‹ Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IVChapitre 164 sur 241 · CHAPITRE XL.

CHAPITRE XL.

Ce chapitre est numéroté XIV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

=440=,

19, +Auons+.--Ce chapitre est très beau, mais assez difficile à entendre. Montaigne y traite avec art et subtilité le thème qu’il lui a donné pour titre, on y trouve entre autres une digression très curieuse et très philosophique sur les trois états différents dans lesquels lui-même s’est trouvé sous le rapport de la fortune. NAIGEON.

20, +Ancienne+.--_Manuel_ d’ÉPICTÈTE, 10.

21, +Mesmes+.--Cette maxime est une de celles qui, dans son texte grec, étaient peintes sur les solives du plafond de la bibliothèque de Montaigne.

27, +Cheuirons+.--N’en profiterions-nous, n’en jouirions-nous?--Chevir est un vieux mot qui signifie venir à bout d’une chose, en jouir, en disposer; d’où chevance, bien que l’on possède.

=442=,

17, +Parties+.--Parties adverses, comme on dit au barreau; autrement dit «ennemies», mot que dans quelques éditions on a substitué à celui de parties.

21, +Maux+.

«La mort est simplement le terme de la vie. De pensers et de biens elle n’est point suivie; Ce n’est qu’un paisible sommeil, Que par une conduite sage La loi de l’univers engage A n’avoir jamais de réveil.»

ABBÉ DE CHAULIEU.

22, +La supportent... la vie+.--Var. des éd. ant.: _Ne la reçoiuent ils pas de tout autre visage?_

27, +Tuer+.--En =295=, alors que ce philosophe était envoyé près de lui, à titre de négociateur, par Ptolémée I, roi d’Égypte.

28, +Cantharide+.--CICÉRON, _Tusc._, 40.--Avec la cantharide, insecte dont on fait grand usage en médecine pour les vésicatoires, on composait un poison qui était assez employé chez les anciens.

30, +Populaires+.--Les éd. ant. aj.: _et communes_.

=444=,

8, +Ieusne+.--C’est le sujet d’une épigramme d’OWEN, I, 123.

21, +Errer+.--Les éd. ant. port.: _que de se departir de ses opinions quelles qu’elles fussent_, au lieu de: «que se laisser... errer».

22, +Print+.--En 1477, lors de la mainmise sur l’Artois, par Louis XI, à la mort de Charles le Téméraire.

26, +Gallee+.--Locution signifiant: «Vive le plaisir!» ou encore: «Allons, tout est bien!» «Vogue la galée!» dit Panurge, dans RABELAIS, se voyant sorti sain et sauf d’une tempête (V. N. =I=, 250: Galler). Aujourd’hui on dit et on écrit par corruption: «Vogue la galère!» dont l’étymologie est autre et la signification: «Advienne que pourra!» différente.

=446=,

1, +Mesmes+.--On présentait à Mandrin, voleur fameux du XVIIIe siècle, qu’on allait rouer, un religieux pour confesseur; il répondit qu’«il le trouvait trop gras, pour un homme qui prêchait l’abstinence».--Ce mépris de la mort, en pareille occurrence, n’est pas l’apanage exclusif des scélérats; les honnêtes gens, victimes des fureurs populaires, se sont montrés maintes fois aussi indifférents. Les exemples en ce genre abondent sous la terreur: le général Biron, entre autres, condamné par le tribunal révolutionnaire, au moment d’être conduit à l’échafaud, se fit servir des huîtres et offrit un verre de vin au bourreau, en lui disant: «Prenez, cela vous donnera du courage; vous devez en avoir besoin au métier que vous faites.»

4, +Des leurs+.--Il en était de même en Thrace, au dire d’HÉRODOTE.

4, +Constamment+.--Avec constance, courage, résignation.

9, +Rescousses+.--De prises et de reprises.--Rescousse signifiait secours, délivrance, d’où l’expression: «A la rescousse»; ce terme est encore usité dans la jurisprudence maritime pour reprise d’un navire dont on s’est trouvé dépossédé.

13, +Sepmaine+.--En 1520; sous François Ier, alors que les Français, en possession du duché de Milan depuis cinq ans, et depuis le même temps en lutte pour s’y maintenir, en étaient définitivement chassés.

