‹ Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IVChapitre 148 sur 241 · CHAPITRE XXIV.

CHAPITRE XXIV.

Ce chapitre est numéroté XXV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

28, +Pedantisme+.--Ce chapitre contient des observations très judicieuses sur la mauvaise manière d’enseigner et d’élever les enfants, et forme avec le suivant un traité presque complet d’éducation, très supérieur à l’_Émile_ de J.-J. Rousseau, qui en a tiré ce qu’il a dit de mieux sur la matière.--A proprement parler, le pédantisme consiste dans une haute opinion de son savoir et un ridicule étalage de science empruntée. NAIGEON.

30, +Italiennes+.--En fait de comédies de ce genre, on peut citer: _El Pedante_, de F. Balo, 1538; mais comme le dit Montaigne, on trouve des rôles de pédant dans une foule de pièces du théâtre italien du XVIe siècle.

30, +Pedante+.--N’est pas le féminin de pédant, mais le nom italien, qui est à prononcer: Pédanté, avec un accent sur l’e final.

30, +Badin+.--Aujourd’hui adjectif; était un personnage ridicule de l’ancienne farce française, tels actuellement Jocrisse, Polichinelle, etc.

=204=,

7, +Dit+.--PLUTARQUE, _Cicéron_, 2.--Longtemps à Rome, les pédagogues furent pour la plupart des Grecs.

11, +Sapientes+.--C’est une sentence que RABELAIS, _Gargantua_, I, 39, met dans la bouche de Frère Jean, fidèle portrait des moines de ce temps et qui s’excuse de la sorte de son ignorance, ce que REGNIER, _Sat._ III, a traduit par ce vers: «Pardieu, les plus grands clercs ne sont pas les plus fins».--Il y a dans ce chapitre quelques autres imitations de Rabelais. LE CLERC.

17, +Princesses+.--Probablement Marguerite de Valois, fille de Henri II, dont Montaigne parle souvent et qui n’étant pas encore mariée était, de par son rang, la première des princesses de France.

31, +Temps+.--Allusion aux comédies d’Aristophane, dans lesquelles Socrate notamment était cruellement ridiculisé.--Les éd. ant. aj.: _mais au rebours des nostres_.

33, +Prests+.--Est dit ici par ironie, il faut entendre: «Ils en sont bien loin.»

34, +C’est+.--Cette façon de parler était encore d’usage du temps de CORNEILLE, où, dans _Horace_, il est dit: «Le roi ne sait que c’est d’honorer à demi.» Aujourd’hui nous disons: «ce que c’est».

=206=,

10, +Insolents+.--Tout ce passage depuis: «Et quant aux philosophes...» est traduit du _Théétète_ de PLATON. LE CLERC.

27, +Iouet+.--Archimède qui, par ses inventions, tint en échec, pendant trois ans, =214= à =212=, les Romains assiégeant Syracuse. PLUTARQUE, _Marcellus_, 6.

35, +Armées+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 92.

36, +Frere+.--Il faut entendre ici, non la royauté proprement dite, mais une charge particulière qui en portait le nom à Éphèse, comme chez les Athéniens, et les Romains après qu’ils eurent renoncé au gouvernement monarchique. PAYEN.

38, +Compagnie+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 6.

=208=,

2, +Offrirent+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 63.--Les éd. ant. continuent: _Vn d’entre eux, Thales_.

6, +Trafique+.--Il prit à ferme tous les pressoirs à huile autour de Milet, dans la prévision d’une bonne récolte et alors que les oliviers étaient encore en fleurs; la récolte fut excellente, et, de sa spéculation, Thalès retira un bénéfice considérable. DIOGÈNE LAERCE, I, 26.

16, +Vienne+.--Add. des éd. ant.: _à nos maistres d’école_.

17, +Sciences+.--Ce mot «sciences», qui se retrouve fréquemment dans Montaigne, signifie chez lui les connaissances philosophiques et littéraires, ou lettres, dont on s’occupait à peu près exclusivement à son époque, et nullement les sciences dans la signification actuelle de ce mot, dont le domaine est devenu si vaste, par suite des découvertes et de leurs applications faites depuis un siècle et demi. La distinction entre lettres et sciences, si nette aujourd’hui, n’existait pas alors; les lettres étaient tout, les sciences à peu près rien.

23, +Homme+.--Passage imité de SÉNÈQUE, _Epist._ 88.

29, +Plus sçauant+.--«Une tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien pleine.»

