; mais Simon Paul Medecin du Roy de Dannemarck, qui a fait un Traité exprés de cette Plante, dit que ces vertus qu'on lui attribuë n'ont point de lieu pour ceux qui habitent en Europe; & que ceux qui ont passé 40. ans n'en doivent pas user, parce qu'elle avance leur mort, étant trop dessicative. Il prétend que le _Thé_ n'a pas plus de vertu que la Betoine, & que ce n'est qu'une espece de myrte qu'on trouve en Europe aussi bien qu'aux Indes; qu'on l'appelle _Chamæleagnus_ ou _Piment Royal_, dont la description, les experiences & les analyses qu'il en a faites sont tout à fait semblables.
TIERCER, _v. act._ terme d'agriculture; qui signifie donner aux terres le troisiéme labour; la troisiéme façon, comme on dit biner de la seconde. On le dit pareillement de la troisiéme façon des Vignes.
TIERCER, signifie aussi séparer les fruits d'une Abbaye en trois, pour en donner le tiers à l'Abbé; le tiers aux Religieux, & réserver le tiers pour les réparations, en ce sens il vient du Latin _tertiare_.
TIERCER, en terme de Finances, signifie faire un tiercement, ou une enchere du tiers du prix sur une Adjudication déja faite: ou dans les fermes du Roy, encherir du triple de l'enchere courante.
TIERCEUR, _s. m._ encherisseur qui fait une enchere d'un tiers, ou un tiercement aprés une Adjudication. L'Ordonnance des Eaux & Forêts, veut qu'aprés le tiercement & doublement on ne reçoive les encheres qu'entre le _tierceur_ & _le doubleur_.
TIERS, tierce, _adj._ qui est aprés le second, c'est chaque partie d'un tout divisé en trois. L'Eglise, la Noblesse & le tiers Etat.
En perspective, on appelle le _tiers_ point: un point qu'on prend à discretion sur la ligne de vûë, où aboutissent toutes les diagonales qu'on tire pour racourcir les figures.
En Architecture, on appelle une voute en _tiers_ point, quand elle est élevée au dessus du plein cintre.
On appelle aussi un _tiers_ point, ce qui donne un branle à plusieurs machines dans la méchanique.
En termes de Marine, on appelle des voiles à _tiers_ point: les voiles triangulaires qu'on nomme autrement voiles latines dont on se sert sur la Mediterranée & sur les Galéres, & à l'artimon.
Au feminin, on appelle la fiévre _tierce_, celle qui laisse l'intervalle d'un jour entre deux accés. Voyez fiévre. Et tierce.
TIERS, en termes de négoce se prend aussi substantivement: il faut une aulne & un _tiers_ de drap pour faire un habit. Un _tiers_ est un pot ou mesure entre la chopine & le demi septier. Il est aux champs un _tiers_ de l'année. Cette somme se doit partager par _tiers_; j'y ay mon _tiers_ ou les deux _tiers_. Il faut faire boüillir ce Sirop jusques à ce qu'il soit réduit au _tiers_.
TIERS, en Jurisprudence se dit des entremetteurs, des Experts, des sur-arbitres. Ces deux parties plaidoient, un _tiers_ les a accommodées. Ils avoient l'épée à la main, un _tiers_ s'est mis entre-deux qui les a séparez. Voilà des rapports qui se contredisent, il faut qu'il y ait un _tiers_ nommé d'Office. Quand deux arbitres sont de contraire avis, on leur donne pouvoir de nommer, de prendre un _tiers_ pour sur-arbitre. On dit aussi en amour qu'il ne faut point de _tiers_, si ce n'est pour appareiller, aussi une femme qui fait ce métier s'appelle en Espagnol _tercera_.
Il y a aussi au Palais des _tiers_ referendaires, & en matiére de Taxe de dépens on appelle le _tiers_ celui qui régle les dépens, dont les Procureurs ne sont pas d'accord.
TIERS & _danger_, termes d'eaux & forêts, c'est un droit qui appartient au Roy & à quelques Seigneurs, & sur tout en Normandie, sur les bois possedez par les Vassaux. Il consiste au _tiers_ de la vente qui se fait d'un bois, soit en argent ou en espece, & outre cela au Dixiéme: ainsi de trente arpens, c'est treize arpens: de 3000. livres, c'est 1300. livres: quelques-uns ne payent que le _danger_, qui est le dixiéme. La derniére Ordonnance déclare le droit de _tiers & danger_ imprescriptible.