18, +Nombre+.--PLUTARQUE, _Brutus_, 8.--En =42=. Après la mort de César, Brutus et Cassius cherchèrent à se créer un centre de résistance dans l’Asie Mineure. La ville de Xanthe n’accédant pas à leurs projets, Brutus l’assiégea et s’en empara. Les Xanthiens se défendirent avec acharnement, allant au-devant de la mort, se sacrifiant, eux, leurs femmes et leurs enfants; si bien que, touché de compassion, Brutus alla jusqu’à promettre une récompense à tout soldat qui sauverait un habitant. A peine parvint-on de la sorte à en sauver cent cinquante qui se décidèrent à accepter la vie à laquelle on s’efforçait de les retenir.

19, +Vie+.--«Toute opinion peut être préférée à la vie, dont l’amour cependant paraît si fort et si naturel.» PASCAL.

22, +Aux leurs+.--DIODORE DE SICILE, V, 19.--En =479=. Lors de la deuxième guerre médique, les différents peuples de la Grèce, un peu avant la bataille de Platée, s’unirent par un serment demeuré célèbre dans l’antiquité et dont voici la formule: «Je n’estimerai pas la vie plus que la liberté; je n’abandonnerai mes chefs ni vivants, ni morts, et j’ensevelirai mes compagnons tués dans le combat. Vainqueur, je ne contribuerai jamais à la destruction d’aucune des villes qui ont pris part au combat. Je ne relèverai aucun des temples brûlés ou renversés; je laisserai subsister ces ruines, comme un monument qui doit rappeler à la postérité la fureur sacrilège des Barbares.»

25, +Castille+.--Ferdinand et Isabelle. Expression consacrée par les Espagnols qui ne séparent pas ces deux noms; Isabelle était, de fait, reine de Castille, mais son mari Ferdinand le Catholique y régnait en son nom. Après l’expulsion des Maures, en 1492, ils prirent en commun le titre de rois d’Espagne.

25, +Iuifs+.--En 1492. Cette expulsion anéantit le commerce et l’industrie de l’Espagne; beaucoup se réfugièrent en Hollande et en France.

31, +Escharcement+.--Chichement, avec trop d’épargne; de l’italien _scarso_, qui veut dire chiche.

=448=,

5, +Païs+.--En 1497. Ce revirement chez Emmanuel fut dû à la reine, fille d’Isabelle de Castille, qui en avait fait une condition absolue de son mariage; la persécution qui s’ensuivit fut une des principales causes des troubles et divisions qui ont agité le Portugal pendant trois siècles.

20, +Religion+.--Le P. Jésuite MARIANNA dit, dans son _Histoire d’Espagne_, XXVI, 13, qu’en vertu de cet édit, les enfants devaient être baptisés de force, et il ajoute: «édit cruel, tout à fait contraire aux lois et maximes chrétiennes».

27, +Prefix+.--Qu’il leur avait fixé; du latin _præfixere_, déterminer.

34, +Opinions+.--En 1225. L’hérésie des Albigeois, dérivée de celle des Manichéens, repoussait entre autres choses l’autorité du pape et des prêtres. Née dans le XIe siècle, elle embrasa tout le midi de la France, que les persécutions dirigées contre elle mirent à feu et à sang. Cette guerre ne prit fin que vers 1229; mais aux croisades auxquelles elle avait donné lieu, se substituèrent alors, dans la région, pour y consolider la foi, l’Inquisition et toutes ses horreurs.

=450=,

2, +Mort+.--Il en est de même aujourd’hui: En France, du 1er janvier 1895 au 1er janvier 1905, on n’a pas relevé moins de 695 enfants de 16 ans et au-dessous qui se sont donné la mort, et voici quelques-unes des raisons alléguées dans les billets laissés par certains d’entre eux:--«Je me noye, mon père m’a grondé.»--«Je me suicide parce que je n’ai pas eu de prix.»--«Je me tue parce que j’ai trois dents cassés.»--Il en est qui se tuent par simple imitation ou bravade: «Tiens, dit l’un, en apercevant un pendu, il faut que je me pende aussi»; et il le fait séance tenante.--«Je me suis brûlé la cervelle exprès», écrit un autre qui se tue pour montrer qu’il est capable d’agir comme un homme.--En janvier 1907, à Paris, un collégien de dix-neuf ans se noyait dans la Seine de dépit d’une réprimande; un autre, de même âge, se tuait par chagrin d’amour.