=210=,

1, +Vent+.--«Nous ne pensons pas; mais écrivons de point en point ce que les autres ont pensé.» VOLTAIRE.

13, +Ietter+.--Jusqu’au VIIIe siècle, on faisait souvent usage de jects ou jetons pour compter; et même jecter ou jetter se disait pour calculer.

18, +Chalemie+.--C’est à proprement parler une flûte de pâtre, faite de paille, de chalumeau de blé; il signifie ici une de ces chansons chantées par les pâtres au son du chalumeau.

19, +Qu’em+.--Montaigne traduit ce proverbe, après l’avoir cité.

20, +Sommes là+.--Un proverbe cité dans le dictionnaire de LEROUX, disait pareillement: «Il n’y a qu’à siffler et remuer les doigts», pour exprimer d’une chose qu’elle est facile à faire.

23, +Perroquet+.--LORD CHESTERFIELD (1694 à 1779) avait bien senti le vice de cette instruction que lui-même avait reçue à l’université de Cambridge, et qui à ce moment n’avait fait de lui qu’un petit pédant, vain et superficiel; et dans ses Lettres à son fils, il en dépeignait ainsi le résultat: «Quand je voulais bien parler, je copiais Horace; quand je voulais faire le plaisant, Martial; et pour paraître homme du monde, je copiais Ovide.»

31, +Gens+.--Cet original s’appelait Calvitius Sabinus et vivait au temps de SÉNÈQUE qui rapporte le fait, _Epist._ 27.--Chacun des esclaves en question lui avait coûté 400.000 sesterces, soit 80.000 fr. (il s’agit ici du petit sesterce qui valait 0 fr. 20, tandis que la valeur du grand sesterce était de 0 fr. 80), il en avait neuf; il ne les avait pas trouvés tout faits, il lui avait fallu les commander.--Ce prix de 400.000 sesterces pour un esclave a parfois été dépassé; PLINE, VII, 39, cite Daphnus, grammairien, qui fut payé 700.000 sesterces (140.000 fr.), et Pœson, eunuque de Sylla, qui atteignit 50.000.000 de sesterces (10.000.000 de fr.), mais, pour ce dernier, la passion s’en mêlait.

37, +Nous+.--Add. des éd. ant.: _de mesmes_.

=212=,

5, +Soy+.--Comparaison tirée de PLUTARQUE, _Comment il faut ouïr_, à la fin.

8, +Capitaine+.--Add. des éd. ant.: _et si aduisé sans l’essay et_.

9, +Mode+.--Quand il fut envoyé pour combattre Mithridate, =73=, dit CICÉRON, _Acad._, II, 1, Lucullus passa tout le temps de la route et de la traversée, soit à s’enquérir auprès de gens experts en l’art de la guerre, soit à lire les comptes rendus de faits y afférents; si bien qu’il arriva en Asie, général consommé, que la victoire couronna, alors qu’il était parti de Rome ignorant les premiers rudiments de cet art.--L’empereur Julien, alors César, se révéla lui aussi, à son arrivée en Gaule (355), tout d’un coup grand capitaine.--L’eunuque Narsès (552) se montra de même habile général, sans jamais avoir été militaire auparavant.--Il est certain que le génie de la guerre et la science militaire sont distincts l’un de l’autre. Le génie est inné, se rencontre rarement, et pour se produire a besoin que les événements s’y prêtent; en dehors d’une disposition d’esprit toute spéciale, il comporte un ensemble de facultés portées à un haut degré: du caractère, un grand bon sens, de la volonté, de l’initiative, de la décision, de l’audace, de la prudence, du sang-froid, du coup d’œil, une grande activité physique, une santé robuste, le mépris de la vie humaine, une connaissance approfondie des hommes et des choses. La science en est le complément, mais elle, elle s’acquiert voire même assez facilement, et celui chez lequel le génie existe a tôt fait de se l’assimiler. A défaut de génie, mais unie à l’expérience, ce qui est le cas le plus ordinaire, la science n’est pas sans conduire à des résultats souvent considérables; seulement rarement alors elle en arrive à tirer aussi complètement parti que le génie des circonstances imprévues si fréquentes à la guerre et à triompher quand même dans les cas difficiles.

17, +Σοφός+.--Dans les éditions antérieures, Montaigne faisait suivre cette citation de sa traduction que nous donnons d’après lui: _Je haï, dict-il, le sage qui n’est pas sage pour soy-mesmes_.