On dit proverbialement qu'un homme hante le _tiers_ & le quart, qu'il médit du _tiers_ & du quart, qu'il prend sur le _tiers_ & le quart, pour dire indifferemment, sans choix & discretion de toutes sortes de personnes.
TON. _s. m._ Terme de musique, inflexion de voix qui marque diverses passions de l'ame. Un _ton_ doux & agréable, est le _ton_ dont on parle en conversation. Un _ton_ aigre & menaçant, est celui qui marque un homme en colere. Un _ton_ fier & imperieux, est celui qui commande, lors qu'on parle d'un _ton_ de maître. Un _ton_ moqueur & ironique, est le _ton_ d'une personne qui a de la haine ou de l'envie. Un _ton_ plaintif & dolent, est celui qui témoigne de l'affliction, de la douleur. Un _ton_ de Déclamateur, de Comedien, est celui dont on use dans les harangues & sur les théatres. Ce mot de _ton_ exprime sa principale cause, qui est la tension du corps qui le produit, le _ton_ est grave ou aigu, selon que le corps sonnant a une differente tension, comme on voit arriver aux cordes des Instrumens.
TON se dit particuliérement en musique de l'élevation de la voix par certains degrez ou intervalles égaux ou mesurez, qui servent à former des accords, & qui sont réglez par les nottes, _ut_, _re_, _mi_, _fa_, _sol_, _la_, _si_; on le dit des Instrumens aussi bien que de la voix. Il faut hausser ou baisser sa voix ou son instrument d'un _ton_, d'un _demi ton_. Un _ton_ faux est celui qui n'est pas juste. Le _ton_ mineur est la difference de la quinte & de la sexte majeure, ou de la quarte & de la tierce mineure: il est composé de deux _demi tons_ l'un majeur & l'autre mineur, & aide à composer la tierce majeure. Le _ton_ majeur est la difference de la quinte & de la quarte; & le _demi ton_ majeur est la difference de la quarte & de la tierce majeure. Le _ton_ majeur surpasse le _ton_ mineur d'un comma. Le _demi ton_ est toûjours placé entre deux _tons_ d'un côté, & trois de l'autre. On appelle aussi le _ton_ majeur, le _ton_ parfait; & _demi ton_ mineur, le _demi ton_ imparfait. L'intervalle en nombres du _ton_ majeur est de 8. à 9. celui du mineur de 9. à 10.
TON se dit aussi d'une maniére de chanter ou d'accorder un instrument. Ce luth est accordé sur le _ton_ de B quarre, on n'y peut joüer cette piéce qui est sur B _mol_, sans changer de _ton_. C'est le Maître de Musique qui donne le _ton_ pour accorder les Instrumens, pour commencer à chanter. On dit aussi le _ton_ enrhumé. Dans le plein chant on dit les 8. _tons_ du Magnificat, le _ton_ de la Préface, de l'Evangile, &c.
TON se dit aussi en peinture d'un degré de couleur par rapport au clair obscur.
TON se dit figurément en Morale. Depuis la perte de son procés, il a bien changé de _ton_, il est bien humilié, il parle bien d'une autre maniére. Cet homme l'a pris sur un _ton_ trop haut, pour dire, Il ne pourra soûtenir ce qu'il a entrepris. On dit aussi ironiquement, il est bon sur ce _ton_-là, pour dire, qu'une chose est ridicule ou mal fondée.
TROMPE, _s. f._ vieux mot qui signifioit autrefois la même chose qu'à present _trompette_: il se dit encore en cette phrase, tout ce qu'on veut faire sçavoir au peuple se publie à son de _trompe_. On l'a crié à trois briefs jours à son de _trompe_.
La TROMPE de chasse est une espece de cor ou grand tuyau de cuivre recourbé & qui fait un tour au milieu comme un cercle ou un anneau, elle sert pour appeller les chiens.
TROMPE, est un petit instrument de leton ou d'acier, dont se servent les laquais pour en tirer quelque harmonie; elle est faite de deux petites branches & d'une languette au milieu qui fait ressort & qu'on remuë sans art avec les doigts tandis qu'on la tient entre les dents; elle rend un son fremissant, modifié par le mouvement de la langue, & l'ouverture de la bouche, ce qui cause un bourdonnement sourd assez agréable. On l'appelle aussi _gronde_ & _rebube_, & quelques-uns _trompe de Bearn_.