3, +Ancien+.--Le fond de cette pensée est dans SÉNÈQUE, _Epist._ 70.

16, +Orage+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 68.

29, +Dernier+.--Var. des éd. ant.: _souuerain_.

30, +Effect+.--CICÉRON, _Tusc._, II, 13.

=452=,

2, +Mal+.--CICÉRON, _Tusc._, II, 25, raconte le fait un peu différemment: Pompée venant de Syrie à Rhodes, où se trouvait Posidonius, désirait l’entendre et lui exprimait ses regrets de ne le pouvoir pas, le voyant affecté de douleurs aiguës: «L’état de souffrance où vous me trouvez, lui répondit le philosophe, ne m’empêchera pas de satisfaire à votre désir; il ne sera pas dit qu’un aussi grand homme soit venu inutilement honorer ma retraite de sa présence.» Réponse, ajoute Cicéron, qui fut suivi d’un discours, aussi grave qu’éloquent, sur cette question qu’il n’y a rien de bon que ce qui est honnête.

17, +Instant+.--Louis Racine fait dire à ce propos à un épicurien:

«Plongeons-nous sans effroi dans ce muet abîme Où la vertu périt, aussi bien que le crime; Et, suivant du plaisir l’aimable mouvement, Laissons-nous au tombeau conduire mollement.»

19, +Habet+.--C’est là une des assez fréquentes citations qui se rencontrent dans les Essais, composées d’auteurs différents et que ne distingue même pas la ponctuation: le premier de ces deux vers est de La Boétie, le second d’Ovide.

21, +Craindre+.--Les éd. ant. port.: _Et à la vérité, ce que les Sages craignent_, au lieu de: «Aussi... craindre».

34, +Homicide+.--Cela est vrai du mal de dents, mais non de la goutte qui finit fort souvent par devenir mortelle.

39, +Estre+.--Observer, pour la compréhension du texte, que, dans ce qui précède, Montaigne a fait parler ceux qui disent que la douleur est un mal; et que, maintenant, il va répondre à leurs arguments, en s’efforçant de prouver qu’il est en nous, sinon de faire que nous ne la ressentions pas, du moins d’en réduire notablement la sensation.

=454=,

6, +Trampe+.--Var. de 80 et 88: _ie ne le croy pas_.

13, +Vulgaire+.--Cette phrase est encore une de celles qui témoignent le plus que Montaigne a été aux armées et considérait comme sienne la profession des armes.

32, +L’ame+.--Les éd. ant. aj.: _c’est d’auoir eu trop de commerce auec le corps_.

34, +Attendre+.--De ne pas compter assez sur elle.--Certaines éditions portent: fonder. Attendre est employé ici dans le même sens que dans ces vers de LA FONTAINE: «Ne t’attends qu’à toi seul, c’est un commun proverbe» (_L’alouette et ses petits avec le maître d’un champ_).--«T’attendre aux yeux d’autrui, quand tu dors, c’est erreur» (_Le fermier, le chien et le renard_).

=456=,

23, +Craint+.--dans le _Phédon_.

25, +Desclouë+.--Une très violente douleur, de même qu’une volupté excessive, détache l’âme du corps, en ce qu’elle s’en empare en entier et ne laisse plus à celle-là aucune action sur celui-ci, comme s’il n’existait plus aucune liaison entre eux.

33, +Doluerunt+.--Add. des éd. ant.: _dict S. Augustin_.

37, +Inseruerunt+.--Montaigne détourne ici le sens de ce passage de saint Augustin.

40, +Grandes+.--«Tu engendreras tes fils dans la douleur,» dit la GENÈSE, III, 16.

=458=,

4, +Ægyptiennes+.--Que nous appelons aujourd’hui Bohémiennes, nom qui varie suivant les pays, et qui se donnent elles-mêmes comme étant de celui des Pharaons.--Les Bohémiens sont des bandes nomades d’aventuriers qui se trouvent un peu partout et dont la véritable origine est inconnue; les premiers qui vinrent en France, arrivaient de Bohême, d’où leur nom. Ils ont une physionomie particulière, parlent entre eux un argot spécial, vivent de petits métiers, disent la bonne aventure; on ne sait trop quelle est leur religion; leur morale est très relâchée et ils pratiquent volontiers le vol.