19, +Quiret+.--Les mots: «Ex quo Ennius» qui, dans les Essais, sont détachés de la citation qui les suit, en font partie dans le texte de Cicéron.

23, +Dionysius+.--Les sages réflexions attribuées ici à un Denys quelconque, sont de Diogène le Cynique, comme on peut le voir dans la vie de ce philosophe écrite par Diogène Laërce, VI.

28, +Cher+.--J’aimerais autant.

35, +Grossir+.--VOLTAIRE, dans le conte de _la Bégueule_, dit pareillement en parlant de l’orgueil:

«Bouffi, mais sec, ennemi des ébats, Il renfle l’âme et ne la nourrit pas.»

41, +Peine+.--PLATON, _Protagoras_.--Parmi ces disciples, Protagoras comptait Evathlus, qui s’était engagé à lui solder le prix de ses leçons, lorsqu’il aurait gagné sa première cause; le moment venu, il déclara n’avoir rien à payer, et sur la menace d’être cité en justice, dit à son maître: «Allons, si les juges se prononcent pour moi, d’après la sentence, je ne devrai rien; si c’est toi qui l’emportes, ayant perdu, je ne devrai pas davantage, du fait même du pacte que nous avons conclu.» A quoi le maître répondit: «S’ils se prononcent pour moi, tu devras me payer selon la sentence; si tu l’emportes, ayant gagné, tu le devras pareillement, aux termes mêmes de notre convention.» Maître et disciple étaient aussi retors et fripons l’un que l’autre. V. N. =III=, 344: _Protagoras_.

41, +Chouez+.--Frustrés, déchus de leurs espérances.--De chouer, qui n’est plus d’usage, est venu échouer.

=214=,

16, +Galimatias+.--Mélange confus de paroles et d’idées incohérentes que l’on ne saurait comprendre, quoiqu’elles semblent signifier quelque chose.--Vient des mots latins _galli_ et _Mathias_ que prononça, s’embrouillant, au lieu de dire _gallus Mathiæ_, l’avocat d’une cause où il s’agissait d’un coq appartenant à un Mathias.

20, +Robbe+.--_Nicole_ a dit que la pédanterie est un vice de l’esprit et non de la robe.--On naît pédant, même sur les marches d’un trône. JOACHIM DU BELLAY, dans un sonnet, dit que pédant ou roi se touchent de près, que l’un et l’autre régentent et ont état et sujets, et termine en disant de Denys le Jeune:

«Et c’est pourquoi, jadis, le roi syracusain Voulut être pédant, ne pouvant être prince.»

26, +Creux+.--C’est le cas des intellectuels de nos jours chez lesquels, comme chez le pédant de Montaigne que La Fontaine a aussi connu et stigmatisé, l’instruction et le jugement vont rarement de pair, et qui, mécontents de la société où la place qu’ils occupent, pour si honorable qu’elle soit bien que modeste, ne leur semble pas en rapport avec le mérite qu’ils s’attribuent; et partant de là, ils se font en France, à la remorque des socialistes, les apôtres de l’internationalisme et de l’antimilitarisme et s’appliquent à renverser l’état social actuel, en sapant chez la jeunesse confiée à leurs soins la religion et l’armée qui en constituent les bases essentielles, s’y adonnant avec une ardeur qui n’a d’égale que celle que leurs congénères de l’Allemagne ont, en sens inverse, apportée à son relèvement après Iéna et Wagram. Ceux-ci ont abouti aux succès de 1815 et à ceux plus éclatants encore de 1870-71; à quels nouveaux désastres ceux-là, qui ont déjà à leur actif la Commune et, ce qui nous a fait plus de mal encore, les troubles démoralisateurs dont l’affaire Dreyfus a été le prétexte, ne nous exposent-ils pas dans leur aveuglement et malgré leur infime minorité, secondés qu’ils sont, il faut bien le reconnaître, par l’inertie non moins regrettable de tous les autres que le patriotisme et les leçons de l’expérience devraient rendre plus clairvoyants!

32, +Courtisane+.--A la manière des courtisans, des gens qui fréquentent la cour.

33, +Trauers+.--C’est à peu près la même idée qu’exprime MOLIÈRE dans ce passage des _Femmes savantes_:

«Le moindre solécisme en parlant vous irrite, Mais vous en faites, vous, d’étranges en conduite.»

36, +De son+.--Add. des éd. ant.: _gibier et de son_.