TROMPE en termes d'Architecture, est une espece de voûte trés-artistement taillée, dont la clef est en l'air & qui semble n'être soûtenuë de rien, sur laquelle pourtant on éleve des murailles de pierre. La _trompe_ du château d'Anet, & celle de la ruë de la Savaterie sont fort estimées par Philbert de Lorme qui bâtit cette derniére en faveur d'un de ses amis.
TROMPE se dit aussi d'un membre particulier qu'ont les Elephans, qui leur sert de main, qui est comme un nez allongé qui leur sort du milieu du front, à laquelle est joint un petit Appendice en forme de doigt. Le Cameleon a aussi une _trompe_, qui est sa langue qu'il lance hors de sa gueule comme s'il la crachoit, puis il la racourcit en un moment, lors qu'il la retire: elle lui sert comme la _trompe_ de l'Elephant pour prendre sa nourriture. Le microscope nous a fait aussi découvrir une espece de petite _trompe_ dans les mouches & cousins, par le moyen de laquelle ils succent le sang des animaux ou les liqueurs pour se nourrir. Quelques Medecins appellent aussi la _trompe_ de la matrice _les cornes_ de la matrice des brutes, qu'on appelle autrement _portiéres_.
TROMPER, _v. act._ abuser de l'ignorance ou de la facilité de quelqu'un, lui faire passer des choses pour autres qu'elles ne sont. Dieu ne peut _tromper_, ni être _trompé_. Un Marchand _tromperoit_ son pere sur sa Marchandise. Il y a peu de personnes qui ne _trompent_ au jeu, quand ils le peuvent faire.
TROMPER, avec le pronom personnel, se dit de soy-même, quand par erreur on prend une chose pour une autre. Les plus grands esprits sont sujets à se _tromper_. Cet homme, si je ne me _trompe_, est un hypocrite. Ces jumeaux se ressemblent si fort qu'il n'y a personne qui ne s'y _trompe_. Ménage croit que ce mot vient de l'Espagnol _traupa_, qui signifie un instrument à prendre des souris que les Italiens appellent _trappola_, & les Latins _decipula_.
TROMPER, se dit aussi des choses qui sont cause que nous sommes trompez. Le calme, le beau temps nous a _trompez_, nous a fait mettre en chemin. L'œil nous _trompe_; nous fait voir les choses autres qu'elles ne sont. Sa maladie ne m'a pas _trompé_; je n'en ay jamais eu bonne opinion. Cette perspective _trompe_ agréablement. Cette grêle a _trompé_ l'esperance des Laboureurs.
TROMPER, se dit figurément en choses morales. Les passions _trompent_ nôtre jugement. On est bien _trompé_ par l'apparence. Le malin esprit nous _trompe_ par des illusions, par des songes & des visions trompeuses.
TROMPETTE. _s. f._ Terme de guerre. Instrument de musique qui est le plus noble des instrumens à vent portatifs, qui sert à la guerre dans la Cavalerie pour l'avertir du service. On la fait d'ordinaire de leton, & on en peut faire de fer, d'étain, de bois ou d'argent. Moïse en fit faire deux d'argent qui servoient aux Prêtres, comme il est porté dans le dixiéme chap. des Nombres; & Salomon en fit faire 200. mille, telles que Moïse avoit ordonnées, comme témoigne Josephe, livre 8. ce qui fait voir que c'est le plus ancien des instrumens. La _trompette_ est composée d'un bocal par où on l'embouche, large de dix lignes, quoy que le fonds ne soit que de trois lignes. Les deux premiers canaux qui portent le vent s'appellent _branches_; les deux endroits par où elle se recourbe & replie s'appellent _potences_, & le canal qui est depuis la seconde courbure jusqu'à son extrêmité s'appelle _pavillon_; les endroits où les branches se peuvent briser & séparer ou souder, s'appellent les _nœuds_, qui sont au nombre de cinq; & qui en couvrent les jointures. On appelle _Banderolle_ le petit étendart armorié qui est attaché à ses branches, & _bandereau_ le cordon qui sert à la pendre au cou de celui qui en sonne. Quand on en ménage bien le son, il est de grande étenduë, & il passe les quatre octaves qui sont l'étenduë des claviers des épinettes & des orgues, & il peut aller jusqu'à 32. intervalles. Le jeu de la trompette dépend de l'adresse de celui qui l'embouche, qui est obligé de mettre le bout des lévres dans le bocal. A la guerre il y a huit principales maniéres de sonner la _trompette_; la premiére s'appelle le _cavalquet_, dont on se sert quand l'armée approche des Villes, ou quand elle passe par dedans durant la marche; la seconde s'appelle le _Boute-selle_; dont on use quand on veut déloger ou marcher, & puis on fait suivre la levée du _Boute-selle_; la troisiéme est quand on sonne _à cheval_, & puis à l'_étendart_; la quatriéme est la _charge_; la cinquiéme est le _guet_; la sixiéme s'appelle double _cavalquet_; la septiéme la _chamade_; & la huitiéme est la _retraite_. On fait aussi des fanfares avec la _trompette_ dans les réjouïssances.
