CHAPITRE XI.
10, +Piece+.--Dès longtemps, comme portent certaines éditions; c’est un italianisme, _un buon pezzo_, dit-on en italien; ailleurs Montaigne écrit pieça.
11, +Credit+.--«Notre ignorance générale des causes premières nous interdit toute prédiction. La plupart du temps ce ne sont que des hypothèses basées sur des analogies, et ne devraient se borner qu’à un avenir fort rapproché; toujours elles sont de réussite assez douteuse. Les prédictions des rêveurs que rien n’autorise, se confirment parfois, mais ce n’est que par hasard; combien infinie la quantité d’autres, émanant de même source, qui ne se réalisent pas et dont personne ne parle!» G. LEBON.
14, +Delphis+.--Delphes était regardée par l’antiquité grecque comme une ville sainte; on la tenait comme occupant le centre de la terre; son temple d’Apollon et les oracles qui s’y rendaient étaient en grande vénération. Toujours obscurs et ambigus, ces oracles étaient rendus par la Pythie, prêtresse du dieu, qui, à cet effet, mâchait des feuilles de laurier, arbre qui lui était consacré, et se tenait sur un trépied au-dessus d’une ouverture d’où s’échappaient des vapeurs qui lui communiquaient une certaine exaltation.
24, +Abolies+.--Les aruspices étaient des sacrificateurs qui révélaient l’avenir par l’inspection des entrailles des victimes; les augures, d’ordre plus relevé, le révélaient d’après le vol, le chant et l’appétit des oiseaux. Les devins émettaient des prédictions, interprétaient les songes, les présages à la façon de nos diseurs de bonne aventure; il en était à peu près de même des oracles, mais rendus en un lieu, dans des formes et au nom d’une divinité déterminée, ils avaient un caractère plus officiel et inspiraient davantage créance.
27, +Préoccuper+.--Anticiper; ne s’emploie plus dans ce sens dérivé de son étymologie latine.
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1, +Olympi+.--L’Olympe, sur les confins de la Macédoine et de la Thessalie, montagne la plus élevée (environ 2.500) de la péninsule hellénique. Les anciens en avaient fait la résidence de leurs dieux; Jupiter, souverain maître des dieux et des hommes, l’était aussi de l’Olympe.
8, +Salusse+.--Une fille de cette famille s’est alliée en 1586 à un Lur des environs de Bordeaux, fondant la branche des Lur-Saluces qui y existe encore, et deux de leurs petits-fils ont épousé les deux petites-filles de Montaigne. V. N. =II=, 44: Masculines.
12, +Faire+.--C.-à-d. «de changer de parti», comme il est dit quelques lignes plus bas. Certains éditeurs, choqués de cette longue suspension de sens, ont substitué: «de tourner sa robe», autrement dit «tourner casaque». COSTE.
16, +Dauantage+.--«Il était homme, écrit du Bellay, qui ajoutait foi aux devins, desquels lui avaient prédit que l’Empereur devait cette année détrôner le roi de son royaume.»
27, +Contestée+.--En 1536. Cette trahison eut aussi pour cause le désir qu’avait le marquis de Saluces d’obtenir de Charles-Quint le marquisat de Montferrat auquel il prétendait; c’était déjà pour recevoir des territoires qui étaient en notre possession et qu’il revendiquait, qu’il était passé dans nos rangs. Il fut tué l’année suivante au siège de Carmagnoles. DU BELLAY, VI et VIII.
39, +Tort+.--C.-à-d. au contraire, ceux-là sont dans l’erreur qui croient la maxime que voici.
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1, +Art+.--CICÉRON, _De Divin._, II, 23.--Les Étrusques (auj. Toscans) étaient les grands magiciens de l’Italie, comme les Thessaliens ceux de Grèce, les Chaldéens ceux de l’Asie. L’empereur Julien, lors de son expédition en Perse, avait avec lui des aruspices toscans.
7, +Fortuite+.--Platon, dans sa République, V, 8, etc., veut en effet que les chefs du gouvernement fassent en sorte que les plus excellents hommes soient mariés avec les plus excellentes femmes, et de même les hommes les plus méprisables avec des femmes de leur caractère; mais que la chose soit décidée par une espèce de sort, ménagé avec tant d’artifice, que ces derniers s’en prennent à la fortune, dont la part dans son système est pourtant faite très restreinte, et non à leurs gouvernants.
28, +Nombre+.--Diagoras, disciple de Démocrite, très pieux au début de sa vie, en vint, à la suite d’un parjure dont il avait été victime, à nier l’existence des dieux, ce qui le fait appeler d’ordinaire Diagoras l’Athée. Poursuivi par les Athéniens pour ses tendances antireligieuses, il s’enfuit, et sa tête fut mise à prix: un talent à qui le tuerait et deux à qui le livrerait vivant (le talent avait une valeur variant entre 2.600 et 5.000 fr., le talent attique était de 5.000).--Sa réponse, dans la circonstance présente, est relatée d’une manière un peu différente par Diogène Laërce: «Vous en verriez bien davantage, lui fait-il dire, si c’étaient là les images de ceux qui ont péri!» Cicéron, _De Nat. deor._, I, 37, cite de lui cette autre réponse: «Il était à bord d’un vaisseau qui essuya une forte tempête; pendant le gros temps, quelqu’un dit qu’on avait bien mérité ce qui arrivait pour avoir embarqué un impie comme lui: «Regardez, répondit Diagoras, le grand nombre de navires qui souffrent de la même tempête que nous, croyez-vous que je sois aussi dans chacun de ces bâtiments?»