=216=,

5, +Titan+.--Prométhée, l’un des Titans (branche collatérale de celle dont était issu Jupiter, avec lequel les Titans, étant entrés en lutte, furent frappés de la foudre et précipités du ciel). Ayant formé l’homme du limon de la terre, et l’ayant animé avec le feu du ciel dérobé à cet effet, Prométhée fut en punition, par ordre de Jupiter, lié sur le Caucase, où continuellement un vautour lui déchirait le foie sans cesse renaissant, supplice dont le délivra Hercule. MYTHOLOGIE.

8, +Mieux+.--Add. des éd. ant.: _et qu’elle nous amende, ou elle est vaine et inutile_.

9, +Officiers+.--On désignait sous ce nom, d’une façon générale, tous ceux qui étaient pourvus de charges publiques ou offices; il est question ici des officiers de justice: conseillers au parlement, au Châtelet, etc.

19, +Est+.--Traduction de la citation qui précède.--MOLIÈRE, dans _les Femmes savantes_, exprime la même idée, mais en l’accentuant: «Un sot savant est sot plus qu’un sot ignorant.»--«On est quelquefois sot avec de l’esprit, a dit un autre, jamais avec du jugement.»

28, +Femmes+.--«La science des femmes, comme celle des hommes, doit se borner à s’instruire par rapport à leurs fonctions; la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études.» (FÉNELON).

Les temps ont bien changé; et au nom de l’égalité, la femme moderne réclame aujourd’hui même instruction que l’homme et l’admission à des fonctions que jusqu’ici il était seul à remplir. C’est là quand même une erreur; la mentalité de l’homme et celle de la femme ne sont pas identiques, même lorsque celle-ci est très instruite. Ils peuvent avoir des intérêts communs, des sentiments communs, ils ne sont pas impressionnés de la même façon par les mêmes choses, n’ont pas des enchaînements de pensées semblables, leur logique diffère. En dehors de cette raison, déjà suffisante à elle seule, les malaises fréquents de la femme, les troubles de santé qu’elle éprouve périodiquement, les devoirs de la maternité, les soins qui lui incombent dans l’intérieur de la famille, dont à la vérité beaucoup s’affranchissent, doivent de par la nature elle-même les faire exclure de toutes les occupations physiques ou intellectuelles susceptibles de les accaparer tout entières à un moment donné, telles les professions d’avocat, de médecin, etc.--Quant à la revendication de leurs droits politiques, elle est plus justifiée; du reste ce n’est pas chose nouvelle et, dit-on, en 1793 Condorcet avait été chargé par la Convention d’élaborer un projet de constitution admettant le vote des femmes. Il ne serait cependant pas sans inconvénient, et ce pour les mêmes causes, qu’elles exerçassent elles-mêmes ces droits; et il semble qu’il en serait suffisamment tenu compte, en attribuant dans ces questions double vote au mari ou au père de famille.

Sur un autre terrain, leurs revendications sont plus sérieuses et méritent considération. Elles demandent:

Que la femme mariée demeure propriétaire de son salaire et que l’évaluation du travail ménager lui donne un droit de pourcentage sur le salaire du mari. L’homme se fait si souvent la part du lion et si souvent néglige de pourvoir aux besoins de la famille, qu’il n’y a là rien qui étonne.

Qu’à travail égal masculin ou féminin, le salaire soit égal; ce n’est que justice, surtout quand on constate que la majorité des métiers féminins ne rapporte en moyenne que la somme dérisoire de 1 fr. 25 par jour.

Que le travail à domicile soit réglementé: ce travail en effet, par voie de concurrence, préjudicie à l’extrême aux intérêts de toutes, de celles qui le pratiquent tout comme à ceux de celles qui travaillent au dehors, par l’exploitation éhontée dont il est l’objet. Sait-on que la confection de chemises d’homme arrive à n’être payée que 0 fr. 90 à 1 fr. la douzaine; celle d’un pantalon d’homme 0,25, etc., et encore faut-il que l’ouvrière fournisse fil, aiguille, machine à coudre! Des vachères travaillant la journée entière à coudre des gants, en gardant leur troupeau, gagnent 0 fr. 40 par jour; des femmes de pêcheurs, en Bretagne, la passant à faire des broderies, n’arrivent qu’à trois francs par semaine. Dans ces abus, rentre le travail de certaines communautés subventionnées d’autre part, dans des conditions qui ne leur laissent pour ainsi dire aucunes charges auxquelles elles aient à pourvoir, et peuvent produire à des prix dérisoires. Question compliquée, mais qui vaut la peine d’être étudiée, si difficile qu’il paraisse d’espérer une solution satisfaisante.