On dit figurément qu'un Ange viendra avec la _trompette_ annoncer le jour du Jugement & réveiller les morts pour y comparoître. Les Payens ont mis aussi une _trompette_ à la bouche de la Renommée, dont ils ont fait une divinité fabuleuse. Les Poëtes disent qu'ils sont les _trompettes_ de la gloire des Heros. Cet Ecrivain a été la _trompette_ de la guerre qui a publié des manifestes qui ont été cause de la guerre. Ménage dérive ce mot du Grec _strombos_ qui signifie une _conque_ dont on usoit autrefois au lieu de _trompette_.
Il y a aussi dans l'orgue un jeu de _trompettes_ qui a huit pieds de long & qui s'élargit par en haut comme le Pavillon des _trompettes_ militaires: il a environ un demi pied de diametre par en haut, & un pouce & demi par en bas. Il y a aussi une _trompette_ de pedales qui est de huit pieds; ce jeu est accordé à l'octave de la montre.
On appelle en général _trompettes_ & clairons les tuyaux qui s'élargissent par en haut.
TROMPETTE _marine_ est un instrument de musique composé de trois tables, qui forment son corps triangulaire, elle a un manche fort long & une seule corde de boyau fort grosse montée sur un chevalet qui est ferme d'un côté sur un de ses pieds, & tremblotant de l'autre côté sur un pied qui n'est point attaché à la table; on la touche d'une main avec un archet, & de l'autre on presse la corde sur le manche avec le pouce, c'est ce tremblement du chevalet qui lui fait imiter le son de la _trompette_, ce qu'elle fait si parfaitement qu'il n'y a presque pas moyen de la distinguer de la _trompette_ ordinaire, & c'est ce qui lui a fait donner ce nom, quoy que d'ailleurs ce soit une espece de _monocorde_.
TROMPETTE _parlante_, est une trompette longue de sept à huit pieds & quelquefois de quinze, qui est toute droite, faite de fer blanc, & qui a un fort large pavillon, son bocal est assez large pour y introduire dedans les deux lévres; que si on parle dedans, elle porte la voix jusqu'à mille pas & se fait entendre distinctement. On dit que l'invention en est moderne, & est du Chevalier Morlan Anglois, néanmoins le Pere Kircher a donné la figure d'une _trompette_ dont il dit qu'Alexandre se servoit pour parler à son armée, qui est presque la même chose, à la réserve que celle-ci se divise en deux tuyaux, qui par aprés se rejoignent.
TROMPETTE, _s. m._ est le Cavalier qui sonne de cet instrument. Ce sont les _trompettes_ qu'on envoye aux assiégez pour les sommer de se rendre, pour leur faire sçavoir quelque chose.
TROMPETTE se dit proverbialement en ces phrases. On dit qu'un homme est bon cheval de _trompette_, qu'il ne s'étonne pas pour le bruit, quand il ne se soucie pas des crieries qu'on peut faire contre lui. On dit qu'il faut déloger sans _trompette_, quand on chasse quelqu'un, quand on l'oblige de s'enfuir avec précipitation: On dit aussi à gens de village _trompette_ de bois, pour dire qu'il faut faire aux gens des traitemens proportionnez à leur condition.
TROMPETTER. _v. act._ publier à son de trompe & à cri public dans les marchez, dans les carrefours, quelque Réglement, quelque Ordonnance de Police, quelque ajournement à trois briefs jours. Un tel a été _trompetté_ pour la troisiéme fois.
TROMPILLON. _s. m._ petite _trompe_ d'Architecture. Les voutes ou _trompillons_ sous les marches droites d'un escalier se toisent pour mur sans reins.