7, +Garces+.--Jeunes filles. Du temps de Montaigne, on disait une jeune garce pour dire une jeune fille, et garçon pour jeune homme; aujourd’hui ce mot garce est injurieux et ne se donne qu’aux filles publiques, tandis que celui de garçon s’est maintenu dans la langue avec sa signification primitive.

11, +Iumeaux+.--PLUTARQUE, _De l’Amour_, 34.--En 78, Sabinus, seigneur gaulois, prit le titre de César, au commencement du règne de Vespasien, et fut vaincu. Proscrit, il se fit passer pour mort et vécut caché dans les ruines de sa maison, à laquelle il avait mis le feu. Éponine, sa femme, vint l’y rejoindre et y mit au monde deux jumeaux. Découvert au bout de plusieurs années, sa femme implora vainement sa grâce; ne pouvant l’obtenir, elle se mit à invectiver l’empereur, demandant à partager le supplice de son mari, ce à quoi Vespasien eut la cruauté d’accéder.

12 (+Car ils... malice+).--Var. des éd. ant.: (_car le larreçin y estoit action de vertu, mais par tel si, qu’il estoit plus vilain qu’entre nous d’y estre surpris_).

15, +Descouurir+.--PLUTARQUE, _Lycurgue_, 14.

18, +Mystere+.--VALÈRE MAXIME, III, 3, qui cite le fait, l’attribue à un jeune Macédonien.

21, +Cicero+.--Dans les _Tusculanes_, V, 27.

34, +Brasier+.--TITE-LIVE, II, 12.--En =503=. Porsenna, roi des Étrusques, avait pris en main la cause des Tarquins chassés de Rome qu’il assiégeait. L’acte de Mucius Scevola, par la crainte de le voir se renouveler, le décida à lever le siège et à faire la paix.

36, +Incisoit+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 78.

40, +Philosophe+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 78.--Il semble être question ici d’Anaxarque, que Nicocréon, tyran de Chypre, fit torturer et finalement broyer dans un mortier, sans pouvoir vaincre sa constance (=IVe= siècle). V. =I=, 626.

=460=,

4, +Peau+.--Les éd. ant. à 88 aj.: _et l’en surnommoit on Madame l’escorchée_.

14, +Espagnolé+.--Pour avoir une taille élégante et svelte, comme l’ont les Espagnoles.

16, +Mourir+.--Catherine de Médicis, dans le commencement de son séjour en France, avait inventé de nouvelles parures, entre autres le corset, «sorte de gaîne qui emboîtait la poitrine depuis le dessous des mamelles jusqu’au défaut des côtes et qui finissait en pointe sur le ventre» (_Galerie des femmes célèbres_, 1827). On ne faisait pas encore usage pour cet ajustement de fanons de baleine, qu’on remplace aujourd’hui par des lamelles d’acier; on se servait d’éclisses en bois qui, pressées fortement, rendaient à la longue la chair insensible et aussi dure que la corne ou le cal qui vient aux mains de certains ouvriers.

20, +Luy mesme+.--Lorsque Henri III, qui était roi de Pologne, la quitta secrètement pour venir occuper le trône de France à la mort de Charles IX (1574), le grand chambellan de sa cour le suivit et l’atteignit sur les frontières d’Autriche. N’ayant pu le déterminer à revenir, au moment de se séparer de lui, il lui promit une fidélité inviolable et, au grand étonnement du roi, il se donna un coup de poignard dans le bras et suça le sang de la plaie, voulant par là attester son dévouement et la sincérité de ses paroles.

21, +Blois+.--Ces États généraux, tenus à Blois en 1576, y avaient été convoqués par Henri III, pour en obtenir la condamnation du Protestantisme et des subsides pour le combattre, ce à quoi ils se refusèrent d’une façon absolue.

24, +Poinçon+.--Longue épingle à cheveux dont usent les femmes, encore actuellement, pour maintenir l’échafaudage de leur chevelure.

30, +Aspres+.--Monnaie turque qui vaut environ un sou.