Et si des faits nous remontons aux causes et que nous recherchions pourquoi ce qui jadis a été à l’état d’exception a tendance à devenir aujourd’hui de pratique courante, cela tient au bouleversement de la société et à ce que chacun recherche de plus en plus le confort et sacrifie au luxe. Pour satisfaire à ces appétits, le gain de l’homme devient insuffisant aux besoins du ménage et la femme est conduite à chercher du travail qui ajoute au salaire du père de famille; tandis que, d’autre part, chez l’homme, beaucoup par veulerie, en quête de besognes faciles, envahissent les métiers de la femme, se font couturiers, modistes, fleuristes, etc., obligeant celle-ci à se tourner vers ceux qu’ils abandonnent et à se faire avocat, médecin, employé d’administration, cocher, manœuvre, etc.

34, +Mary+.--Cette réponse se retrouve également dans _les Femmes savantes_ de MOLIÈRE:

«Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés, Qui disaient qu’une femme en sait toujours assez, Quand la capacité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d’avec un haut-de-chausses.»

=218=,

3, +Pedantisme+.--Signifie ici pédagogie.

6, +Iadis+.--Science et sagesse se confondaient, l’un menait à l’autre. Charles V, dit le Sage, roi de France, dut à son savoir (sage dit pour savant) cette appellation que de nos jours nous sommes portés à attribuer à la sagesse, pourtant si remarquable, avec laquelle il gouverna, tant pendant la captivité de son père que durant son propre règne.

7, +Desunt+.--J.-J. ROUSSEAU, dans son _Discours sur les lettres_, traduit ainsi cette phrase de Sénèque: «Depuis que les savants ont commencé à paraître parmi nous, les gens de bien se sont éclipsés».

11, +Ceux+.--A l’exception de ceux.

13, +Science+.--Idée qui, ainsi généralisée, n’est pas juste et que l’on s’étonne de rencontrer chez Montaigne: il y revient parfois (=I=, 234); par contre, il l’infirme dans différents passages (=I=, 248) et particulièrement au ch. XLII de ce même premier livre.

32, +Chaussetier+.--On montrait à un savant anglais les fabriques de drap de Norwich; les ouvriers y étaient tout déguenillés; on lui disait: «Voici les draps pour le Nord, ceux pour l’Allemagne, pour l’Italie, pour l’Amérique.»--«Fort bien, dit-il, mais je ne vois pas où sont les draps pour les ouvriers de Norwich!»

35, +Suffisant+.--Capable. Les mots suffisance, suffisant, sont toujours employés, dans les Essais, dans le sens de capacité, capable, et en bonne part, à l’exclusion de toute idée de vanité, de présomption qu’ils comportent parfois aujourd’hui.

=220=,

4, +Dit+.--Dans le _premier Alcibiade_.

25, +Dire+.--Donner la raison du parti qu’ils prenaient.

26, +Xénophon+.--_Cyropédie_, I, 3.

=222=,

1, +Τύπτω+.--Je frappe. Ce verbe est, dans la plupart des grammaires grecques, donné pour modèle des verbes de la première conjugaison.

4, +Ils+.--Les Lacédémoniens, dont il est question avant cette histoire incidente de Cyrus, qui interrompt le sens général de ce passage.

14, +Respondit-il+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.--J.-J. ROUSSEAU s’est approprié ce mot dans son _Discours sur les lettres_: «Que faut-il donc qu’ils apprennent? Voilà, certes, une belle question! Qu’ils apprennent ce qu’ils doivent faire étant hommes.»