28, +Cicero+.--_De Divinat._, I, 3.
32, +Principesques+.--Catherine de Médicis, entre autres, qui avait un astrologue attitré, Ruggieri, qu’elle avait amené d’Italie et pour lequel elle avait fait construire un observatoire. Il lui avait prédit qu’il y avait danger pour le roi son mari (Henri II) à prendre part au tournoi où il fut blessé mortellement, et elle avait fait en suite de cette prédiction tous ses efforts pour détourner ce prince d’entrer en lice.
32, +Vanitez+.--Chez les Romains, on punissait quelquefois un général vaincu de ne pas avoir tenu compte des présages; c’était un effet de leur politique, voulant montrer ainsi au peuple que les revers qu’ils éprouvaient ne provenaient pas de la mauvaise constitution de l’État, ou de sa faiblesse, mais de l’impiété d’un citoyen contre lequel les dieux étaient irrités.
36, +Grece+.--Ces prédictions de l’empereur Léon concernaient la chute du Bas-Empire et les malheurs de Constantinople; elles sont consignées dans un manuscrit grec de la bibliothèque de l’Escurial (résidence ordinaire des rois d’Espagne).
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10, +Plaira+.--Parmi ces prophéties, les plus célèbres sont celles sur les papes, de Malachie, archevêque d’Arnagh, en Irlande (XIe siècle), qui, du reste, sont considérées comme apocryphes; et celles de Nostradamus (XVIe siècle), dont Henri II et Catherine de Médicis faisaient grand cas et qui sont formulées en quatrains extravagants où l’on peut voir tout ce que l’on veut.
12, +Discours+.--De sa raison.--Ce mot «discours», qui revient souvent dans Montaigne, y est pris dans les acceptions les plus variées. Outre son acception ordinaire en tant qu’expression de la pensée, entretien, conversation, il est pris souvent au cours des Essais dans le sens de raison, intelligence, entendement, comme il arrive ici, et dans bien d’autres, signifiant: Raisonnement, jugement: «I’ay veu quelqu’vn... courre la mort à force... par diuers visages de discours que ie ne luy sceu rabattre» (=I=, 448):--Sagesse: «Gallus Vibius... se pouuoit vanter d’estre deuenu fol par discours», porte l’édition de 1588; «par sagesse», porte celle de 1595 (=I=, 134);--Dessein: «Ie m’abandonne... à tousiours dire ce que ie pense, et par complexion et par discours», porte l’édition de 1588; «et par dessein», porte celle de 1598 (=II=, 496):--Opinion: «Il a cuidé m’imprimer non tant son discours, que son sentiment» (=III=, 638);--Volonté: «Il y a plusieurs mouuemens en nous qui ne se partent pas de nostre discours», porte l’édition de 1588, «de nostre ordonnance», porte celle de 1595 (=I=, 392);--Supériorité, difficulté: «Il y a encore plus de discours à instruire autruy qu’à estre instruit» (=II=, 160);--Art, artifice, ingéniosité, parti pris: «A peine est-il en son pouuoir... de gouster un seul plaisir... encore se met-il en peine de le retrancher par discours» (=I=, 350). MOTHEAU et JOUAUST, _Glossaire_.
15, +Suiuies+.--Socrate prétendait entendre constamment en lui une voix intérieure, qu’il appelait son démon familier, l’inspirant et en lequel il manifestait une confiance aveugle. En cela, il semble avoir été de la plus entière bonne foi; il n’y a pas apparence que ç’ait été de sa part une imposture pour donner plus de crédit à sa parole et aider à son rôle de réformateur; du reste, Montaigne ne le met pas en doute et ne fait qu’en donner une explication. Voir sur Socrate N. =III=, 576: L’vn.--On retrouve l’analogue dans les voix de Jeanne d’Arc la sollicitant sans cesse, d’après son dire que nous ne contestons pas davantage, à s’employer à jeter les Anglais hors de France.
+----------------------------------------------------------------+ | Note de transcription: Il est fait référence plusieurs fois à | | cette note =III=, 576: L’vn. Dans le texte elle porte le titre | | +Socrates+ comme dans l’original. | +----------------------------------------------------------------+
17, +Fortuite+.--Daniel de Foë, l’auteur de _Robinson Crusoé_, a écrit, comme suite à cet ouvrage, sur l’importance qu’il y a à ne pas négliger ces sortes de pressentiments qu’il attribue à des avertissements donnés par des intelligences célestes; peut-être n’est-ce simplement que le fait du travail inconscient de l’esprit préoccupé d’une idée qui nous fait entrevoir des éventualités que nous retenons lorsqu’elles ont de l’à-propos, et dont nous ne nous souvenons même pas quand, ce qui arrive le plus souvent, elles ne se réalisent pas et, par suite, n’éveillent pas notre attention.
20, +Socrates+.--PLATON, dans _Théagès_.