35, +Croix+.--Lorsque l’empereur Honorius rapporta à Jérusalem la vraie croix que les Perses lui avaient rendue et que leur roi Chosroès II avait enlevée quatorze ans auparavant, il la porta lui-même sur ses épaules jusqu’au haut du Calvaire (622).

36, +Foy+.--Le SIRE DE JOINVILLE, dans ses _Mémoires_, II.

40, +Nuict+.--On montre encore à Notre-Dame de Paris la discipline de saint Louis.

42, +Angleterre+.--Mariée d’abord avec Louis VII (1137), Éléonore de Guyenne lui apportait en dot le duché de ce nom et d’importantes annexes. Répudiée pour son inconduite (1152), elle épousa peu après Henri, comte d’Anjou et duc de Normandie, qui, en 1154, devenait roi d’Angleterre et, tant par lui-même que par son mariage, se trouvait déjà avoir sur le continent une puissance territoriale surpassant notablement en étendue les domaines directs de son suzerain le roi de France. Cette situation a été le point de départ de la rivalité qui, depuis, n’a cessé d’exister entre la France et l’Angleterre et qui s’est traduite de la part de cette dernière par une opposition constante à notre endroit, et à maintes reprises par des guerres de plus ou moins longue durée; notamment:

En 1159, 1160, 1173, 1177, 1188, 1194, 1198;--de 1202 à 1206;--de 1213 à 1217, de connivence, marquée par la bataille de Bouvines;--de 1328 à 1340, bataille navale de l’Ecluse;--de 1345 à 1348, bataille de Crécy, prise de Calais;--de 1350 à 1360, bataille de Poitiers, traité de Brétigny;--de 1369 à 1375;--de 1378 à 1453, bataille d’Azincourt, Jeanne d’Arc, combat de Castillon;--de 1521 à 1525 et de 1544 à 1546, de connivence avec Charles-Quint;--de 1557 à 1559, de connivence avec Philippe II, roi d’Espagne, marquée par la reprise de Calais;--de 1627 à 1629, pendant la guerre de Trente Ans, marquée par le siège de la Rochelle;--de 1678 à 1679, jointe à la Hollande, à l’Espagne, à l’empereur d’Allemagne et à l’électeur de Brandebourg;--de 1692 à 1697, faisant partie de la ligue d’Augsbourg, durant laquelle eurent lieu les batailles navales de la Hougue et du cap Saint-Vincent;--de 1701 à 1712, unie à l’Autriche, la Hollande, le Portugal, la Savoie, et où elle s’empara de Gibraltar sur l’Espagne notre alliée;--de 1742 à 1748, où, alliée de l’Autriche, elle ruina notre marine et notre commerce;--de 1755 à 1763, où, alliée à la Prusse, elle nous enleva à peu près toutes nos colonies dont les Indes et le Canada;--de 1778 à 1783, qui aboutit à l’indépendance des États-Unis d’Amérique, est la seule où nous ayons été agresseurs vis-à-vis d’elle;--1793 à 1802, coalisée avec l’Autriche, la Russie et les divers États d’Italie, marquée par la prise de Toulon, le combat de Quiberon, la bataille navale d’Aboukir, le siège de Saint-Jean d’Acre, la convention d’El-Arisch;--de 1803 à 1815, avec la coopération successive des diverses puissances européennes, marquée par la bataille de Trafalgar, le bombardement de Copenhague, les batailles de Vittoria, de Toulouse, de Waterloo, et enfin les traités de 1815.