15, +Admirables+.--C’est en cela que l’on a pu dire que c’était le maître d’école qui, en Prusse, avait fait Sadowa, et plus tard les succès de 1870-71. Mais cette métaphore, répétée à satiété en France, après nos revers, y a été interprétée de singulière façon.--Au lieu de voir là un résultat dû au sentiment patriotique insufflé à l’enfant, dès le bas âge, par ces humbles éducateurs de la jeunesse, obéissant, en vue du relèvement, à un mot d’ordre venu à la suite de l’effondrement de la monarchie prussienne au commencement du siècle dernier, et se poursuivant sans trêve chez l’homme après s’être exercé sur l’enfant, grâce à un ensemble d’institutions concourant à leur inspirer par-dessus tout la haine du Français auteur de ces désastres, nous n’y avons vu que l’à-côté: l’instruction primaire plus répandue et donnée à un degré plus élevé.--Fatale erreur! elle a fait que tout en donnant à cette instruction une extension exagérée peut-être, mus par un état d’âme qui nous est particulier, nous inculquons à l’enfant, non des sentiments de patriotisme surchauffé comme en Allemagne, mais des idées de confraternité universelle qui en sont presque l’opposé, en même temps qu’une connaissance approfondie des droits de l’homme, mais sans insister simultanément sur ses devoirs, ce qui eût été logique et un palliatif des exagérations auxquelles peut aboutir la revendication des uns sans l’observance des autres; laissant en outre jeter le discrédit sur ces deux bases essentielles des sociétés, factices comme elles si on le veut, mais sans lesquelles elles ne sauraient avoir le calme et la sécurité: la religion qui prêche ces devoirs et l’armée qui en impose l’exécution, qui sont leurs sauvegardes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.--De là cette situation si troublée en laquelle nous vivons, en butte à des désordres intérieurs continus, à ces grèves sans cesse renaissantes, qui se produisent partout et en tout, solidaires les unes des autres et qui portent de si profondes atteintes à notre industrie et à notre commerce, tandis que, d’autre part, malgré les charges écrasantes de notre état militaire et la volonté de nos gouvernants d’éviter la guerre à tout prix, sans en avoir l’air, nous sommes constamment anxieux des faits et gestes de nos voisins qu’inquiète également notre attitude imprécise.

18, +D’armée+.--Le titre d’imperator était donné, à l’origine, aux seuls généraux victorieux.

29, +Pays+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.--En =330=, à la suite de la défaite qu’Antipater roi de Macédoine venait de leur infliger et dans laquelle avait péri Agis II, leur roi, après des prodiges de valeur.

33, +Commander+.--PLUTARQUE, _Agésilas_, 7.

34, +Hippias+.--PLATON, _Hippias major_.

=224=,

12, +Lettres+.--Aujourd’hui et depuis des siècles, les Turcs constituent un des États les plus faibles d’Europe, où ils ne se maintiennent que parce que les autres ne veulent voir aucun d’entre eux se substituer à eux. Cette déchéance est due en grande partie à l’ignorance et à la stagnation en lesquelles ils sont demeurés alors que tout autour d’eux progressait. On ne saurait cependant nier chez eux une légère tendance à un relèvement auquel la femme, si paradoxal que cela paraisse, n’est pas étrangère. Celle-ci, en effet, dans les classes élevées, n’est pas l’être avili et annihilé qu’on ne cesse de se représenter, son influence dans l’intérieur des familles est moins effacée qu’on le suppose: dans certaines, elle reçoit de l’éducation; les productions littéraires de l’Occident pénètrent dans le harem et avec elles les idées modernes, et il n’est pas déraisonnable d’admettre qu’à la longue l’effet peut s’en faire sentir et une sorte de rénovation morale de la nation en résulter. G{al} NIOX.

16, +Grece+.--De 395 à 401, sous le commandement d’Alaric.

20, +Oysiues+.--PH. CAMERARIUS, _Médit. hist._, III, 51.--C’était aussi l’opinion des Goths du royaume d’Italie, si l’on en croit PROCOPE, historien grec du VIe siècle: Le grand Théodoric (489 à 526) ne voulait pas, pour cette raison, que les Goths envoyassent leurs enfants aux écoles; on blâmait la reine Amalasonte de donner à son fils Attalaric une éducation trop littéraire, prétendant que cela l’amollissait.--Quant à moi, je suis sur ce point de l’avis de Montaigne, mais je tiens que ce n’est pas la seule cause d’amollissement d’un peuple; l’excès de bien-être pénétrant toutes les classes de la société en est une bien plus grande encore, d’autant plus débilitante que cette jouissance au delà du nécessaire est plus considérable et date depuis plus longtemps.

22, +Toscane+.--Cette conquête s’effectua en cinq mois (1495), c’était prompt à une époque où tous les bourgs étaient fortifiés et les moyens de les réduire bien moins puissants que de nos jours et où les armées vaincues se reformaient assez rapidement; elle se perdit du reste la même année avec la même rapidité, par suite de la coalition contre nous du Pape, des Princes d’Italie et de l’Espagne.

25, +Guerriers+.--Voir sur cette question assez controversée de l’influence des lettres, _la Sagesse_ de CHARRON, III, et les célèbres paradoxes de J.-J. ROUSSEAU.