TRUAND, ande. _adj._ mendiant valide qui demande l'aumône & qui aime la fainéantise, qui fait un métier de gueuser: Ce mot est fort ancien. L'Abbé Guibert en son Histoire de Jerusalem represente la vie & les gestes des gueux & truands qui suivirent l'armée croisée, qu'il nomme _trudents_. Leur Capitaine fut un Chevalier de Normandie qui se fit nommer le Roy _Thafur_, & il remarque que ces gens firent grand peur aux Sarrasins, qui craignoient fort de tomber entre leurs mains, parce qu'ils étoient antropophages; cette Royauté a toûjours continué depuis; & à present les gueux de France nomment leur Roy _Le grand Cosroê_, & _le Roy de Thunes_, comme on voit dans le jargon de l'Argot. Pasquier & Ménage aprés lui prétendent que le nom de _truand_ vient d'un vieux mot gaulois _treu_ ou _trud_ qui signifioit _tribut_, dont la pesanteur, disent-ils, avoit réduit ces gens à la mendicité, mais ils se trompent, parce que ce nom est bien plus ancien: car les Tailles ne furent imposées que du temps de Saint Louïs: outre que leur libertinage les rendoit exempts de toutes impositions. C'est pourquoy d'autres disent qu'il vient de _molæ trusatiles_, qui signifient les _moulins à bras_, qui étoient tournez par des gueux & des miserables avant l'invention des autres dont on se sert. D'autres croyent que ce nom vient d'un oiseau de marais qui a le pied d'oye & la taille d'un cigne, que les Latins appellent _truo_, & les Grecs _Onocrotale_, parce que cet oiseau a une bourse tenant à la partie inferieure du bec, qui descend en poche ou besace, où il ramasse toutes les bribes qu'il trouve, pour les retirer & manger à loisir, ce qui a fait qu'on a nommé _truands_, les gueux qui font la même chose.
On appelle _truands_ en Espagne, les Bouffons, Bâteleurs, joüeurs de gibeciére & faiseurs de tours de passe-passe. Borel dit que ce mot signifioit autrefois gens de pied, & des gens mal-propres & sales; comme qui diroit des Tripiers, qui ont donné le nom à la ruë de la _truanderie_ à Paris où demeuroient les Tripiers.
Il y a quelques coûtumes qui font mention d'un cens _truand_, dormant ou mort, c'est à dire, qui ne porte aucun profit, ni droits Seigneuriaux, qui n'est qu'une espéce de Rente Roturiére. Il y a un vieux Proverbe cité dans l'indice de Ragueau, qui dit _qui fit Normand, fit truand_. Ce qui vient de ce que dit Pasquier que les Normands ont été les plus chargez de _trus_, qui en vieux gaulois signifioit _impost_.
TRUANDAILLE, _s. f._ Vieux mot qui signifie aussi gueux ou vau-rien. On trouve ce mot employé dans la vieille Bible des Noëls. Vous ne semblez que _truandailles_, vous ne logerez point céans.
TRUANDER, _v. n._ Demander l'aumône par libertinage & pure faineantise. Il y a des gens qui sont nez avec l'inclination de _truander_, on dit maintenant _trucher_.
TURBIT, _s. m._ Espéce de petite plante que les Latins nomment _tripolium_, c'est aussi l'écorce d'une racine laiteuse. Il doit être obscur au dehors, blanc au dedans & nettoyé de son cœur dur & fibreux, & n'être ni moisi, ni chansi, ni vermoulu; il doit être aussi gommeux, car il contient au dedans de la resine.
Dioscoride dit, que le _turbit_ blanc est la racine d'une herbe nommé _alypum_ ou _alypia_, dont les jettons & les feüilles sont menuës, les fleurs tendres & legéres, & qui a sa racine comme la Bette; sa racine est grêle & pleine d'un jus acre & piquant, sa graine semblable à celle d'Epithymum. Il dit aussi que ses fleurs changent trois fois de couleur par jour, car au matin elles sont blanches, sur le midy purpurines, & deviennent rouges sur le soir: il dit encore que ses feüilles sont semblables au pastel & qu'il croît sur le bord de la mer. _Turbit_ est le nom que les Arabes donnent au _tripolium_.
Mathiole dit, que le _turbit_ est la racine de pityusa, qui est une espéce de tithymale que les Apoticaires appellent _Esula major_. Le _turbit_ est une drogue dangereuse parce qu'elle purge trop violemment.
Les Chymistes appellent aussi _turbit mineral_, &c.