Et depuis, si aucune guerre ouverte n’a plus eu lieu, parce que toujours nous avons cédé, soit par faiblesse, soit par duperie, ayant la trop généreuse habitude de traiter les affaires sans arrière-pensée comme sans méfiance, que d’humiliations ne nous a-t-elle pas imposées, que d’entraves ne nous a-t-elle pas créées?--En 1823, elle nous contraint à aller combattre en Espagne les principes mêmes de notre Révolution;--en 1830, elle nous oblige à presser notre expédition d’Alger, pour qu’elle ne l’empêche pas;--Plus tard, elle est contre nous dans l’affaire dite des «mariages espagnols»;--en 1854-56, elle se sert de nous pour contenir la Russie, et cette alliance lui pèse tant, qu’au lendemain d’Inkermann, dans un conseil tenu par ses généraux, l’un d’eux émet l’avis que «l’armée anglaise se rembarque, laissant les Français recourir à la miséricordieuse générosité de l’empereur Nicolas»!--En 1860, en Syrie, elle paralyse notre action et fait qu’elle n’aboutit à aucun résultat utile;--Puis elle nous évince de la direction des douanes chinoises;--au Mexique, elle nous abandonne;--elle nous élimine de l’accord primitivement conclu pour la gestion des finances de l’Égypte en vue du paiement de sa dette;--elle accapare les actions du canal de l’isthme de Suez, construit par nous en dépit de son opposition et dont elle se rend ainsi maîtresse;--elle nous immobilise en Extrême-Orient, durant la guerre Russo-Japonaise, par le traité qu’elle conclut dans ce but avec le Japon;--elle nous humilie au plus haut point dans l’affaire de Fachoda et par ses prétentions et l’arrogant procédé qu’elle emploie pour les faire triompher, qui n’a d’égal que la facilité avec laquelle nous obtempérons à sa volonté et à ses menaces;--nos difficultés continues avec le Siam sont son œuvre;--enfin, elle nous pousse dans le guêpier d’Algésiras avec la pensée, d’une part, que nous nous userons au Maroc, et de l’autre, nous faisant miroiter une alliance sans grande valeur réelle dans la circonstance, que nous finirons, sous l’effet de ses excitations, à en venir aux prises avec l’Allemagne, et que s’entre-détruiront pour son plus grand avantage les deux seules puissances qui, pour le moment, comptent pour elle en Europe, l’une qu’elle jalouse et exècre depuis des siècles, l’autre qu’elle redoute par l’extension que prennent son commerce et sa marine.

Si longue que soit cette énumération sommaire des manifestations des dispositions de l’Angleterre à notre égard, qui ne relate que ce que tout le monde connaît, elle serait bien autre si elle était dressée en toute conscience par notre ministère des Affaires étrangères!

Et cependant, se laissant prendre à des démonstrations qui seraient flatteuses, si elles n’étaient aussi intéressées, si on pouvait oublier que toujours dans ses alliances l’Angleterre n’a en vue que de tirer de ses alliés le maximum de services possibles et s’évertue à leur persuader qu’elle leur fait grand honneur en leur accordant sa confiance et les faisant se battre pour elle, nos gouvernants méconnaissant ces leçons de l’histoire, hypnotisés par l’orage qui peut venir de l’autre rive du Rhin et qu’ils provoquent sans cesse, au lieu de s’appliquer à le conjurer, donnent en plein dans le piège, ruinant la France en entretenant un état militaire qui l’écrase et qui ne se justifierait que s’ils étaient résolus à en user à bref délai, tandis qu’au contraire, ils espèrent bien n’en jamais venir là! Au lieu de maugréer et de surexciter les populations par l’idée d’une revanche qui n’est pas dans leur pensée, que ne se résignent-ils, tout en réservant l’avenir, ce qui est dans l’ordre naturel, et n’imitent-ils l’Autriche après Sadowa? L’Allemagne détient l’Alsace-Lorraine, mais n’oublions pas pour cela en quelles mains sont le Canada, nos anciennes colonies des Antilles, des Indes et les îles dites Anglo-Normandes!

=462=,

4, +Seigneur+.--Ce pèlerinage fut entrepris par Foulques en expiation de ses fautes; traîné sur une claie, il criait pendant qu’on le flagellait: «Seigneur, ayez pitié de Foulques, traître et parjure.»

14, +Deuil+.--CICÉRON, _Tusc._, III, 28.

19, +Nourrice+.--Pendant l’allaitement fait hors de chez moi. De son mariage avec Françoise de Chassagne, Montaigne eut six filles, dont cinq moururent toutes âgées de moins de trois mois; une seule survécut, Léonor, pour laquelle il n’était pas sans tendresse.--Cette phrase lui a été vivement et souvent reprochée, et probablement à tort. Elle ne figure pas dans les éditions antérieures; et l’exemplaire de Bordeaux porte: «i’en ay perdu, mais en nourrice, deux ou trois», au lieu de: «mais i’en ai perdu en nourrice deux ou trois». Elle est donc postérieure à 1588. Or, à ce moment il avait perdu ses cinq enfants en bas âge; par suite ces mots «deux ou trois» ne s’appliquent qu’au nombre de ceux qui avaient été mis en nourrice, ce placement en nourrice n’étant qu’un détail auquel, avec raison, il n’attache pas d’importance; si toutefois il le mentionne, c’est pour expliquer que le regret de leur perte a été atténué, ce qui s’explique assez naturellement, par ce fait qu’ils n’étaient pas élevés sous ses yeux.

31, +Pallefrenier+.--PLUTARQUE, _Apophth._

35, +Esse+.--TITE-LIVE, XXXIV, 17.--Cette mesure fut appliquée à tout le pays entre les Pyrénées et l’Èbre dont Caton, allant entrer en opérations dans le midi de l’Espagne, redoutait les soulèvements sur ses derrières.

38, +Vilité+.--Bassesse, du latin _vilitas_ qui a cette même signification et d’où dérive notre adjectif vil.

40, +Desbauche+.--Sous-entendu: qui régnait autour de lui.

40, +Conuioyt+.--Ce verbe est au singulier, bien qu’ayant quatre sujets, dont un au pluriel; ce mode est fréquent dans Montaigne, il se rencontre souvent aussi dans Racan.

=464=,

12, +Mortelle+.--Origène se fit eunuque, prenant à la lettre ce passage de l’Écriture: «_Beati qui se castraverunt propter regnum cœli_ (Heureux ceux qui se réduisent à l’impuissance pour l’amour du ciel)». MATTH., XIX, 12.

14, +Creua+.--Démocrite, qui, a-t-on dit, se serait rendu aveugle en se crevant les yeux par la réflexion des rayons solaires à l’aide d’un miroir; mais le fait est controuvé. Tertullien l’accepte et dit que c’était pour se défendre de l’attrait des femmes; Plutarque le nie et donne comme probable que la cécité a été causée par l’âge et qu’il a fait de nécessité vertu; d’autre part, S. Jérôme, écrivant à Abigans pour le consoler d’être devenu aveugle, lui dit que «quelques philosophes se sont arraché les yeux, afin que leur esprit, dégagé de tous les objets sensibles, pût former des idées de plus en plus pures».--En Chine, fréquemment des anachorètes agiraient ainsi, «fermant de la sorte, disent-ils, deux portes à l’amour, pour en ouvrir mille à la sagesse».--D’après la légende, Somona Codom, le législateur des Siamois, aurait eu recours à ce même moyen, pour être moins distrait par les objets extérieurs.

18, +Soy+.--Au dire de DIOGÈNE LAERCE, I, 26, la réponse de Thalès aurait été: «C’est que j’aime les enfants»; laquelle prête à double interprétation, étant donné ce que les anciens entendaient par aimer les enfants.

19, +Choses+.--Non moins que la coutume (V. =I=, 170).--L’opinion est reine du monde, elle l’est si bien que «lorsque la raison veut la combattre, elle est condamnée à mort; il faut qu’elle renaisse vingt fois de ses cendres, pour arriver peu à peu à chasser l’usurpatrice» (VOLTAIRE).--«Qui dispense la réputation, donne le respect et la vénération aux personnes, aux grands, sinon l’opinion? Elle dispose de tout» (BOSSUET).

27, +Fret+.--C.-à-d. nous prêtons toujours aux choses une valeur en rapport avec ce qu’elles nous coûtent.--Le fret d’un navire, c’est son prix de location et son chargement; courir à faux fret, c’est naviguer avec un chargement au-dessous de ce qu’il pourrait transporter et par extension à perte.

29, +Tel+.--Aristippe.--DIOGÈNE LAERCE, II, 77; HORACE, _Sat._, II, 3, 100.

31, +Dit+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 17.

=466=,

1, +Soulagement+.--«Grande fortune, grande servitude»;--«Qui n’a guère, n’a guerre»;--«Il n’est richesse que de science et de santé», disent des adages bien répandus.

15, +Piperesse+.--C.-à-d. de manière que par loyauté, je devenais économe et inspirais ainsi plus de confiance à mes créanciers. COSTE.

21, +Iniurieusement+.--Injustement; du latin _injuria_, qui signifie contre le droit, tort, injustice.

32, +Sens+.--C-à-d. à ma prévoyance et à ma raison.

33, +Cæsar+.--Avant d’occuper aucune charge publique, César était endetté de 1.300 talents, près de six millions et demi de notre monnaie; et lorsqu’en qualité de préteur il reçut le gouvernement de l’Espagne, il devait 8.000 talents, soit environ trente-huit millions (PLUTARQUE).

=468=,

4, +Rente+.--C’est probablement à cela que s’élevaient ses revenus.--Deux mille écus, c’est six mille francs, l’écu étant de trois livres, quand il n’est pas spécifié qu’il est de six; mais la valeur de l’argent, à cette époque, était environ le double de ce qu’elle est aujourd’hui.

8, +Frangitur+.--GODEAU, évêque de Grasse, a donné de ce vers la traduction suivante, que Corneille a transportée dans Polyeucte:

Et comme elle a l’éclat du verre, Elle en a la fragilité.

9, +Poincte+.--Renverser, bouleverser, mettre sens dessus dessous.--Cette expression «cul sur poincte» vient de ce qu’anciennement on appelait «cul», dans l’aiguille, la partie opposée à la pointe, qu’actuellement nous appelons «tête».

21, +De l’argent... prins+.--Var. de 88: _des biens, ausquels ie me prins si chaudement, que_.

24, +Ordinaire+.--C.-à-d. si on n’avait une avance d’une année de revenu.

=470=,

13, +Bion+.--SÉNÈQUE, _De la Tranquillité de l’âme_, 8.

20, +Enuis+.--C.-à-d. «et moins à contre-cœur», tournure latine _minus invitus_.

27, +Part+.--«L’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître» (Bacon).

30, +Platon+.--_Des Lois_, I, 1.

33, +Fils+.--PLUTARQUE, _Apophth._--Le fait y est attribué à Denys l’Ancien.

33, +Eut+.--Add. de 88: _sur ce propos_.

40, +Quelques+.--L’éd. de 88 aj.: _quatre ou cinq_.

=472=,

1, +Despence+.--Probablement celui qu’il fit en Allemagne en 1580-81.

12, +Faict+.--C.-à-d. précisément au moment où nous en aurons le plus besoin.

16, +Terres+.--Pourtant il en acheta; il existe trace, à cet égard, de deux acquisitions assez importantes.

20, +Vieux+.--Add. de 88: _laquelle i’ai tousiours tenu la moins excusable_.

21, +Folies+.--Il ne faudrait pas en conclure que Montaigne ait dilapidé son patrimoine, il l’a plutôt accru; à son décès, sa succession a été estimée 90.000 livres et l’argent avait alors une valeur bien autrement grande que de nos jours.

31, +Amy+.--XÉNOPHON, _Cyropédie_, VIII, 3.--Chateaubriand écrivait à Joubert: «Je suis ennuyé de toujours courir pour mon compte les chances de la vie; et si quelqu’un voulait se charger de me nourrir, de me vêtir et de m’aimer, cela me ferait grand plaisir.»

=474=,

10, +Trouue+.

«Est toujours malheureux, et toujours a grand tort, Celui-là qui jamais n’est content de son sort.»

«Rien n’a, qui assez n’a.» (Proverbe).

12, +Vérité+.--Qu’importe, en effet, que l’on soit fondé ou non à se plaindre de son sort? Du moment qu’on se trouve malheureux dans une position heureuse ou agréable, on l’est réellement; le bonheur ou le malheur sont choses purement relatives, et il est aussi absurde d’en vouloir juger chez autrui, que du degré de sensation de froid et chaud qu’il peut éprouver.

28, +Eau+.--Tycho-Brahé (astrologue suédois du XVIe siècle) est, dit-on, le premier qui ait bien connu et expliqué la réfraction.

29, +Voye+.--Depuis ces mots: «Certes, tout en la maniere», jusqu’ici, Montaigne traduit SÉNÈQUE, _Epist._ 81.

35, +Abstersiue+.--Du latin _abstergere_, dissiper, faire disparaître, nettoyer.

=476=,

7, +De se reietter... reliques+.--Var. des éd. ant.: _nous donner en paiement cecy_.

8, +Necessité+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 12.